Arrestation de cinq Bretons liés à l'IRA véritable
Nov 6, 2003
La piste bretonne a déjà mené à l’ETA. La voilà qui prend le chemin du terrorisme irlandais.

L'opération menée par la police à Dieppe (Seine-Maritime) et à Guingamp (Côtes-d'Armor) a conduit à l'arrestation de cinq Français suspectés d'être impliqués dans un réseau de soutien à l'IRA véritable.

Cette branche dissidente de l'IRA, hostile aux accords de paix pour l'Irlande du Nord signés au printemps 1998, s'est distinguée depuis par sa violence. Elle a revendiqué l'attentat à la voiture piégée commis le 15 août 1998 à Omagh, qui avait fait 29 morts et plusieurs centaines de blessés, puis les attaques contre les sièges de la BBC et des services secrets britanniques à Londres.

Depuis l'arrestation de son chef, Michael McKevitt, en mars 2002, l'IRA véritable était en perte de vitesse même si elle a. revendiqué en mai dernier l'explosion d'une bombe près du siège du gouvernement irlandais à Dublin, le jour où Tony Blair y était attendu.

Selon Le Parisien ce sont les polices irlandaises et anglaises qui ont alerté les services français de l'existence d'un réseau de soutien en France. Mardi 4 octobre, à l'aube, la Division nationale antiterroriste est donc intervenue.

Dans une forêt, à Tourville-sur-Arques, près de Dieppe, les policiers ont découvert, à demi enterré au pied d'un arbre, un tonneau contenant deux pistolets mitrailleurs Ingram Mac 10, un pistolet automatique de calibre 7,65 et des munitions. Ces armes étaient comme neuves. « Nous supposons qu'elles ont été achetées par des Français puis cachées là, explique un enquêteur au Parisien. Les Irlandais devaient venir les chercher par bateau. » Cinq personnes ont été interpellées.

Parmi elles, Jean-Pierre E... (60 ans) conseiller municipal (divers droite) de la ville de Guingamp préside le Festival de musique celtique de Saint-Loup.

Armelle P... (55 ans) est conseillère municipale du village de Pabu. Elle est présidente du comité du jumelage entre l'agglomération de Guingamp et la région irlandaise de Shannon.

Bernard L... (55 ans), employé de banque, est lui aussi membre de ce comité, qui a permis à ces trois notables de faire de nombreux voyages en Irlande. Hier, dans la banlieue de Dublin, la police a arrêté deux individus dans le cadre de cette opération.

L'IRA Véritable un groupuscule de jusqu'au-boutistes


Que reste-t-il de l’Ira provisoire. Une enquête du Figaro.

Combien sont-ils ? Entre soixante-dix et cent soixante-quinze tout au plus, selon les experts des services de sécurité intérieure britanniques. Un groupuscule, donc. Mais la crème des jusqu'au-boutistes républicains. Redoutables dans la mesure où ils sont puissamment armés et déterminés à bouter hors d'Irlande, par la force, les «envahisseurs» britanniques.


L'IRA Véritable – Real IRA ou Rira – peut bien n'être qu'une faction minoritaire dans le mouvement républicain irlandais, elle n'en constitue pas moins une menace sérieuse pour le processus de paix initié en 1998 en Irlande du Nord entre partisans d'une Irlande une et indivisible et fidèles sujets de Sa Très Gracieuse Majesté, soucieux de maintenir l'Ulster dans le Royaume-Uni.


L'IRA Véritable est née de la mise en œuvre du compromis politique, agréé lors du Vendredi saint 1998, instituant le partage du gouvernement de la province nord-irlandaise entre catholiques républicains, nationalistes modérés et protestants unionistes et loyalistes. Hostiles à l'engagement pacifique du Sinn Féin – l'aile politique du mouvement républicain – et de l'IRA – l'aile militaire – acquis aux vertus de la démocratie et de la non-violence pour l'unification irlandaise, plusieurs membres du conseil exécutif de l'armée clandestine, soutenus par une poignée de fantassins et d'experts en armements, entrent en dissidence à l'automne 1998.


Ils s'organisent, à l'instar de l'IRA et du Sinn Féin, sur un modèle bicéphale. D'un côté, le Comité pour la souveraineté des 32 comtés de l'Irlande – les 26 de la République et les 6 de l'Irlande du Nord –, à vocation politique. De l'autre, l'IRA Véritable, son armée secrète, qui refuse de «pactiser» avec l'ennemi.


