Un tueur pas si seul que ça !
Nov 12, 2003
Suspecté du meurtre de Patricia, l'une des trois jeunes femmes tuées dans la Somme en 2002, Jean-Paul Leconte relance l'hypothèse d'un groupe de meurtriers pour ces trois assassinats. Il a été piégé par des confessions enregistrées à son insu au parloir de la prison. Une enquête du Parisien.

Silencieux jusqu'à présent, niant les preuves scientifiques, Jean-Paul Leconte, 37 ans, le tueur présumé de Patricia Leclercq, 19 ans, retrouvée le corps meurtri, écrasé par une voiture, à Ville-sur-Ancre (Somme) en juillet 2002, a avoué, sur des écoutes, sa participation au meurtre de cette jeune fille. Il a été piégé cet été au parloir de la prison où sa grand-mère lui rendait visite. Il a alors dit qu'il n'était pas seul lors de ce meurtre, relançant l'hypothèse du groupe de tueurs parcourant ce département où les assassinats d'Elodie Kulik, en janvier 2002, et Christelle Dubuisson, 18 ans, en août 2002, n'ont toujours pas été résolus.

Une trace infime retrouvée sur un sous-vêtement de Patricia avait permis de le confondre

C'est à la mi-septembre que la juge d'instruction Corrine Desmazières-Vue a reçu les enregistrements des confidences de Jean-Paul Leconte à sa grand-mère, Catherine Schuff, celle qui l'a élevé et chez qui il vivait à Méaulte, depuis sa libération de la prison de Bapaume le 4 mai 2002. Il venait d'effectuer douze ans de détention pour viols et escroquerie. Mais c'est le juge Xavier Strasell, d'Amiens, en charge du dossier sur le meurtre de Christelle Dubuisson, qui avait demandé ces écoutes au cas où... Mais, déjà entendu à deux reprises par la juge au tribunal de Péronne, il est encore resté sans voix, hier matin, comme il en a l'habitude. Son avocat, Jean Bouly, a reconnu que Leconte avait toujours dit « ne pas être présent » sur les lieux du crime. Du coup, deux complices sont mis en cause. S'il n'a pas cité leurs noms, ces deux hommes ont été ciblés par les gendarmes et figurent parmi ses proches. Tout deux habitent la région et ont déjà été convoqués par les gendarmes en janvier 2003 et soumis à des tests génétiques lors de leur garde à vue. Ils ont été remis en liberté, ces tests se révélant négatifs. C'est une trace infime retrouvée sur un sous-vêtement de Patricia Leclercq qui avait permis de confondre Jean-Paul Leconte, arrêté le 25 novembre 2002. Persistant à nier, il n'a cessé de demander des contre-expertises depuis un an. Le suspect avait pourtant été désigné par Pascal Parys, un ancien gendarme de la brigade de recherches de Péronne, dès le 10 juillet 2002. Celui-ci avait déjà arrêté Leconte en 1989 et avait reconnu la signature du mode opératoire du tueur.

Les traces de fuite dans le champ permettent de penser qu'il y avait plusieurs agresseurs

« Jean-Paul Leconte est plutôt un solitaire mais il n'était peut-être pas seul dans sa cavale », estime une source proche du dossier. Un autre élément a troublé les gendarmes dès le début de l'enquête sur le meurtre de Patricia. Le soir de sa disparition, le 6 juillet 2002, Patricia a été vue par des témoins à la sortie d'Albert après avoir quitté son travail au restaurant McDonald's, en train de discuter avec les occupants d'un fourgon blanc. Autre indice, Patricia, qui rentrait sur son vélo dans sa famille d'accueil, a été enlevée sur la D 52 en bordure d'un champ de blé à l'entrée de Buire-sur-l'Ancre. Les traces de fuite dans le champ permettent de penser qu'il y avait plusieurs agresseurs. À deux reprises, Patricia aurait réussi à leur échapper avant de tomber sous les coups. Jean-Paul Leconte est mis hors de cause dans le meurtre d'Elodie Kulik, 24 ans, une directrice de banque, mise à mort le 12 janvier 2002 sur un chemin de terre à Tertry. Il était en prison à cette date. Mais l'enregistrement de l'appel passé par la jeune femme aux pompiers, depuis son téléphone portable, au moment du drame, laisse entendre, au-delà de ses cris, les voix d'au moins deux hommes dont un parlant avec un fort accent picard. Ces hommes sont-ils les mêmes que les amis proches de Leconte déjà entendus par les gendarmes ? Rien n'a permis de les incriminer jusqu'à présent.
(Jean-Marc Ducos, Le Parisien , mardi 11 novembre 2003)

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