Charles Pieri, mis en examen mercredi par le juge d'instruction parisien Philippe Courroye a été incarcéré sur ordre du juge des libertés et de la détention (JLD) conformément aux réquisitions du parquet de Paris. Charles Pieri devrait être incarcéré à la maison d'arrêt de Fresnes dans le Val-de-Marne.
Loin des enquêtes terroristes classiques visant à déterminer l'implication d'une personne dans la préparation d'un attentat ou son appartenance à un groupe terroriste, cette enquête ouverte en septembre et qui a mené Charles Pieri en prison est menée sous l'angle financier et confiée aux policiers de la brigade financière de Paris, une première en la matière, et au juge d'instruction financier Philippe Courroye.
Les enquêteurs soupçonnent Charles Pieri d'avoir perçu 265.000 euros de l'hôtel du Golfe situé à Saint-Florent en Haute-Corse par le biais d'un chèque, de détournements des recettes ou de l'utilisation de la carte bleue de la société, en qualité de directeur du personnel de l'hôtel géré par sa fille.
La justice tente également de déterminer que Charles Pieri dirige en sous-main plusieurs sociétés et ponctionne une partie de leurs ressources au détriment de l'intérêt économique de celles-ci.
De source judiciaire, on précisait mercredi que l'ensemble des fonds détournés - salaires, locations de voitures, mouvements de fonds - avoisinait "un petit million d'euros". De source proche du dossier, on évaluait à la baisse ce montant, estimé à 400.000 d'euros.
Par ailleurs, la mise en examen de M. Pieri pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste n'est semble-t-il pas étrangère au plastiquage des portes d'entrée du domicile de fonctionnaires de police ayant participé aux premières perquisitions menées en octobre dans cette enquête.
Un manuel de fabrication d'explosifs retrouvé dans l'un des lieux fréquentés par Pieri motiverait également cette qualification.
La qualification de financement du terrorisme semble indiquer que les enquêteurs disposent d'indices graves permettant d'établir que ces infractions financières présumées ont financé des attentats ou une organisation clandestine, en l'occurrence, le FLNC-Union des combattants.
"Les infractions terroristes ne sont en rien démontrées dans ce dossier et reposent sur des rumeurs", a commenté mercredi en début de soirée l'un des avocats de Charles Pieri, Me Eric Barbolosi.
M. Pieri est la deuxième personne mise en examen dans ce dossier: mardi soir, Marina Paolini, employée de la société Corsica Gardiennage Services (CGS), a été mise en examen et laissée libre pour "recel d'abus de biens sociaux".
Sept autres personnes, de présumés associés en affaires de M. Pieri, étaient toujours en garde à vue mercredi soir: d'autres cadres de CGS, les PDG de deux hôtels du Golfe et des Sablettes situés en Corse, un comptable du Sporting Club de Bastia ou le directeur de la société de location de voitures Holcar.
Antonia, l'épouse de Charles Pieri, figure aussi parmi les gardés à vue, en tant que gérante de la société d'entretien Corsica-Nettoyages.
En Corse, la mise en examen de Charles Pieri n’a soulevé que peu d’émotion. Seuls ses amis nationalistes ont émis une protestation qui, pour ne pas être de pure forme, n’est guère agressive. En fait, la plupart des Corses et même des nationalistes estiment que si Charles Pieri a fait « ses affaires » il est normal qu’il en paie les conséquences.
Ainsi plusieurs nationalistes nous ont confié que dans le contexte actuel, la « mise à l’écart » de Charles Pieri est plutôt positive pour l’unité des nationalistes. « N’oubliez pas que sa sortie de prison avait été suivie avec inquiétude. Il avait promis de ne pas réapparaître. Et il est réapparu. Un peu à cause de nous qui lui avons laissé l’espace nécessaire, beaucoup à cause de lui qui n’a pas pu s’en empêcher. Et c’est d’ailleurs cela qui l’a protégé. »
Une question qui revient souvent dans les discussions est de savoir comment Pieri a pu ainsi se livrer à des passages financiers qui l’accablaient. La première explication (si toutefois l’information donnée par la justice est juste) et qu’il n’a jamais pensé qu’il pourrait être coincé sur des problèmes financiers. « Ici en Corse la plupart des voyous s’en foutent des signes extérieurs de richesse. Ils agissent au vu et au su de tous justement parce que leur argent est destiné à en jeter plein la vue. »
Ensuite, beaucoup sont ici persuadés que pendant longtemps Pieri a bénéficié de la protection de certains hauts fonctionnaires.
Quels ont été ses torts ? Vraisemblablement de ne pas comprendre qu’avec Sarkozy, il ne se jouait plus la partie traditionnelle entre la Corse et l’état français mais bien l’avenir d’un futur présidentiable. « Dans un tel contexte analyse un membre du staff sarkozien, Pieri n’était plus un acteur mais un fusible. Il devenait une carte à jouer pour le patron. Mais lui est resté le même croyant qu’en faisant péter quelques charges il allait à nouveau forcer une trêve. Le pire c’est qu’il n’a rien compris. L’affaire de Resistanza corsa est typique. Pour ne pas se mouiller, on crée un faux nez qui surfe sur le climat ambiant. Dès que ce climat change, on détruit le faux-nez. Tout le problème pour le FLNC UC du secteur bastiais a été que ce faux-nez était devenu incontournable à l’interne, vraisemblablement parce que les petits soldats manquent et que le caractère des Casimiri n’a pas permis une évaporation de Resistanza corsa. »
Le résultat est que Resistenza corsa, groupe raciste, « fusionne » avec le FLNC au risque de faire passer cette organisation clandestine pour une organisation raciste. Nicolas Sarkozy a alors compris que Charles Pieri devait faire des concessions à ses propres « amis ». Or tous les rapports témoignent de la faiblesse de Pieri à l’interne, faiblesse d’abord causée par les accusations qui sont portées contre lui par ses propres camarades d’ « affairisme ».
Aujourd’hui qu’il est incarcéré, il va avoir quelques difficultés à garder la haute main sur le nationalisme corse. La dynamique d’union qui est en marche le relativise. Le PNC sait qu’il doit réussir très vite à marginaliser de la violence.
En Corse il se trouve toujours des petits groupes pour se lancer dans la surenchère. Là se situe d’ailleurs une difficulté majeure. Pieri était un modérateur dans l’excès. Vieillissant il voulait profiter de son bien au soleil et présentait donc des faiblesses qui le portaient à se montrer conciliant. Sans lui, cette sagesse pourrait voler en éclat et laisser la place au chaos si l’union ne fonctionnait pas.
Pieri sera-t-il candidat sur les listes de l’union des nationalistes ? Les avis sont partagés. Ses amis le voudraient bien mais auront quelque mal à l’imposer. À moins que l’état ne fasse du leader déchu un martyr.
Car Nicolas Sarkozy et la justice ont pris quelques risques : s’il s’avérait au sortir de cette affaire qu’elle n’avait été montée que pour satisfaire les ambitions d’un ministre de l’intérieur, le résultat serait catastrophique. À l’inverse, si les accusations portées contre le responsable nationaliste sont vraies, le nombre de ses relations va sérieusement diminuer dans les mois à venir.
Quoi qu’il en soit, Nicolas Sarkozy a donné l’impression d’être un homme qui tient ses promesses au moins dans le domaine répressif. Et cela, en dehors même de l’affaire Pieri, est positif dans une île habituée au retournement de vestes des représentants de l’état français.
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