À la tête, dit-on, de la Real IRA, fortement implantée dans les bastions républicains, Michael «Mickey» McKevitt, soupçonné d'être l'ancien armurier en chef de l'IRA.


En août 1998, une voiture piégée par les artificiers de l'IRA Véritable explose à Omagh, petit bourg du sud de l'Irlande du Nord, tuant 29 personnes. Devant l'indignation suscitée par l'attentat, le commandement de Real IRA, désemparé, annonce la suspension de «toutes ses activités militaires». La trêve sera de courte durée. Depuis octobre 1999, l'organisation, qui se finance par le trafic de cigarettes et d'essence de contrebande, a perpétré plus de 80 attentats en Irlande du Nord et en Grande-Bretagne. Aujourd'hui, elle vise plus particulièrement les catholiques qui intègrent le service de police en Irlande du Nord.


Traquée au nord et au sud, l'armée clandestine a subi de sérieux revers. Une cinquantaine de ses membres sont, aujourd'hui, emprisonnés. Elle a aussi perdu son chef historique présumé. Michael McKevitt a été condamné par la justice irlandaise, à vingt ans de réclusion, en août dernier, pour direction d'organisation terroriste.


Une traque à l'échelle européenne

L'affaire des Irlandais et Bretons de l'IRA Véritable ont des allures d'avertissement adressé aux terroristes européens de tout poil désireux de s'implanter sur notre territoire. Elle souligne également qu'en dépit de l'évolution de la situation internationale, chute du Mur de Berlin ou 11 septembre, et des coups portés aux différents mouvements, le terrorisme «local», fondé sur des considérations idéologiques ou territoriales, est très loin d'avoir disparu en Europe. Des mouvements de toute obédience pour lesquels la France, terre d'accueil de nombreux militants politiques européens dans les années 70 et 80, joue souvent le rôle de plaque tournante comme le démontrent les opérations policières régulièrement effectuées dans l'Hexagone.


En juillet 2002, le bureau politique et l'état-major militaire des Groupes de résistance antifasciste du 1er octobre (Grapo), mouvement d'extrême gauche espagnol, était ainsi décapité à Paris après une longue surveillance des Renseignements généraux. Une vague d'interpellations survenant deux ans à peine après un coup de filet similaire dans lequel plusieurs hauts responsables des GRAPO avaient été interpellés.


En juin 2003, en exécution d'une commission rogatoire internationale italienne, la Division nationale antiterroriste s'intéressait cette fois-ci à l'extrême gauche italienne en la personne des nouvelles Brigades rouges, responsables de l'assassinat de deux conseillers du gouvernement italien en 1999 et en 2002. Deux militants italiens d'extrême gauche étaient interpellés avec une ancienne détenue de droit commun française, convertie au militantisme d'extrême gauche. La passionaria d'Action directe était également impliquée dans l'opération. Un nécessaire à fabriquer des faux papiers et plusieurs documents d'identité falsifiés étaient retrouvés à cette occasion. Les nouveaux terroristes italiens pourraient-ils disposer de soutiens logistiques en France ? Pour l'heure, les policiers français soulignent que rien ne permet de l'affirmer.


Si l'on remonte plus loin dans le passé, d'autres mouvements hexagonaux, comme le Front de libération de Bretagne (FLB) puis l'Armée révolutionnaire bretonne (ARB), ont entretenu des relations avec des terroristes européens. En 1999, l'ARB organisait avec les Basques d'ETA le vol d'explosifs de Plévin. Quinze ans plus tôt, Londres affirmait que le FLB était en contact avec des terroristes irlandais.


Autant d'éléments qui démontrent l'implantation de groupes terroristes sur notre sol sans toutefois faire de la France une exception sur le continent. Comme la France, les autres pays européens jouent souvent le rôle de plaque tournante de groupes nationaux ou internationaux en vertu des communautés étrangères ou du passé des pays en question. À l'Allemagne le terrorisme kurde, au Royaume-Uni le fondamentalisme musulman s'alimentant dans les fortes communautés d'Asie du Sud et dans les liens historiques avec le Moyen-Orient. Pour le terrorisme, l'Europe des 15 ou des 25 est décidément déjà une réalité.
(source Le Figaro Jacques Duplouich )

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