Une étude rendue publique par l'Institut national d'études démographiques (Ined), dresse un tableau de la mort violente à travers le monde. Basé sur des statistiques communiquées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et compilées par le démographe Jean-Claude Chesnais, ce travail dénombre les homicides, suicides et accidents de la route survenus, courant 2000, dans une cinquantaine de pays.
Toutes causes de décès confondues, le palmarès est largement dominé par les États de l'ancienne Union Soviétique où l’espérance de vie s’est effondrée depuis la perestroïka. La Russie – qui recense 221 morts violentes pour 100 000 habitants – est ainsi talonnée par l'Ukraine, le Kazakhstan ou encore la Biélorussie. En 2000, la Russie a par exemple décompté plus 8 000 accidents du travail, record du monde vraisemblablement imputable dans une large mesure à l'abus d'alcool et aux conditions de sécurité dans les entreprises.
Pour l'auteur de l'étude, il s’agit de la conjonction dans cette région «du démantèlement de l'État, de la corruption généralisée, de l'explosion des trafics et de l'alcoolisme de masse» depuis le début des années 90. Il souligne aussi n’avoir eu aucun chiffre de nombreux pays d'Afrique noire et d'Asie, ce qui a relevé d’autant de places les pays qui ont fourni des chiffres.
La Colombie – déchirée par une guerre civile permanente – mais aussi le Brésil, affichent de très forts taux de criminalité,. Ces pays atteignent respectivement 60,8 et 23,3 homicides pour 100 000 habitants, soit jusqu'à cent fois plus que des pays comme la France ou le Japon.
Autre facteur : les pays développés ont enregistré, au cours des dernières décennies, une large décrue puis une stabilisation de la criminalité. Aux États-Unis, la politique dite de tolérance zéro et «l'incarcération de deux millions de personnes» ont, selon Jean-Claude Chesnais, fini par faire reculer le crime depuis la fin des années 70. Mais cela s’est traduit par une politique ultra-répressive dont le coût financier et humain est extrêmement élevé notamment pour les couches de la population les moins favorisées.
Plus étonnant : pour le démographe, la «modernisation» d'un pays amène nécessairement à un croisement entre la courbe de la criminalité, décroissante, et celle des suicides, qui tend à augmenter . Les causes ? Les liens de solidarité traditionnelle devenant soudain plus lâches et la lutte pour la survie tendent à diminuer mettant en évidence plus de problèmes d’ordre psychologiques.
Voilà ce qu’écrit Jean-Claude Chesnais en ouverture du document :
« Les morts violentes (meurtres, suicides et accidents) sont quatre fois plus fréquentes en Russie qu’aux États-Unis. Les pays qui talonnent la Russie pour leur forte mortalité violente sont des pays de l’ex-Union soviétique (Ukraine, Kazakhstan), et la Colombie, en proie à la guerre des gangs de narcotrafiquants. Longtemps considérés comme un pays dangereux, les États-Unis ont vu, depuis peu, la mortalité violente décliner jusqu’à devenir inférieure à celle du Japon ou de la France.
S’agissant des homicides, la Colombie vient en tête avec une fréquence de meurtres et d’assassinats 100 fois plus élevée qu’au Japon. Pour les suicides, la Colombie est en revanche en queue de classement, avec seulement 3 suicides par an pour 100 000 habitants, soit quinze fois moins qu’en Russie et en Lituanie qui détiennent les records mondiaux (plus de 40 suicides par an pour 100 000 habitants). La France a un taux de suicide relativement élevé, proche de celui des pays à longue tradition suicidaire (Danemark, Autriche) et nettement plus important que ceux du Royaume-Uni, de ses voisins du Sud et, phénomène nouveau, de l’Allemagne où, depuis les années 1980, la société semble moins en proie à l’angoisse existentielle ».
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