Deux s�urs voil�es d�finitivement exclues de leur lyc�e � Aubervilliers
Oct 13, 2003

Les deux s�urs voil�es du lyc�e Henri Wallon d'Aubervilliers, qui refusaient depuis la rentr�e d'�ter une tenue islamique jug�e "ostentatoire", ont �t� exclues d�finitivement de l'�tablissement sur d�cision du conseil de discipline dans la nuit de vendredi � samedi.

"C'est une terrible d�faite de la la�cit�, de l'intelligence et du dialogue", a d�plor� pour sa part le pr�sident du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amiti� entre les peuples) Mouloud Aounit, en estimant que "l'affaire avait �t� instrumentalis�e en plein d�bat sur la la�cit�".

L'avocat des deux s�urs, Me G�rard Tcholakian, a d�nonc� une "d�cision inique" et annonc� son intention de faire appel de cette d�cision devant le tribunal administratif.

Alma et Lila �taient accompagn�es de leur p�re Alain L�vy qui est aussi un avocat du MRAP.

Depuis le d�but de l'ann�e scolaire, l'administration reprochait aux jeunes filles de porter une "tenue ostentatoire", ce que les int�ress�es ont toujours r�fut�. Apr�s avoir organis� des r�unions � plusieurs reprises, l'Inspection acad�mique avait d�cid� le 24 septembre de les exclure � titre conservatoire en attendant la convocation d'un conseil de discipline.

Les jeunes filles ont toujours fait valoir qu'elles ne voulaient pas faire de choix entre religion et �ducation et ont toujours affirm� avoir fait des compromis quant � leur tenue. Depuis le d�but de l'affaire, une manifestation de soutien s'est d�roul�e mardi devant le lyc�e, tandis que des professeurs du lyc�e ont exprim� � l'inverse leur solidarit� avec leur direction.

Le site proche-orient.info avait trait� ce cas atypique puisque le p�re des deux jeunes filles est un la�que d�origine juive mari�e � une femme d�origine kabyle mais pratiquant un islam tol�rant.

Pourquoi, � Aubervilliers, deux s�urs ont-elles opt� pour des pratiques extr�mes, quand le p�re est juif ath�e et la m�re Kabyle, musulmane et mod�r�e ?

Mercredi 8 octobre, le conseil de discipline du lyc�e Wallon d'Aubervilliers d�cidera du sort d'Alma et Lila L�vy, deux s�urs exclues provisoirement de leur �tablissement pour port du foulard islamique. Si leur exclusion est confirm�e par la Commission rectorale, leur p�re, Laurent L�vy, avocat juif qui plaide pour le MRAP, poussera l'affaire devant les tribunaux. Il n'est ni religieux, ni tr�s heureux que ses filles aient opt� pour cette voix. Mais se d�finissant comme tol�rant, il leur reconna�t le droit d'�tre ce qu'elles veulent �tre. Ind�pendamment de la r�ponse qui sera donn�e � cette affaire, Fr�d�rique Lebelley a voulu comprendre comment les filles de cet homme et d'une m�re kabyle et musulmane mod�r�e en sont arriv�es � opter pour cette pratique extr�me. Laurent L�vy ne pense pas qu'elles ont �t� manipul�es. Il veut se rassurer en constatant que ni Alma ni Lila ne prononcent de propos d'exclusion � l'�gard de qui que ce soit. Pourtant, il redoute que, pouss�es � bout, elles ne rompent avec le milieu familial qui, selon lui, reste un garde-fou. R�cit d'une d�rive contemporaine par Fr�d�rique LEBELLEY du site proche-orient.info.


Cela aurait pu �tre pire� "Il y a bien plus � craindre de nos jours pour ses enfants que de les voir devenir croyants et adapter leur mode de vie � leurs convictions religieuses sans vouloir s'�carter du monde� � Ainsi se console Laurent L�vy. Cet avocat juif �tait bien loin de se douter qu'il se retrouverait un jour p�re de deux jeunes filles converties � l'islam et rigoristes au point de s'obstiner � porter un voile auquel leur religion d'adoption ne les contraint pas express�ment. Il ne pr�tend pas que cela l'enchante de les voir s'inscrire dans un cadre aussi strict : � Leur choix risque de les priver d'une vie de femmes �panouies, de facilit�s � trouver du travail � Je suis pr�occup�. Cela dit, ce qui m'inqui�te le plus en ce moment c'est que, par-dessus le march�, on veuille me les priver d'�cole ! �

Quand l'une de ses amies se d�sole de voir sa fille r�ver d'entrer dans la gendarmerie, Laurent L�vy lui dit : � Si ce n'est que �a, tu as bien de la chance ! � Quand une autre lui confie que son adolescente en est � sa quatri�me cure de d�sintoxication pour prise de coca�ne, il se dit que, cette fois, c'est lui le veinard. Ses filles � lui, Alma et Lila, �g�es respectivement de seize et de dix-neuf ans bient�t, ne lui causent aucun souci mis � part ce bout de tissu symbolique qu'elles refusent mordicus de retirer en classe, quelles qu'en soient les cons�quences.

