Un s�rieux mal de Mer
Oct 20, 2003

Une veuve de marin voit sa pension supprim�e dix-sept ans apr�s le d�c�s de son mari sauveteur en mer. Une d�cision du ministre Mer.

On cro�t r�ver. La France serait � ce niveau de naufrage �conomique qu�il faille en arriver � une telle bassesse : la veuve d'un sauveteur b�n�vole disparu en mer s'est vue retirer sa rente mensuelle de 380�, dix-sept ans apr�s le naufrage du canot de sauvetage o� son mari avait trouv� la mort pr�s de Brest, selon l'int�ress�e et la soci�t� nationale de sauvetage en mer (SNSM).

Les finances de l��tat sont au plus bas. D�accord. Mais 380 euros par mois ? L�indispensable pour cette veuve de marin. Une mol�cule d�eau pour le ministre Mer qui se d�shonore dans cette affaire.

� Il s'agit d'une atteinte � la reconnaissance de la Nation vis-�-vis du sacrifice des sauveteurs �, s'est indign�e hier, Annie Vigouroux, dont la rente a �t� supprim�e pour cause de d�passement du plafond de ressources.

Son mari avait disparu en mer dans la nuit du 6 au 7 ao�t 1986 avec quatre autres hommes d'�quipage du canot de la SNSM Capitaine-de-corvette-Cogniet lors d'une op�ration de secours � un voilier en difficult� au large de l'aberBeno�t, pr�s de Brest.

�La rente, c'est une sorte de t�moignage qui aurait d� �tre intouchable, le naufrage est encore ici dans toutes les m�moires �, a soulign� Andr� Tr�guer, pr�sident de la station SNSM de l'Aber Vrac'h.

"Nos b�n�voles n'�taient pas assur�s � l'�poque, au contraire d'aujourd'hui", explique-t-on au si�ge de la SNSM � Paris. Une demande sp�cifique de pension est faite � l'�poque aupr�s de l'�tat. Mme Vigouroux assure que le pr�sident de la R�publique en personne, Fran�ois Mitterrand, a fait en sorte que le minist�re des Finances proc�de au versement de la pension "r�serv�e normalement aux veuves de fonctionnaires" morts en service.

Depuis, "2.500 francs par mois", soit 380 euros sont vers�s chaque trimestre aux cinq familles endeuill�es, explique-t-elle, mais "moi seule ai re�u en juin 2003 un courrier du minist�re des Finances m'indiquant que compte tenu de mes revenus, je ne percevrai plus rien d�but 2004".

Loin de contester cette situation, cette femme de 51 ans, rest�e vivre dans le nord du Finist�re, souligne qu'elle a pris sa retraite d'employ�e de l'administration fiscale en 2000, au bout de vingt ann�es de travail comme lui autorise la loi, en ayant budg�t� sa pension de veuve.

"Je ne comprends pas pourquoi on m'�crit aujourd'hui", se plaint Mme Vigouroux qui d�nonce "une injustice". "C'�tait quelque chose d'acquis pour moi, une reconnaissance de la nation � ce que mon mari faisait. L�, c'est une atteinte au b�n�volat".

Au si�ge de la SNSM � Paris, le directeur de la communication Alexis Beresnikoff ne cache pas un certain embarras. La SNSM a bien pris connaissance de ce dossier et demand� des explications � Bercy, explique-t-il en substance. "La r�ponse que nous avons re�ue il y a moins de huit jours est sign�e du ministre Francis Mer lui-m�me. Il nous dit que ce n'est pas le pr�sident de la R�publique qui lui a accord� la pension et qu'elle n'�tait pas vers�e � vie". AP

� C'est assez r�voltant, on est en train de remuer le couteau dans la plaie alors que le deuil se faisait�, a ajout� de son c�t� Jean Troadec, patron depuis 1988 du canot tout temps de l'Aber Vrac'h, b�n�vole � la SNSM depuis dix-huit ans.

Madame Vigouroux, cinquante et un ans, qui a �lev� seule ses trois enfants �g�s � l'�poque de onze, neuf et sept ans, a pris r�cemment sa retraite du minist�re des Finances, comptant sur le versement de la rente pour compl�ter des revenus inf�rieurs � ceux qu'elle percevait quand elle �tait en activit�. Elle occupe aujourd'hui un emploi d'assistante maternelle.

Le pr�sident Fran�ois Mitterrand avait rendu hommage aux marins disparus lors d'une visite � l'Aber Vrac'h quelques jours apr�s le naufrage. � Les marins du secours en mer acceptent un risque suppl�mentaire pour le service des autres. Nous avons l'obligation de veiller a ce que leurs familles ne soient pas victimes d'un geste h�ro�que �, avait alors observ� Fran�ois Mitterrand.

Le ministre de l��conomie, Francis Mer, le mal nomm�, est � pr�t � recevoir� la veuve d'un sauveteur b�n�vole disparu en mer qui s'est vu retirer sa rente mensuelle de 380 �, dix-sept ans apr�s le naufrage, a indiqu� le minist�re.

� Contrairement � ce qui a pu �tre dit, cette aide ne constitue pas un revenu ordinaire , indique le minist�re, selon qui � il s'agit, au contraire, d'un secours exceptionnel destin� aux plus d�munis et li� � des conditions de ressources �.

� Aujourd'hui, au regard de ses conditions de ressources, (Annie) Vigouroux ne peut plus b�n�ficier de cette aide �, ajoute le minist�re. Quelle munificence et quelle grandeur dans le geste. Il para�t qu�au si�cle dernier un pr�sident de la R�publique nomm� Jacques Chirac d�non�ait la fracture sociale. Une honte pour la France ! � vous filer un v�ritable mal de mer et une r�elle envie de gerber.

Secou� par le scandale provoqu� par sa d�cision, le ministre de l'�conomie et des Finances Francis Mer s'est dit "pr�t � recevoir" la veuve "pour examiner avec elle sa situation et rechercher une solution dans les meilleures conditions possibles".

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s