Plusieurs milliers de personnes ont assist� le 27 septembre � un d�fil� en faveur des SS letoniens � Riga. De quoi faire r�fl�chir sur l�entr�e de la Lettonie dansl�Union Europ�enne. Une ferveur qui n�est pas nouvelle.
Malgr� la d�cision du gouvernement lettonien d�interdire la manifestation n�o-nazie rorganis�e � Riga en 2000, plus de 2000 personnes ont particip� au d�fil� annuel des v�t�rans des SS lettoniens de la Deuxi�me Guerre mondiale .
Ephra�m Medan, chef de la d�l�gation de l�Agence Juive � Riga, rapporte que plusieurs d�put�s se sont joints au d�fil� et que le nombre de participants �tait plus �lev� que jamais. L�Agence Juive, l�ambassade d�Isra�l en Lettonie et la communaut� juive locale ont exprim� leurs protestations dans les m�dias locaux.
Quittant la cath�drale de Riga, les anciens combattants SS se sont dirig�s vers le monument de la Libert� o� ils ont d�pos� une gerbe � la m�moire des 50 000 SS lettoniens tu�s en mars 1944 pendant les combats contre l�Arm�e rouge. Portant des drapeaux SS, les anciens combattants SS ont pris � partie des dizaines de leurs concitoyens qui avaient organis� une contre-manifestation, en hurlant �Nous aurions d� massacrer tous les opposants au r�gime nazi pendant la guerre.�
Jusqu�en 1998 - le fait m�rite d��tre signal�, - le d�fil� annuel des SS faisait partie int�grante des manifestations de la F�te nationale lettonienne, ce qui soulevait de vives protestations de la part des pays occidentaux. Les pressions exerc�es par l��tat d�Isra�l et par d�autres pays ont contraint le gouvernement lettonien � annuler la F�te nationale. Ce qui n�emp�che pas les anciens SS de d�filer dans les rues de Riga.
La Lettonie est le seul pays au monde o� ont �t� engag�es des poursuites contre des opposants au nazisme. Ainsi, du proc�s actuel contre un v�t�ran de l�Arm�e rouge accus� d�avoir ex�cut� des collaborateurs lettoniens pendant la Deuxi�me Guerre mondiale.
Selon le D�partement de la CEI de l�Agence Juive, la r�surgence du nationalisme dans les r�publiques baltes a suscit� la fondation d�associations antis�mites et extr�mistes qui accusent les Juifs de tous les maux. La litt�rature et les m�dias antis�mites sont florissants � l�heure actuelle. En r�ponse � la plainte d�un des journaux � option d�mocratique de ce pays, le Procureur g�n�ral de Lettonie a m�me d�clar� que le mot Zhid (�youpin�, �sale Juif�) n�est pas une insulte...
L�Agence Juive, qui �value � 10 000 le nombre de Juifs lettoniens (dont 70% pour la seule Riga), a ouvert trois oulpanim d�h�breu fr�quent�s par 180 �l�ves et trois clubs pour jeunes. La communaut� locale poss�de sa synagogue et son �cole ; le mouvement hassidique Habad a pour sa part ouvert un complexe scolaire comprenant un jardin d�enfants et une �cole.
D�portations et liquidations 1941-1945: nazies.
L'Allemagne nazie attaqua l'URSS le 22 juin 1941. La d�sorganisation sovi�tique permit une avance rapide des forces nazies qui entrent � Riga d�s le 1er juillet 1941. Directement derri�re le front, des forces de police, souvent dirig�es par des Allemands baltes rapatri�s ou des anciens des "corps francs", organis�rent la s�curit�, la r�pression et les liquidations.
Il est fort difficile de se faire une id�e pr�cise sur ce qui se passa dans les zones proches du front dans l'espace et dans le temps. Ce sont des zones traditionnellement de non-droit o� les ex�cutions sommaires pour "d�lit de sale gueule" sont nombreuses.
L'holocauste des juifs de Lettonie eut lieu � 90% dans les 6 premiers mois de l'occupation allemande (juillet-d�cembre 1941).
Les ordres de liquidation des juifs mentionnent encore 3 cat�gories � �liminer: les Tsiganes, les communistes (plus pr�cis�ment les commissaires politiques, les Lettons ou les partisans et les ali�n�s.
Sur environ 4'000 Tsiganes, 2'000 auraient �t� liquid�s. Mais si la liquidation des juifs fut en avance sur les ordres de Berlin, celle des Tsiganes semble faire l'objet de retards et d'exceptions: Certains pouvoirs locaux n'ex�cutent pas les ordres (ce qui aurait �t� durement sanctionn� dans le cas de juifs) ou convertissent les Tsiganes en s�dentaires qui sont tol�r�s. Source: Maz�kumtaut�bu v�sture Latvij� (ouvage collectif sur l'histoire des minorit�s en Lettonie), p.200, Ed. Zvaigzne ABC, R�g� 1998
On estime � 60.000 les victimes de l'holocauste et � 30.000 les autres liquidations nazies.
