Le discours de Nicolas Sarkozy vous a-t-il séduit?
- Le ministre de l'Intérieur a effectué, le 30 octobre 2003, sa dixième visite dans notre île depuis l'installation du gouvernement Raffarin au début de l'été 2002.
Il est venu recadrer et rectifier la politique gouvernementale que le peuple corse avait démocratiquement sanctionnée le 6 juillet dernier.
La victoire du non a été d'autant plus significative qu'elle a été remportée face à une coalition qui semblait irrésistible le président de la République, le président du Sénat, le Premier ministre, l’UMP, la direction nationale du parti socialiste, trois députés corses sur quatre, un sénateur sur deux, un président du conseil général sur deux, les quatre-cinquièmes des élus de l'assemblée de Corse, le corsisme dans tous ses états, le PNC, Corsica Nazione, sans compter de nombreux médias…
Il fallait une vraie motivation populaire pour faire échec à tous ces partis, mouvements, institutions et relais d'opinion coalisés.
Le ministre de l'intérieur, qui n'a pas oublié l'accueil en fanfare (et les chaises en plastique) que les syndicalistes lui avaient réservé à l'aéroport de Poretta juste avant le « référendum », a dit clairement qu'il saurait retenir les leçons de ce scrutin sans précédent.
1 - Il va recevoir les organisations syndicales insulaires car la question sociale est une question centrale ». L'intention est louable, mais nous jugerons l'arbre à ses fruits et ces rencontres à leurs résultats concrets.
2 - Il va s'attaquer aux racines financières de la violence clandestine et « frapper là où ça fait mal : au porte-monnaie ». Les enquêtes financières sur l'argent sale sont absolument nécessaires, mais elles ne sauraient être sélectives. Elles doivent concerner toutes les formes d'extorsion de fonds et d'enrichissement sans cause, l'affairisme local et ses connexions continentales n'ayant rien à envier, de ce point de vue, au noyau dévoyé de la violence clandestine.
3 - Il va, enfin s'employer à tenir ses promesses électorales et avancer dans le règlement de certains problèmes structurels, comme la dette agricole... Instruits par l'expérience, nous attendrons que ces annonces aient produit des effets tangibles avant de porter un jugement.
Nous avons d'ailleurs rappelé au ministre que la mise en œuvre de certains grands projets d'équipement rencontrait d'importantes difficultés. Le tissu économique insulaire n'est pas en capacité d'absorber, à lui seul, le volume de travaux envisagé. La tendance générale étant en outre à protéger le marché local, les prix s'envolent dans certains secteurs du BTP, ce qui ralentit considérablement les procédures d'appel d'offres. Le contrôle des prix et la transparence dans la dépense publique sont une nécessité absolue.
Redoutez-vous que les nationalistes réussissent leur union?
- L'union au sein d'une famille politique, quelle qu'elle soit, n'a rien de « redoutable », bien au contraire. Elle signifie que les tensions internes se sont apaisées et, en général, cela vaut mieux pour tout le monde.
Mais le problème du nationalisme n'est pas qu'il réussisse ou non son unification. Son problème, c'est son incapacité à rompre réellement avec la violence clandestine. Les groupes radicaux, dépourvus de toute légitimité populaire, qui s'arrogent le droit de parler « au nom du peuple » et de lui dicter sa conduite, constituent pour la société corse et pour le nationalisme lui-même une menace bien plus sérieuse que toutes les manœuvres combinées de l’État colonial » et du clan. Certains militants sincères 'ont dit clairement dans des ivres ou des chansons.
Leur questionnement va plus loin encore puisqu'ils s'interrogent sur ce que peuvent recouvrir, dans le monde d'aujourd'hui, les termes même de nationalisme et de mouvement national...
Comment abordez-vous les prochaines élections?
- Nous avons été la seule force politique à rester unie à l'occasion du "référendum les deux fédérations, dirigeants, militants et élus, ont fait la même campagne dynamique et solidaire en faveur du non. Cela nous rend les choses plus faciles aujourd'hui.
Mais les clivages apparus le 6 juillet ne vont pas subsister tels quels à l'occasion des prochaines consultations.
D'abord parce que ces élections auront une signification nationale. Ensuite parce que les grandes familles politiques vont se retrouver autour de leurs références traditionnelles. Enfin parce qu'une aspiration forte à un vrai renouvellement est déjà perceptible dans la société.
La parité va produire de nouvelles élites. Le maintien des départements va compliquer la tâche des candidats qui souhaitaient la disparition des conseils généraux.
Et les tendances observées en Corse à l'occasion des législatives 2002 devraient se confirmer r un contexte national plus tendu, une certaine usure du pouvoir local, une aspiration collective à un vrai progrès social, la montée en puissance de forces nouvelles, le refus de plus en plus explicite de la violence clandestine et des pressions affairistes, autant d'éléments qui vont influencer le scrutin territorial, autant d'indications quant aux attentes populaires auxquelles il faudra, répondre. Face à la" collectivité unique" et au commandement centralisé où certains " progressistes " voulaient corseter la vie démocratique, il nous faut promouvoir une nouvelle manière de faire de la politique : partage du pouvoir et coordination entre collectivités, détermination et solidarité dans l'action sociale, ambition culturelle, transparence dans la gestion, contrôle de l'argent public. pour réussir la mise en œuvre des grandes opérations d'investissement dont la Corse a besoin et qui aideront à créer des activités et des emplois nouveaux, voilà quelques pistes" pour faire de la politique autrement, et pour préparer l'alternative qui s'impose.
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