L’UMP de Corse en pleine crise nerveuse
Dec 13, 2003
La désignation de Camille de Rocca Serra comme « chef de file » pour les prochaines élections territoriales a suscité une vive réaction des responsables départementaux de l’UMP qui réclament une réunion de concertations avec le député-maire de Porto-Vecchio. Jacques Renucci, éditorialiste de Corse-Matin fait le point.

Les responsables de l’UMP de Corse ceux qui, ils insistent sur ce point, ont été élus par les militants insulaires dans des instances démocratiques départementales se sont réunis à Casamozza pour faire le point sur la situation actuelle de la droite « légitimiste après le retrait annoncé de Jean Baggioni et surtout la désignation de Camille de Rocca Serra comme « chef de file » de la majorité présidentielle dans L’île.

Pas de concertation

L'ambiance était assez combative; elle annonce une préparation des élections territoriales où l'on va se dire ses quatre vérités - tout comme sans doute un troisième tour à surprises. Le sud et le nord - José Rossi et Roland Francisci, Paul Natali et Sauveur Gandolfi-Scheit, soutenus par Robert Feliciaggi, se sentent un peu mis devant le fait accompli ; ils savent qu'en politique il n'est jamais bon de subir. Les godillots n'aiment pas les peaux de banane. Ils réagissent donc dans une formule d'apaisement tactique, qui vise à mettre le député-maire de Porto Vecchio au pied du mur.

En ce qui concerne Jean Baggioni, l’UMP a été agacée du concert de louanges médiatiques et politiques qui lui a été adressé après qu'il ait rendu public son départ.

« Il ne s'est concerté ni avec sa majorité élargie, ni avec sa majorité restreinte. Il s'en va c'est une décision importante, et il n'a pas la courtoisie d'en informer les membres de son groupe. Ça n'a pas été apprécié, même s'il n'y a pas eu de déclarations en ce sens », dit un responsable de l’UMP Le président du conseil exécutif « passe le flambeau » à ceux qui lui sont le plus proche, Camille de Rocca Serra et Ange Santini.

« Mais le flambeau de quoi ? Pas le flambeau de la majorité régionale, mais de la partie réduite du groupe Le Rassemblement, rien de plus. Camille de Rocca Serra trouve là une première légitimité, Il préconstitue une petite liste, pour les hommes en tout cas, Santin Sindal Giorg etc. Or, pour faire une majorité, il faut être deux ou trois à s'entendre. Cette façon de procéder n'est pas la meilleure façon d'y parvenir», dit-on à l’UMP

L'implication parisienne dans le débat

Pour José Rossi, qui sait faire comme si de rien n'était, il n'y a au fond pas de problème. Il a sa légitimité reconnue de président de l'assemblée de Corse, qui a accompagné, voire initié, l'évolution institutionnelle de l'île depuis vingt ans, en devant parfois compter avec l'opposition de ses amis politiques. Le président sortant, partant d'une majorité de 20 élus sur 51, souligne qu'il a réussi, entre débats d'idées, processus de Matignon et démarche d'apaisement, à créer un rassemblement pour permettre à l'exécutif de gouverner dans la sécurité et la stabilité. « L'administration quotidienne avec ses résultats, ses réussites, est le patrimoine commun de l'assemblée et de l'exécutif», dit José Rossi.

Ancrage dans la République et responsabilité régionale très forte semblent actuellement les mots d'ordre conjoints de l'UMP de Corse : le débat suc les institutions est révolu, il faut maintenant travailler de façon efficace, avec des moyens financiers enfin adaptés, des aides au développement et des dispositions fiscales favorables - sans oublier le rétablissement des arrêtés Miot, cheval de bataille de José Rossi.

Les responsables régionaux de la coalition gouvernementale n'admettent pas que, « dans la région la plus décentralisée de France », les décisions viennent encore d'en haut. Selon eux, avec le mode de scrutin tel qu'il a été maintenu en Corse, il valait mieux qu'il y ait un bon climat entre listes concurrentes de la même famille, et donc pas d'implication parisienne dans le débat, surtout, ajoute-t-on, « à un moment où le gouvernement est au plus bas dans les sondages d'opinion

