Dominique Battini avait participé à l’évasion d’Antonio Ferrara
Dec 24, 2003
Dominique Battini, en cavale depuis six ans et interpellé à Boulogne-Billancourt aurait été l'artificier du commando qui avait fait évader Antonio Ferrara de la maison d'arrêt de Fresnes en mars dernier .

Dominique Battini a perdu son œil droit dans des circonstances qu’il ne peut expliquer. La police a, elle, ses certitudes. Des résultats d'expertises ADN parvenus tard dimanche soir ont confirmé l'hypothèse des enquêteurs de l'Office central de répression du banditisme (OCRB) à savoir qu’il faisait partie du commando qui a provoqué l'évasion d'Antonio Ferrara, en mars dernier, de la maison d'arrêt de Fresnes.

Le 12 mars 2003, vers 4 h 30 du matin, un groupe de plus d'une dizaine de malfaiteurs cagoulés, gantés et équipés de faux brassards de police prennent d'assaut la maison d'arrêt de Fresnes avec un savoir-faire étonnant. Deux miradors sont criblés d'impacts de fusils d'assaut et deux portes, dont la porte d'entrée, soufflées à l'explosif. Antonio Ferrara fait lui-même sauter les barreaux de sa cellule pénitentiaire. L'équipe s’enfuit ensuite à bord de voitures tous gyrophares hurlants non sans avoir incendié auparavant six voitures pour faire diversion. Les malfaiteurs laissent derrière eux une arme de poing, un fusil d'assaut de type Famas, une charge d'explosifs, des détonateurs et du sang appartenant à l’un des assaillants. C’est celui de Battini.

Vendredi soir, Dominique Battini, en cavale depuis six ans, a été interpellé par l'OCRB au domicile d'une amie qu'il fréquentait épisodiquement, à Boulogne-Billancourt.

Dominique Battini rentrait de faire les courses, les bras chargés de cadeaux pour les siens. Il s’est fait arrêter dans l’appartement de sa compagne… Celle-ci a été placée en garde à vue avant d'être relâchée au bout de vingt-quatre heures.

Déjà condamné par contumace à vingt ans de prison par la cour d'assises des Alpes-Maritimes, en 1997, pour vol avec arme et association de malfaiteurs, il vient d'être incarcéré à la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy. « À l’époque, on avait compris qu'il naviguait dans certains milieux mais on n'avait pas pu l'identifier, se souvient un flic spécialisé dans la lutte contre le banditisme interrogé par Le Parisien. « Comme José Menconi, Battini est un Corse continental qui travaille à la fois en région parisienne avec des jeunes des cités du type Ferrara et sur l'Île de Beauté avec des voyous locaux. Ce qui le rend difficile à cerner. »

Une deuxième série de tests ADN est attendue dans la semaine à propos d'une attaque de fourgon blindé en 2002.

Mais le plus important est son implication dans l’évasion de Ferrara. Le juge d'instruction Laurent Raviot va le mettre en examen pour « complicité d'évasion et tentative d'homicide volontaire » dans le dossier gigogne de Fresnes.
« Petit à petit, le scénario se reconstitue, souligne le Parisien. Neuf personnes ont déjà été mises en examen, suspectées d'avoir préparé l'opération ou d'avoir aidé Ferrara lors de sa cavale. Battini est, lui, le premier truand accroché pour avoir directement participé à l'action commando. Les policiers le soupçonnent d'être l'artificier du groupe. Il aurait été grièvement blessé à l'œil après avoir installé une charge explosive sur la première porte de l'établissement pénitentiaire. La deuxième porte, moins épaisse, a ensuite été percée, au lance-roquettes, par un complice prenant le relais. »

Les enquêteurs pensent que le commando était composé de braqueurs du sud de la France et d’autres de la région parisienne. L'équipe qui avait tenté de braquer un fourgon blindé à Champs-sur-Marne en Seine-et-Marne en mai dernier est dans le collimateur des policiers. « Il y a de nombreuses passerelles entre cette affaire et celle de Fresnes », souligne une source policière cité par Le Parisien. Malek Bouabbas, arrêté en compagnie de Ferrara en juillet, vient notamment d'être mis en examen pour la tentative seine-et-marnaise.

