Un restaurant a été plastiqué… pour un film, « L’enquête cors » de Pétillon dans laquelle Christian Clavier tient le rôle principal. Récit de Corse-Matin.
Un soir, sur le petit port do pêche d'Erbalunga. Le ciel de novembre finissant est de velours noir. Le halo larmoyant du croissant de lune laisse espérer que l'orage n'éclatera pas. On tourne les dernières séquences de L'Enquête corse interdites la veille par le vent violent du Cap. Les regards de la production implorent la clémence du temps. Dans quelques minutes, Le Pinochio, le restaurant va être dynamité.
Les curieux s'agglutinent. Il fait frisquet mais les acteurs, eux, sont tous en tenue estivale. Dans le film, ce sera miraculeusement un soir d'été. Le réalisateur Alain Berberian affiche le sourire de la confiance. Tout s'est si bien passé jusque-là.
Le tournage de l’Enquête Corse de Pétillon
Pour toute l'équipe de l’Enquête Corse, la Corse aura été une promesse formidablement tenue. La preuve que l’hospitalité n’est pas un vain mot et pas simplement en direction de clandestins.
Dommage que Pétillon ait quitté Erbalunga quelques heures plus tôt. Il se serait éclaté. Ça y est. Les artificiers du cinéma allument les mèches. BOUM I Des langues de feu incendient la mer. De la poudre aux yeux et dans les narines. Les cascadeurs se relèvent. La scène est dans la boîte, encore toute fumante.
Christian Clavier, lui, qui tenait un gros poulpe à la main pour les besoins du tournage, ne se fait pas un sang... d'encre. Il rejoint sa loge où il nous reçoit avec la « mine » rayonnante dont il ne se départit presque jamais.
Le lendemain, tout le monde rentrera à Paris. Le bilan qu'il tire de ces presque trois mois de tournage n'est pas artistique, il n'est pas technique non plus.
Il est d'abord humain « L'accueil a été exceptionnel et l'aide et le soutien considérables dans toutes les villes et tous les villages que nous avons traversés. Chacun d'entre nous, et plus particulièrement ceux qui découvraient l'île, a pu véritablement expérimenter l'hospitalité corse. Une vraie sympathie en même temps qu'une vraie curiosité. On n'élude pas les problèmes, mais tous repartent avec une vision aux antipodes de celle que les médias nationaux véhiculent régulièrement. Jean (Reno) est reparti émerveillé. Il est devenu, lui aussi, un inconditionnel de la Corse. Il faut dire que notre itinéraire a été jalonné d'échanges et de moments inoubliables »
Un avis partagé par le confident et le conseiller de production
De la valeur des comédiens corses
Par exemple, cette nuit de méchoui sur la place de Sainte-Lucie de Tallano où l'on a ravivé le feu du vieux four à pain. Ou la longue veillée de Palasca, portée jusqu'à l'aube par la musique et les chants polyphoniques. Les apéritifs conviviaux organisés un peu partout par les maires. Ou bien encore ce figurant de Sartène qui, enchanté de son expérience, revient sur le lieu du tournage avec.., deux sangliers. De quoi réjouir Clavier/Asterix...
L'acteur remercie aussi les hôteliers et restaurateurs pour leur professionnalisme et leur disponibilité. Mais Christian Clavier a un faible pour les comédiens insulaires qui l'ont entouré : « Au-delà du talent réel qui apportera au film une vérité de l'île qu'il aurait été impossible de restituer sans eux, nous avons tous beaucoup appris des comédiens corses, des valeurs qu'ils véhiculent, de leur sens de la théâtralité et de la macagna auquel j'avais été initié dans mon enfance par mon grand-père à Marseille de la place dela langue corse dans la culture et l'écriture. Je suis fier de les avoir à mes côtés ».
D'ici peu, le 9 décembre précisément, pour les besoins de L'enquête, est prévue la remontée massive des acteurs corses sur la Capitale où la mairie de Vincennes servira de cadre à la fameuse scène du tribunal. Pétillon, paraît-il, y assistera.
Marc Vadé, le directeur de la production, n'en revient pas lui-même au moment où il supervise les dernières séquences
« La pluie de ces derniers jours ne compte pas. En terme de lumière et de paysages, on a eu tout ce qu'on voulait. En 20 ans de métier, c'est la première fois qu'un tournage se passe aussi bien. Les distances étaient d'emblée abolies: toute l'équipe du tournage est allée spontanément vers les gens qui eux-mêmes ont pu partager la vie des comédiens. Il n'y avait rien d'artificiel, que des relations sincères et spontanées. Des liens d'amitié se sont tissés un peu partout et, bien souvent, nous avons vécu des moments très émouvants. Un vrai bonheur
C'est sûr. La reconnaissance de l'équipe de L'enquête corse n'aura pas la mémoire courte ».
600 heures... de tournage!
Cinq kilomètres de pellicule. Alain Berberian n'a pas lésiné sur les moyens techniques pour avoir exactement ce qu'il avait en tête et donner vie et enthousiasme au scénario.
Il a collé son œil à la caméra pendant douze semaines de six jours. Ce qui représente pratiquement 600 heures de tournage dans l'île. Avec une enveloppe financière qui s'élève à environ 3 millions d'euros sur un budget total de 18 millions.
Ce sont aussi 1200 journées de figuration qui ont été payées sur place et l'équipe de 90 personnes a séjourné dans sept établissements hôteliers.
L'enquête corse a été menée dans toutes les régions de l'île: Bastia, Cervione, Alesani, Île-Rousse, Sant’Antonino, Palasca, Ajaccio, Porto-Vecchio, Figari, Propriano, Sainte-Lucie de Tallano, Sartène, Baracci, l'Ospedale, Fozzano, Brando...
La primeur aux Corses
Le tournage se termine à Paris mais il n'est pas exclu que l'équipe revienne au printemps pour quelques séquences de raccord.
Le film entamera ensuite une longue phase de montage. Sa sortie est prévue par Gaumont début septembre 2004.
Mais en signe de reconnaissance à la Corse, la comédie sera présentée en avant avant-première sur quelques écrans insulaires au mois d'août. Un précieux test.. après l'accueil réservé à la BD de Petillon.
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