Les responsables politiques ont tous obtenu leur non lieu et Chirac, le véritable initiateur de ce réseau de la corruption, reste intouchable !
L'un des plus retentissants scandales politico-financiers des années 1990, l'affaire dite des "HLM de Paris", a abouti ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris sans homme politique parmi les prévenus, l'ancien maire de la capitale, Jean Tiberi, ayant bénéficié d'un non-lieu en février dernier. Ce sont 49 prévenus -chefs d'entreprises ou dirigeants de l'Office public d'aménagement et de construction (OPAC) de la Ville de Paris- qui comparaissent jusqu'au 5 avril devant la 11e chambre pour répondre de l'attribution des marchés publics de l'office HLM de la capitale.
Cette enquête sur les passations de marchés de l'OPAC a été ouverte en 1994, après dénonciation du ministère du Budget, dirigé par Nicolas Sarkozy, sur fond de guerre fratricide au RPR entre les présidentiables Edouard Balladur, Premier ministre de la seconde cohabitation, et Jacques Chirac, maire de Paris et président du parti gaulliste. L'information judiciaire ouverte à Créteil a provoqué la démission du gouvernement Balladur du ministre de la Coopération Michel Roussin, ancien chef de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris. Il avait été convoqué par le juge Eric Halphen pour être mis en examen. Il bénéficiera par la suite d'un non-lieu. Elle a permis d'établir qu'une vingtaine d'entreprises du bâtiment et des travaux publics ont versé au cours de trois ans (1991-1994) plus de 38 millions de FF (5,7 millions d'euros) au financier occulte du RPR, Jean-Claude Méry, en contrepartie d'informations confidentielles sur les marchés publics de l'OPAC, facilitant leurs obtentions. Au cours de l'enquête, Jean-Claude Méry, décédé en 1999, a admis avoir obtenu ces informations de son ami Georges Pérol, directeur général de l'OPAC de 1982 à 1993. Proche du chef de l'Etat, cet homme aujourd'hui âgé de 80 ans est mis en examen pour trafic d'influence. D'autres sources d'informations de Jean-Claude Méry étaient Roger Roy, adjoint du directeur de la construction, ou Jean-Louis Grapin, directeur de la gestion du patrimoine de l'OPAC. Ils sont aussi mis en examen pour trafic d'influence.
Tout au long de l'enquête, le dossier des HLM de Paris a connu de nombreux rebondissements. D'abord une tentative de déstabilisation du juge à travers la personne de son beau-père, le Dr Jean-Pierre Maréchal, organisée, selon l'ancien conseiller général des Hauts-de-Seine Didier Schuller, avec l'aval du ministère de l'Intérieur alors dirigé par Charles Pasqua. Un an et demi plus tard, en juin 1996, les fonctionnaires de police refuseront, sur ordre de leur hiérarchie, d'assister le juge Halphen lors de sa perquisition au domicile des époux Tiberi. Cela coûtera son poste à Olivier Foll, le directeur général de la police judiciaire.
En septembre 2000, la transcription des confessions posthumes de Jean-Claude Méry ébranle le chef de l'Etat. Sur une cassette vidéo, l'ancien collecteur de fonds du RPR désigne Jacques Chirac comme l'instigateur d'un "système" de fraude sur les marchés publics destiné "à financer le RPR". Elle sera saisie par le juge Halphen dont l'instruction a pourtant été suspendue depuis novembre 1999 par la cour d'appel de Paris. Les accusations de M. Méry seront jugées "abracadabrantesques" par le chef de l'Etat. Mais quelques semaines plus tard, plus de six ans après sa mise en examen, François Ciolina, ancien directeur-adjoint de l'OPAC, confirmera ces propos devant le juge.
En avril 2001, Jacques Chirac sera convoqué comme témoin par le juge Halphen qui se déclarera incompétent pour l'entendre au regard de la Constitution et de l'avis du Conseil constitutionnel sur l'immunité présidentielle. Les proches du président l'accuseront alors de "forfaiture".
En septembre de la même année, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris annule les derniers actes du juge Halphen, notamment la convocation du chef de l'Etat, et le dessaisit au profit du juge parisien Armand Riberolles. Celui-ci a clôturé ce dossier en janvier 2004 et a renvoyé les 49 personnes devant le tribunal en février 2005.
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