Le Premier ministre palestinien Ahmed Kore� a inform� jeudi Yasser Arafat qu'il jetait l'�ponge, 48 heures apr�s l'investiture de son gouvernement, qui devait solliciter dans la journ�e la confiance du Conseil l�gislatif, dont la r�union a �t� annul�e. Arafat est la cause de cette nouvelle impasse
Menac� par Isra�l d'�tre "�cart�" � la moindre "incartade", Yasser Arafat avait investi mardi ce gouvernement "d'urgence" de huit membres qui s'�tait aussit�t engag� � mettre fin � l'"�tat de chaos" dans les territoires occup�s en tentant de convaincre les organisations radicales de mettre un terme aux coups de main anti-isra�liens.
Quarante-huit heures plus t�t, Arafat avait d�clar� l'"�tat d'urgence" dans ces territoires � la suite d'un raid isra�lien contre un camp palestinien proche de Damas en repr�sailles de l'attentat suicide du Djihad islamique qui a fait 19 morts samedi � Ha�fa.
Le pr�sident �lu de l'Autorit� autonome avait pris cette initiative pour "r�affirmer le principe d'une seule Autorit� palestinienne et le respect de la loi (devant une) situation tr�s, tr�s critique", indiquait-on de source haut plac�e.
Le g�n�ral Nasser Youssef, cens� superviser en tant que ministre de l'Int�rieur l'ensemble des forces de s�curit� palestiniennes, qu'Isra�l souhaite voir �chapper � l'emprise d'Arafat, avait brill� par son absence lors de l'investiture du nouveau gouvernement.
Le lendemain, on apprenait de source autoris�e que, soucieux de s'assurer la l�gitimit� requise pour les mesures de s�curit� qu'il serait amen� � faire appliquer, il n'assumerait ses nouvelles fonctions que s'il obtenait un vote de confiance du Conseil palestinien.
Youssef, dont le r�le futur �tait crucial pour la survie de la "feuille de route" internationale pour la paix engageant les Palestiniens � mettre au pas les mouvements radicaux, avait eu des difficult�s � trouver un accord avec Arafat ces derni�res semaines sur le partage des pouvoirs en mati�re de s�curit�.
Youssef avait finalement obtenu une autorit� plus grande que son pr�d�cesseur, Mohamed Dahlan, mais Arafat, qui a gard� un contr�le global sur ces questions, au grand dam d'Isra�l, est finalement revenu sur sa nomination et voulait l'�vincer, ce que Kore� a refus�, apprend-on de source autoris�e.
Les pouvoirs exig�s par Youssef et la volont� affich�e de Kore� de mettre fin � "l'�tat de chaos" dans les territoires palestiniens ont suscit� des inqui�tudes, non seulement parmi les mouvements extr�mistes, mais aussi parmi les parlementaires palestiniens, qui appartiennent en grande majorit� � la mouvance du Fatah, le mouvement d'Arafat.
En d�autres termes, c�est le pouvoir bonapartiste d�Arafat qui �tait menac�. Le vieil homme, n�a de cesse depuis son bunker en ruines, d�essayer de maintenir son pouvoir en faisant comprendre � l�opinion internationale qu�il est indispensable. Un jour, il laisse des attentats se commettre, l�autre il fait semblant d�en r�primer les auteurs.
Arafat, qui se remet d'une grippe intestinale, avait d'ailleurs pr�sid� jeudi matin une r�union du Comit� central du Fatah, qui devait pr�luder � la r�union du Conseil l�gislatif.
"Le probl�me fondamental, c'est que personne ici ne veut voir ce cabinet adopter comme priorit� la s�curit� telle qu'elle est con�ue par Isra�l et non pas la s�curit� du peuple palestinien", a expliqu� la d�put�e Hanane Achraoui. En d�autres termes, le parlement palestinien n�a pas de solution mais ne veut surtout pas de celles que propose Isra�l.
Or la situation en Isra�l est aussi extr�mement tendue et favorable � une fuite en avant. Jamais la crise �conomique n�a �t� aussi forte. La conjoncture internationale joue ind�niablement un r�le dans cette catastrophe. Mais il y a aussi le retrait des travailleurs palestiniens qui, jouant le r�le des travailleurs immigr�s dans les pays europ�ens, �taient devenus indispensables � l��conomie du pays.
Ils ont �t� remplac�s par 100.000 travailleurs venus d�autres pays voire d�autres continents. Mais le patronat isra�lien n�a pas jou� la transparence et en a profit� pour embaucher 200.000 travailleurs au noir. Ce sont eux que les d�put�s de droite veulent maintenant renvoyer chez eux � pour mettre au travail � les Isra�liens qui se sont inscrits dans les programmes d�aide sociale.
L�autre facteur est le double poids du budget militaire et des colonies. Le gouvernement isra�lien d�une fa�on totalement irresponsable, favorise leur extension. Or elles co�tent des fortunes � l��tat h�breu. En th�orie, Isra�l devrait avoir besoin de la paix pour prosp�rer. Mais dans le contexte d�hostilit� qui l�entoure, � cause de la crise sociale qui couve, beaucoup de dirigeant de droite pense que la fuite en avant belliciste est aussi une fa�on d�emp�cher les Isra�liens de prendre conscience du marasme dans lequel ils vivent. Les attaques contre la Syrie ont aussi cette vocation en esp�rant entra�ner les �tats-Unis dans une guerre contre les voisins ce qui donnerait du champ � l��tat h�breu.
Ultime probl�me : les Russes. Alors que jusqu�� maintenant toutes les diff�rentes communaut�s juives s��taient plus ou moins bien int�gr�es, jusqu�au cas douloureux des Falashas, les Russes font de la r�sistance. Beaucoup d�entre eux n�apprennent pas l�h�breu esp�rant partir pour les �tats-Unis. La jud�it� d�une moiti� de ces immigrants de fra�che date est douteuse. Enfin c�est une communaut� grangr�n�e par la mafia � sovi�tique �.
Bref rien ne va plus au pays des kibboutzim. M�me le r�ve sioniste a du plomb dans l�aile. Arafat est donc devenu un abc�s de fixation pour une soci�t� isra�lienne qui cherche les moyens de s�en sortir. Pire, le double jeu d�Arafat enferme la soci�t� palestinienne dans un dilemme infernal et favorise la mont�e des groupes extr�mistes.
Il faudra beaucoup de bonne volont� de part et d�autre pour emp�cher que le pire ne s�accomplisse. Mais il n�y a pas d�autre solution.
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