L'Holocauste en Lettonie.
Nous renvoyons � "The holocauste in Latvia 1941-1944" de A.Ezergailis, historien letton-am�ricain, qui fait le point de l'Holocauste en Lettonie, analysant et confrontant une large documentation. Il �value, en particulier, les documents qu furent publi�s par les Sovi�tiques par rapport � ceux qui rest�rent non-publi�s.
Avant 1914, on n'a pas connaissance de pogroms ou de profanation de synagogues sur le territoire de la Lettonie. La lutte des juifs pour les droits civils fut parall�le � celle des Lettons et s'adressa au pouvoir local allemand balte et au pouvoir central imp�rial russe: ce fut particuli�rement vrai pendant la R�volution de 1905 o� l'on peut parler de collaboration entre les Sociaux-d�mocrates lettons et le Bund.
La Constitution de 1922 donna les m�mes droits � tous les citoyens. La Lettonie semble avoir �t� le premier �tat europ�en � donner des droits sp�cifiques larges aux minorit�s: il y eut des �coles publiques en h�breu et en yiddish; 4 partis politiques juifs furent repr�sent�s � la Saeima. Pendant la p�riode de l'ind�pendance et jusqu'� l'occupation sovi�tique, il n'y eut aucune loi anti-juive. Des juifs transit�rent ou trouv�rent refuge en Lettonie m�me apr�s la fermeture aux juifs des fronti�res de beaucoup d'�tats, y compris celles de la Su�de. La dictature d'Ulmanis supprima sans distinction tous les partis et une grande partie de la presse: il ne s'agit pas de mesures strictement anti-juives.
Des tensions ont exist�, mais ne semblent pas avoir atteint le niveau de la France d'avant-guerre et on ne peut pas parler d'une soci�t� satur�e par l'antis�mitisme. Les Allemands, apr�s sept si�cles de pouvoir f�odal, �taient nettement la minorit� la plus mal-aim�e dans l'entre-deux-guerres.
Le r�gime sovi�tique de 1940 ferma les �coles et les institutions sociales et religieuses juives, comme celles des autres minorit�s. Environ 4-5'000 juifs figurent parmi les 35'000 lettons qui furent liquid�s ou d�port�s en Sib�rie pendant cette premi�re occupation sovi�tique. Ils repr�sentaient l'image du juif exploiteur capitaliste.
La propagande nazie imposa l'image du juif tch�kiste bolchevique responsable des liquidations et des d�portations sovi�tiques. Cet amalgame commen�a d�s avant le 1 juillet 1941, jour de l'arriv�e des troupes allemandes � Riga, soit moins de 15 jours apr�s les d�portations sovi�tiques du 13-14 juin.
A.Ezergailis insiste sur le nombre de questions qui restent ouvertes et en particulier sur le manque d'informations sur ce qui s'est pass� en dehors des grandes villes.
91% des juifs lettons, qui restaient en Lettonie au moment de l'occupation nazie, furent ex�cut�s, soit 60'000 sur 66'000. Leur liquidation advint presque enti�rement dans les 6 premiers mois de l'occupation nazie. Juillet-septembre: 30'000 tu�s, cr�ation d'un ghetto fin octobre, puis en 2 jours, le 30 novembre et le 8 d�cembre 25'000 juifs furent ex�cut�s. C'�tait avant le Protocole de Wannsee du 20 janvier 1942.
Les Sovi�tiques estimaient � 250'000 les juifs, principalement germaniques, qui furent transf�r�s en Lettonie. A.Ezergailis n'a trouv� des preuves que pour 22'000 d'entre eux et estime, d'une part, que les Sovi�tiques auraient d� retrouver des traces de transferts et d'ex�cutions de cette envergure, et d'autre part, que la taille et le caract�re des camps de concentration en Lettonie ne permettent pas une erreur d'estimation d'un facteur 10. 10'000 d'entre eux furent ex�cut�s entre novembre 1941 et 1944. Un nombre ind�termin� fut convoy� vers les camps d'extermination en Pologne et un groupe p�rit dans les marches de la mort vers le Reich � la fin de la guerre. A.Ezergailis estime que 5'000 surv�curent.
