Le juge Gilbert Thiel a ordonné le renvoi d'Yvan Colonna devant la cour d'assises de Paris pour l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella en 1997, au cours de laquelle l'arme qui a servi à tuer le préfet Claude Erignac a été dérobée. Yvan Colonna avait été mis en examen pour ces faits le 5 juillet 2003, au lendemain de son arrestation dans le maquis corse après quatre ans de cavale.
Il est poursuivi pour "destruction de bien par substance explosive, enlèvement et séquestration en bande organisée, vol et violences sur agent de la force publique, le tout en relation avec une entreprise terroriste", des qualifications passibles de réclusion criminelle à perpétuité.
Yvan Colonna est la seule personne poursuivie dans le dossier de l'attaque de la gendarmerie, les autres participants ayant déjà été condamnés pour ces faits par la cour d'assises de Paris en juillet 2003, en même temps que pour leur participation à l'assassinat du préfet Erignac.
Parallèlement, il est poursuivi par la juge antiterroriste Laurence Le Vert pour l'assassinat du préfet Erignac. La magistrate a notifié mercredi dans ce dossier la fin de son instruction.
En raison de leur connexité, ces deux dossiers pourraient faire l'objet d'une jonction devant la cour d'assises, comme cela avait été le cas lors du procès des membres du commando "des anonymes". Mais l'éventuel renvoi du berger de Cargèse pour assassinat devant la cour d'assises ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois, compte tenu des délais de procédure et des possibilités d'appel, a expliqué une source judiciaire en refusant de se prononcer sur la date d'un futur procès.
Dans le dossier Pietrosella, Colonna a été mis en cause par plusieurs membres du commando Erignac, qui se sont rétractés depuis. Mais il a toujours contesté avoir été présent lors de l'attaque de la gendarmerie. Au cours de l'instruction, il a expliqué devant le juge Thiel avoir dîné avec son fils dans une pizzeria le soir des faits.
L'attaque de la gendarmerie de Pietrosella, au sud d'Ajaccio, s'est déroulée dans la nuit du 5 au 6 septembre 1997, cinq mois jour pour jour avant l'assassinat du préfet. Un commando composé de cinq hommes masqués et armés avait attaqué la gendarmerie vers une heure du matin faisant exploser les locaux et prenant en otage deux gendarmes à qui ils avaient dérobé leurs armes, avant de les relâcher quinze kilomètres plus loin dans le maquis. C'est l'une de ces deux armes, un pistolet Beretta 9 mm, qui a servi à tuer le préfet Erignac le 6 février 1998. En guise de signature, l'assassin avait jeté l'arme près du corps sans vie du préfet. La deuxième arme avait été retrouvée en février 2005 à Cargèse sur les indications d'un des membres du commando Erignac, Pierre Alessandri.
En juillet 2003, la cour d'assises a condamné Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, considérés comme les "tête pensantes" de l'assassinat du préfet, à la réclusion criminelle à perpétuité et les six autres accusés à des peines de 15 à 30 ans. Les huit condamnés ont également été reconnus coupables d'avoir participé à l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella. Deux d'entre eux, Jean Castella et Vincent Andriuzzi, considérés par l'accusation comme les "intellectuels" du groupe, ont fait appel de leur condamnation.
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