L'avocat du MRAP, qui a obtenu la condamnation de Le Pen dans l'affaire du � d�tail � et celle de Brigitte Bardot pour ses d�clarations diffamatoires, n'a pas de position tranch�e sur le port du foulard islamique. Tout au plus, l'ath�e r�solu qu'il est �prouve-t-il une g�ne �pidermique devant ce signe d'appartenance religieuse, rebutant et suspect en lui-m�me, qu'il n'amalgame pourtant pas � l'islamisme. Quel est le sens de cette pratique ? Il ne le saisit pas, le ressent comme � �trange � tant il est �tranger, totalement, � la notion m�me de foi... Dieu...

Ce fils d'une institutrice de � la la�que �, �duqu� dans l'occultation presque compl�te de ses racines juives, orient� � gauche-gauche et rest� fid�le � sa panoplie d'arguments rebattus - y compris � l'�gard du peuple palestinien et de la politique isra�lienne - se voit aujourd'hui amen� � devoir comprendre l'aspiration spirituelle soudaine de ses propres enfants, scrupuleusement �lev�s au jambon blanc dans le giron d'une famille paternelle � bouffeuse de cur� �.

C'�tait sous-estimer l'impact discret de la branche maternelle kabyle, pratiquante musulmane certes mod�r�e, mais unique r�f�rence religieuse pour des jeunes filles qui s'interrogent sur le sens de la vie, sur l'au-del�, le salut, le paradis � Des questions m�taphysiques qu'on se pose souvent � leur �ge, peut-�tre un peu plus particuli�rement de nos jours, dans un environnement tel qu'Aubervilliers o� elles vivent, surpeupl� de musulmans d'origine maghr�bine. Et o� les r�ponses trouv�es se voient inspir�es � naturellement � de l'islam, seul ici sur le pied de guerre.

Mais Laurent L�vy estime que la situation pourrait �tre bien pire. Lila et Alma ne sont pas devenues des musulmanes int�gristes. Pas encore. Leur p�re en est certain. Autant qu'il peut l'�tre. Il y veille en tout cas avec une vigilance de louve. Le danger existe, il ne se le cache pas. Pas question ici de se laisser berner, il en va de l'avenir de ses enfants. Le voici, on ne peut plus cr�ment, plong� dans un dilemme personnel pour lequel le pays, de son c�t�, cherche une solution nationale.

L'�volution s'est faite lentement. Les enfants ont commenc� par ne plus vouloir manger de porc. Pas de probl�me. Par je�ner ensuite au Ramadan, suivant l'exemple de leurs grands-parents maternels. Normal. Par faire leurs pri�res cinq fois par jour. Coh�rent. Par refuser de quitter leur jogging en plein soleil sur la plage. Fantaisie d'ados banale. Par refuser d'aller � la piscine. Logique. Par porter le foulard islamique et se cacher le corps sous des v�tements de plus en plus typ�s. Affaire de go�t et de libert�.

� la fin, les jeunes filles sont apparues couvertes de pied en cap sous le hidjab. Les parents ont trouv� l'habillage un peu trop spectaculaire mais, � l'�cole o� elles ne conservaient qu'une superposition de foulards autour de la t�te, cela ne leur a caus�, durant la plus grande partie de l'ann�e derni�re, aucun ennui majeur. Les quelques r�flexions du proviseur ne les ont pas emp�ch�es de poursuivre une scolarit� pour ainsi dire normale.

Reflet de la � nouvelle France � ? Voici donc un couple moderne, jud�o-musulman, pur produit de notre Histoire, qui se dit d�fenseur de toutes les libert�s, amen� � assumer les effets in�dits de sa tol�rance. Ses enfants ont d�couvert la foi, du c�t� musulman o� �a penchait le plus, et elles en sont heureuses. Tout va bien. Seule �pine : ce d�tail vestimentaire du hidjab, socialement assez g�nant. Bah�� chaque religion ses rites � L'orthodoxie juive impose aux jeunes filles des jupes longues � dix centim�tres du sol, c'est un exemple parmi d'autres� Alma et Lila L�vy auraient, en toute innocence, simplement adopt� la tenue qui leur � plait �. Aux yeux de Laurent L�vy, la th�se tient.

