L'ancien président de la CCI de Corse-du-Sud et ancien responsable du FLNC Canal habituel a été lourdement condamné vendredi par le tribunal correctionnel d’Ajaccio. Il fait appel.
Le tribunal correctionnel d'Ajaccio a condamné Gilbert Casanova à quatre ans de prison dont deux ans avec sursis et trois ans de mise à l'épreuve pour « banqueroute par l'emploi de moyens ruineux » et « abus de biens sociaux ». Outre cette peine d'emprisonnement, il a été condamné à 5 ans d'interdiction des droits civiques et civils, et 5 ans de faillite personnelle ainsi qu'à une indemnisation de 10 000 euros en faveur de la partie civile.
Mais surtout il devra rembourser près de 2,4 millions d'euros dont plus d'1,4 million seul, le reste en solidarité avec son fils Frédéric. Ce dernier a également été condamné dans cette affaire à deux ans de prison dont 18 mois avec sursis, son ancienne compagne Corinne Boum, 8 mois avec sursis et Odile Marion, 4 mois avec sursis.
C’est le visage livide et défait que l’ancien responsable nationaliste est sorti du prétoire. « Je m'attendais à une condamnation, mais pas aussi lourde. Les faits qui me sont reprochés ne le justifiaient pas. On n'a tenu compte que des éléments à charge » a lors déclaré Gilbert Casanova sous la pluie, avouant se sentir « un peu seul ». « Je ne suis pas expert-comptable. Mais le passif global sur cette affaire ne représente plus que 10 millions de francs environ (près 1,5 million d'euros). Des sommes ont déjà été remboursées. On les a oubliées » a-t-il conclu.
Et seul il l’est car tous ses anciens amis du MPA et du FLNC Canal habituel l’ont proprement laissé tomber. Le « gros Gilbert » aussi désigné par « Le flambeur » celui qui s’était lourdement endetté dans les casinos de la côte, qui aimait à inviter ses amis de Miami (qui étaient aussi ceux des frères Orsoni) aujourd’hui n’a plus grand-chose en terme d’amis et d’argent.
C'est comme P-d-g de la société des Automobiles Casanova ISDAC) qu'il avait comparu durant une semaine de débats, début octobre. Sa société avait d’ailleurs été plastiquée à de nombreuses reprises par le FLNC Canal historique de François Santoni, lequel lui vouait une haine sans limites au point de vouloir faire détruire la CCI par explosion après l’assassinat de Jules Massa. L’attentat n’avait raté que deux justesses et deux petits soldats de « Fanfan » s’étaient fait prendre sur le fait.
Il était reproché à Gilbert Casanova d’avoir recouru à des crédits frauduleux dont un notamment auprès de la CADEC, pour rembourser des prêts qu'il ne pouvait honorer mais aussi d'avoir puisé massivement, avec son fils, dans les fonds de la SDAC ou d'au moins neuf autres sociétés « écrans » qui auraient été créées en chaîne par lui ou des membres de sa famille. Les enquêteurs pour financer un train de vie, mêlé d'une générosité dont profitait tout son entourage (abus de biens sociaux).
Le préjudice total, estimé dans un premier temps par les juges à plus de 54 millions de francs (plus de 8,2 millions d'euros), puis à,4 millions d'euros etc. est plus que jamais au centre de toutes les attentions.
Les avocats avaient demandé au tribunal de « ne pas prononcer la mort civile de Gilbert Casanova », ont annoncé qu'une procédure en appel « de tout » allait être déposée dans les délais impartis (10 jours).
Cette mesure étant suspensive, Gilbert Casanova ne retournera pas en prison dans l'immédiat. La peine infligée hier étant confondue avec celle prononcée en novembre 2001, Gilbert Casanova qui a effectué à ce jour près de 9 mois de préventive, aurait en cas de rejet à s'acquitter de 15 mois d'emprisonnement.
À noter que hormis une cinquième condamnation à 4 mois avec sursis et une peine d'amende prononcée dans cette affaire, les six autres personnes concernées ont été relaxées.
Gilbert Casanova a-t-il été injustement condamné ? Au vu de ce qui lui était reproché certainement pas. Et s’il risque la mort civile comme semblent le craindre ses avocats dont l’incontournable Sollacaro, il n’a qu’à s’en prendre à lui-même.
Il y a ici une fâcheuse tendance à confondre coupables et victimes. Tous savaient au moins sur Ajaccio que « le gros Gilbert » menait un train de prince avec de l’argent qui ne lui appartenait pas.
Son élection à la CCI, avec l’appui soutenu, faut-il le rappeler de Charles Pasqua et de ses amis, ont conforté Casanova dans l’idée qu’il pouvait impunément puiser dans la caisse. Que ses « amis » d’alors aient profité de l’aubaine et n’aient pas été condamnés ne change rien à l’affaire.
L’élection de Gilbert Casanova est venue parachever un certain nombre de prises d’intérêt à Ajaccio qui ont grandement participé à la désastreuse image du nationalisme corse et à la guerre en factions.
Gilbert Casanova, un activiste de premier ordre lorsqu’il militait sous la cagoule, était de l’aveu de ses anciens amis un homme dévoré par la passion du jeu et de caractère relativement faible. Durant la guerre entre nationalistes il a parfois joué un jeu ambigu entre le Canal habituel et le Canal historique jusqu’à proposer à François Santoni d’intercéder pour un arrêt du conflit. Ce dernier avait d’ailleurs eu la cruauté de l’enregistrer à son insu et de faire circuler la bande magnétique.
Gilbert Casanova a payé pour toutes les petites crapuleries faites par ses amis qu eux ont eu l’astuce de le prendre pour fusible. C’est la loi du genre. Tant pis pour lui et tant mieux pour la société corse qui meurt de ces petits arrangements entre amis.
TOUT LE DOSSIER CORSE
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