Arrestation spectaculaire d'Yvan Colonna, interpellation de Charles Pieri, camouflet du non au référendum, attentats en série, "trêve" d'une partie des clandestins: 2003 aura été une année folle pour la Corse, avant des élections territoriales qui pourraient, en mars, voir les nationalistes monter en puissance.
4 juillet 2003: des policiers du RAID déguisés en randonneurs bondissent en plein maquis sur l'assassin présumé du préfet Claude Erignac. Yvan Colonna est arrêté, au terme de quatre années de cavale durant lesquelles il était inscrit au rang d'ennemi public numéro 1 de la République. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy exulte.
Deux jours plus tard, les Corses disent non, à 50,78%, à la création d'une "collectivité territoriale unique", nouveau statut qui renforçait son autonomie. Une vaste coalition contre nature soutenait pourtant le oui, faite d'une grande partie de la droite et de la gauche, alliées pour la circonstance aux nationalistes, clandestins compris. "La victoire du non est un échec pour moi", confesse M. Sarkozy.
Les deux événements précipitent une laborieuse union des nationalistes et creusent davantage encore les divisions à droite et à gauche : le puissant PRG se scinde en deux tout comme la clandestinité. À droite, les barons se déchirent. Résultat : on n'attend pas moins de cinq ou six listes à droite comme à gauche aux territoriales de mars. Cette balkanisation risque fort, lors du renouvellement de l'Assemblée de Corse, de donner aux nationalistes le titre très convoité de premier parti de l'île, tandis que la région pourrait se trouver encore moins facilement gouvernable que sous l'actuelle mandature.
Les nationalistes publics - indépendantistes et autonomistes - se rabibochent en effet à marche forcée en apparence du moins car les divisions restent vives. Les modérés obtiennent une trêve du principal mouvement clandestin : le 14 novembre, le FLNC-Union des Combattants (FLNC-UC), qui désire "accompagner" l'union, annonce dans le maquis qu'il "suspend" ses "actions militaires", "sans condition de lieu ni de temps". Le FLNC 3 décide, quant à lui, de continuer son activité criminelle.
M. Sarkozy et les élus corses se taisent.
Quinze jours plus tôt, le ministre qui louait jusqu'alors les vertus du dialogue a durci le ton. Il a déclaré « la fin de l’impunité » laissant entendre qu’auparavant l’impunité régnait. Mais il est vrai que le ministre de l’intérieur donne souvent l’impression de ne pas totalement maîtriser le verbe notamment lorsqu’il est pris par l’émotion. Il avoue sa "naïveté" d'avoir cru possible la discussion avec "certains" nationalistes et s'en prend désormais aux "nationalistes mafieux", qu'il oppose aux "nationalistes sincères".
Le 14 décembre, Charles Pieri, considéré comme l'un des leaders les plus influents du FLNC-UC, est interpellé et transféré à Paris. Nicolas Sarkozy rêve de le voir "tomber comme Al Capone", ont écrit plusieurs journaux au rythme des perquisitions "financières" menées en novembre notamment contre ses proches, également interpellés. Les nationalistes, modérés comme indépendantistes, hurlent un laps de temps très court à la provocation et accusent M. Sarkozy de vouloir les diviser avant les élections. Ils assurent qu'une liste unique, qu'ils annoncent pour début janvier, leur permettra de récolter 30% des voix. Les observateurs avertis les créditent de 20 à 30%. En fait l’éviction de Charles Pieri arrange tout le monde et surtout les nationalistes pour qui l’image de marque du militant affairiste représentait un handicap plus qu’un avantage.
Même si cela ne suffit pas pour prendre les rênes de l'Assemblée, ce serait, jugent nombre de Corses, un nouveau coup dur pour l'image de l'île aux yeux du reste des Français, pour le gouvernement et pour M. Sarkozy. Depuis la trêve du FLNC-UC, le rythme des attentats a marqué le pas. Après l'arrestation de Colonna et le verdict, jugé "inique" par les nationalistes, dans le procès du reste du commando Erignac le 11 juillet (de 15 ans à perpétuité), les bombes explosaient quasi quotidiennement.
Le bilan 2003 s'établit finalement à 273 attentats ou tentatives à ce jour, politiques et crapuleux confondus, contre 252 en 2002. Les quelques attentats depuis la trêve ont toutefois été commis avec des quantités d'explosifs impressionnantes. Les enquêteurs les mettent à l'actif du second mouvement clandestin, le FLNC dit "du 22 octobre" qui, lui, n'a pas décrété de trêve.
L’année 2004 s’ouvre sur une confusion qui devrait servir les intérêts des nationalistes qui devraient partir aux élections sous plusieurs bannières.
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