Les femmes, avenir de l’homme corse ?
Nov 12, 2003
Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, a reçu à déjeuner lundi une trentaine de femmes corses, à trois jours du débat qui doit s'ouvrir au Sénat sur la parité, pour, leur a-t-il affirmé, "donner de la Corse une image d'avenir". Un récit de l’AFP.

Parfois les sorties de réunion avec Nicolas Sarkozy ont des allures de compte rendu du comité central du Parti communiste. Rien que du bon, du beau. Le ministre veut "donner de la Corse une image positive, constructive, une image d'avenir". Il s'est dit "persuadé que les femmes corses vont jouer un très grand rôle dans l'avenir de l'île". Répétez-vous ces phrases avec l’accent de la marionnette de Sarkozy dans les « Guignols » et vous y serez. Du miel pour les participantes.

Le projet de loi sur la parité pour les prochaines élections à la Collectivité territoriale de Corse devrait y "faire entrer massivement des femmes, qui passeront de 7 élues à 25", a-t-il estimé, provoquant ainsi, selon lui, un "changement considérable."

M. Sarkozy a en outre promis qu’il ne laisserait pas tomber la Corse et continuerait à se battre pour faire avancer les dossiers la concernant.

Les femmes, issues des mondes politique, économique ou socio-culturel de l'île, étaient les invitées de M. Sarkozy et de son épouse Cécilia, cause des femmes oblige. L'une d'elles, Marie-Madeleine Mozziconacci, conseillère PRG à l'Assemblée de Corse et protégée d’Emile Zuccarelli, a pourtant estimé que "ce que la Corse attend, c'est plus de clarté dans l'action et, surtout, de la constance dans la durée".

Certaines ont affirmé que de la parité, "on attend tout, les femmes ont beaucoup à faire", affirmait ainsi Marie-Jeanne Simonini, commerçante à Corte (Haute-Corse), ou encore Ewa Poli, conservatrice et restauratrice d'art en Balagne (Haute-Corse) pour qui les femmes "ont une autre approche de la politique".

D'autres sont plus sceptiques, telle Sandrine Ceccaldi, directrice de l'aéroport d'Ajaccio qui pense que s'il y a peu de femmes élues en Corse, c'est "autant de la faute du système que des femmes elles-mêmes. Y-a-t-il, chez les femmes, un désir caché" de faire de la politique? » s’est-elle demandé. Si oui, "l'offre créant la demande, (la parité) va peut-être susciter des vocations, mais j'en doute", regrette-t-elle car "ce qui pourrait changer les choses, c'est la volonté de tous ceux qui sont impliqués".

D'ailleurs, lorsque, au fur et à mesure du repas, servi dans le salon Erignac (et, ont remarqué toutes les convives, "uniquement par des hommes!"), le ministre passe de table en table et pose la question: "qui sera candidate, parmi vous?", peu se déclarent.

À la table "C", sur cinq femmes, une seule lève la main: Mme Allegrini-Simonetti, déjà élue. Christine Guerrini, directrice du centre régional d'information jeunesse de Corse, à Bastia, l'imite, mais se ravise aussitôt.

Elle s'interroge encore mais, qu'elle "y aille ou non", elle prévient les hommes: "on ne m'enlèvera pas la liberté de parler, de dire aux élus ce que j'aurai à leur dire".

Dans les appareils politiques en Corse, quand on évoque la composition des listes pour les territoriales de mars, on coince souvent sur "le problème des femmes", une rengaine pour évoquer la "parité", que le Sénat doit adopter jeudi en première lecture, afin de coller au mode de scrutin des régionales.

En septembre, le débat "pour avis" à l'Assemblée de Corse avait fait l'unanimité en faveur de la parité. Mais dans les couloirs, les hommes décochaient leurs flèches: "nivellement par le bas", "certains mettront des potiches, leur femme ou leur fille"...

