L’assassinat du journaliste de RFI, Jean Hélène, était devenu nécessaire en Côte d’Ivoire pour raison d’Etat. Dans un pays en état de guerre avec la France, il y avait urgence de faire assassiner un journaliste devenu dangereux de par les informations qu’il détenait et que L’Investigateur publie aujourd’hui en exclusivité. Le journaliste de RFI, la station radio « étatique » française écoutée en permanence par plus de cinquante pour cent des citoyens ivoiriens dans un pays où d’autres médias et la télévision nationale font cruellement défaut, représentait un danger énorme. C’est le poids de RFI, encore appelée en Afrique « radio Elysée », dont deux tiers du budget sont payés par l’Etat français, qui a été en quelque sorte fatal à Jean Hélène.
Le journaliste était traqué par les services secrets de Côte d’Ivoire. Ses deux téléphones portables étaient, comme nous le décrivons dans notre enquête, sous écoute permanente. Quand le journaliste de RFI a obtenu certaines informations tellement explosives qu’elles mettaient en danger tout simplement la survie du régime du président Gbagbo, il y eut une panique générale au sommet de cet état africain. Et on mit en route une opération terriblement improvisée pour empêcher l’homme de RFI de faire ses révélations que le lecteur trouvera ci-dessous.
Une panique et l’improvisation d’un assassinat qui témoignent de ce que le régime de Gbagbo est un régime aux abois, prêt à faire n’importe quoi pour survivre tant bien que mal et par tous les moyens, pour se maintenir malgré l’importance que prend l’opposant du Nord, Outtara, qui est soutenu par la France et qui est le prochain nom sur la liste des escadrons de la mort à passer de vie à trépas.
Et voilà la France, depuis l’assassinat du journaliste Jean Hélène, de plus en plus visiblement embarquée dans sa (petite) guerre d’Irak, avec 15 000 nationaux vivant en territoire ivoirien, avec des intérêts financiers considérables sur place qu’il importe de préserver et de protéger et 4 500 militaires français sur le front, avec des pillages contre les intérêts français, un président de la République régulièrement hué, un ministre des Affaires étrangères français ridiculisé et un carnage antifrançais qui se profile de plus en plus à l’horizon qui constitue aujourd’hui le premier problème à envisager et à combattre.
Jean Hélène était donc sous la surveillance de l’ancienne cellule radio en Côte d’Ivoire dont le travail consiste uniquement à intercepter des gens (hommes politiques, journalistes, etc.) qui l’intéresse. Malheureusement Jean Hélène, qui avait appris l’existence d’un contrat passé avec Bob Denard, en avait parlé sur son portable et s’apprêtait à sortir l’affaire publiquement. On imagine l’impact international désastreux pour le président. S’adresser à Denard, l’homme à tout faire de la France… Le mercenaire. C’est alors que la décision a été prise d'éliminer purement et simplement le journaliste et certains informateurs. Ce fut fait.
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