Changements climatiques : les États-Unis s’inquiètent enfin
Dec 10, 2003
Selon le chef de la délégation des États-Unis à la Neuvième Conférence des parties à la Convention-cadre sur les changements climatiques, M. Harlan Watson, les États-Unis prendraient des mesures concrètes pour faire face aux changements climatiques, question à laquelle ils attacheraient une grande importance. Ils voudraient jouer un rôle de premier plan dans l'élaboration de programmes de coopération avec des pays tant industriels qu'en développement.

M. Watson a fait état de ces mesures le 4 décembre, lors d'une des séances plénières de cette conférence qui se tient du 1er au 12 décembre à Milan en Italie. La politique du gouvernement Bush relative aux changements climatiques, a-t-il dit, traduit la volonté des États-Unis de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui n'aura pas d'incidence dangereuse sur le climat de notre planète.

Le premier volet de cette politique consiste à réduire de 18 % l'intensité des gaz à effet de serre (émissions de gaz à effet de serre par dollar de produit intérieur brut) au cours des 10 prochaines années, ce qui constituera une amélioration de près de 30 % par rapport au niveau actuel. Les États-Unis sont en effet le premier producteur de gaz à effet de serre dans le monde et ont refusé de ratifier le traité de Kyoto.

Le deuxième volet porte sur les investissements dans les domaines scientifique et technique.

Enfin, le troisième volet a trait à la coopération internationale, qui est, selon M. Watson, essentielle à la préparation de toute action mondiale efficace face aux problèmes complexes des changements climatiques.

Depuis 2001, a-t-il dit, les États-Unis ont établi ou relancé 13 partenariats bilatéraux dans ce domaine avec des pays aussi bien industriels qu'en développement. Mais les États-Unis continuent de refuser la ratification des traités visant à protéger la planète contre les méfaits de l’homme. Ils participent notamment au déboisement intensif des forêts équatoriales et le coût extrêmement bas de leur carburant favorise la pollution.

Par ailleurs, M. Watson s'est prononcé en faveur de changements révolutionnaires dans les domaines de la production d'énergie, de sa distribution, de son stockage et de son utilisation. Il a cité à cet égard le lancement par les États-Unis en juin dernier du "Carbon Sequestration Leadership Forum", programme international de séquestration du gaz carbonique. Ce programme, auquel participent 13 pays et la Commission européenne, vise à mettre au point de nouveaux procédés techniques en vue de capturer le gaz carbonique provenant de la combustion de combustibles fossiles.

Quarante des 50 États fédérés des États-Unis, a-t-il précisé, ont dressé un inventaire de leurs émissions de gaz à effet de serre, 27 ont élaboré un plan d'action pour faire face aux changements climatiques et 8 ont adopté des objectifs de réduction facultative des émissions de gaz à effet de serre.


Qu’est-ce que le traité de Kyoto ?

Maintes fois mis en péril, le protocole de Kyoto est sur le point d'entrer en vigueur. La Russie qui a promis de le ratifier prochainement rend effectif cet accord qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Conclu en 1997, le protocole impose aux pays industrialisés de réduire de 5,2% en moyenne leurs rejets de gaz à effet de serre, entre 2008 et 2012. Mis à mal en mars 2001, après le refus du président américain George Bush de l'entériner, les Européens l'ont sauvé in extremis lors d'une conférence des Nations Unies en Allemagne, en juillet 2001. Pour rallier le Japon, la Russie, le Canada et l'Australie, ils ont dû assouplir leurs exigences de départ et ont accepté que ces pays aient recours à ce que l'on appelle les puits de carbone. Ces puits, des forêts et des surfaces agricoles censées absorber le CO2, permettront aux quatre pays de remplir leurs engagements en reboisant leurs forêts au lieu de réduire les émissions de gaz à proprement parler.

Le protocole de Kyoto a été ratifié par 90 pays représentant 37,1% des rejets de CO2 des pays industrialisés en 1990, dont l'Union Européenne (24,2%) et le Japon (8,5%). A Johannesburg, Jean Chrétien, Premier ministre du Canada (3,3%), a annoncé qu'il déposerait avant la fin de l'année un projet de loi en vue de ratifier le traité. Toutefois, la participation canadienne n'est pas aussi indispensable que celle de la Russie. En effet, le processus de ratification en cours de plusieurs pays du Nord, comme la Suisse, permettra d'atteindre l'objectif des 55% une fois que la Russie se sera engagée.