"Potiche est un mot féminin mais on a vu souvent, en Corse, que les fils ou les cousins qui +succédaient+ à des élus n'auraient pas usurpé le titre", ironise Marie-Ange Susini, déléguée régionale aux droits des femmes et à l'égalité.

Car en Corse plus que partout ailleurs, la politique, "c'est chasse gardée", explique-t-elle. Un certain nombre de notables ou leur progéniture, élus dans un fauteuil depuis des générations, seront contraints de laisser leurs places d'éligibles sur les listes.

"Les hommes politiques, les partis, raisonnent en porteurs de voix: j'ai le maire de tel village sur ma liste, alors je peux compter sur X voix", explique la déléguée régionale.

"Cette loi, ce n'est pas la panacée mais, ne crachons pas dans la soupe, ce sera quand même une avancée démocratique", souligne Marie-Dominique Allegrini-Simonetti, l'une des sept conseillères à l'Assemblée de Corse, sur 51 élus.

Car ici, on part de très bas. Cas unique en France, la Corse et ses deux départements ne comptent qu'une seule femme conseiller général, Betty Tramoni, à Sartène (Corse-du-Sud). Et l'île n'a jamais élu de femme députée.

Si la moyenne corse des femmes maires de petites communes dépasse la moyenne nationale (12% contre 7,5%), il n'y en n'a qu'une à la tête d'une ville de plus de 3.500 habitants: Anne-Marie Natali, à Borgo (Haute-Corse). "Pour les petites communes, c'est la tradition depuis la guerre", explique Mme Susini: "les femmes ont souvent remplacé un mari ou un père, emporté dans la Résistance".

machisme

"Sociologiquement, la femme est toujours restée en retrait de la vie publique, et même professionnelle", selon elle. Elle a été la dernière de France à rentrer sur le marché du travail, "avec vingt ans de retard sur le continent": en 1975, 25,4% seulement des femmes en âge de travailler étaient actives contre 52,2% en 1999 (recensement Insee).

Gardienne traditionnelle d'une famille longtemps élargie aux parents âgés, coutume méditerranéenne, société machiste, etc.: les explications "sociologiques" foisonnent.

"On peut attendre le meilleur de la parité, les femmes sont souvent plus pragmatiques que les hommes", dit Marie-Jeanne Simonini, commerçante à Corte (Haute-Corse).

Pour ce qui est de la violence, les femmes, avant tout des mères, ont toujours été les premières à descendre dans la rue pour protester quand elle atteignait son paroxysme, comme lors de la guerre entre mouvements nationalistes dans les années 1990 ou pour condamner l'assassinat du préfet Erignac en 1998.

"À l'Assemblée de Corse, les hommes parlent comme s'ils combattaient dans l'arène, ils théorisent à l'envi. Les femmes, elles, auront tendance à s'attaquer davantage aux problèmes concrets, au réel", parie Mme Susini.

Mais, prévient Mme Allegrini-Simonetti, "pour celles qui vont s'engager, ce doit être un acte de volonté et pas seulement parce qu'il faut la moitié de femmes sur les listes".

En attendant la Corse bruisse d’une rumeur insistante. Il sera demandé à un certain nombre d’élues de démissionner de manière à laisser la place à un homme. Et les élus écartés ont bien l’intention de « caser » leurs épouses, sœurs et autre cousines de manière à pouvoir continuer de diriger la « baraque ». Le machisme a la peau dure.

Les femmes en Corse


La Corse est en retard sur le reste de la France pour ce qui concerne la place de la femme dans la société corse. Un tableau selon les chiffres de l’INSEE qui datent de 2000. Il faut souligner qu’une grande partie des archives a disparu lors de plusieurs plasticages dont les raisons n’ont jamais été dévoilées au peuple corse au nom duquel ils étaient commis. Peut-être tout simplement la réalité des chiffres ne correspondait-elle aux fantasmes des plastiqueurs ? En conséquence mieux valait tenter de casser le thermomètre plutôt que de regarder la réalité en face et tenter de la guérir.


