Ce transfert, signe de l’allégeance de l’ONU à la coalition occupante, a eu lieu discrètement le 21 novembre
Le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies a transféré, le 21 novembre, les fonds et les avoirs du programme "Pétrole contre nourriture" en Irak à l'Autorité provisoire de la Coalition et aux autorités irakiennes.
Il s'ensuit que l'Autorité provisoire de la Coalition et les autorités irakiennes seront désormais responsables des programmes d'aide humanitaire financés par les recettes pétrolières de l'Irak, qu'il s'agisse des écoles, des centrales électriques et d'autres parties de l'infrastructure du pays, ainsi que de tous les contrats conclus avec des fournisseurs.
Lors de la séance de travail que le Conseil de sécurité a tenue le 20 novembre, le secrétaire général de l'ONU, M. Kofi Annan a déclaré : "Nous fermons le programme "Pétrole contre nourriture", mais nous restons déterminés à continuer à aider le peuple irakien, qui souffre depuis si longtemps, par tous les moyens à notre disposition."
"Le mandat que le Conseil nous avait confié, c'est-à-dire prendre provisoirement en charge les exportations de pétrole de l'Irak et utiliser les recettes aux fins d'un programme humanitaire, est sans précédent dans l'histoire de l'ONU", a-t-il dit sans rougir de son côté faux cul. Le programme "Pétrole contre nourriture était "l'une des tâches les plus importantes, les plus complexes et les plus inhabituelles qui aient jamais été confiées au secrétariat, le seul programme humanitaire à avoir jamais été entièrement financé par des ressources appartenant à la nation pour laquelle il a été conçu et qu'il devait aider."
Dans le cadre de ce programme, neuf institutions spécialisées de l'ONU ont "géré les opérations humanitaires en Irak et ont répondu aux besoins de la population civile dans 24 secteurs économiques et sociaux".
"Nous sommes fiers, a déclaré M. Annan très en forme, de ce que nous avons réussi une passation ordonnée de ce programme si vaste et si coûteux, dans les délais impartis et en dépit de l'insécurité qui règne actuellement en Irak (...), en particulier depuis les vies cruellement perdues et les nombreux blessés du 19 août, non seulement parmi notre personnel international mais aussi dans les rangs de notre personnel local."
Pour sa part, le président du Conseil de sécurité a diffusé une déclaration dans laquelle il déclare : "Le Conseil a souligné la nécessité d'assurer la continuité de l'effort international en faveur de la reconstruction économique de l'Irak et, dans ce contexte, a pris note avec satisfaction des déclarations faites par les représentants des États-Unis et du Royaume-Uni concernant les mesures que compte prendre l'Autorité provisoire de la Coalition pour maintenir les mécanismes de paiement et les livraisons au titre du programme "Pétrole contre nourriture"."
Le Conseil de sécurité continuera de suivre les activités de l'ONU en Irak, en particulier dans les domaines de l'aide humanitaire, du redressement économique, de la reconstruction et de la création de conditions propices à un développement durable.
Lors de la séance à huis clos que le Conseil de sécurité a tenue le 19 novembre, le directeur général du programme "Pétrole contre nourriture", M. Benon Sevan, a rendu hommage à ses collègues tant au siège de l'ONU qu'en Irak pour "le bon travail" qu'ils avaient fait dans des conditions très difficiles. « Ce programme, a-t-il dit, n'avait pas été conçu pour remplacer l'activité économique normale et il a permis d'atténuer les effets non voulus des sanctions ».
Dans le programme "Pétrole contre nourriture", le gouvernement irakien a pu vendre du pétrole sous la direction de l'ONU, alors que le pays faisait l'objet de sanctions à la suite de son invasion du Koweït. La plus grande partie des recettes pétrolières a servi à acheter des vivres et des biens de première nécessité. Le solde a été consacré au versement d'indemnités au titre des réparations de la guerre du Golfe, au financement de l'inspection par l'ONU de l'armement irakien et au paiement des frais administratifs de l'ONU. Cette institution a administré l'exécution de ce programme dans les 3 gouvernorats kurdes situés dans le nord de l'Irak. Dans les 15 gouvernorats situés dans le sud et dans le centre du pays, c'était le gouvernement irakien qui mettait en œuvre ce programme, et l'ONU qui en assurait le suivi en veillant à la distribution équitable des fournitures.
Le Conseil de sécurité avait créé le programme "Pétrole contre nourriture" en adoptant la résolution 986 en avril 1995, mais l'Irak ne l'avait accepté qu'en mai 1996 et les premières livraisons n'étaient arrivées dans le pays qu'en mars 1997. Lorsque le Conseil de sécurité a levé en mai 2003 les sanctions qui frappaient l'Irak, ce programme a perdu sa raison d'être, et le Conseil a donné, dans sa résolution 1483, 6 mois à l'ONU pour y mettre fin.
Pendant la durée du programme, les exportations de pétrole de l'Irak ont atteint 65 milliards de dollars, et le pays a reçu des vivres, des médicaments et d'autres articles de première nécessité représentant plus de 31 milliards de dollars. L'ONU a transféré à l'Autorité provisoire de la Coalition 8,2 milliards de dollars de nourriture, de médicaments et autres articles de première nécessité, et 3,6 milliards de dollars iront à l'exécution de projets par d'autres institutions spécialisées de l'ONU. Enfin, 3 milliards de dollars sont allés au Fonds de développement pour l'Irak, et toutes les sommes non utilisées ou non décaissées seront transférées à ce fonds une fois le programme clos.
Selon des estimations de l'ONU, quelque 60 % des 27 millions d'habitants de l'Irak dépendaient des vivres distribués dans le cadre de ce programme. La valeur nutritive des rations alimentaires avait presque doublé pour passer de 1.200 calories à 2.200 par personne et par jour, et le taux de sous-alimentation des enfants irakiens avait diminué de moitié. Dans le secteur de la santé, des campagnes nationales de vaccination avaient permis de réduire la mortalité due aux maladies évitables. À ce jour aucun cas de poliomyélite n'a été signalé en Irak depuis bientôt 3 ans.
Le 17 novembre, M. Steven Mann, le chef de l'équipe de l'Autorité provisoire qui est chargée de superviser le transfert du programme, s'est entretenu avec les membres du Conseil de sécurité et a indiqué que l'Autorité provisoire et les autorités irakiennes étaient en mesure de poursuivre l'exécution du programme pendant les 6 prochains mois.
"Il s'agit, a-t-il dit, de créer les institutions nécessaires et de laisser des responsables irakiens s'occuper de l'exécution des programmes. Nous allons aussi fournir des conseillers pour les aider en ce qui concerne les détails de l'administration des programmes et la passation des marchés publics."
Désormais ce sont donc les États-Unis qui vont toucher les dividendes du programme « pétrole contre nourriture ». Ils espèrent surtout pouvoir calmer une population au bord de la crise nerveuse. Cette affaire est la dernière illustration du caractère fantoche de l’ONU.
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