Un rapport du Sénat dénonçait après l’assassinat du préfet Erignac, un système mafieux en Corse, mélangeant tout et n’importe quoi à la façon du rapport Glavany.
Après la mort du préfet Erignac, le parlement et le sénat s’attelaient à deux rapports de commission. L’un et l’autre, écrits dans la hâte, utilisaient le terme de « mafia » et de « mafieux » sans exactement parvenir à cerner le problème.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est bien la désagrégation du système de violence clandestine qui permet l’émergence d’un vrai système mafieux et non le contraire.
En écrivant cela nous ne voulons pas construire une échelle des valeurs. Nous l’avons dit et redit : la violence politique est haïssable en ce sens qu’elle fonde un système basé sur le rapport de forces et non sur l’échange démocratique.
Pourtant : une première réalité s’impose en Corse. La clandestinité seule n’aurait pas réussi à s’imposer comme système économique souterrain. Il lui fallait faire la jonction avec le monde économique, le monde du grand banditisme, celui de la politique. Il lui fallait enfin bénéficier de la mansuétude du pouvoir étatique.
La mansuétude du pouvoir étatique a été acquis au grand banditisme dès ses origines. Certains membres de la Brise-de-Mer ont fourbi leurs armes dans le mouvement anti-nationaliste. Nous pensons aux frères Pattacchini. D’autres faisaient dans les années 80 le service d’ordre du syndicat Force Ouvrière. Mais ce n’est pas nouveau : la France a l’habitude de ce type de connivences. Certains voyous accompagnaient le service d’ordre insulaire quand le président Pompidou venait en Corse.
Le pouvoir économique n’a pas été acquis au nationalisme à ses débuts. Dans la région de Porto-Vecchio, la puissance charismatique du vieux Jean-Paul de Rocca-Serra, son art de ne se fâcher avec personne (le FLNC Canal historique « le faisait voter ») constituait un paravent naturel. .
Deux zones posent problème : celle de Porto-Vecchio autrefois partagé entre un nationalisme affairiste, celui de François Santoni qui, pourtant, avec beaucoup de sagesse, avait mis tous ses espoirs dans la ville d’Ajaccio où il s’entendait fort bien avec les Filippeddu et moins bien avec les Lantieri. Ces derniers, propriétaires de l’immense boîte de nuit « Amnesia », bâtie sur un terrain inconstructible grâce à l’appui du beau-père de Johnny Halliday, Adnré Boudou, avait sauté. Le 15 avril 2000 à 21 heures, une équipe d’inconnus déposait 300 litres de nitrate fuel à différents endroits de l’édifie qui explosait. Dans l’équipe des plastiqueurs se trouvaient plusieurs anciens soldats du Canal historique passés avec armes et bagages du côté de l’équipe adverse dirigée par C…..
Le grand bénéficiaire de cet attentat qui n’a pas été élucidé est en terme de fréquentation le Via Notte dirigée par Paul Canarelli et qui affirme n’avoir rien à voir avec l’attentat. Puisqu’il le dit. Ce Paul Canarelli a été vu en compagnie de Richard Casanova, supposé baron de la Brise de Mer en cavale. Ce qui bien entendu ne signifie rien sinon de témoigner d’une affection mutuelle ce qui n’est pas condamnable en soi.
Pourtant, si la Brise-de-Mer est aujourd’hui dominante sur Porto-Vecchio, elle souffre de dissensions internes. Richard Casanova ne représenterait aujourd’hui qu’une fraction de la bande bastiaise et les Porto-Vecchiais en seraient les bénéficiaires. Ne dit-on pas que dans l’entourage de Camille de Rocca Serra se lovent des représentants des intérêts bastiais ?
Porto-Vecchio est donc plutôt un lieu de convergence où se rencontrent divers intérêts.
