Censure européenne
Nov 27, 2003
L'Observatoire de l'UE pour les phénomènes racistes et antisémites (EUMC) s'est abstenu de publier un rapport concluant à la fréquente complicité de groupes musulmans et pro-palestiniens dans des incidents antisémites en Europe, affirme le Financial Times (FT). "La concentration sur des auteurs (d'incidents antisémites) musulmans et pro-Palestiniens (dans ce rapport) a été jugée provocatrice" par l'EUMC, indique le FT samedi, dans sa version Internet, ajoutant que la décision prise de ne pas le publier a été "politique".

Selon ce journal, ce rapport, dont le FT affirme avoir obtenu une copie, en vient à la conclusion qu'il "y a une tendance vers un antisémitisme musulman et il y a une mobilisation contre Israël qui n'est pas toujours dépourvue de préjugés".

"Affirmer que les auteurs des incidents sont Français, Belges ou Néerlandais ne rend pas toute la vérité", indique le quotidien britannique en se référant aux conclusions du rapport.

L'EUMC, basé à Vienne, "a décidé en février de ne pas publier ce rapport de 112 pages qu'il avait commandé au préalable au Centre de Recherche sur l'Antisémitisme de l'Université de Berlin, à la suite de divergences sur les conclusions du rapport avec les auteurs de ce dernier" écrit le journal.

Le FT cite Beate Winkler, directrice du EUMC, qui indique que le rapport "a été rejeté car la période sous revue -- mai et juin 2002 -- a été postérieurement jugée comme non représentative et parce qu'il y a eu un problème de définition du concept de l'antisémitisme" qui était, selon elle, "trop compliquée dans le rapport".

L'EUMC étant fermé le week-end, l'AFP n'a pas pu obtenir une prise de position de cet organe samedi.

Certains membres de la direction du EUMC ont également objecté que l'analyse contenue dans le rapport imputait "des motifs antisémites à des groupes de gauche et luttant contre la mondialisation", a précisé le FT.

Mme Winkler avait mis en garde en septembre, dans une interview à la presse autrichienne, contre l'augmentation des phénomènes racistes et l'antisémitisme dans presque tous les pays de l'Union européenne. Interrogée sur les raisons de ce phénomène, la directrice de l'EUMC avait estimé que "le racisme est la dévalorisation des autres" et que "tous les groupes fondamentalistes sont caractérisés par le fait qu'ils confèrent à leurs membres le sentiment d'avoir plus de valeur que d'autres". "À cela s'ajoute la perception de l'ostracisme envers les autres", avait-t-elle indiqué. Mme Winkler n'a pas abordé le problème de l'orientation politique des auteurs des incidents antisémites.

La direction de l'EUMC, organe de l'UE fondé en 1998, comprend 18 membres, soit un membre par pays de l'UE auxquels s'ajoutent un membre respectif pour la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil de l'Europe.

Or un des deux auteurs du rapport , cité par le quotidien israélien Haaretz et le site proche-orient.info, accuse l'Union européenne d'avoir voulu restreindre la définition de l'acte antisémite.

Deux d'entre eux, membres éminents du Centre de Recherche sur l'Antisémitisme à l'université technique de Berlin - les professeurs Wolfgang Bentz et Werner Bergman - ont qualifié les arguments avancés par l'UE pour enterrer ce rapport (tendancieux, mal défini, déficient) de ridicules : « De notre point de vue, il y a même de la diffamation », a déclaré le professeur Bergman au « Haaretz » . Nous avons 20 ans d'expérience et sommes considérés comme le Centre d'étude leader dans le domaine de l'antisémitisme ».

Bergman avance une explication sur la décision de l'UE d'enterrer le rapport : « Je pense qu'ils craignaient une guerre civile entre différentes communautés ».

Le « Haaretz » explique que les rédacteurs du rapport ont compris qu'ils détenaient un véritable baril de poudre lorsqu'ils sont parvenus à la conclusion, suite à des enquêtes poussées, que derrière la plupart des actes antisémites recensés en Europe en 2002 se trouvaient des éléments islamistes radicaux et pro-palestiniens qui agissaient en coordination avec des cellules de la gauche radicale, anticapitaliste et anti-globalisation : « Les Européens ont eu du mal à accepter ces conclusions et ils nous ont demandés à plusieurs reprises de les nuancer et de rééquilibrer les arguments », affirme Bergman.

Ce dernier accuse également l'UE d'avoir voulu restreindre la définition de l'acte antisémite. Bergman affirme également avoir suspecté les Européens de vouloir mettre le rapport à l'écart parce qu'ils pensaient que certains des chercheurs étaient pro-Juifs ou pro-Israéliens…

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