L'implication de Battini, gangster en relation avec la Brise de mer a pu être établie après une surveillance longue et fastidieuse de l’entourage de Ferrara et de Menconi.

Plusieurs planques de Dominique Battini avaient été repérées, dont un appartement occupé par une jeune femme travaillant dans un bar parisien et par son enfant. Ces planques servaient aussi à d’autres voyous corses en cavale.

Mais l’alliance de Dominique Battini, d’Antonio Ferrara, de Joseph Menconi, de Jacques Mariani, le fils de Francis avec d’autres voyous d’origine maghrébine, témoigne aussi d’une recomposition du milieu parisien. La mort de Francis le Belge a pour origine ce milieu précisément et il est vraisemblable que le milieu corse bastiais a l’intention de mettre la main sur ce territoire qu’il possède déjà en partie.

Tout aussi intéressante est la composition du commando de Fresnes qui n’est pas sans rappeler celui qui a opéré en Corse et éliminé la plupart des membres d’Armata Corsa, Jean-Michel Rossi et François Santoni. Le commando avait alors bénéficié du feu vert du FLNC Union des Combattants et d’une infrastructure locale vraisemblablement offerte par la Brise de Mer.

Le 12 juillet dernier nous écrivions :


Antonio Ferrara, l’ami de Menconi, a été arrêté jeudi soir près du Palais omnisports Paris Bercy. Il s'était évadé le 12 mars dernier de la prison de Fresnes lors d'une véritable opération militaire.

Antonio Ferrara, 29 ans, dit Succo, qui s'était évadé le 12 mars dernier de la prison de Fresnes avec l'aide de complices équipés de lance-roquettes, a été arrêté vers 21 heures dans le bar le Peanuts, rue de Bercy à Paris, dans le XII e arrondissement. C'est l'OCRB (Office central de la répression du banditisme) et la BRB (Brigade de répression du banditisme de la police judiciaire de Paris) qui ont mené l'opération. Contrairement à Yvan Colonna qui ne portait pas d’armes (ce qui est une curiosité pour l’ennemi numéro 1), Ferrara était prêt à se défendre

Le secrétaire régional pour l'Ile-de-France du syndicat Synergie officiers, Franck Carabin, raconte dans « Le Parisien »: « Nous avons arrêté Ferrara, un individu très dangereux, dans le bar le Peanuts en bénéficiant de l'effet de surprise. Il a été mis hors d'état de nuire en quelques secondes. Il était porteur d'un pistolet automatique CZ tchécoslovaque. Une arme redoutable, très précise, et qui se dissimule facilement car elle est plate. Il était difficile à reconnaître, car, depuis son évasion, il s'est fait refaire le nez, s'est teint les cheveux en blond et portait un filet de barbe très fin entre la lèvre inférieure et le menton. Avec lui ont été arrêtés deux autres gangsters, Hamid Hakkar et Malek Bouabbas ». « L'OCRB et la BRB l'avaient en ligne de mire depuis quelques jours, explique Franck Carabin. La police avait des objectifs bien précis.

Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, avait une priorité : Colonna. Et ensuite, Ferrara. Il avait demandé que tous les moyens soient mis en œuvre pour retrouver Ferrara. Force doit rester à la loi . Pour moi, cette arrestation prouve que, lorsqu'un ministre de l'Intérieur a réellement la volonté de mettre tous les moyens en œuvre pour faire rechercher et faire interpeller des individus dangereux, la police judiciaire française réussit. La preuve en est, Colonna a été interpellé, et maintenant, c'est le tour de Ferrara.»

