L'affaire du pédophile Francis Evrard, écroué pour les rapt et viol d'Enis à Roubaix (Nord), suscite de nombreuses questions et la "consternation" de la famille de l'enfant après la découverte en la possession du récidiviste de Viagra qui aurait pu lui être prescrit en prison. Selon une source proche de l'enquête, confirmée par son avocat Jérôme Pianezza, Francis Evrard, 61 ans, détenait une plaquette de Viagra entamée lorsqu'il a été arrêté mercredi soir à Roubaix avec l'enfant. Une enquête est en cours pour déterminer si ce médicament contre l'impuissance masculine lui a été prescrit par un médecin de l'établissement pénitentiaire de Caen où il était détenu ou dans le cadre de son suivi judiciaire, comme le pédophile l'a affirmé en garde à vue.
La famille d'Enis, le garçon de cinq ans enlevé mercredi après-midi, est "profondément écoeurée et consternée qu'il puisse avoir été prescrit du Viagra à quelqu'un de ce profil", a déclaré son avocat, Emmanuel Riglaire. "On marche complètement sur la tête", a-t-il ajouté, en assurant que l'ordonnance a été délivrée en détention.
"On a l'impression que cette personne n'a finalement été qu'enfermée pendant 18 ans" et que "quand elle sort (...) on lui donne les armes pour recommencer", a dénoncé Riglaire.
Mis en examen vendredi pour "enlèvement et séquestration, viols et agressions sexuelles en récidive", le pédophile n'aurait cependant vraisemblablement pas utilisé de Viagra quand il était avec Enis, qu'il a drogué avec des somnifères, selon l'avocat. "L'étonnement" de la famille du garçon est d'autant plus grand, selon Riglaire, que Francis Evrard avait été condamné en 2004 à 18 mois de prison ferme pour détention d'images pédophiles alors qu'il purgeait à Caen une peine de 27 ans de réclusion criminelle pour viols sur mineurs.
Le parquet de Lille s'est refusé à tout commentaire sur la question du Viagra, tandis que le directeur du centre de détention de Caen était "injoignable". Le Dr Edouard Herszkowicz, directeur du service d'addictologie à l'hôpital de Grasse (Alpes-Maritimes), s'est dit de son côté "surpris que l'on prescrive du Viagra à quelqu'un chez qui se pose plutôt l'éventualité d'un traitement hormonal de castration chimique". "C'est comme si on faisait tout et son contraire", a ajouté ce spécialiste du suivi des délinquants sexuels, en précisant qu'"à (sa) connaissance, il n'y a pas de prescription de Viagra en prison".
Libéré le 2 juillet, Evrard, condamné en 1975, 1985 et 1989 pour des attentats à la pudeur et des viols sur mineurs, Evrard devait être soumis à un traitement hormonal à compter du 24 août. Un traitement auquel il s'était déjà soumis en 2000, "manifestement en espérant obtenir ainsi une libération conditionnelle", et qu'il avait "immédiatement interrompu" quand il se l'était vu refuser, selon le parquet. Alors qu'il se trouvait du fait du risque de récidive sous "surveillance judiciaire" - qui lui interdisait notamment de quitter la région de Rouen sans autorisation - Francis Evrard s'est affranchi de toutes ces règles.
|
|