Le secr�taire f�d�ral du PS de Haute-Corse s�exprime
Nov 13, 2003
Vincent Carlotti, ancien maire d'Aleria, candidat malheureux � Grosseto Prugna et � Corte et secr�taire f�d�ral du PS de Haute-Corse, met en garde dans Corse-Matin, les forces de gauche : elles c�dent facilement aux voix des sir�nes s�curitaires de Nicolas Sarkozy, m�me quand celui-ci en fait selon lui un peu trop dans les effets d'annonce.

D�s le mois de janvier, contrairement � bon nombre d'hommes politiques insulaires, vous n'aviez pas m�nag� le ministre de l'int�rieur. Comment r�agissez-vous � ses r�centes d�clarations � Ajaccio?

- Je soulignais � '�poque, dans une tribune libre publi�e par Le Monde, la gravit� de la situation, et m'adressant indirectement au ministre, je d�clarais
� Mieux inform� que quiconque, il a sans doute pris l'exacte mesure du probl�me, il lui est m�me arriv� de l'�voquer incidemment, mais rien dans son action ni dans celle du gouvernement n'indique qu'il soit dispos� � engager les actions qui s'imposent pour faire face � cette situation �.

Il semble qu'il se soit d�cid� � agir, et pour avoir r�clam�, je ne vais pas bouder mon plaisir de le voir passer � l'action, Reste que je crains fort que cette prise de conscience tardive ne doive rien � la na�vet� qu'il invoque pour la justifier.

Il a tout de m�me proclam� clairement sa volont� de s'attaquer � la mafia, ce qu'aucun de ses pr�d�cesseurs n'a jamais entrepris...

- Il faut esp�rer que Nicolas Sarkozy a bien pes� ses mots avant de les prononcer �tant donn� la connotation tr�s pr�cise du mot mafia pour la plupart des continentaux, je crains fort que le ministre, par sa charge, ne contribue dune certaine fa�on � accentuer le malaise qu�ensemble de la nation ressent envers la Corse et qui se traduit pour une part non n�gligeable de nos compatriotes du continent par un rejet pur et simple de la Corse et des Corses, comme un r�cent sondage a pu le r�v�ler.

La situation de l'�le est suffisamment grave pour que les plus hauts responsables du pays se gardent de jouer avec les mots : Charles Pasqua, dans un autre style, devait � terroriser les terroristes � on a vu ce qu'il en �tait advenu. Le rapport tr�s document� que le procureur g�n�ral Legras a r�dig� en
f�vrier 2000 � l'attention du garde des sceaux de l'�poque, Marylise Lebranchu, est nettement plus nuanc� dans, son appr�ciation du caract�re mafieux de la d�linquance en Corse et se garde bien d'�tre aussi affirmatif que l'actuel ministre de l'int�rieur.

Pourquoi, selon vous?

- Sans doute mesurait-il qu'une bonne administration de la justice s'accommode mal de la m�diatisation qu'affectionne e gouvernement qui en joue � sati�t�. en Corse plus qu'ailleurs, le pass� en t�moigne, la R�publique y a laiss� quelques plumes. Je m'�tonne d'ailleurs que ces d�clarations venant d'un ministre de la R�publique n'aient pas soulev� la moindre protestation de la part de ceux qui, nagu�re, chargeaient, avant bien s�r qu'il ne d�rape lamentablement, le pr�fet Bonnet de tous les p�ch�s d'Isra�l au motif qu'il portait par ses prises de position publiques un tort consid�rable � la Corse.

Reste que le passage � l'acte est manifeste et que des enqu�tes sont diligent�es dans la direction annonc�e�

- Sans doute, et j'aurais mauvaise gr�ce � ne pas en donner acte au ministre de l'int�rieur, bien qu'il ne fasse l� rien d'autre que son travail, apr�s l'avoir trop longtemps n�glig� comme il l'a d'ailleurs reconnu en d�cr�tant le soir du 6 juillet la fin d'une impunit� qu'il reconnaissait ainsi avoir tol�r�e. Pour autant, il doit �tre clair que les quelques soldats perdus du nationalisme auxquels il s'attaque aujourd'hui n'ont pas le monopole de l'utilisation de m�thodes auxquelles on peut attribuer un caract�re mafieux dans notre �le tout aussi dangereux sont ceux qui, plus discr�tement, mais avec une redoutable efficacit�, tentent de mettre depuis quelques ann�es en coupe r�gl�e, en Haute-Corse comme en Corse-du-Sud, quelques secteurs de l'�conomie, d'autant qu'ils ont l'habilet� de s'assurer de la bienveillance d'un certain nombre de nos excellences. Comme beaucoup de nos compatriotes, j'attends naturellement de Nicolas Sarkozy qu'il fasse preuve de la m�me d�termination � leur �gard.
� Confusion entre police et justice �

Les �lus Corses ont approuv� unanimement les prises de position de Nicolas Sarkozy, y compris vos amis de gauche qui n'ont pas �t� les derniers � se f�liciter de ses nouvelles dispositions d'esprit...

- Il est normal que les �lus du peuple, quelle que soit la famille politique � laquelle ils appartiennent, souscrivent aux d�cisions d'un gouvernement lorsqu'il para�t d�cid� � faire appliquer les lois de la R�publique.

Ce qui est plus surprenant, singuli�rement de la part ceux qui se veulent les gardiens sourcilleux du dogme r�publicain, c'est qu'ils n'aient pas �t� choqu�s, comme je le suis, par la confusion qu'entretient le ministre de l'Int�rieur, par ses propos et son attitude entre l'action de la police et celle de la justice.

Il me semble qu'il y a l� une d�rive pr�occupante dont Nicolas Sarkozy n'est certainement pas le seul responsable. Elle est surtout due au
manque d'int�r�t manifeste du Chef de l'Etat pour le dossier corse, comme l'a d�montr� sa calamiteuse intervention dans le d�bat du r�f�rendum de Juillet dernier, et � son incapacit� de fixer au gouvernement, et au principal ministre en charge du dossier, une feuille de route claire et pr�cise.

Quant aux �lus de gauche, si je peux comprendre que la gravit� de la situation commande une certaine retenue dans l'expression de l'opposition, j'avoue que j'ai tout de m�me �t� surpris, et je ne suis sans doute pas le seul, par la chaleur de leur soutien � un membre d'un des gouvernements les plus r�actionnaires que notre pays ait connu depuis de longues ann�es, un homme politique qui compte de plus en plus � droite et dont on peut penser qu'il sera probablement un adversaire redoutable de la gauche dans moins de trois ans.

TOUT LE DOSSIER CORSE

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