Antonio Ferrara dit Succo était un proche de Joseph Menconi, qui s'était échappé cinq jours avant lui de la prison de Borgo, en Corse. Succo,avait comparu en janvier devant les assises de l'Essonne pour des braquages. Il s’était évadé de Fresnes grâce à des complices en uniforme de policiers qui avaient tiré plusieurs coups de feu sur un des miradors de l'enceinte pénitentiaire d'où les occupants avaient riposté. Puis avec des explosifs, le groupe s'était introduit dans la prison par une porte arrière, réussissant à franchir deux autres portes puis à faire sauter les barreaux de la cellule d'Antonio Ferrara. Les deux hommes arrêtés avec Succo sont connus des services de police pour reprendre l’expression consacrée. Hamid Hakkar, 33 ans, s’était évadé en 1998, après avoir changé de place avec un visiteur venu le voir au parloir de la maison d'arrêt de Villepinte. Son nom apparaît dans un règlement de comptes en Seine-Saint-Denis qui lui a valu une condamnation à la prison à perpétuité. Malek Bouabbas, âgé d'une trentaine d'années, était recherché pour un recel de vol. Son frère Karim, une « pointure » du grand banditisme, a été capturé le 3 mai dernier entre les mains de la BRB et de la BRI (l'antigang) alors qu'il tentait d'attaquer un fourgon blindé en Seine-et-Marne.

Ferrara s’apprêtait visiblement à faire un nouveau coup avec les nouveaux caïds du milieu parisien dominé particulièrement par les Beurs et les Manouches sédentarisés. Une nouvelle victoire pour le Ministre de l’Intérieur.


Description précise de l’arrestation de Ferrara


Il est 21 heures. Installé à la terrasse d'un café situé près du palais Omnisport de Paris-Bercy, Antonio Ferrara (29 ans) prend un verre en compagnie de deux autres grosses pointures fichées elles aussi au grand banditisme : Malek Bouabbas, condamné pour recel de vol et détention illégale d'armes et Hamid Hakkar, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité dans des affaires de règlements de comptes sanglants. Ce dernier en cavale s'était échappé en 1998 de la prison de Villepinte (Seine-Saint-Denis).

L'opération est menée de concert par l'office central pour la répression du grand banditisme (OCRB) ainsi que la brigade de répression du banditisme de la police judiciaire parisienne (BRD). Quarante policiers issus de ces deux services sont mobilisés pour cette arrestation.

Cela fait plusieurs jours, que les policiers sont parvenus à localiser Ferrera grâce à un véritable travail d'enquête, de filature et de traque effectué auprès de sa famille et de ses proches. Nino se déplaçait sans cesse ne dormant deux nuits au même endroit. Depuis plusieurs semaines, il se trouvait dans le sud de la France. Selon les policiers, son retour sur Paris aurait été motivé par la préparation d'un nouveau coup. Pour échapper aux forces de l'ordre, ce professionnel du braquage et de l'évasion a changé son look.

Il s'est fait refaire le nez, porte une barbiche à la d'Artagnan et s'est teint les cheveux en blond. L'OCRB et la BRD se postent près d'un bar, " le Peanuts ", un café de la rue de Bercy. Pour les hommes de ces deux brigades particulièrement entraînés, il est essentiel que l'interpellation soit rapide ; l'homme est dangereux et sans doute armé. Dans ce bar où les clients sont nombreux, l'opération doit être sécurisée et il ne doit y avoir aucun échange de coups de feu. Pour y parvenir, les policiers comptent sur l'effet de surprise. L'ordre est donné, et en moins de cinq minutes, les trois hommes sont maîtrisés. Antonio armé d'un pistolet automatique - un CZ tchèque - n'a pas eu le temps de dégainer. Les trois hommes sont munis de faux papiers d'identité de " bonne qualité ".

Retour à la case départ pour Antonio Ferrera qui a été incarcéré dès vendredi à la prison de Fleury après que le juge Jean-Paul Albert l'ait mis en examen pour évasion avec usage d'armes et d'explosifs, infraction à la législation sur les armes, complicité de tentative d'homicides volontaires avec préméditation à la fois sur des surveillants pénitentiaires et sur des fonctionnaires de police, destruction de biens avec explosifs en bande organisée, association de malfaiteurs et détention de faux documents administratifs. Il a également été mis en examen pour port et transport d'armes de première catégorie dans le cadre de son arrestation. Antonio peu loquace a seulement déclaré au magistrat : "je ne m'explique pas"

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