Le gouvernement de droite au pouvoir en Espagne en mars 2004 avait "manipulé et déformé" les faits concernant les attentats de Madrid pour tenter d'éviter une défaite quelques jours plus tard aux élections législatives, conclut une commission parlementaire dans un rapport de 200 pages. Le rapport, qui survient après plus d'un an d'âpres querelles sur le sujet, accuse le gouvernement de José Maria Aznar de ne pas avoir tenu compte d'avertissements de la police, selon lesquels le soutien de Madrid à la guerre en Irak avait accru les menaces d'attentats islamistes en Espagne.
Le Parti populaire (droite), qui a perdu le pouvoir au profit du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) lors des législatives tenues quelques jours après les attentats, est la seule formation à ne pas soutenir les conclusions de la commission parlementaire. Malgré les éléments abondant dans le sens contraire, dont un enregistrement d'un groupe islamique disant que les attentats avaient été menés en représailles contre le rôle joué par l'Espagne en Irak, le PP avait insisté sur la piste de l'ETA, présentant les séparatistes basques comme les principaux suspects.
"L'objectif était d'influencer l'opinion publique quant aux auteurs des attentats, et d'éviter les conséquences politiques qui auraient pu porter atteinte aux intérêts électoraux du Parti populaire", lit-on dans le rapport. Selon le document, le PP craignait un retournement de l'opinion publique en sa défaveur au cas où les attentats seraient liés au soutien des autorités de Madrid à la guerre en Irak, soutien très impopulaire parmi la population espagnole. "Il s'est agi, de toute évidence, d'une attitude impropre à un gouvernement démocratique", lit-on.
Aznar, qui avait cédé le pouvoir aux socialistes après les élections, a déclaré l'an dernier lors d'une audience devant la commission qu'il continuait de croire que l'ETA était lié aux attentats. Dans son rapport, la commission dit n'avoir trouvé aucun élément permettant de voir quelque implication que ce soit des séparatistes armés basques dans les attentats du 11 mars 2004.
|
|