Nicolas Alfonsi et « les leçons du référendum »
Dec 24, 2003
Le sénateur de la Corse-du-Sud et premier vice-président du conseil général situe l'enjeu des prochaines territoriales. On n'entend plus beaucoup Nicolas Alfonsi, partisan du « non » au référendum. Il sort de sa réserve dans Corse-Matin.

Votre silence pourrait surprendre devant ce bouillonnement préélectoral. Est-ce du désintérêt?

Certainement pas. Se vérifie aujourd'hui une vieille règle qui veut que l'occupation médiatique soit dans le rapport inverse des dossiers que l'on traite. Les gros dossiers du conseil général, j'y reviendrai un jour, me semblent suffisamment importants pour ne pas être habité exclusivement par des préoccupations médiatiques. Ainsi ont été réglés depuis un mois, ou seront réglés dans les semaines à venir, les marchés des ports de commerce de Porto-Vecchio, de Bonifacio et de Propriano, la route de Cala Rossa jusqu'à St Cyprien, de Sperone et surtout, et c'est l'essentiel, le dernier tronçon de la route PortoCalvi inscrit au Contrat de Plan, portant sur des marchés de plus de 23 millions d'euros (150 ME). Nous aurons l'occasion d'y revenir. Pour autant, s'agissant des élections régionales de mars, ce bouillonnement ne me surprend guère. Il est le fruit d'une règle électorale inadaptée.

C'est-à-dire?

Afin d'éviter les 17 ou 20 listes qu'on nous annonce, j'avais demandé à Nicolas Sarkozy de relever le seuil à 7,5 % pour pouvoir être candidat au second tour et à 4 %, ce qui est important, pour pouvoir fusionner. Le ministre a refusé. On a fait l'inverse de ce que l'on devrait faire.

Pourquoi?

À partir du moment où la consultation ne concerne qu'un faible nombre d'électeurs (120 000 ou 130 000 électeurs), comparé aux autres régions, il suffira de recueillir 6 000 suffrages, hors de tout choix politique, pour pouvoir influencer les options politiques décisives. Or, chacun sait que tout Corse est un candidat en puissance qui espère toujours pouvoir compter sur 6 000 de ses amis pour être élu. Si les Corses allaient ainsi mutiler
leur suffrage, on se retrouverait ensuite dans des situations ingérables.

Que redoutez-vous exactement?

Qu'on essaie de mettre entre parenthèses le résultat du référendum. On a tenté de donner à celui-ci les explications les plus baroques. Or, a seule raison du succès du « non » doit être recherchée dans le sursaut qui a conduit la communauté corse, qui s'est remise, en cette circonstance, en possession d'elle-même, à refuser toute aventure institutionnelle et à revendiquer des institutions identiques, par le maintien des départements, à celles de la Nation tout entière. Les Corses ont ce jour-là pris conscience du prix qui doit être attaché au suffrage. Ce comportement doit être salué et cette prise de conscience maintenue lors des élections de mars prochain. Il faut cesser de galvauder son suffrage pour des considérations subalternes.

L'opinion semble s'impatienter que vous soyez les seuls à être absents dans cette précampagne?

Qu'elle se rassure, on ne l'abandonnera pas. J'ai demandé à Emile Zuccarelli de conduire la liste d'union. Je peux dire aujourd'hui qu'il ne se dérobera pas. Nous n'avons, ni lui ni moi, l'habitude de fuir nos responsabilités. Toutefois, trois mois et demi nous séparent des élections. Rien ne justifie la précipitation. Nous n'aurons qu'un objectif : faire en sorte que la communauté corse ne se laisse pas voler, à cette occasion, le résultat du référendum qu'on avait déjà tenté d'effacer par une procédure aussi stérile que désespérée devant le Conseil d'Etat. On sait le sort qui lui a été réservé.

Vous serez donc les gardiens vigilants de l'orthodoxie institutionnelle?

Absolument car, malgré le fracas médiatique, l'opinion a enfin pris conscience de tous les excès dont elle est victime et auxquels il convient de mettre un terme.

Quel est l'enjeu de la prochaine consultation?

Nous avons avec Emile Zuccarelli, Jérôme Polverini, d'autres encore, donné un coup d'arrêt à une dérive institutionnelle. Rien ne serait plus détestable qu'un retour aux errements anciens. J'avais déclaré que le référendum diviserait la Corse contre elle-même. La multiplicité des listes actuelle n'est que la conséquence de ces errements. La vraie responsabilité politique aurait dû conduire les partisans du ' oui " et le gouvernement à y penser avant I Il y a quelque humour, dès lors, de leur part à déplorer aujourd'hui cet état de fait. Aussi, la pire hypothèse serait de donner des majorités à des candidats peu fiables qui, il y cinq ans, refusaient toute réforme, puis se faisaient les hérauts du « oui ", après les accords de Matignon et déclarent, sans rire, aujourd'hui que les réformes institutionnelles sont derrière nous. Ainsi, ceux qui justifiaient la création de la « collectivité unique » comme le préalable et l'instrument institutionnel indispensable au développement économique et au retour à la tranquillité publique, ne trouvent que des vertus.., aux institutions actuelles, reconnaissant que la Corse est dotée aujourd'hui de pouvoirs et de compétences considérables. Quel crédit accorder, dès lors, à ceux qui ont changé trois fois d'avis en si peu de temps ? Leur faire confiance serait leur donner un ' chèque en blanc " car ils pourraient dès le lendemain des élections proposer, au gré de votes volatils, de nouvelles motions, le contraire de la stabilité qu'ils nous promettent aujourd'hui.
Propos recueillis par Jacques RENUCCI.

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