Bastia à l’inverse, est définitivement tombée entre les mains d’une coalition que l’ont peut taxer sans hésiter de mafieuse. Au cœur de ce système on trouve le noyau dur formé par un groupe d’industriels-commerçants et de voyous. Contrairement à ce qu’affirment les journalistes, les nationalistes ne sont que les reliquats du système. Au centre prospèrent les membres de la Brise-de-Mer, deux industriels et un homme souvent désigné par la presse comme ayant des intérêts en Suisse ou Bahamas mais qui a toujours réussi à se sortir des mauvais pas dans lequel il s’était fourré. Ces hommes se réunissent souvent pour discuter de la mise en coupe réglée de l’économie insulaire. Ainsi aujourd’hui, le grand banditisme et leurs affidés ont mis la main sur la principale entreprise de transport (à elle de se sentir visée) sur le café, sur une grande partie des concessionnaires automobiles. Il n’est pas mal placé dans l’électro-ménager, le BTP etc. Et il s’agit toujours d’un grand banditisme de chez nous c’est-à-dire de la Haute-Corse.
Avec les fonds du Pei (2 milliards d’euros) il s’agit donc de monter des capteurs à subvention. Dans ce système, les nationalistes qui acceptent de participer ont un avantage certain : celui d’offrir un paravent politique aux opérations de pure voyoucratie.
On l’a vu lors des premières opérations menées contre le système Pieri : ce sont les nationalistes tous ensemble qui sont montés au créneau pour hurler au loup. Or, tous connaissent le système Pieri et, dans le temps s’en sont assez plein. Mais aujourd’hui, ce système est le garant d’un nombre important de voix aux prochaines élections pour la simple et bonne raison que les sociétés montées autour du dirigeant nationaliste nourrissent au bas mot 300 familles. C’est d’ailleurs un vieux principe de la mafia en Sicile que de jeter dans la rues des employés éplorés dès lors que la justice s’attaquait aux sociétés dirigées par des responsables criminels. Au nom de la garantie de l’emploi on exigeait que cessent « les persécutions ». Ce sont ces termes qui sont aujourd’hui employés par les avocats de Charles Pieri.
Le Ministre de l’intérieur a employé pour des raisons de marketing politique le concept de « mafieux ». Il est étonnant qu’il est fallu la victoire du « non » au référendum pour qu’il s’aperçoive de l’existence de ces « dysfonctionnements » et lance sa phrase désormais célèbre : « L’impunité c’est finie. »
Pour nous qui sommes Corses et fiers de l’être, nous devons affirmer que la vraie Corse n’est pas celle de ces bandits parasites qui vivent du travail des autres. Nous voulons une Corse fière de s’assumer et de se réaliser par le travail et dans l’honneur. En bonne logique, les nationalistes devraient nous suivre sur ce chemin quitte à ce que nous divergions quant aux solutions.
N’y a-t-il pas une terrible contradiction a toujours affirmer que la Corse a les moyens de s’assumer et de couvrir des agissements qui ne sont tolérables ni aujourd’hui dans le cadre actuel ni demain dans une éventuelle Corse indépendante ?
Lorsque François Sargentiini dont on se demande ce qu’il pense aujourd’hui, jurait sur son honneur que Charles Pieri n’avait pas dérobé un sou de TVA, il devenait le complice moral d’une infamie. Peut-être s’en moque-t-il jugeant que la cause qu’il défend vaut bien son honneur. Nous ne pensons pas que la Corse ait les moyens aujourd’hui de se permettre de telles entorses à sa propre morale.
On nous répondra que la France n’a pas de leçons à donner elle qui a permis un financement des partis qui s’apparentait étrangement à du racket, elle qui est en train de quasiment amnistier ses propres délinquants économiques. C’est vrai que la France est un pays où la justice se montre clémente pour les puissants et impitoyable pour les pauvres. Mais cela ne nous concerne pas. La Corse que nous voulons doit être dynamique et propre. Or, aujourd’hui la perversion du système encouragé jusqu’à maintenant par le laxisme étatique, a fait que la canaille est plus attractive pour une partie de la jeunesse que le travail. Il suffit de mettre une cagoule et de brandir un flingue pour avoir l’impression que la vie est facile.
En acceptant cela, nous asssassinons nos enfants. Il n’y a d’ailleurs qu’à constater le triste destin des enfants de Charles Pieri. Nous affirmons ici que Nicolas Sarkozy a raison lorsqu’il dénonce un système mafieux en Haute-Corse. Nous en parlons en tant qu’habitants de ce département. Il est grand temps de laisser l’économie se développer en fonction des savoir-faire et non du nombre de pistolets portés par tel ou tel chefs. D’ailleurs nous remarquons que les nationalistes se montrent discrets quant au sort de Charles Pieri. C’est bien. Ils deviennent sages.
