Alerte rouge contre le risque d'attentats dans plusieurs pays
Dec 4, 2003
Les autorités américaines et britanniques ont alerté leurs ressortissants, mardi 2 décembre, du risque d'attentats dans plusieurs pays. La Grande-Bretagne, le Kenya et l'Arabie saoudite seraient plus particulièrement visés par les terroristes.

En Grande-Bretagne, quatorze personnes ont été arrêtées mardi dans le cadre d'un vaste coup de filet antiterroriste, alors que l'hypothèse d'un attentat sur le sol britannique, à l'approche des fêtes de fin d'année, est désormais ouvertement évoquée par les autorités. Jusqu'au plus haut niveau de l'Etat, on ne cache plus, en effet, que la Grande-Bretagne pourrait être la prochaine cible des terroristes, après les attentats commis à Istanbul le 20 novembre contre des intérêts britanniques, en l'occurrence le consulat du Royaume-Uni et le siège de la banque HSBC.

"Ces gens (les terroristes) n'ont pas de scrupules et n'hésitent pas à prendre la vie de personnes innocentes, à tuer le plus de gens possible", a lui-même mis en garde Tony Blair, mardi lors de sa conférence de presse mensuelle, appelant ses concitoyens à la "vigilance". Le niveau d'alerte en Grande-Bretagne contre d'éventuelles attaques terroristes a été requalifié à la mi-novembre, passant "d'important" à "grave", soit le deuxième niveau le plus élevé.

S'exprimant lors d'une conférence, dimanche, le maire de Londres, Ken Livingstone, n'avait rien fait pour apaiser les craintes de ses administrés, assurant que "quatre attentats en préparation et destinés à tuer et causer le chaos dans la ville ont été enrayés". Ken "le rouge", connu pour son franc-parler, s'était cependant refusé à donner la moindre précision sur la nature des attentats programmés.

En Afrique, c'est le Kenya qui pourrait être visé par les terroristes. Le département d'Etat américain et les services des Nations unies à Nairobi ont lancé mardi des alertes sur de possibles attaques-suicides mercredi matin dans la capitale kenyane. Deux bâtiments dans le centre-ville ont par ailleurs été évacués pendant quelques heures mardi pour des raisons de sécurité après avoir reçu des alertes à la bombe. "Deux importantes missions diplomatiques ont dit avoir reçu des informations crédibles sur d'éventuelles attaques-suicides à Nairobi mercredi matin visant deux grands hôtels, le Stanley et le Hilton", indique un message du service de sécurité de l'ONU de Nairobi, sans autre précision.

Le département d'Etat américain a aussi averti ses citoyens résidant au Kenya d'une éventuelle menace d'attaques "les prochains jours", selon son site Internet. Le porte-parole de l'ambassade britannique, Mark Nolton, a indiqué être "au courant" de cette alerte mais ne pas être à son origine. "Il est difficile de vérifier, pour l'heure, la véracité de cette information et si les deux hôtels cités sont les vrais cibles", précise l'alerte des Nations unies.

Allié traditionnel des États-Unis, le Kenya, ancienne colonie britannique, a été frappé en 1998 et 2002 par des attentats revendiqués par le réseau Al-Qaida. Les alertes de mardi interviennent quatre jours après le premier anniversaire du double attentat anti-israélien du 28 novembre 2002 à Mombasa, sur la côte kenyane, qui avait fait 18 morts : 12 Kenyans, 3 Israéliens ainsi que les trois kamikazes.

Au Proche-Orient, la cible pourrait être à nouveau la présence occidentale en Arabie saoudite et en particulier à Riyad, capitale du pays. Londres s'est associé mardi au message d'alerte de Washington, qui craint de nouvelles attaques contre des Occidentaux dans ce pays. L'ambassade de États-Unis à Riyad a averti mardi que des attentats pourraient viser des complexes résidentiels habités notamment par des Occidentaux dans le royaume saoudien, y compris la capitale.

Le Foreign Office n'a pas modifié ses conseils demandant déjà aux ressortissants britanniques d'éviter l'Arabie saoudite, sauf pour les "voyages essentiels". "À la suite des attaques terroristes à Riyad en mai et novembre, nous continuons à penser que des terroristes prévoient d'autres attaques en Arabie saoudite", a toutefois ajouté le ministère britannique des affaires étrangères sur son site. "Vous devez adopter un profil bas et éviter les rassemblements publics", souligne le Foreign Office.

L'ambassade des États-Unis à Riyad a quant à elle exprimé "sa préoccupation pour la situation sécuritaire en Arabie saoudite", invitant également les quelque 35 000 Américains vivant dans le pays à être "vigilants" et "faire profil bas". "Selon de récentes informations confirmées, le complexe résidentiel Seder à (l'est de) Riyad a été surveillé de près par des éléments terroristes et d'autres complexes occidentaux dans le royaume peuvent aussi en être la cible", indique l'ambassade dans un avertissement publié sur son site Internet.

Aux États-Unis même, le gouvernment a décidé de mettre les bouchées doubles afin de faire oublier ses cafouillages et la lutte à laquelle se livrent CIA et FBI. Le fichier central américain rassemblant les listes de terroristes présumés a été activé lundi, mais il faudra attendre plusieurs mois avant qu'il devienne l'outil efficace exigé par les services de sécurité pour identifier des suspects éventuels, si on en croit des responsables de l'administration Bush mardi.

Le Centre de contrôle du terrorisme de Crystal City (Virginie) ne dispose pour le moment que d'une seule liste et doit encore être complété avec les fichiers du FBI, de la CIA, du département d'Etat, du département de la Sécurité intérieure et d'autres agences gouvernementales américaines.

Le FBI a informé cette semaine les polices de tous les États-Unis que les opérations du centre avaient débuté, a expliqué mardi Brian Roehrkasse, porte-parole du département de la Sécurité intérieure.

L'administration Bush avait annoncé la création de ce fichier en septembre, après avoir reconnu l'échec des recherches visant à retracer le parcours des deux derniers pirates de l'air du 11 septembre 2001 qui étaient entrés aux États-Unis début 2000.

Ce centre est dirigé par le FBI et rassemblera des employés du département de la Sécurité intérieure et d'autres agences. Il permettra à la police, aux employés d'aéroports, à ceux des ambassades et à d'autres personnels de sécurité gouvernementaux de vérifier un nom ou un autre renseignement en interrogeant le fichier central.

Auparavant, 12 listes différentes étaient réparties dans neuf agences.

Selon un communiqué du Département d'Etat, ce centre proposera "une liste anti-terroriste unique et détaillée opérationnelle au 1er décembre 2003", mais un responsable de l'administration ayant requis l'anonymat a estimé mardi qu'il faudrait plusieurs mois avant que toutes les informations soient rassemblées.

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