Le ministre français de l'Intérieur Nicolas Sarkozy attaque "Le Matin" de Lausanne en justice pour atteinte à la vie privée, annonce dans son édition de mercredi le quotidien romand édité par le groupe Edipresse. L'affaire est portée devant le tribunal de grande instance de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie). C'est suite à plusieurs articles publiés fin mai sur ses problèmes conjugaux que M. Sarkozy a décidé de poursuivre "Le Matin". Selon le journal, le ministre réclame, pour dommages et intérêts, 1 euro symbolique à Edipresse ainsi que la publication de la décision du tribunal dans cinq éditions successives du quotidien helvétique, et durant quatre jours sur son site Internet.
Dans l'entourage du ministre de l'Intérieur, on ne souhaitait pas faire de commentaires mercredi: "C'est entre les mains de la justice". Le président de l'UMP estime que "Le Matin" a porté atteinte à sa vie privée en publiant "sans accord de M. Sarkozy", divers articles relatifs à sa vie conjugale et sentimentale. Il reproche notamment au quotidien d'avoir publié des titres et des affichettes "accrocheurs" sur ses problèmes conjugaux et d'avoir rendu accessibles tous les articles concernant son couple sur le site Internet du quotidien, selon "le Matin". L'avocat du ministre de l'Intérieur, Me Philippe Blanchetier, estime que ces articles constituent une "intolérable intrusion et atteinte dans la vie privée de Nicolas Sarkozy, dont la protection est assurée par l'article 9 du Code civil. Il est en effet acquis que la vie conjugale et sentimentale de toute personne relève de la vie privée".
Les deux parties comparaîtront devant le tribunal dans les deux mois suivant la demande d'assignation. Le quotidien relève que "l'originalité du choix du tribunal tient probablement au fait que "Le Matin" n'est pour ainsi dire pas distribué en France métropolitaine". Il compte 500 lecteurs sur la rive française du lac Léman, à Evian et Thonon-les-Bains.
"Le Matin" a confié à l'avocat parisien Jean Braghini la défense de ses intérêts. Dans un éditorial, Peter Rothenbühler, rédacteur en chef du journal, écrit que le quotidien "respecte toujours la sphère privée des personnalités. Aussi longtemps que cette sphère conserve son caractère privé". Selon Peter Rothenbühler, "le procès aura le mérite de poser publiquement cette question: peut-on interdire aux médias de s'intéresser à la vie privée d'une personnalité très en vue quand celle-ci a délibérément choisi d'exposer au maximum à la curiosité du grand public sa famille, son couple, ses enfants et même ses sentiments?".
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