Dans une soci�t� provocante o� la nudit� s'affiche jusqu'� l'obsc�nit�, on peut ne pas s'�tonner de voir se manifester des r�actions radicales surtout chez les adolescentes toujours empress�es de se distinguer. Elles se rev�tent de ce qui est, disent-elles, � agr�able � leur Dieu �.

Vaut-il mieux en rire qu'en pleurer ? Il appara�t d�sormais aux jeunes L�vy, depuis une date r�cente, que d�couvrir la racine de leurs cheveux, le lobe de leur oreille ou la plus petite parcelle de la peau de leur cou est une atteinte intol�rable � leur pudeur ! La peau de la cheville ou du poignet, �a va mais pas l'oreille, grand Dieu non, pas l'oreille ! Respect d� � toute religion mis � part, qu'est-ce que c'est que cette d�connade ?

Surgissent d�s lors d'autres interrogations � Qu'est-ce qui a conduit ces jeunes filles � prendre des positions extr�mes quand il leur est offert de vivre une foi musulmane authentique, consid�r�es comme elles le souhaitent, sans recourir � la marginalit� ? Dans quelles circonstances se sont-elles converties ? Dans quelle mosqu�e ont-elles prononc� leur chahada, leur profession de foi ? Quel imam les enseigne ? Voire les endoctrine ?
Autant de questions que Laurent L�vy s'est pos�es et auxquelles il dit avoir obtenu des r�ponses qui le rassurent :


Elles ont forc�ment suivi un enseignement pour en arriver l��

Oh, plus ou moins. Personne ne vit dans un bocal. On a une culture g�n�rale, on sait des choses. Ce sont des gamines rapides, intelligentes et instruites. Elles lisent des livres, elles sont curieuses, elles finissent par se construire leur mode de vie religieuse et par acqu�rir un certain cadre pour vivre leurs convictions. Si on les voit se promener avec le costume de Belph�gor, elles ne sont pas pour autant des zombies.
Vous les pensez tout � fait � l'abri d'une manipulation ?

C'est le sentiment que j'ai. Mes amis musulmans, qui ont pu parler avec elles de fa�on libre, ont le m�me� Il y a quelques jours, ma fille m'a dit qu'elle avait �t� approch�e par un � barbu � qui lui a dit : � Tu sais, on peut t'aider� � Elle a r�pondu : � Mon p�re s'en occupe ! � Notre premi�re r�action � leur m�re et � moi, quand on les a vues voil�es, a �t� de se demander si elles n'�taient pas tomb�es sous la coupe d'int�gristes. Rien de ce que j'ai pu observer ne me permet de confirmer ces craintes. Maintenant moi, je ne suis pas avec elles toute la journ�e et je ne peux jurer de rien . �

Et si vous aviez un doute, que se passerait-il ?

Ca, je n'en sais rien. J'irais d'abord voir ces gens en leur disant que, s'ils s'approchent de mes enfants, je les tue ! Et apr�s, pour le reste, on verrait. Je suis suffisamment pr�occup� par cette histoire pour ne pas me mettre � improviser une r�ponse � une hypoth�se.

Vous pensez que vous pourrez garder l'�il sur elles et qu'elles continueront d'accepter votre autorit� ou vos conseils ?

Je ne sais pas. D�s lors que je n'interviens pas dans leur intimit�, elles font souvent ce que je leur dis. Elles me font part de leurs h�sitations et, en g�n�ral, elles s'en tiennent � mon avis. Mais mon avis qu'elles ne devraient pas porter le voile ne fait pas partie des choses qu'elles peuvent entendre.

Il y a de l'admiration dans les propos de ce p�re pour la d�termination de ses filles d'assumer leurs choix envers et contre tout. Cela lui ressemble. La filiation n'est pas perdue, et il la reconna�t avec plaisir et soulagement dans la tol�rance qu'elles affichent. Attentif � tous les indices, Laurent L�vy rel�ve que Lila et Alma r�agissent avec vivacit� et hostilit� lorsqu'elles entendent des propos homophobes ; qu'elles ne r�cusent pas la part juive de leur naissance ; qu'elles ne jugent pas les femmes musulmanes non voil�es, pas trop non plus les autres, adeptes de tenues audacieuses ; qu'elles s'insurgent contre les fondamentalistes qui imposent la burka ou simplement le voile � des populations enti�res de femmes violent�es ; qu'elles ne reprochent pas � leur p�re sa s�paration d'avec leur m�re ni de vivre hors mariage avec sa nouvelle compagne ; qu'elles font du sport pour entretenir leur corps et m�me du jogging avec leurs copines le dimanche au Parc paysager de La Courneuve�

