La violence à l'égard des femmes est courante dans le monde entier
Dec 3, 2003
Soulignant l'urgence de mettre fin à la violence à l'égard des femmes, la directrice générale du Fonds de développement des Nations unies pour la femme (UNIFEM), Mme Noeleen Heyzer, a déclaré que 1 femme sur 3 dans le monde entier sera, au cours de sa vie, soit battue, soit forcée à avoir des rapports sexuels, soit soumise à des sévices et que l'inégalité entre les sexes créait des conditions propices au maintien de la violence exercée à l'encontre des femmes.

"Nous savons tous, a-t-elle dit, que la violence à l'égard des femmes a des effets dévastateurs (...) Elle détruit les dons et les possibilités d'un grand nombre de filles et de femmes", a-t-elle dit lors de la conférence de presse qu'elle a donnée le 24 novembre à l'occasion de la parution du nouveau rapport de l'UNIFEM, dont le titre anglais est "Not a Minute More : Ending Violence Against Women" (Pas une minute de plus : mettre fin à la violence à l'égard des femmes).

"Nous savons aussi que les coûts de la violence à l'égard des femmes sont immenses. Ils sont beaucoup trop élevés, et nous devons mettre fin à cette violence (...). En fait nous ne pouvons pas attendre une minute de plus pour ce faire.

"Il exige de nombreuses stratégies qui donnent des résultats. A de nombreux égards, nous sommes dans une meilleure situation qu'il y a dix ans en ce qui concerne le cadre juridique nécessaire, l'ordre de priorité, le fait de savoir ce qui donne des résultats, la prise de conscience, les relations entre organismes intéressés, la participation des jeunes garçons et des hommes.

"Toutefois, le monde est de plus en plus en proie à la violence. Nous allons à contre-courant. Il nous faut renforcer les moyens des femmes pour leur permettre d'influencer la direction dans laquelle s'oriente le monde."

Le nouveau rapport porte sur les dix années qui ont suivi la Conférence sur les droits de l'homme au cours de laquelle des femmes sont sorties du silence, du climat de honte et de peur qui encouragent la violence et ont réussi à faire reconnaître qu'il s'agissait là d'une violation des droits de la femme, a indiqué Mme Heyzer. Il se fonde sur une série d'études régionales que l'UNIFEM a effectuées en 2002 en vue d'obtenir un aperçu des progrès réalisés par les femmes dans le monde pour faire passer cette question de l'obscurité au premier plan et pour mobiliser les énergies.

La parution du rapport a coïncidé avec la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, qui a eu lieu le 25 novembre. C'est en 1999 que l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies a créé cette journée internationale en vue d'attirer l'attention sur l'ampleur de la violence exercée à l'encontre des femmes dans tous les milieux socio-économiques, ethniques et religieux de tous les pays. C'est en Amérique latine que cette journée a été célébrée pour la première fois en 1980, en l'honneur de trois sœurs, Minerva, Patria et Maria-Teresa Mirabel, qui avaient été assassinées en 1960, en République dominicaine, à cause de leurs activités politiques.

Selon le rapport de l'UNIFEM, le Conseil de l'Europe a adopté une recommandation dans laquelle il déclare que la violence à l'égard des femmes est une des principales causes de décès et d'invalidité des femmes dans les catégories d'âge allant de 16 à 44 ans. D'après un rapport de la Banque mondiale, la violence à l'égard des femmes est une cause de décès et d'invalidité chez les femmes en âge de procréer aussi importante que le cancer et une cause de mauvaise santé plus importante que les accidents de la route et le paludisme réunis.

Le Centre d'épidémiologie des États-Unis (CDC) estime que les coûts de la violence entre conjoints ou partenaires intimes aux États-Unis atteignent plus de 5,8 milliards de dollars par an, dont 4,1 milliards au titre des frais médicaux directs et indirects et 1,7 milliard au titre de la baisse de productivité qui en résulte.

Il s'agit, selon l'UNIFEM, de faire en sorte que ce problème ne soit pas seulement considéré comme une violation des droits de la personne, mais comme un comportement tout à fait inacceptable sur le plan social et allant à l'encontre des us et coutumes.

