Lettre d’un lecteur particulièrement sincère
Dec 10, 2003
Un lecteur nous fait des reproches en termes acerbes. Nous répondons avec amitié

Peut-être aurai-je l'immense honneur d'être qualifié de débile par votre haute autorité morale. Peut-être pas qui sait? En tout cas, je me permets de vous écrire car je veux vous poser une question: VOTRE DROITURE ET VOTRE IMPARTIALITÉ JOURNALISTIQUE NE SERAIENT-ELLES PAS A GÉOMÉTRIE VARIABLE?

Vous vous montrez intransigeants, critiques, acerbes, acides et caustiques en mettant en lumière (parfois à raison) les contradictions du monde nationaliste mais vous êtes beaucoup plus timorés, coulants voire silencieux sur bien d'autres sujets:les dérapages du nain hystérique de la Place Beauvau qui croit avoir décapité le FLNC(!!!!),les casseroles que traînent certains leaders "bien sous tous rapports" car républicains, l'influence sur la vie de l'île (néfaste et combien plus pernicieuse que celle du nationalisme)qu'a le grand banditisme organisé et jamais inquiété par les sbires de Mr SARKOZY !!!

Vous évertuez à réduire le nationalisme à un idéal fantaisiste qui amuserait quelques mafieux et leur fan club de demeurés,vous êtes au fait de tout grâce à vos glorieux correspondants anonymes(quellu di Ghisunaccia,quant'ellu ne sà!!),vous vous permettez de tancer et juger sans discernement des gens comme Edmond SIMEONI et d'autres… Peut-être leur sincérité et leur dévouement à leur patrie vous dépassent-ils mais il faut tout de même que vous ayez présent à l'esprit quelques éléments simples:

- La Corse a été annexée par la force par la France
- L'immense majorité de ceux qui la font passer avant la France sont
des gens sincères et honnêtes - A fede naziunale corsa un s'hè mai spenta è un si spenghjera mai (la foi nationale ne s’est jamais éteinte et ne s’éteindra jamais TDLR)
- Les nationalistes n'ont pas réponse à tout, ne sont pas parfaits mais sont loin d'être le problème n°1 de la Corse.

Je vous lis et continuerai à vous lire car je considère que votre regard sur le dossier corse peut être enrichissant comme tout œil neuf ou intéressé par un problème peut l'être mais de grâce, ôtez les œillères qui vous braquent sur les nationalistes et sur eux seuls.

Peut-être est il plus simple de suivre le mouvement mais si des gens sont quasiment en mesure de dire qui a plastiqué quoi,ou et à quelle heure comme vous semblez l'être, dirigez votre perspicacité vers d'autres horizons: la Mairie de Bastia, les emplois fictifs par dizaines dans les conseils généraux, les "chantages à l'emploi" exercés par divers responsables, le comportement au jour le jour avec la population des glorieuses forces de police françaises, l'inaction totale de la police face à la drogue, le comportement exemplaire et plein de finesse des juges dits "anti terroristes" et de leur bras armé baptisé DNAT.

Après avoir fait vos choux gras de l'hospitalité et de la solidarité ancestrale qui sont les nôtres, en vous attachant à les rabaisser au rang d'une simple complicité atavique, voire génétique avec tout criminel quel qu'il soit, peut-être pourriez-vous enfin vous intéresser à d'autres choses?

Cette libre opinion vous est adressée sans animosité aucune,mais avec un sentiment de révolte (parfois);d'incompréhension(souvent) mais aussi et surtout "d'ouverture". Je ne représente que moi mais, j'en suis sûr, beaucoup se reconnaîtront dans mon raisonnement.
B. C.(Aiacciu,Vezzani)



Notre réponse : Nous ne vous qualifierons pas de débile car, à la lecture de votre lettre, nous ne saurions conclure à un tel constat. Faute de quoi, soyez-en assuré, nous n’aurions manqué de le faire. Nous n’avons d’ailleurs agi qu’une seule fois ainsi : c’était avec le primaire (ou peut-être le primate) qui nous accusait d’être la tête avancée de l’Islam en Corse. Nous nous étions contentés de prétendre que les attentats racistes perpétrés à l’encontre des malheureux maghrébins tenaient de la bêtise ce que la plupart des nationalistes s’accordent à dire. Nous trouvions que faire de nous la cinquième colonne de l’Islam en Corse présentait tous les symptômes d’une déficience mentale.

Mais revenons-en à votre lettre. Ce qui pourrait nous déplaire d’abord : l’attaque physique contre Nicolas Sarkozy. Le qualifier de nain n’ajoute rien à votre démonstration. Je vous rappelle tout de même qu’il est plus grand que ne l’était Napoléon, Gallochio et bien d’autres Corses.