Sur une population de 260.000 personnes recensées, 52% sont des femmes essentiellement à cause de la durée moyenne de la vie supérieure chez les femmes. Néanmoins avec la progression de la tabagie chez les femmes, le 50/50 devrait être rapidement atteint. Les femmes représentent 5% des élus corses frôlant donc le taux des pays mulsumans ce qui n’est guère encourageant.

La Corse compte près de 106 000 ménages en 1999, soit 13 % de plus qu’en 1990. En dix ans, la structure des ménages s’est fortement modifiée dans la région. Le nombre de personnes vivant seules et les familles monoparentales ont beaucoup augmenté (+ 38 %). Cela touche essentiellement les femmes. Ces deux catégories représentent désormais deux ménages sur cinq. Cette évolution est plus forte sur l’île qu’au plan national. Cependant, la répartition de la structure des ménages reste semblable à la moyenne métropolitaine.

En Corse, le taux d’activité féminin reste le plus bas de toutes les régions françaises, malgré une forte progression depuis 1990. En 1999, quatre emplois sur dix sont occupés par des femmes. Elles sont aussi très touchées par le chômage et la précarité de l’emploi.

En 1999 en Corse, près de 44 400 femmes travaillent ou recherchent un emploi. Elles étaient 37 200 en 1990. Malgré cette progression, le taux d’activité féminin régional reste moins élevé qu’en moyenne nationale : il est de 39,2 %, contre 48,7 % pour l’ensemble de la France.

La Corse rattrape partiellement son retard par rapport au continent. Cependant ce retard est, comme en 1990, plus important aux âges les plus élevés. Les modifications des comportements féminins par rapport au marché du travail sont plus tardives dans notre région qu’ailleurs.

La Corse rattrape difficilement son retard

La plupart des actives ont entre 20 et 59 ans. En 1999, le taux d’activité féminin à ces âges est de 62 % sur la région. Il demeure nettement inférieur à la moyenne nationale (74,4 %). La Corse reste la région où le taux d’activité des femmes est le plus faible de France. L’écart avec les autres régions varie de presque 5 points (avec le Nord-Pas-de-Calais) à plus de 16 points (avec l’Ile-de-France).



Néanmoins, depuis 1990, l’écart avec le taux d’activité féminin national s’est réduit de 2,7 points. Durant cette période, le nombre de femmes actives a fortement progressé dans la région : deux fois plus qu’en France continentale. Cette hausse est également trois fois plus importante que celle de la population féminine régionale correspondante.

Le taux d’activité féminin progresse fortement

C’est entre 25 et 39 ans que le taux d’activité des femmes dans la région est le plus élevé. Plus de sept femmes sur dix sont présentes sur le marché du travail. À partir de 45 ans, cette proportion est moins grande (six femmes sur dix) et continue de chuter après 50 ans. Entre 55 et 59 ans, moins de quatre femmes sur dix sont actives.



La généralisation et la poursuite d’études plus longues retardent l’entrée des jeunes sur le marché de l’emploi. Ainsi, entre 20 et 24 ans, l’activité féminine est relativement faible et concerne une jeune sur deux.

Entre 1990 et 1999, le taux d’activité féminin augmente fortement pour toutes les tranches d’âge (entre 7 et 12 points), excepté celle des 20-24 ans où il diminue et celle des 25-29 ans où il reste stable. En fait, ce taux a le plus augmenté aux âges où l’écart avec le taux national était le plus important en 1990.

L’écart avec les hommes reste important

La disparité avec les hommes reste encore fortement accentuée en Corse. En 1999, le taux d’activité des hommes de 20 à 59 ans est supérieur de 21 points à celui des femmes.

La Corse reste la région où l’écart du taux d’activité entre les deux sexes est le plus important, juste derrière le Nord-Pas-de-Calais. Néanmoins, elle est aussi la région où l’écart s’est le plus réduit depuis 1990, deux fois plus qu’en moyenne nationale (9,9 points contre 5,5 points).