Recens�s comme juifs en Lettonie:
1897 142'315
1914 185'000
1925 95'500
1935 93'479
1939 86'000
1940-41 5'000 d�port�s en Sib�rie
15'000 r�fugi�s en URSS
1941 juillet 66'000
juil.-sept 30'000 ex�cut�s
oct.-dec. 25'000 ex�cut�s
1942 5'000 ex�cut�s
A.Ezergailis analyse longuement et en d�tail le r�le des Allemands et celui des Lettons dans ces liquidations. La propagande nazie (la radio de Koenigsberg, puis les m�dias en Lettonie) imposa l'image du juif tch�kiste bolchevique responsable des liquidations et des d�portations sovi�tiques. Les Allemands impos�rent la loi martiale pendant de longues semaines, mais tent�rent, dans les premiers jours, sans succ�s, de provoquer des pogroms. Ils recrut�rent des unit�s de police auxiliaire lettone. Les synagogues de Riga furent br�l�es par les Allemands et des suppl�tifs lettons.
A.Ezergailis arrive � la conclusion que, pratiquement, toutes les ex�cutions se firent, soit par les Allemands (SD, Wehrmacht), soit par le groupe Arajs ou une partie des unit�s auxiliaires lettones (principalement utilis�es pour garder des points strat�giques ou contre les partisans pr�s du front �galement hors de Lettonie) sous les ordres des Allemands. La police locale lettone arr�ta les juifs, les regroupa et les emprisonna. Les unit�s lettones gard�rent le ghetto et convoy�rent les juifs vers les lieux d'ex�cution.
Les instructions nazies �taient de ne laisser aucune trace ("allerdings spurenlos"). En particulier des ex�cutions directement � l'arri�re du front pouvaient �tre camoufl�es. Le secret fut bien gard�, car l'information ne fut connue en Su�de qu'� la fin 1942.
Il existait un camp de concentration d�pendant de l�administration SS en Lettonie : le camp de Salaspils
Le Colonel puis G�n�ral Voldemars Skaistlauks (1892-1972) est c�l�bre en Lettonie. Il s�agit du chef du r�giment d'artillerie Vidzeme (35-40), puis chef adjoint de la 1 division Kurzem. En 1940 il est transf�r� dans l'Arm�e Rouge comme General Major, puis chef du 24 corps Rifle (40) : En retraite, il rejoint la Waffen-S.S o� il devient chef de l'artillerie de la 15 Division de grenadiers S.S.
R�cemment un d�put� letton r�pondait � une interview en ces termes :
Juris Sinka, vous �tes d�put� letton, membre du parti Patrie et Libert�, dont est issu l'actuel Premier Ministre de Lettonie. Vous �tes �galement chef de la d�l�gation parlementaire lettone � l'Assembl�e parlementaire du Conseil de l'Europe � Strasbourg. Une crise s�rieuse oppose actuellement votre pays � la Russie. Moscou d�nonce le sort discriminatoire fait aux russophones en Lettonie mais aussi des d�rives fascisantes comme par exemple un attentat contre une synagogue, un autre contre l'ambassade russe et enfin un d�fil� d'ancien S.S. de la l�gion lettone. Cette parade d'anciens S.S., d�corations nazies sur la poitrine, a aussi beaucoup choqu� en Alsace.
Ces hommes ont �t� mobilis�s alors que notre pays �tait occup�. Ils ne pouvaient pratiquement pas y �chapper sauf � �tre envoy�s dans des camps de concentration. Cette l�gion lettone et estonienne n'a jamais pris part aux op�rations habituellement reproch�es aux SS. Ils n'ont �t� que des combattants sur le front de l'Est. En 1946, les alli�s occidentaux, �tats-Unis, Grande-Bretagne et France ont enqu�t� et conclu qu'ils n'�taient pas de v�ritables S.S. Ils ont �t� trait�s comme de simples prisonniers de guerre. � ce titre, certains ont trouv� un refuge politique en Grande-Bretagne, aux �tats-Unis, au Canada ou ailleurs puisqu'� cette �poque nous �tions occup�s par le r�gime stalinien. Au cours de la guerre, la Lettonie a �t� occup�e et viol�e aussi bien par le r�gime stalinien que par les nazis. Au total, pr�s d'un tiers de la population a �t� tu�. La manifestation du 6 mars dernier ne faisait que comm�morer une bataille de 1944. Il n'y avait pas d'uniforme. Le reste n'est qu'une campagne de la Russie contre la Lettonie.
Commentaires : de tels propos sont mensongers. Les SS lettons ont �t� les � chiens de sang � de la Shoah. Ils �taient utilis�s lors des exterminations pour rassembler les Juifs, les violer, les battre et �ventuellement les massacrer lors de pogromes officiels. Lettons et Ukrainiens furent les pires bourreaux de populations d�sarm�es et innocentes.
Les actuels d�fil�s sont de pures infamies.
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