De notre côté, nous allons nous efforcer de dévoiler la façon dont l’argent du crime est blanchi. Nous ne croyons pas à une société sans voyous mais nous croyons à une société où la voyoucratie reste marginale. Lors du scandaleux procès des fils de Charles Pieri, nous nous étions promis de mettre à bas son misérable empire. Très modestement, nous pensons avoir contribué à sa chute. Mais maintenant il faut aller jusqu’au bout. Nous sommes de ce combat. Pour la Corse… Pour les Corses.
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Un article du Monde sur le système Pieri
Le "pierisme", vestige d'un monde clandestin affaibli
Les autres mouvances hésitaient à le critiquer.
Pas d'émotion. Un agacement devant l'"enlèvement" d'un des leurs par "Paris", mais pas de pleurs. L'arrestation de Charles Pieri, le 14 décembre, n'a pas provoqué en Corse le malaise qui avait suivi celle d'Yvan Colonna, le 4 juillet. Evidemment, Indipendenza, son parti, a pris sa défense (Le Monde du 17 décembre).
Personne n'a pris publiquement la parole pour se féliciter du coup de filet policier. Mais, regrette un militant de Corsica nazione, "c'est parce qu'on est comme une secte".
Avec huit personnes mises en examen, c'est en effet tout un petit monde qui est touché au cœur. Hommes et femmes, originaires de Bastia, de Borgo, de Lucciana, milieux plutôt populaires, qui restent et se marient entre eux, comme dans une contre-société. Un petit club vêtu de noir, qui a ses habitudes aux tribunes du Sporting club de Bastia (SCB) ou au Café du centre, juste en face de l'ancien local de la Cuncolta et de la boutique du SCB. Des amis que le "chef" avait aussi placés dans "ses" sociétés et dans l'ours de l'hebdomadaire U Ribombu, organe stratégique dès lors qu'on veut contrôler la famille indépendantiste, donner la "ligne" politique, empêcher les dissidents d'exister.
Un petit monde et un symbole. Charles Pieri était l'un des derniers à reproduire, à Bastia, l'ancien système d'une clandestinité aujourd'hui très affaiblie, et qui consistait à mettre en coupe réglée une région, comme naguère le FLNC Canal habituel sur Ajaccio, François Santoni dans l'extrême sud de l'île, ou Jean-Michel Rossi en Balagne. La clandestinité n'a pas d'emplois publics à proposer, mais offre, comme les clans, des salaires et des protections. Le "pierisme" ressemble à la dérive forcée d'un mouvement terroriste qui n'arrive pas à ses fins.
De tout cela, à Ajaccio mais aussi chez ses contemporains en militantisme, on commençait à avoir assez. Depuis sa sortie de prison, en mai 2002, son arrivée avec une demi-douzaine de 605 aux "Journées" de Corte, les manières voyantes de Charles Pieri agaçaient.
Sans le dire, l'initiative prise par Edmond Simeoni, le vétéran d'Aléria, de réunir, en mai 2003, les "anciens" du FLNC pour tenter aux élections territoriales de mars 2004 une opération de la dernière chance, était aussi une façon de dire "assez".
Même chose sur le front de la clandestinité. Le 22 octobre 2002, un nouveau "FLNC" dissident se crée, en concurrence avec le FLNC-Union des combattants de Charles Pieri, dont il conteste, sans le nommer, les "dérives". C'est la phrase de trop, qui disparaît des futurs communiqués. Pieri et ses amis "descendent" eux-mêmes avec deux 4 x 4 voyants sur le cours Napoléon, à Ajaccio, pour toiser en public l'un des instigateurs de cette nouvelle branche clandestine. Depuis, le ton s'était fait plus doux. Chacun est dans l'expectative.
"Le juge italien Falcone avait une grande angoisse", raconte l'écrivain Gabriel-Xavier Culioli. "Il disait que quand on coupe une vieille branche de la mafia, il y a de nouvelles petites pousses, mais on ne sait pas à quoi elles ressemblent."
(A.C.)
