La triste histoire de Cesare Battisti, littéralement entubé par la France
Mar 20, 2007
En cavale depuis août 2004, l'ex-activiste italien d'extrême gauche Cesare Battisti, 52 ans, a été arrêté la semaine passée à Rio de Janeiro et sera sans aucun doute extradé vers la France ou l'Italie où il a été condamné à la réclusion à perpétuité pour quatre meurtres.

Cesare Battisti, ancien dirigeant des "Prolétaires armés pour le communisme" (PAC) a été arrêté sur le front de mer de Copacabana alors qu'il rencontrait une Française, Lucie Geneviève Olès, venue lui remettre de l'argent, selon la police brésilienne qui a mené l'opération avec des membres français d'Interpol. La jeune femme qui était entrée légalement au Brésil avec 9.000 euros a été relâchée, a précisé la police. "Elle a été le vecteur qui a permis de le repérer", a indiqué à Brasilia le chef des opérations et de la coopération internationale de la police fédérale brésilienne Glorivan Bernardo de Oliveira.

Battisti était rapidement transféré de Rio à Brasilia. Deux de ses avocats français, Mes Eric Turcon et Edgar Vincensini, sont immédiatement arrivés à Rio de Janeiro. "L'idée est de bien faire comprendre à l'avocat brésilien que nous avons mandaté, Me Rogerio Marcolini, que la contumace italienne (sa condamnation à perpétuité en son absence par la cour d'assises de Milan en 1993) ne nous semble pas régulière au regard de la loi brésilienne, pas plus qu'elle ne l'était au regard de la loi française", a indiqué Me Turcon.

Battisti a été interpellé "en réponse à une demande d'extradition du gouvernement italien", a précisé la police brésilienne. Rome a salué une "brillante opération" et le ministre italien de la Justice, Clemente Mastella, a souhaité que Battisti soit renvoyé rapidement en Italie, alors qu'un magistrat turinois qui l'avait poursuivi, Pietro Forno, a estimé que l'ancien activiste était toujours aussi dangereux aujourd'hui. Un traité d'extradition est en vigueur depuis 1993 entre le Brésil et l'Italie.

Cesare Battisti a été condamné par contumace en 1993 en Italie à la réclusion à perpétuité pour sa participation à quatre meurtres en 1978-1979, dont celui d'un bijoutier milanais. Battisti nie avoir commis ces meurtres. Arrêté en juin 1979 et évadé en octobre 1981, il avait trouvé refuge en Amérique latine, puis en France en 1990. Le président socialiste François Mitterrand s'était alors engagé à ne pas extrader les activistes italiens qui renonceraient à la violence. Une parole donnée par la France qui ne fut pas respectée ! La justice française a finalement accepté de l'extrader en octobre 2004, mais Battisti avait anticipé en août en prenant la fuite.

Pendant ses années françaises, Battisti, devenu gardien d'immeuble à Paris, a entamé une carrière d'auteur de romans policiers. Dans "Ma cavale", un livre paru en avril 2006 en France, il affirmait que sa condamnation reposait sur le "faux témoignage" d'un repenti, Pietro Mutti, l'un des chefs des PAC. Il avait reçu le soutien d'intellectuels dont Bernard-Henri Lévy qui estimait que la France ne pouvait pas revenir sur la promesse de François Mitterrand et d'une partie des socialistes dont le chef du PS François Hollande. Le PS souhaite "le respect strict de l'application des conventions internationales sur l'extradition", a déclaré le directeur de cabinet de François Hollande, Stéphane Le Foll. Le parti socialiste français semble donc laisser tomber lui aussi le fugitif Battisti.

L'écrivain français Gilles Perrault a lui qualifié d'"électorale et même électoraliste" cette arrestation en pleine campagne présidentielle, suggérant une implication du ministre de l'Intérieur et candidat Nicolas Sarkozy. Cette accusation a été reprise par les Verts français qui voient dans cette arrestation "un signe avant-coureur inquiétant de ce que Nicolas Sarkozy ferait s'il était élu président". Sarkozy avait déjà employé le même moyen de concordance des temps lors de l’arrestation d’Yvan Colonna, le Corse accusé du meurtre du préfet Erignac.

La plainte de Battisti devant la Coupe européenne des droits de l'Homme déclarée irrecevable


Dans un arrêt datant du 12 décembre dernier, la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) a déclaré irrecevable la plainte déposée par l'ex-militant italien d'extrême gauche Cesare Battisti contre le décret français d'extradition pris à son encontre le 23 octobre 2004, a-t-on appris lundi auprès de la CEDH.

Cesare Battisti, qui a été arrêté dimanche au Brésil et risque à présent d'être extradé, avait porté plainte le 3 août 2005 devant la CEDH pour dénoncer le fait que son extradition vers l'Italie "porterait atteinte à son droit à un procès équitable" car, dans ce pays, il avait été condamné à l'emprisonnement à perpétuité par contumace "sans avoir été dûment informé des motifs de l'accusation portée contre lui ni avoir eu l'opportunité de présenter valablement sa défense".

Il s'était également plaint de ne pouvoir bénéficier en Italie d'un nouveau procès, estimant que sa fuite ne saurait le priver du droit d'être rejugé en sa présence.

La Cour basée à Strasbourg a jugé que la plainte de l'ancien militant des Prolétaires armés pour le communisme (PAC) était "manifestement mal fondée". Les juges ont considéré qu'en prenant la fuite, le requérant avait "renoncé d'une manière non équivoque à son droit de comparaître personnellement et d'être jugé en sa présence".

Pour la CEDH, "le requérant était manifestement informé de l'accusation portée contre lui ainsi que du déroulement de la procédure devant les juridictions italiennes". En effet, poursuivent les juges strasbourgeois, Cesare Battisti, "qui avait délibérément choisi de rester en situation de fuite après son évasion en 1981", était "effectivement assisté de plusieurs avocats spécialement désignés par lui durant la procédure".

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