L’Empire en difficulté
Nov 11, 2003
Les troupes américaines en Irak ont multiplié les raids ces dernières vingt-quatre heures, capturant plus de cent suspects et mettant la main sur des caches d'armes. Le chef d'une tribu du Nord, accusé d'avoir accueilli le numéro deux de l'ancien régime irakien, Ezzat Ibrahim, a même été arrêté.

Ezzat Ibrahim est soupçonné de coordonner les attaques menées par des combattants étrangers et des partisans de l'ancien régime. Les forces américaines ont mis sous les verrous trente-cinq personnes qu’elles pensent être responsables de l'attaque à la roquette ayant visé fin octobre l'hôtel al-Rachid à Bagdad, tuant un officier américain et blessant 17 personnes.

Malgré la réaction américaine, la situation ne cesse de s’aggraver. Et la coalition commence à comprendre que la seule manière de s’en tirer est d’impliquer de plus en plus les Irakiens eux-mêmes. Et paradoxe de l’histoire, qui vont-ils chercher pour devenir ces supplétifs? D’anciens soldats de Saddam, presque tous sunnites afin de leur faire jouer le rôle des harkis locaux.

Pour Bush, c’est une course contre la montre qui s’est engagée. Les Américains risquent de lui faire payer lors des prochaines élections son incapacité à gérer la situation sur place. La grande question est de savoir comment la plus puissante nation du monde s’avère incapable de gérer les situations d’occupation lorsqu’elle ne parvient pas à s’appuyer comme en Europe au lendemain de la seconde guerre mondiale, sur des structures étatiques locales.

C’est le spectre de la Somalie après l’opération Restore Hope qui devient de plus en plus crédible. Mais aujourd’hui le défi est double. Financier d’abord. Le sabotage des pipe-lines de pétrole fait perdre des milliards aux États-Unis qui ont dépensé dans cette guerre près de deux cents milliards de dollars. Or les puits irakiens peuvent rapporter au maximum 17 milliards par an. L’opération n’est donc pas excellente. Mais pire que cela, le défi est médiatique. À bien y regarder de près, cette guerre est peu gourmande en chair humaine. Moins de deux cents soldats ont été tués depuis la fin de la guerre. C’est dérisoire en regard des guerres conventionnelles. Mais la stratégie de l’islamisme radical est celui d’une guérilla à l’échelle planétaire. Rien de plus usant pour la population en théorie gagnante. Chaque jour, les médias distillent leurs lots de mauvaises nouvelles. À ce jeu-là, les États-Unis n’ont aucune chance de gagner politiquement même si militairement ils parviennent à infliger des défaites à leurs ennemis. Toutes les guerres de type coloniales ont été perdues par les insurgés qui, pourtant ont gagné dans les faits.

De plus, la vie humaine n’a pas le même prix pour un musulman fanatique et pour un Occident qui bondit sitôt qu’une bavure est dénoncée. Or les guerres contre-révolutionnaires ne peuvent se gagner que par l’usage de sales moyens. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Donald Rumsfeld s’est fait projeter le film de Pontecorvo « La bataille d’Alger » qui avait déjà été le modèle des généraux tortionnaires argentins.

Comment donc répondre au défi des islamistes sinon en offrant très rapidement aux pays en question les moyens de se développer en espérant que ces progrès fabriqueront des anticorps locaux au fanatisme religieux. Il serait dramatique que dans un an, l’Occident tire un bilan cynique à savoir qu’un Saddam Hussein, un Misolevic, une mafia de généraux corrompus et sans scrupule, valent mieux pour nous qu’une horde de sauvages pour qui la mort est préférable à la vie.

Mais pour ne pas en arriver là, il faudra aussi que les États-Unis comprennent que leur culture n’est pas celle du monde, que leurs méthodes brutales, stupides provoquent le contraire de ce qu’elles prétendent obtenir. Ce sont les États-Unis qui ont permis aux Talibans et à Al-Qaida de grandir afin de lutter contre le danger communiste. Ce sont à eux de détruire leurs Frankenstein sans pour autant faire sauter le monde entier. Les États-Unis ont fourni l’arme nucléaire au Pakistan et permis à ce pays de soutenir militairement des régimes immondes.

En définitive les États-Unis paient le prix de leurs effroyables erreurs. Les Américains sont souvent bêtes, enfantins. Mais ce sont souvent leurs contradictions qui ont apporté la démocratie dans le monde. Aujourd’hui pourtant tout s’accélère et il devient urgent que les États-Unis comprennent que l’intérêt de la planète ne saurait être subordonné aux leurs. Sinon, l’humanité se prépare des jours d’une noirceur difficile à imaginer.

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