Le procureur avait demandé la relaxe de l’enseignant. Pourtant ce dernier a été condamné hier à cinq mois de prison avec sursis. Le tribunal correctionnel de Bobigny a estimé qu'il avait commis une faute en laissant ouverte la fenêtre de laquelle l'enfant est tombée. Une dérive à l’américaine.
L'instituteur Philippe Boubet, 50 ans, a été condamné, hier, par le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) à cinq mois de prison avec sursis et à payer près de 120 000 € de dommages et intérêts. Il était poursuivi pour homicide involontaire après la mort de la petite Sarah Brunelle, 10 ans, en décembre 1996 à l'école Victor-Hugo à Epinay-sur-Seine. L'enfant avait fait une chute de la fenêtre de sa classe.
Début octobre, lors du procès, le procureur avait requis la relaxe de l'enseignant. Et en novembre, Astrid Gaultier, une institutrice parisienne de l'école Pommard (XIIe ), avait été, elle, été relaxée après la chute mortelle d'un de ses élèves dans une cage d'escalier, alors que le procureur avait requis contre elle six mois de prison avec sursis. La condamnation de Philippe Boubet est non seulement absurde. Pire elle témoigne d’une dérive à l’américaine. La société devient procédurière et, peu à peu, condamne à la disparition des métiers indispensables comme certaines spécialisations médicales à risque ou encore le métier d’enseignant.
Sarah est morte parce qu’un enseignant ne peut pas tout surveiller dans sa classe. Elle est tombée à l'école Victor-Hugo, tandis que Philippe Boubet achevait de ranger les affaires dans une malle. À la lecture du verdict, Philippe Boubet est resté longtemps assis avec son avocat, M e Pierre La Fontaine, sur les bancs de la salle d'audience. Le tribunal a considéré qu'en laissant la fenêtre ouverte il avait commis une faute. L’enseignant a refusé de s'exprimer, tout comme ses collègues. Il a immédiatement fait appel de la décision.
Le père de la petite fille, Stéphane Brunelle s'est dit sous le choc après le jugement : « Je m'attendais à tout sauf à ça. Je suis apaisé. Maintenant, on va pouvoir travailler à bâtir un avenir constructif. » Gabriella, la mère de l'enfant, ne cache pas non plus sa satisfaction après la décision. « Notre peine est enfin reconnue. La mort de ma petite fille n'a pas été balayée comme une poussière », assure-t-elle. L'avocat des parents, M e Karim Achoui, souligne « une grande victoire pour la famille. Les juges ont su résister à la pression des syndicats d'enseignants ». Absurde et imbécile même cette réaction est compréhensible.
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