Commentaire : nous pensons, comme nous l’avons écrit plus haut que Le Monde commet une double erreur : d’une part le système Pieriste est une déformation monstrueuse du système clandestin. En second lieu, il est partie prenante d’un système plus vaste réellement mafieux.
Le rapport du Sénat
L'émergence d'un phénomène mafieux ?
Le terme de mafia, sans doute parce qu'il fait référence à un phénomène qui a prospéré dans un cadre géographique comparable à celui de la Corse, et parce qu'il désigne une forme d'activités criminelles que l'Italie n'a toujours pas pu réduire à néant, ne peut qu'inquiéter. Est-ce la raison pour laquelle l'existence ou non d'activités de type mafieux dans l'île suscite autant de controverses ? Certains responsables de la police ou de la Chancellerie, dont la commission a recueilli le témoignage, ont cru devoir récuser ce terme.
En revanche, plusieurs membres du corps préfectoral ou de la magistrature, exerçant ou ayant exercé leurs fonctions en Corse, ont souligné devant la commission l'existence de collusions constitutives, selon eux, de réseaux de type mafieux.
(1) L'existence indéniable d'un grand banditisme
Devant la commission, un membre d'un cabinet ministériel compétent en ce domaine a déploré que : " la lutte contre le grand banditisme en Corse n'a pas mobilisé autant d'énergie qu'elle l'aurait mérité ". Ce responsable s'est, par ailleurs, déclaré " très surpris de l'opinion, courante dans la police, selon laquelle la bande de la Brise de mer n'existait plus ". Cette dénomination, héritée du nom du café de Bastia que cette bande avait élu comme quartier général, désigne la plus notable des associations de malfaiteurs actives dans l'île depuis une dizaine d'années.
Des contrôles renforcés par les services fiscaux ont fait clairement apparaître l'origine frauduleuse de nombreux investissements effectués en Corse.
Selon les témoignages recueillis par la commission, il semble que " parmi les membres supposés de cette bande figurent plusieurs proches des mouvements nationalistes, comme les frères Guazzeli, dont l'un est un délinquant notoire, et l'autre un militant, proche d'un notable de l'île. Une dizaine de " familles " concourraient aux activités délictueuses de la Brise de mer ".
Un ancien responsable préfectoral a décrit comme suit à la commission ces activités du grand banditisme durant les toutes dernières années :
" La Brise de mer, une association de malfaiteurs de la Haute-Corse, dispose d'un patrimoine dont l'évaluation est délicate mais qui se situe entre 800 millions de francs et 1 milliard de francs. Il est constitué du produit de vols à main armée très importants, dont le Crédit Lyonnais en 1980 et l'Union des banques suisses en 1990, pour un butin à chaque fois équivalent ou supérieur à 1 milliard de francs. Cet argent est blanchi sur place, utilisé dans l'acquisition d'établissements de nuit, de bars, de machines à sous. Nous le retrouvons également dans des casinos et cercles de jeux en Afrique et en Italie ".
(2) Les éléments constitutifs d'un phénomène mafieux
Selon ce même responsable : " la première stratégie de la Brise de mer était incontestablement celle de la grande criminalité, opérant des braquages et investissant sur place, mais elle s'est beaucoup affinée, et on peut parler aujourd'hui de système mafieux.
La Brise de mer soutient les entreprises locales qui ont quelques difficultés à obtenir des prêts de la part des banquiers. Elle vient en haut de bilan et y reste parfois, en mettant en place des hommes de paille. Elle sert aussi de relais pour attendre les subventions européennes dont l'octroi est toujours plus long. Bref, elle s'implante dans l'économie locale en l'acquérant.
Plus grave est sa participation à la vie politique. Longtemps, cette participation s'est faite sous forme d'aides pendant les campagnes électorales, puis de manière plus spectaculaire. D'après des rumeurs persistantes mais apparemment très informées, les résultats d'élections cantonales récentes en Haute-Corse n'ont pas été totalement étrangers à l'intervention d'émissaires de la Brise de mer. Il est un fait que le président du conseil général de Haute-Corse a désormais parmi ses proches un intermédiaire de la Brise de mer. Cela se retrouve dans l'attribution des marchés publics et, comme il a été constaté par un investissement réalisé dans un garage tenu par la Brise de mer, dans la modification immédiate du parc automobile.