Vous nous accusez sans aménité de ne taper que sur le clou nationaliste et d’éviter soigneusement les écueils du grand banditisme, du clanisme etc. Nous avons un avantage : celui de laisser nos archives grandes ouvertes à tous les esprits curieux qui voudraient bien s’y plonger. Vérifiez donc ce que nous vous répondons. Nous avons commencé (et nous continuerons) en nous en prenant comme personne d’autre ne l’avait fait à la Brise de Mer. Regardez les notes inédites que nous avons « sorties », relisez la mise en cause de ces voyous dans l’assassinat de Santoni, de Rossi etc.

Relisez ce que nous avons écrit sur le grand banditisme en Corse et vous verrez que votre critique, dans ce domaine est particulièrement injuste.

Concernant les magouilles des politiques, nous vous répondrons que nous sortons ce dont nous sommes au courant. Nous nous sommes ainsi attaqués à la fraude électorale et à quelques magouilles comme, en son temps, la caserne de Bonifacio. Mais nous ne pouvons parler que ce dont nous avons l’écho.

Permettez-nous d’éclairer votre lanterne. Les articles corses de ce site sont le produit d’un réseau aujourd’hui fort d’une quarantaine de personnes bâti sur le mode d’un réseau clandestin à des fins de sécurité. Par un cheminement que nous ne vous révélerons pas, les informations sont acheminées vers cinq sources qui les vérifient, les traitent et les envoient vers le site de L’investigateur. Nous ne connaissons pas Jean Nicolas et il ne nous connaît pas. Mais il a pu tester notre sérieux. Pour peu que vous lui fassiez passer des informations, elles reviendront vers nous et seront traitées. Mais nous faisons déjà notre maximum. Nous allons cependant chercher à nous améliorer.

Notre problème essentiel est celui de la sécurité et il est fortement handicapant.

Pourquoi parlons-nous autant des clandestins (et non pas des nationalistes) ? Parce que lorsque l’actualité est marquée par les attentats, nous traitons de cette violence.

Très récemment, cinq personnes qui se sont elles-mêmes déclarées nationalistes nous ont rejoints. Il ne fait aucun doute qu’elles vont donner aux articles une teneur plus pluraliste. Nous n’avons qu’un an et demi d’existence. C’est peu et pourtant le site est déjà visité par une vingtaine de milliers de personnes chaque jour.

Concernant notre objectivité, elle est évidemment inexistante. Nous avons fait appel au site justement pour dépasser la fameuse objectivité de Corse-Matin. Et nous avons choisi L’investigateur parce qu’il n’est pas objectif. Le ton qu’il adoptait contre les pédophiles nous a plu. Nous avions le choix entre des dizaines d’autres sites. Nous avons choisi celui-là à cause de sa subjectivité. Mais plus notre réseau s’étoffe et plus nous devons marier l’eau et le feu. Tant mieux. C’est tout cela la Corse.

Nous exprimons notre plus profond respect devant la foi nationaliste pourvu qu’elle ne cherche pas à s’imposer par des moyens odieux. La violence est destructrice dès lors qu’elle prétend se substituer aux débats. C’est notre conviction étayée par des décennies de vie en Corse. Il ne s’agit pas d’une croyance béate en une démocratie française idéalisée mais le simple constant que c’est nous les Corses qui sommes les perdants de cette violence.

Nous nous fichons de Nicolas Sarkozy ou de Jacques Chirac car notre vie est ici dans cette île. Mais nous ne sommes pas prêts à nous livrer à n’importe quel aventurier. Dans notre action nous excluons deux méthodes : la violence et la délation. Tout ce que nous révélons était déjà connu des services de police et notre action dans le cadre de la capture d’Yvan Colonna visait à empêcher qu’il ne soit tué par des « coupeurs de tête ». Croyez bien que nous nous méfions d’un pouvoir qui a démontré combien il était capable de jouer sur plusieurs tableaux à la fois.

Encore une fois, et nous voudrions que vous en soyez convaincus, nous ne sommes pas des justiciers et encore moins des anti quelque chose : nous sommes des Corses qui croyons que cette société a besoin de justice pour produire de l’espérance et du dynamisme. Si, un jour, nous nous apercevions que nous allons contre un tel but, nous nous saborderions immédiatement.

En espérant vous avoir intéressé, nous continuerons cher lecteur à tenter d’avancer dans la nuit corse, avec notre petit lumignon en cherchant une improbable vérité. Mais peut-être vaut-il mieux parfois avancer et prendre le risque de se tromper que de se cantoner dans le rôle d’un observateur vieillissante et aigri.

Avale, vi prisentemu, di a parte di u rete corsu, la nostra amicizia. È, quandu vi vulete, mandete articuli nant’à cio chì vo vulete à u situ di L’investicatore. Sarete sempre u benvinutu.

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