L'UNIFEM définit plusieurs formes de violence à l'égard des femmes : la violence conjugale et entre partenaires intimes ; la violence sexuelle telle que le viol, le harcèlement sexuel et la prostitution forcée ; des coutumes préjudiciables telles que l'excision du clitoris, les crimes pour cause de dot, les crimes d'honneur et les mariages de fillettes ; la traite de filles et de femmes ; la violence due au sida ; enfin, les crimes en temps de guerre.

Selon les données recueillies, les femmes ne sont à l'abri de la violence conjugale nulle part dans le monde. Au Royaume-Uni, 30 % des femmes font l'objet de sévices de la part de leur époux ou partenaire ou de leur ancien époux ou partenaire. Ce pourcentage est de 52 % en Cisjordanie, 21 % au Nicaragua, 29 % au Canada et 22 % aux États-Unis.

Depuis la fin des années 1980, l'opposition à l'excision du clitoris s'est accrue, mais cette pratique a encore lieu dans plus de 25 pays africains, chez certaines minorités dans des pays asiatiques et chez certains groupes d'immigrés en Europe, en Australie, au Canada et aux États-Unis. On estime que 130 millions de femmes ont subi l'excision du clitoris et que quelque 2 millions de filles y sont soumises tous les ans.

Quelque 2 millions de fillettes âgées de 5 à 13 ans font l'objet de la traite, sont vendues ou sont forcées à se prostituer.

Mme Heyzer a fait également état du fonds que l'Assemblée générale a créé pour financer des projets destinés à faire disparaître la violence à l'égard des femmes. Ce fonds, qui est administré par l'UNIFEM, offre une aide allant de 50.000 à 100.000 dollars par projet. Depuis sa création il y a cinq ans, il a affecté 7 millions de dollars à des projets répartis dans le monde entier."Malheureusement, a-t-elle dit, malgré le bon bilan de ce fonds, il reste difficile d'obtenir les ressources nécessaires pour faciliter la réalisation de projets novateurs."

La directrice générale de l'UNIFEM a présenté Mme Yolanda Jimenez qui est à la tête du service de la ville de New York chargé de lutter contre la violence au sein des foyers. Ce que fait New York, a-t-elle dit, montre la volonté politique et les ressources nécessaires pour s'attaquer à ce problème dans d'autres pays et dans d'autres villes du monde.

Il y a deux ans, a indiqué Mme Jimenez, les New-Yorkais ont voté en faveur de la création d'un service municipal permanent chargé de s'attaquer au problème de la violence à l'égard des femmes et de coordonner à cet effet les ressources, les programmes et l'action de quelque 14 autres services municipaux, dont la police et de nombreux services sociaux et sanitaires.

"A New York, la police reçoit tous les jours plus de 600 appels téléphoniques relatifs à des incidents de violence conjugale. Il est clair que c'est un problème qui touche tous les milieux et que nous devons être en mesure de mettre en commun nos ressources pour nous y attaquer ensemble.

"New York consacre chaque année 112 millions à la lutte contre ce problème, et c'est de l'argent, à notre avis, qui peut aussi servir à informer les habitants et à susciter une prise de conscience en matière de sécurité tant au sein des familles que dans notre ville.

"New York est un microcosme du monde : 36 % de ses habitants sont nés à l'étranger et parlent 120 langues ou dialectes. Il va sans dire que cela complique notre tâche quand il s'agit de veiller à ce que toute femme habitant dans notre ville, qu'elle parle couramment anglais ou non ou qu'elle soit en situation régulière ou non en matière d'immigration, ait les mêmes droits que les autres femmes et qu'elle obtienne l'aide dont elle a besoin.

"Notre objectif est de réduire la violence dans notre ville et de faire en sorte que notre voix se joigne aux autres voix dans le monde entier."

Une juge tanzanienne, Mme Nathalia Kimaro, représentait un groupe qui a reçu une aide financière de l'UNIFEM pour la mise en œuvre d'un programme de formation de magistrats en ce qui concerne le règlement d'affaires de violence et de discrimination à l'égard des femmes.

"Des femmes, a-t-elle dit, sont dépossédées de l'héritage de leur époux décédé, sont violées ou brutalisées, tout cela au nom de coutumes, de traditions ou d'histoires de famille. Aucune loi, quelle que soit son ampleur, ne changera la manière dont les hommes considèrent les femmes. Il est nécessaire de modifier les mentalités pour garantir le respect et l'observation des droits de la personne."

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