La responsabilité de la division

Bref, pas d'investiture, pas de chef de file, une espèce de liberté laissée à l'électeur, tout cela aurait permis de ne pas étaler dissensions et rivalités sur la place publique ; même si les instances parisiennes ont tenté piteusement de rattraper le coup, en faisant savoir que chef de file ne veut pas dire tête de liste, le mal était fait, et, par « fuite organisée », Camille de Rocca Serra intronisé en quelque sorte comme le patron de l'UMP insulaire. « Pour être chef, il faut être reconnu pas ses pairs », dit un délégué départemental. « Or Camille en Corse-du-Sud ne représente que 10 % des militants

Mais les chefs ont déjà dépassé ce stade de raisonnement au restaurant « Chez Walter », entre la poire et le fromage, ils ont décidé de lancer une sorte d'ultimatum amical (expirant dimanche) au député-maire de Porto-Vecchio qui, disent-ils, « fuit le contact depuis six mois ».

Ils demandent une réunion générale - auraient-ils peur qu'il tente de dissocier le groupe en séduisant un « maillon faible » ? - au chef de file, dans l'exercice de ses fonctions de conciliateur et de fédérateur, pour trouver les voies d'une liste d'union à connotation UMP (dans laquelle Camille ne serait pas forcément numéro un) ou de créer un climat de concorde propice à des rapprochements efficaces peur la suite.

Ce faisant, ils ne veulent par apparaître comme les artisans de la division. Celle-ci était, selon eux, déjà inscrite dans la réalité par les affirmations concordantes, sinon concertées du président du conseil exécutif de Corse et de la commission d'investiture de l’UMP.

Commentaire : les partis politiques traditionnels en Corse n’en sont même plus à l’étape de la balkanisation mais au stade du puzzle. Sous l’effet de la désagrégation française, chacun tente de faire valoir ses petites prérogatives et son petit pouvoir. Nous sommes en passe de battre le record de 1982 puisque nous devrions frôler les 20 listes si d’aventure les nationalistes rataient leur union. Certains font des efforts désespérés pour apparaître un peu plus unitaire. Ainsi Paul Giacobbi a réussi « un beau coup » en appelant Jean-Claude Guazzelli le grand argentier de la région, sur sa liste. Homme à la réputation d’efficacité, Guazzelli apparaît comme un homme qui connaît la réalité. Néanmoins, Paul Giacobbi peut compter sur Émile Zuccarelli et ses anciens amis du parti radical de gauche pour lui savonner la planche.

Les socialistes ont promis de partir seuls avec la certitude de ramasser un score parfaitement dérisoire. Les communistes devraient parvenir à dépasser les 5% et se maintenir au second tour en ramassant au passage quelques voix socialistes. Simon Renucci et son groupe Corse Social-démocrate, devraient eux aussi connaître une défaite cuisante.

Quant à la droite elle part en biberine. Une dizaine de listes au total avec pour dernière annonce celle de Jean-Luc Chiappini, président du parc naturel, un homme de droite qui, petite fantaisie d’un artiste, avait signé l’appel d’A Tramula en faveur du commando Erignac. Une telle originalité valait bien sa propre liste. C’est désormais chose faite.

L’UMP national, qui décidément ignore tout des subtilités locales, a cru bien faire en investissant Camille de Rocca Serra lequel était soutenu par le président de l’exécutif Jean Baggioni avide de régler ses comptes. Le résultat est que l’UMP corse est au bord de l’implosion. José Rossi et ses amis ne pouvaient évidemment accepter un tel défi sans réagir.

Côté corsiste, on devrait connaître un score honorable, sans plus. De quoi avoir quelques petites voix à l’Assemblée.

Plus les jours passent et plus il semble que les nationalistes sont en passe de réussir la belle. Même s’ils partent divisés aux élections, la liste Corsica nazione PNC apparaîtra comme la seule à rassembler plutôt qu’à diviser. Et si la Chjama d’Edmond Simeoni part de son côté, elle risque fort de se rendre compte qu’en trente ans ce sont les satellites du FLNC qui ont capitalisé une clientèle fidèle, mélange d’un électorat protestataire à la Le Pen et à la Laguillier en même temps qu’un électorat réellement travaillé par une conscience nationaliste sincère.

Tout reste donc suspendu au troisième tour. Mais là encore la logique militante primera sur la logique d’intérêt. Les nationalistes sans programme crédible auront profité de l’insondable stupidité des politiques corses et parisiens en même temps que de l’effondrement sur lui-même du système étatique français.

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