La démarche, elle, est inquiétante. Il s'agit non plus simplement de vivre du braquage, mais de s'implanter dans la vie économique et de s'immiscer dans la vie politique et, par conséquent, de se doter d'une façade d'honorabilité.
Cette mafia corse dispose d'environ 500 comptes bancaires, d'un patrimoine immobilier important, mais les revenus déclarés au fisc sont dérisoires : quelque 3 000 francs par mois !
D'autres associations de malfaiteurs méritent également d'être bien identifiées, comme la bande dite " du Valinco " dirigée par M. Jean-Jérôme Colonna, qui dispose d'un patrimoine hôtelier aussi important que douteux dans son financement, avec des cercles de jeux et des établissements ".
Ainsi sont réunies, si ce témoignage bien informé est exact, les composantes d'un banditisme qui ne relève plus seulement du " droit commun ", mais qui s'immisce dans la vie économique et politique, s'acquérant ainsi des soutiens " respectables ". De surcroît, son emprise sur l'activité économique lui permet d'étendre son influence sur la population à laquelle elle peut prodiguer subsides, emplois et idéologie. L'emprise d'un réseau en toile d'araignée, typique de l'organisation mafieuse, est déjà à un stade avancé. Ces virtualités doivent, dès à présent, être sérieusement combattues, notamment par la répression financière, pour éviter leur extension possible.
Enfin, selon ce même responsable, l'implantation de la mafia italienne en Corse n'est pas un mythe : " Elle a pris pied à Cavallo il y a une dizaine d'années. Si elle n'est pas encore très implantée, elle est très attentive - et tel est le danger - au potentiel de l'extrême sud de l'île, pour l'instant préservé par une application stricte de la loi littoral, et par un plan d'occupation des sols de Bonifacio qui vient d'ailleurs d'être annulé par le tribunal administratif de Bastia en raison de sa souplesse. Les appétits sont considérables, notamment à Bonifacio, avec la volonté de créer un casino dans l'ancienne caserne Montlaur et des résidences de luxe, qui dénote des projets de blanchiment et d'investissement, les deux pouvant être liés. Ces appétits doivent être pris très au sérieux ".
Ce témoignage inquiétant rejoint celui exprimé en 1994 par le procureur général de Bastia, M. Christian Raysséguier, lors d'une réunion franco-italienne sur le crime organisé :
" L'implantation mafieuse dans l'île paraît actuellement se limiter essentiellement aux importants investissements immobiliers en cours, effectués par la société anonyme Codil sur l'île de Cavallo, qui fait partie de l'archipel des îles Lavezzi situé à l'extrême sud de la Corse, à quelques kilomètres de la Sardaigne.
Il est permis très sérieusement de penser, au terme d'une enquête préliminaire particulièrement laborieuse, effectuée pendant plus d'une année par le service régional de police judiciaire d'Ajaccio, que le financement nécessaire à cette opération immobilière a trouvé sa source dans le recyclage de l'argent de la mafia ".
Il poursuivait ainsi :
" La Corse ne paraît donc pas être, sauf de très rares exceptions, une terre de repli, de refuge de mafieux fuyant l'action policière et judiciaire de leur pays. Il existe en Corse un milieu corse suffisamment organisé, actif et puissant pour ne pas laisser directement agir sur son territoire les organisations criminelles étrangères à l'île.
En clair, et de façon caricaturale, la Corse n'a pas besoin de la mafia sicilienne, calabraise ou napolitaine, elle a la sienne !
Est-il besoin de rappeler que si la population de toute l'île ne représente à peine plus de 0,50 % de la population française, 20 % des individus inscrits au fichier national du grand banditisme se trouvent ou sont originaires de l'île de Beauté ! ".
Ces indications infirment donc les dénégations de la Chancellerie, et de certains policiers, recueillies par la commission sur le caractère mafieux avéré de nombre de faits délictueux. La décision de créer, à Bastia, un pôle économique et financier, fort de quelques magistrats, de plusieurs agents du ministère des finances, et qui vient d'être installé par le garde des sceaux, lors d'un déplacement en Corse au mois de juin 1999 apparaît donc particulièrement opportune comme il sera vu plus loin.
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