Depuis dix ans, les taux d’activité ont évolué différemment selon le sexe : celui des femmes a augmenté de 7,3 points, alors que celui des hommes a baissé de 2,6 points. Cette tendance se retrouve au niveau national, mais à un degré moindre (le taux d’activité féminin a augmenté de 4,6 points tandis que celui des hommes a diminué de 1 point).

Quatre emplois sur dix sont féminins

Sur les 42 800 femmes actives de 20 à 59 ans, 33 700 occupent un emploi, soit près de quatre femmes actives sur cinq. Elles sont pour la plupart salariées (86 %), principalement en contrat à durée indéterminée (41 %) ou titulaires de la fonction publique (29 %).

Chez les non salariés, plus de 4 000 femmes travaillent à leur compte. Parmi elles, deux sur cinq emploient des salariés. La proportion de femmes non salariées dans l’emploi féminin est par ailleurs plus élevée en Corse que sur le continent (14 % contre 9 %).

Les femmes occupent en Corse quatre emplois sur dix. C’est entre 25 et 40 ans que la part des emplois tenus par des femmes est la plus importante (45 %).

Conséquence du vieillissement de la population, la proportion de femmes âgées de 45 à 59 ans dans l’emploi féminin est plus élevée qu’en 1990. Cette tranche d’âge représente un tiers des femmes travaillant en Corse, contre un quart il y a dix ans. D’ailleurs, la moyenne d’âge des femmes ayant un travail a augmenté de deux ans depuis 1990 ; elle est de 40 ans en 1999.

La précarité de l’emploi concerne les plus jeunes

Près de 5 600 femmes occupent un emploi dont la durabilité n’est pas garantie. Parmi elles, deux sur trois ont un contrat à durée déterminée et près d’une sur trois, un emploi aidé (contrat emploi solidarité, emploi jeune...). Viennent ensuite les stagiaires rémunérées et les apprenties sous contrat.

L’emploi précaire est surtout fréquent chez les plus jeunes : il concerne près de trois femmes de moins 25 ans sur cinq. Il reste répandu chez les 25-29 ans et se raréfie aux âges plus élevés.

Les trois quarts des emplois à temps partiel sont féminins. Ce mode de travail est nettement plus fréquent chez elles que chez les hommes. Elles sont 25 % à temps partiel, contre seulement 5 % des hommes. La moitié des femmes à temps partiel travaillent à mi-temps ou font moins d’un mi-temps. Le temps partiel féminin est toutefois moins répandu en Corse qu’en moyenne nationale (30 %).

Une femme sur cinq se déclare chômeuse

Les femmes corses sont plus touchées par le chômage que leurs homologues continentales. En 1999 dans la région, 20 % des actives se sont déclaré « chômeuses », contre 15 % en France. Les plus jeunes sont les plus durement frappées. Parmi les actives de moins de 25 ans, 41 % se sont déclarées comme chômeuse. Le taux de chômage au sens du recensement baisse avec l’âge : après 45 ans, il s’établit à 13,5 %. Ces différences selon l’âge se retrouvent aussi chez les hommes mais dans des proportions moindres.

Le chômage est toutefois moins concentré sur les plus jeunes qu’il y a dix ans. Ceci est sans doute en partie lié à l’allongement de la durée des études. En 1990, près de la moitié des chômeuses avaient moins de 30 ans. Elles n’en représentent plus en 1999 que le tiers. À l’inverse, 20 % des chômeuses ont plus de 45 ans, contre 12 % dix ans plus tôt.

Chez les chômeurs, l’effectif féminin est légèrement plus élevé que celui des hommes. Mais c’est entre 25 et 35 ans que la part des femmes est la plus grande et concerne près de six chômeurs sur dix. Après 50 ans, seulement le tiers des chômeurs sont de sexe féminin.

Les plus diplômées sont les premières à travailler

La part des femmes ayant un emploi dans la population active féminine s’accroît nettement dès qu’elles possèdent un baccalauréat général ou technologique. Les actives qui ont un diplôme universitaire travaillent dans neuf cas sur dix.

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