Pour prendre effet, le traité doit être validé par 55 pays, qui représentaient au moins 55% des émissions de dioxyde de carbone du monde industrialisé en 1990. Il ne pouvait l'être sans les États-Unis (36,1% des émissions de CO2 des pays développés en 1990), qui ont rejeté l'accord en 2001, ou la Russie (17,4%). Les États-Unis se sont retirés de l’accord de même que la Russie ce qui rend le traité impossible à réaliser.


Les Russes face à une vague de protestations pour ne pas avoir ratifié Kyoto

Des militants brandissant d'immenses symboles météorologiques devant l'ambassade russe demandent à Poutine de cesser de changer notre climat. 10 Heures. Consulat de Russie, 5 Kensington Palace Gardens, Londres W8.

Dans sept pays, des manifestants des Amis de la Terre vont cibler les ambassades russes lundi pour pousser le gouvernement russe à ratifier le Protocole de Kyoto - le seul traité international visant à réduire la pollution à l'origine du changement climatique. Les ambassades au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, au Luxembourg, en Norvège et au Danemark seront visées à la veille de l'ouverture de la Douma - le Parlement russe. Les Amis de la Terre accusent le gouvernement russe de repousser la ratification de ce traité climatique crucial et de l'utiliser comme un moyen de pression pour son adhésion à l'Organisation Mondiale du Commerce. Les dernières négociations ministérielles de l'OMC débutent cette semaine à Cancun, au Mexique.

Les preuves d'un changement climatique provoqué par l'homme sont indiscutables. D'éminents scientifiques spécialistes en météorologie affirment qu'il n'y a aucune autre explication aux récentes situations météorologiques. En juin dernier, l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM) a annoncé des niveaux record en ce qui concerne les événements météorologiques extrêmes tels que les tornades, inondations et périodes de sécheresse sur tout le globe. Depuis, l'Europe a été en proie à une vague de chaleur, ayant provoqué 20 000 décès selon les estimations. Le Comité intergouvernemental des Nations Unies sur les changements climatiques prédit que les événements climatiques exceptionnels risquent de devenir de plus en plus fréquents si, comme prévu, l'augmentation des températures mondiales atteint jusqu'à six degrés.

Le Protocole de Kyoto est la première étape essentielle vers une action internationale visant à enrayer les changements climatiques. Toutefois, il semble devenir un simple moyen de pression dans les négociations de la réunion de l'OMC qui se tient cette semaine à Cancun, au Mexique. La Russie fait actuellement pression pour adhérer à l'OMC.

Le Protocole de Kyoto engage les pays développés à réduire de 5 % en moyenne leurs émissions de gaz à effet de serre à l'origine des changements climatiques. Jusqu'à présent, 113 pays l'ont ratifié. Mais, depuis que George Bush, le président des États-Unis, a déclaré que l'Amérique, le plus gros pollueur au monde, ne ratifierait pas Kyoto, le traité ne peut entrer en vigueur et lier les parties que s'il est ratifié par la Russie. Le fait qu'elle ne l'ait pas encore signé retarde sa mise en application et empêche toute négociation relative à une augmentation supplémentaire et plus importante des émissions. Les militants demandent au président Putin de faire preuve de leadership au niveau mondial et de garantir la ratification immédiate du Protocole de Kyoto par la Russie.

Kate Hampton, coordinatrice du climat international aux Amis de la Terre, a déclaré : « Le président Putin fait plein de belles promesses mais nous attendons toujours de voir le leadership du gouvernement russe en matière de changements climatiques. La Russie doit ratifier Kyoto aujourd'hui et cela doit être la priorité diplomatique de l'Union Européenne. Toute opportunité créée par l'Union Européenne ou la Russie de faire dépendre la ratification de Kyoto par la Russie de l'adhésion de cette dernière à l'OMC est inacceptable. L'Union Européenne joue le jeu de l'administration Bush en se livrant, de manière agressive, à une libéralisation du secteur de l'énergie russe - une stratégie qui pourrait compromettre la ratification russe et l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto. Nous avons déjà perdu deux ans de négociations depuis que les gouvernements ont accepté des règles mondiales en 2001. Et la vague de chaleur de cet été montre, plus que jamais, à quel point le réchauffement planétaire est meurtrier. »

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