Depuis la menace brandie par le groupe hôtelier Accor de quitter les Antilles françaises, les professionnels du tourisme multiplient les initiatives pour améliorer l'image de leurs îles. La Corse devrait s’en inspirer.
En Guadeloupe, la population se souvient avec beaucoup d'amertume de ce fameux jour de novembre 2002 où l'annonce en a été faite. "Nous l'avons vécu comme un cataclysme", souligne Corinne Vial-Collet, directrice de La Toubana, un hôtel situé a Sainte-Anne.
"Nous nous retrouvions soudain à la une des médias, qui évoquaient comme principale raison de ce choix notre mauvais sens de l'accueil. Cela a été vécu comme une injustice", ajoute-t-elle avant d'évoquer "un coup médiatique, voire un coup de bluff".
Il y a un an, Accor avait fait part de son intention d'abandonner progressivement ses activités en Guadeloupe et en Martinique en raison d'un climat social "détestable", d'arrêts de travail répétés, d'un coût du travail trop élevé et d'une "mauvaise" productivité. Le groupe, sous la pression notamment des pouvoirs publics, avait ensuite fait marche arrière.
"Aujourd'hui, le groupe Accor est toujours là, avec ses trois hôtels", s'étonne Mme Vial-Collet. En revanche, l'effet d'annonce a laissé des traces. Les hôteliers parlent d'une baisse de fréquentation de 30 a 40% selon les cas: "'l'affaire Accor' (qui possède environ 560 chambres) est tombée au pire moment", reconnaît Daniel Arnoux, président du groupe Des Hôtels & des Îles (800 chambres). "Les attentats du 11 septembre à New York avaient déjà plongé le tourisme mondial dans la tourmente, nous n'avions pas besoin de cela".
D'autant plus qu'avant même ces difficultés, l'archipel avait vu disparaître deux de ses dessertes aériennes sur quatre. En 1999, AOM, Air Liberté, Corsair et Air France reliaient Paris à Pointe-à-Pitre. Seules ces deux dernières compagnies assurent encore la liaison aujourd'hui, ce qui est sans nul doute à l'origine d'une flambée des prix: il faut désormais compter entre 800 et 1.000 euros pour un billet aller-retour.
Cette situation devrait cependant s'améliorer avec la concurrence prochaine d'Air Caraïbes, dont les premiers vols sont annoncés pour ce vendredi 12 décembre.
Si les plaies semblent progressivement se refermer au fil des mois, les cicatrices restent visibles : "les Guadeloupéens ont été vexés", affirme Thierry Gargar, coordinateur des actions de promotion touristique de Guadeloupe.
Lui ne souhaite retenir que "les répercussions positives" de cette période difficile, car elle a fait "réagir les autorités locales". Le Conseil général s'est immédiatement associé au Conseil régional pour créer un Comité du Tourisme Guadeloupéen, et l'Assemblée départementale a financé un programme conséquent de formations destinées aux personnels hôteliers.
Enfin, depuis la rentrée, le tout premier lycée d'État d'hôtellerie et du tourisme a ouvert ses portes sur la Grande-Terre. Thierry Gargar entend aussi "multiplier les manifestations d'envergure pour animer les îles. Nous avons besoin d'événements comme la Route du Rhum, que nous recevons tous les quatre ans, ou encore le raid aventure Rubson Turquoise pour être sous les feux des projecteurs médiatiques. L'élection de Corinne Coman, Miss France 2003, nous a aussi beaucoup apporté", sourit-il.
La Guadeloupe entend bien redevenir une destination en vogue car les enjeux sont importants. Le tourisme représente en effet une manne financière considérable, apportée principalement par les quelque 400.000 Français qui se rendent dans l'archipel chaque année. Il compte sept îles (Les Saintes, Marie-Galante, La Désirade, Basse-Terre et Grande-Terre, Saint-Martin, et Saint-Barthélemy) pour une population de 450.000 habitants.
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