L’élu ajaccien Paul Ruault qui était partisan du non stigmatise l’ancien premier ministre Raymond dans Corse-Matin.
Dans une interview accordée au nouvel Observateur, Raymond Barre a évoqué le dossier corse. Quand on lui a dit « Vous avez eu dans le passé une opinion radicale sur la Corse », l'ancien Premier ministre a déclaré « Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit. J'ai soutenu le projet de Lionel Jospin, parce que je pensais qu'il constituait une étape importante pour rétablir la paix civile, mais j'ai toujours considéré que cela ne pouvait qu'être une étape ». A la question : « Donc si les Corses veulent leur indépendance qu'ils la prennent? », Raymond Barre a répondu « Qu'ils la prennent, et que dans le même temps nous révisions les conditions dans lesquelles nous apportons notre concours financier à la Corse. Cela nous coûte trop cher
Pour Paul Ruault, conseiller à l'assemblée de Corse et conseiller municipal d'Ajaccio, il est regrettable que ces lignes soient passées inaperçues. Il a tenu à réagir en s'adressant par une lettre ouverte à l'ancien Premier ministre
« C'est avec tristesse et amertume que j'ai lu les propos que vous venez de réitérer sur la Corse. Leur ton suffisant et provocateur ne grandit pas l'ancien Premier ministre de la France, ni l'universitaire qualifié de « meilleur économiste de France ».
Outrance
Mais à quels Corses vous adressez-vous, monsieur Barre ? Et pour vous suivre dans l'outrance, qui se cache derrière ce « nous » à qui la Corse coûte trop cher? Vos bourgeois lyonnais qui vous élisaient du temps où vous étiez leur maire ? À moins qu'il ne s'agisse d'un « nous » de majesté...
Vous avez été le Premier ministre de la France de 1976 à 1981, je n'ai pas souvenir que vous ayez mené une action ferme et déterminée en Corse ! Comment pouvez-vous tenir de tels propos alors qu'au poste éminent qui a été le vôtre pendant cinq ans vous avez connu l'origine et la nature de la violence qui est faite à la Corse ? Vous ne pouvez ignorer qu'à l'occasion de chaque scrutin la population de Corse a clairement et obstinément proclamé son attachement à la République et que, si problème il y a en Corse, c'est à cause de l'incapacité ou de l'absence de volonté de l'État de protéger cette population contre la corruption de l'argent, l'appétit de pouvoir, la fièvre de l'image médiatique et des agissements de nature terroriste ultraminoritaires.
« Amalgame coupable »
C'est pourtant aux responsables de ces agissements que par un amalgame coupable vous semblez réduire la population de cette île La plupart de ces fauteurs de troubles, dans leur for intérieur, aspirent d'ailleurs davantage à prendre le pouvoir qu'à une indépendance pour laquelle ils sont incapables de proposer la moindre politique économique crédible.
Monsieur le professeur, vous vous méprenez sur la situation de la Corse au point de la comparer à celle des territoires d'outre-mer l Apprenez qu'à la différence de ces anciennes possessions coloniales dont vous êtes natif, 4'histoire de la Corse est intimement liée à celle de la France. Peut-être ignorez-vous que la majorité des Corses réside aujourd'hui sur le continent ? Que serait devenu notre pays sans les Corses, qu'ils soient humbles ou illustres ? Ceux-là même qui le 9 septembre 1943 ont fait de la Corse le premier département français libéré. agir avec la Corse comme avec une colonie d'autrefois, ce n'est vraiment rien comprendre ni à l'histoire de l'île ni à l'attachement des Corses pour la Nation
«L'immense majorité des Corse vit honnêtement»
Monsieur l'ancien Premier ministre qui, dans une approche purement comptable, méprisez les habitants de cette île au point de leur reprocher les bienfaits de la solidarité nationale, sachez que l'immense majorité des Corsés vit simplement et honnêtement, avec les mêmes difficultés que les autres, les handicaps de l'insularité en plus et que, d'après l'observatoire des prix, la vie est plus chère chez nous.., qu'à Lyon par exemple?
Quand votre enfant est malade, monsieur Barre, lui reprochez-vous de vous coûter trop cher pour le soigner ? Ce que les Corses veulent, c'est vivre en paix et que vous cessiez, avec d'autres, de fantasmer sur eux.
Que cessent ces propos indignes, ils contribuent à approfondir le fossé entre les Corses et le reste de la Nation. Les indépendantistes y travaillent depuis des années, Il est navrant que quelqu'un qui se voulait un « homme d'État » vienne porter secours aux terroristes dans une entreprise de démolition de la République
Commentaire : Paul Ruault a tort de se mettre en colère. Raymond Barre est tout à fait cohérent. Car en effet s’il s’avérait que les Corses voulaient démocratiquement l’indépendance il serait légitime de la leur offrir. On peut être contre une telle hypothèse qui en effet signifierait la ruine de notre île mais accepter le principe.
Là où Raymond Barre a tort c’est d’estimer que la Corse coûte cher. Elle coûte infiniment moins cher que les « fautes » de gestion type Crédit Lyonnais et Exécutive Live. Elle est une goutte d’eau comparée à l’affaire Elf sans oublier le gaspillage commis par les hauts fonctionnaires sans que jamais la moindre sanction ne vienne les frapper.
Assez donc de ces accusations qui pourraient aisément être retournées contre leurs auteurs. Monsieur Barre juge-t-il ses mandats lyonnais particulièrement flamboyants lui qui a laissé Lyon exsangue et sans le sou. La preuve : le maire socialiste est obligé de passer un contrat avec la famille Partouche afin que celui-ci construise un casino en plein centre ville afin de ramener de l’argent dans les caisses. Imaginons un instant qu’un tel scénario ait eu lieu à Ajaccio où la municipalité vient de refuser d’ajouter dix machines à sous à la cinquantaine existante. Nous redevenions des pourris vendus à la mafia des jeux. Arrêtons donc. C’est aux Corses de décider de leur destin et à eux seuls.
TOUT LE DOSSIER CORSE
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