L’analyse du mensuel Corscia sur la trêve décrétée par le FLNC UC.
Quelques journalistes, conduits sous bonne escorte, dans la fraîcheur de la nuit, dans une camionnette aux vitres opaques jusqu’à une petite bâtisse isolée au cœur du maquis de la montagne corse. Pour les accueillir, une vingtaine de militants en treillis de combat exhibant leurs armes de guerre derrière des cagoules noires. Et la lecture d’un texte derrière un micro mis au point pour déformer la voix. La mise en scène n’est pas nouvelle, mais elle intervient à une période stratégique. Réclamée depuis des mois par les « modérés » du Partitu di a nazione corsa (PNC) qui en ont fait une condition préalable à leur union électorale avec les autres mouvements nationalistes pour les élections territoriales de mars, la trêve annoncée vers trois heures par le FLNC-Union des combattants devrait faire tomber les derniers obstacles à leur ralliement. « Nous décidons à dater de ce jour de suspendre nos actions militaires sans conditions de temps ni de lieu ». Le geste du Front « constitue, selon ses auteurs, un acte majeur de paix en direction du mouvement national » et du peuple corse, a aussitôt été salué par le porte-parole de la coalition indépendantiste Corsica Nazione qui avait, lundi dernier, appelé les organisations clandestines à prendre une « initiative majeure » sur la lutte armée. « Le FLNC a fait preuve de responsabilité. Manifestement son initiative va permettre de parachever l’union entre nationalistes », a déclaré ce matin Jean-Guy Talamoni. Anticipant sur l’adhésion du PNC qui logiquement devrait se concrétiser, dimanche à Corte, lors de son assemblée générale, le leader nationaliste n’a pas manqué de rappeler les enjeux de cette trêve illimitée consentie « hors de toute négociation avec l’Etat français », contrairement aux précédentes, notamment la dernière, décrétée le 13 décembre 1999 au début du processus de Matignon. « L’Union des nationalistes est susceptible d’en faire la première force politique de l’île fait peur à Paris ». Les dix mouvements nationalistes publics qui devraient arrêter leurs positions dans les tout prochains jours, espèrent en présentant une seule liste aux territoriales rafler plus de 30% des suffrages. Au regard de leur score de référence de 1992 où malgré deux listes en présence – celle du Mouvement pour l’Autodétermination (MPA) conduite par Alain Orsoni et celle de Corsica Nazione menée par Edmond Simeoni – ils avaient totalisé 24,8% des voix enlevant ainsi 13 sièges sur les 51 de l’Assemblée de Corse, l’estimation n’a rien d’utopique. Seul bémol dans ce climat d’espoir : qui peut dire, après 22 ans de lutte ponctuée de trêves plus ou moins suivies, si les armes seront toutes déposées ?
(source Jacques Pietri, mensuel Corsica)
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