Universit�s : une rentr�e sous le signe de la pr�carit�
100 000 �tudiants qui vivent en dessous du seuil de pauvret�, un quart des 2,3 millions d'inscrits dans les facs qui rel�vent d'une situation sociale et financi�re consid�r�e comme fragile, ou � franchement critique �, par les services sociaux, 13 % qui consid�rent que m�me le ticket du restaurant universitaire (2,60 euros), demeure trop cher pour eux, voire inaccessible� Cela fait des ann�es que les pr�sidents de toutes les universit�s de France tirent la sonnette d'alarme sur la � pr�carisation de la situation �tudiant �. Mais jamais elle n'a atteint un tel degr� d'intensit� comme � cette rentr�e.
� tel point qu'un peu partout, les banques alimentaires cr��es au sein des universit�s pour venir en aide � une petite minorit� deviennent des institutions � plein-temps.
Car � les restrictions de toute nature (sortie, v�tements, et m�me nourriture), sont de rigueur pour 71 % des �tudiants �, souligne l'Observatoire de la vie �tudiante (OVE). Bref, le � temps de la boh�me � des �tudiants de jadis est bien devenu pour beaucoup, le temps de la gal�re. C'est l� � le r�sultat de la d�mocratisation des �tudes �, observe le Cnous (centre national des �uvres universitaires et sociales). Avec la ru�e vers les facs de la population les plus d�favoris�es acc�dent d�sormais plus facilement qu'avant � la fac qui devient d�s lors un v�ritable miroir de la soci�t� �.
Travail � plein-temps
Face � cet �tat des lieux, les aides publiques ont du mal � suivre. Les cit�s universitaires ne peuvent accueillir que la moiti� des �tudiants relevant des aides sociales, les autres devant � se d�brouiller � pour se loger dans des conditions de plus en plus hasardeuses. Et l'an pass�, � Toulouse, le Fond social universitaire, destin� aux aides d'urgence, a d�pass� les 180 000 euros. Et au plan national, le nombre d'�tudiants boursiers explose pour atteindre la proportion jamais atteinte d'un �tudiant sur quatre. Mais au-del� de ces chiffres globaux, ce sont les variations au sein m�me du syst�me des bourses qui conduisent les associations et les syndicats �tudiants � d�noncer � une augmentation constante de la pr�carit� sur les campus �. En effet, ce sont les bourses accord�es aux plus d�munis qui augmentent le plus. Pour la seule acad�mie de Toulouse, ils �taient 11 000, soit 10 % de l'effectif total (au lieu de 5 % il y a sept ans) � percevoir des aides de niveau 5, les plus fortes (3 500 euros par an), celles qui ne sont d�bloqu�es que pour un revenu familial global ne d�passant de� 8 360 euros par an, (soit un revenu du foyer parental de moins de 700 euros par mois, 4 600 F).
R�sultat, ils sont 700 000, soit 40 %, � devoir se salarier (le petit job d'antan est devenu un travail � plein-temps pour 15 %), afin de financer leurs �tudes. Avec les risques que cette obligation impose : � la proportion des �tudiants ayant deux ans et plus de retard dans leurs �tudes passe de 21 % pour l'ensemble de la population universitaire � 31 % pour les �tudiants salari�s � note l'OVE.
(Jean-Jacques ROUCH)
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Fili�res : un objectif, la professionnalisation
Alors que cette rentr�e universitaire est plac�e sous le signe de l'augmentation des effectifs (de l'ordre de 5 % avec des pointes � 7 % et m�me � 12 % dans les facs toulousaines), ce sont d�sormais les fili�res les plus professionnalis�es qui font recette. Que ce soit dans les sciences sociales (la formule concerne un tiers des �tudiants inscrits en droit ou en �conomie � Toulouse) ou dans les professions de sant� qui b�n�ficient d'un rel�vement du numerus clausus, ou encore dans les cursus sp�cialis�s du sport et de l'animation au sein des �tablissements scientifiques. On peut voir l� le r�sultat d'une double conjoncture : la remont�e du ch�mage qui impose des strat�gies plus tourn�es vers le � m�tier � que vers la formation g�n�rale, et la mise en place de la r�forme LMD (L comme licence � bac + 3, M comme master � bac + 5, D comme doctorat � bac + 8), qui vise � harmoniser les cursus et de les aligner sur l'ensemble europ�en.
Face � ces fili�res phares, les sciences dures ne font plus recette et la lente �rosion des inscriptions dans ces disciplines se poursuit. Ph�nom�ne observ� un peu partout dans le monde, le rejet des maths, de la physique ou m�me de la chimie atteint en France des proportions inqui�tantes : � on commence m�me � avoir des difficult�s pour trouver des profs dans ces mati�res �, reconna�t le minist�re.
(J.-J. ROUCH)
Sarah, une �tudiante � comme les autres �
Quand chaque euro est compt�
En entrant dans l'espace confin� de sa chambre de 9m2, elle glisse ses chaussures sous son lit, replace machinalement un classeur. Et progressivement, se raconte ; le propos n'est pas gai mais le ton ne vire jamais au dramatique. Malgr� un budget tr�s serr�, Sarah, jeune �tudiante de 19 ans r�cuse tout mis�rabilisme et teinte toute situation d'une note d'optimisme.
Pour agr�menter le quotidien, elle a adopt� le syst�me D, les petites combines. Sans une note de fatalisme, elle explique : � J'ai r�cup�r� aujourd'hui des fringues aupr�s d'une copine, qui venait de vider son placard, cela tombe bien parce que j'ai calcul� qu'avec mon budget, les fringues c'est pas vraiment possible �.
Un budget serr� requiert de l'ordre, et Sarah l'a bien compris. Sur une page d'un carnet, l'�tudiante en BTS de chimie a list� toutes ses d�penses fixes : le loyer, les abonnements pour les transports, le t�l�phone. � Lorsque j'ai additionn� toutes mes d�penses, et constat� qu'il ne me restait que 36 euros pour manger sur les 291 de ma bourse, j'�tais inqui�te. Alors, j'ai convenu avec ma m�re qu'elle me reverserait la part des allocations familiales qu'elle per�oit pour moi, c'est-�-dire 112 euros par mois. � Avec �a impossible de faire des folies mais boucler le mois devient r�alisable. Car dans le cas de Sarah, une donn�e complique son casse-t�te financier : avec plus de 30 heures de cours par semaine et du travail personnel, les petits boulots sont exclus sauf pendant les vacances scolaires.
Pourtant, elle ajoute � Je pense que ceux qui sont le plus � plaindre sont ceux qui ne peuvent absolument pas compter sur leur famille. Dans mon cas, j'ai toujours des soutiens, si j'ai un gros coup dur je sais que je peux faire appel � ma tante �. Et puis les petites attentions des uns et des autres aident. Le petit ami salari� se charge quand il passe de remplir le frigo.
Toutefois, cette travailleuse acharn�e avoue parfois une pointe de d�couragement et confesse : � Il y a quelque temps la rage de m'en sortir, si elle �tait toujours l�, �tait enfouie tr�s loin mais aujourd'hui �a va mieux �. Avant de rench�rir : � J'ai toujours vu mes parents gal�rer et je ne veux pas vivre la m�me chose. Alors m�me si je sais que ces ann�es ne seront pas faciles, je tiens � faire mes �tudes jusqu'au bout pour un jour ne plus compter, pour que les probl�mes d'argent ne restent pas une difficult� pour ma vie �.
(Marion ThIbaut)
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