Un mois après son raid sur Arcelor, le numéro un mondial de l'acier Mittal dévoilera cette semaine son projet industriel au gouvernement français au moment où le sidérurgiste européen tentera de convaincre ses actionnaires de ne pas céder aux avances de son prédateur.
Lakshmi Mittal, patron du groupe éponyme, doit soumettre en début de semaine à Bercy son projet industriel de fusion avec son concurrent franco-hispano-luxembourgeois, d'un montant de 18,6 milliards d'euros. Ce projet était réclamé depuis le début par les autorités françaises, faisant écho aux attaques de la direction d'Arcelor qui dénonce l'absence de logique industrielle à un rapprochement entre les numéros 1 et 2 mondiaux.
Face à l'offensive de Mittal, sa cible Arcelor devrait dévoiler dès demain une partie de sa riposte. Ses dirigeants vont rencontrer quelque 200 actionnaires du groupe (85% du capital est en Bourse) pour leur "expliquer les engagements d'Arcelor pour la période 2006-2010." Ces rencontres sont destinées à faire la publicité auprès des investisseurs de ce que serait la "valeur future" d'Arcelor. Son patron, le Français Guy Dollé, s'est dit persuadé de pouvoir leur démontrer "l'intérêt" à rester actionnaires d'Arcelor face à une offre hostile de Mittal à 75% en échanges de titres.
Le sidérurgiste européen veut doubler sa production annuelle d'acier à 100 millions de tonnes d'ici cinq ans. Il cherche notamment à croître dans des pays où il est absent ou peu présent, en Chine, en Inde, dans les pays de l'ex-URSS et en Europe de l'Est, un moyen pour dissuader son prédateur Mittal Steel de l'avaler. Dans ses projets d'expansion, Arcelor a connu des fortunes diverses cette semaine. Il a été conforté par deux succès au Canada et en Chine mais affaibli par un revers en Turquie.
Le numéro deux mondial va croître en Chine, premier marché mondial de l'acier, en achetant pour 218 millions d'euros 38,41% du capital de l'aciériste Laiwu. Arcelor a obtenu vendredi le feu vert des autorités provinciales chinoises de Shandong (est). L'accord doit encore recevoir l'aval formel de Pékin d'ici trois à six mois. La Chine est depuis 1996 le premier producteur d'acier au monde. Elle représente un quart de la production sidérurgique mondiale et un tiers de la consommation.
Arcelor a aussi pris pied en Amérique du Nord en prenant le contrôle mardi du premier sidérurgiste canadien Dofasco (DFS.TO - actualité) pour près de 4 milliards d'euros. En revanche, il a trébuché mercredi en Turquie. Arcelor projetait d'acheter pour 1 milliard d'euros 20,5% du groupe Erdemir, premier sidérurgiste turc. Mais son principal actionnaire, le fonds de pensions des armées turques OYAK, a mis fin - pour des raisons de concurrence - à un accord qui le liait à Arcelor depuis fin 2005.
L'européen n'a cependant pas exclu de pouvoir revenir dans la course en continuant de négocier avec OYAK, dans un pays où il veut continuer à croître.
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