« Pour une réponse citoyenne à la violence »
Dec 1, 2003
Ange Pantaloni, adjoint au maire d'Ajaccio, délégué aux sports, dénonce dans cette tribune libre la violence qui sévit en Corse.

La violence est un comportement humain ; aussi nul n'est assuré de n'y avoir jamais recours. Dans des circonstances données, d'agressions injustes, n'importe quel homme peut user de la force brutale.

Mais il s'agit ici, non de cette violence individuelle liée à des et de caractère réactif, mais de la violence concertée, organisée, à but politique, utilisée par des groupes armés liés à des mouvements nationalistes.

Comme tout parti politique, les mouvements nationalistes défendent leurs propres thèses. Il revient aux citoyens électeurs d'apprécier les buts proposés et les moyens mis en œuvre pour y parvenir.

En tout cas, la démocratie exige qu'aucune thèse ne puisse servir de support, voire d'excuse, à l'action violente de groupes armés, ultra-minoritaires, responsables d'une trop longue série de morts, de plasticages, rackets et menaces diverses. À côté de cette action, deux idées développées par des mouvements nationalistes me paraissent particulièrement néfastes pour notre jeunesse.

La première est celle qui consiste à présenter les violents comme des « résistants ». Cela revient à les comparer à nos glorieux aînés confrontés au régime hitlérien, alors qu'eux ne se donnent comme ennemi qu'une République Française, certes imparfaite, mais aux valeurs universellement reconnues.

La deuxième est celle qui consiste à protester contre toute sanction décidée par les tribunaux à l'encontre des auteurs d'actes répréhensibles. Or la sanction est toujours réparatrice et les fautifs doivent pouvoir bénéficier de ce que des philosophes appellent « le droit d'être puni

Ces idées sont une tromperie dans le sens que la première travestit l'histoire et que les deux ensemble, s'adressant à des jeunes, en quête de héros et prêts à s'enflammer, les incitent à mal débuter leur vie d'homme.

« lnduva so i tempi, indu i mammi, à veghja, stanche morte, imparavani a i zitelli a rispetta ognunu, é a piu infucatti a attempa a a mattina a colara di a sera? »

« Où est le temps, où les mères, recrues de fatigue, à la veillée, apprenaient aux fils le respect des autres et enseignaient aux plus « soupe au lait » à reporter au lendemain leur colère du soir ».

Des nationalistes évoquent parfois la souffrance de militants qui, poussés par un idéal politique, se livrent à la violence. Il est vrai qu'un homme se sent diminué dans sa qualité d'homme après avoir cédé à des comportements violents, primaires.

Il est vrai aussi qu'est grande la douleur de parents qui ont leurs fils emprisonnés et chacun se doit de la respecter.

Mais combien est forte et traumatisante la souffrance de ceux qui sont menacés dans leur vie et celle de leurs proches, touchés dans leurs biens et qui voient leur qualité d'homme non diminuée mais effacée, niée par des gens qu'ils ne connaissent même pas et à qui ils n'ont jamais fait le moindre mal.

Quelle doit être la souffrance de l'innocent, les professeurs belges, l'infirmière ou le professeur continental, les Portugais de Frasseto, l'imam ou les pratiquants de la mosquée marocaine, la famille de tel gendarme, figures d'une longue litanie d'hommes et de femmes niés dans leur droit fondamental à vivre sur cette terre de Corse et parmi la société corse que l'on s'ingénie, par ailleurs, à présenter si accueillante et si hospitalière.

Les traditionnels communiqués de presse, s'ils sont nécessaires, demeurent insuffisants.

Cette violence aveugle détruit en profondeur la société corse.

Dans ce climat de crainte la délinquance de droit commun prospère. Nombre de jeunes se trouvent sans repère, ni règle. Il revient à la société tout entière, menacée dans son existence propre, de réagir.

Porteuse de valeurs morales, elle est le mieux à même de mettre un terme, d'une manière démocratique et sereine, à cette violence.

Concrètement, là où c'est possible, à chaque acte violent doit répondre une manifestation locale, populaire, citoyenne. C'est ce qu'ont fait, entre autre et récemment, les habitants de Poggio d'Oletta.
Chaque manifestation doit dire sa condamnation et sa volonté de voir arrêter ces temps de violence, vieux de plus de vingt ans qui risquent d'être, aux yeux de l'histoire, les temps les plus noirs qu'une infime minorité de Corses à la Corse et l'ensemble des Corses. »

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