Editorial: Ainsi va le Luxembourg…


Quand le nuage de Tchernobyl enveloppa l’Europe de sa funeste cargaison radioactive, il contourna comme par miracle le Luxembourg. On connait aujourd’hui la triste vérité ! Quand la criminalité augmenta partout en Europe de l’Ouest depuis la tombée du rideau de fer, elle épargna miraculeusement le Grand-duché. On connait aujourd’hui la triste vérité ! Quand la crise économique vida les caisses des Etats voisins du Luxembourg, ce dernier continua à investir dans des futilités et à gamberger comme si de rien n’était, échappant à nouveau miraculeusement à la récession générale. On connait aujourd’hui la triste vérité ! Quand de la viande avariée circule au Luxembourg, elle ne représente, selon nos autorités sanitaires, aucun danger pour les citoyens du pays. Là où les Allemands crient au scandale et exhortent à la prudence, le Titanic luxembourgeois ne voit pas de problème. On connaîtra un jour la triste vérité !

Le bateau prend l’eau de toutes part et, tout comme dans l’affaire de la grippe aviaire, où initialement, on demandait aux citoyens de ramasser eux-mêmes des cadavres suspects d’animaux, ou dans le cadre de la loi anti-fumée où l’inénarrable ministre de la Santé dut avouer un lapsus en interdisant de fumer près des arrêts de bus (non, ce n’est pas une blague !), le fonctionnaire Besch, en charge de l’inspection vétérinaire, avoue ouvertement qu’il ne songeait même pas à prévenir la population de la présence potentielle de la dangereuse viande avariée, car il voulait d’abord avoir une confirmation par analyses. Ce ne sont que les informations de la presse allemande impliquant le Luxembourg dans l’affaire qui ont forcé la main à Bartolomeo et ses troupes et permis aux résidents luxembourgeois d’être informés. Au lieu de prévenir, on laissait donc le consommateur s’empoisonner pour ne pas faire paniquer les gens, comme le résume ce responsable décidément très spécial du ministère de la Santé.

Ainsi va le Luxembourg. Etouffer, rendre opaque, camoufler, gérer en petit cercle, en comité restreint, abuser des gens et surtout : se tromper et tromper les autres. Et cela souvent sans faire exprès. Car quand on peut encore admettre que certains ministres n’ont pas besoin d’être des foudres de guerre intellectuelles, il est plus qu’important que les fonctionnaires conseillers et les technocrates des ministères soient à la hauteur. Ils ne le sont souvent pas, par lassitude, par usure, par paresse, par commodité surtout.

Et c’est ainsi que les Luxembourgeois mangeront encore des légumes contaminés, mangeront des denrées pourries et ramasseront des cadavres d’oiseaux. Tout en voyant partir leur économie et leur richesse au diable.

Jean Nicolas



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