Laurent L�vy note : � Tout cela ne me semble pas entrer dans le cadre de l'int�grisme� Elles connaissent mon ath�isme, mon c�t� �ventuellement blasph�mateur. Elles ne me consid�rent pas comme le m�chant Satan et me respectent pour ce que je suis. Je les respecte pour ce qu'elles sont. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Je ne vais pas les contraindre � manger du porc ou � montrer leurs cheveux qu'elles ont par ailleurs tr�s beaux� (Il me d�signe les photos de ses filles � en cheveux � expos�es aux regards sur les �tag�res de son bureau)� Les avis partag�s des musulmans sur le foulard, je m'en fous. Je ne suis pas th�ologien. Je ne veux pas savoir si l'orthodoxie musulmane est valable ou pas� Ce que je sais, c'est que j'ai des enfants qui n'iront pas � l'�cole si c'est au prix de montrer leurs cheveux, leurs oreilles ou leur cou ! Dans les cantines scolaires, on ne contraint pas les enfants musulmans ou juifs � manger du porc. Pourquoi obligerait-on les filles � montrer leurs cheveux ? C'est cela la question. Ou bien on d�cide qu'on ne respectera pas les convictions intimes des �l�ves - solution qui me semblerait d�testable - ou bien on les admet. Quelles que soient les difficult�s que cela pose, on les enseigne.


Laurent L�vy s'est toujours d�clar� oppos� � l'interdiction du foulard islamique � l'�cole. D�s le d�but de la pol�mique, en 1989, alors que ses filles n'�taient pas du tout concern�es, l'avocat le proclamait d�j� haut et fort. Elles ont d'ailleurs certainement assist� � la maison � des discussions hom�riques, entre amis, � ce sujet.

� Le fait que des jeunes filles portent ce truc-l� ne peut �tre une raison pour qu'on les prive d'�cole. Une amie f�ministe me disait avoir employ� la formule : � Je pr�f�re Montaigne avec le tchador que le tchador tout seul. �

Elles lisent Montaigne vos filles ?

Oh non, ce sont des gamines qui n'ont jamais �t� de grosses lectrices. Elles lisent beaucoup plus depuis qu'elles sont dans leur machin� Des choses religieuses sur le paradis, le ceci, le cela� L'essentiel de leurs pr�occupations religieuses est d'apprendre ce qu'elles estiment �tre leur religion. Ce n'est pas compl�tement anormal, hein ? Il n'en demeure pas moins que ce sont des litt�raires. Lila a eu de tr�s bons r�sultats au bac fran�ais. Quinze et dix-sept, je crois. La philo, on l'en prive actuellement. Elle a �t� exclue du lyc�e apr�s dix jours de cours� La mission de l'�cole n'est pas facile, le m�tier d'enseignant est difficile. C'est une difficult� suppl�mentaire que d'avoir dans sa classe une ou deux �l�ves qui portent un tel foulard, je le reconnais. Mais � partir du moment o� une �l�ve est voil�e et o� on n'y peut rien, la priver d'�cole est une sottise, et contre-productive. Chapeau bas pour les professeurs qui r�solvent cette difficult�. Il y en a beaucoup. �

Est-ce que vous trouvez que cela vaut la peine de sacrifier ainsi le fond � la forme ?

Que cela ne vaille pas le coup, je suis bien d'accord avec vous. Ce que je sais, pour en avoir parl� avec elles, c'est que, sur ce point, elles ne sont pas au bord de transiger. Et je ne vois pas bien comment et au nom de quoi je les contraindrais � montrer des parties de leur corps qu'elles souhaitent cacher. Les enfants, on les �l�ve avec les moyens du bord, c'est-�-dire avec de l'amour. On fait ce qu'on peut. C'est difficile. La pire des choses qui pourrait arriver serait qu'elles s'en aillent. Et de l'�cole et des milieux familiaux d'influence. � Contre la volont� de ses filles de rompre avec une situation difficile, Laurent L�vy risque de se trouver tr�s d�muni. Resteront peut-�tre fortement ancr�es en elles les valeurs humaines et r�publicaines re�ues depuis toujours afin d'�viter qu'elles ne s'exasp�rent et finissent par trouver les lois islamistes aussi amples et confortables que leur tchador.
(source proche-orient.info. Fr�d�rique LEBELLEY)

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