Le livre de Nadine Trintignant nuit � la pr�somption d'innocence de Bertrand Cantat
Oct 9, 2003

Faux-cul : voil� le ma�tre mot de notre soci�t�. Faux cul quand le premier ministre pr�tend avoir plaid� la cause tch�tch�ne � Moscou alors que nous apprenons par d�autres sources qu�il n�a quasiment �voqu� que des questions �conomiques. Faux cul quand la justice pr�tend qu�un Jos� Rossi condamn� � la privation de ses droits civiques pourrait �tre lav� de tous soup�ons puisqu�il fait appel. Faux-cul quand les magistrats font fuiter les informations sur Charles Pieri consid�r� comme innocent jusqu�� une �ventuelle condamnation p�nale. Faux cul quand on feint de croire qu�Alain Jupp� pouvait ne pas savoir ce que � tout le monde savait �.

Nous baignons dans un bain de fauculterie que vient encore d�illustrer la d�cision de la cour d'appel de Paris qui a donn� en partie raison � Bertrand Cantat. Elle a estim� en effet, mardi 7 octobre, que le livre de Nadine Trintignant, Ma fille, Marie,en d�signant le chanteur du groupe Noir D�sir comme le "meurtrier"de l'actrice Marie Trintignant, constituait "l'affirmation non �quivoque d'une conviction de culpabilit�" et "une atteinte � la pr�somption d'innocence".

Et alors que croyez-vous que f�t la justice ? Rien ou presque rien. La 14e chambre de la cour n'a pas prononc� l'interdiction de l'ouvrage ou la suppression du mot "meurtrier", comme le demandait Me Olivier Metzner, l'avocat de Bertrand Cantat. Mais elle a infirm� l'ordonnance rendue le 3 octobre par le juge des r�f�r�s en condamnant les �ditions Fayard � ins�rer dans le livre un encart indiquant aux lecteurs que "toute personne est pr�sum�e innocente jusqu'� ce que sa culpabilit� ait �t� l�galement �tablie par un tribunal". Fichtre, la peine est dure. La mesure doit �tre prise dans les quarante-huit heures, sous peine d'une astreinte de 50 euros par infraction constat�e.

Et le quotidien Le Monde (fondement de la culture de fauculterie) d��crire : � Cette d�cision repr�sente une victoire partielle mais symboliquement importante pour la d�fense de Bertrand Cantat. Le chanteur est emprisonn� en Lituanie pour avoir caus� la mort de Marie Trintignant � l'occasion d'une dispute, dans la nuit du 26 au 27 juillet. Poursuivi pour meurtre, il est toujours dans l'attente de son proc�s � Vilnius.

Dans cette perspective, l'arr�t de la cour d'appel a une valeur psychologique non n�gligeable. Me Georges Kiejman, d�fenseur de Nadine Trintignant, ne s'y est pas tromp� en s'interrogeant, mardi, sur les motivations qui avaient conduit le chanteur de Noir D�sir � intenter une action en justice contre l'ouvrage de sa cliente. D'apr�s lui, il s'agit d'un calcul consistant � obtenir "une d�cision d'une juridiction fran�aise qui vienne dire, m�me implicitement, qu'il ne peut �tre trait� en meurtrier". �

Tu parles ! Ca lui fait une belle jambe � Bertrand Cantat de savoir qu�on rappelle la pr�somption d�innocence dans un livre qui l�accable.
Mieux, dans son livre, paru le 30 septembre, la m�re de Marie Trintignant qualifie Bertrand Cantat de "meurtrier" � 85 reprises. Elle emploie deux fois le terme "assassin", qui implique la pr�m�ditation et que Fayard s'est engag� � retirer. Ouh la la, �a fait mal. La juge des r�f�r�s, Catherine Bezio, avait estim� que l'emploi de ces termes ne constituait pas une atteinte "manifeste" � la pr�somption d'innocence, �voquant la "finalit� cathartique" de l'ouvrage et la "douleur d'une m�re an�antie". On nage dans l�hypocrisie.

Et les deux avocats, les � bavards � comme on les appelle en argot, d�en roucouler d�aise. Devant la cour d'appel, Me Metzner a jug� cette argumentation plus �motionnelle que juridique. "D�s lors, qu'importent les grands principes"comme celui de la pr�somption d'innocence, a d�plor� l'avocat, en regrettant que la juge des r�f�r�s ait consid�r� l'emploi du mot meurtrier comme une simple "figure de style".

Me Kiejman s'est interrog�, lui, sur le caract�re "irr�fragable"de la pr�somption d'innocence. Il a estim� que Bertrand Cantat y avait en quelque sorte renonc� en reconnaissant sa responsabilit� dans la mort de Marie Trintignant. Pour l'avocat, le livre de sa m�re n'est que "l'expression subjective de sa douleur", une fa�on d'essayer "d'avoir moins mal". "Peut-on interdire ce livre sans se livrer � un d�ni de chagrin ?", s'est interrog� l'avocat. A ses yeux, Bertrand Cantat est un "�tre immature" qui, "aujourd'hui encore, ne peut pas affronter le regard de Nadine Trintignant".

L�avocat g�n�ral, Jean-Claude Lautru, dit � L�autruche � a soulign� l'atteinte � la pr�somption d'innocence "caract�ris�e". "Les mots "meurtrier" et "assassin", dans leur simple �nonc�, expriment la culpabilit�", a affirm� le volatile de justice mais� Car il y a un mais de taille,il s�est d�clar� d�favorable � l'interdiction du livre, mesure "radicale" d'apr�s lui. Et la situation ne requiert pas de radicalit� judiciaire. Ouaouh la d�monstration. Un vrai court pour jeune magistrat.

Sur les 140 000 exemplaires du livre d�j� imprim�s, 136 000 ont �t� vendus. 20 000 livres suppl�mentaires sont en cours de distribution. Bertrand Cantat ne devrait pas �tre jug� avant plusieurs semaines. Sa d�tention provisoire a �t� prolong�e mardi jusqu'au 31 d�cembre.

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