Nous avons fait état de l’accord secret entre le Pakistan et l’Arabie Saoudite mais aussi de l’implication de nombreux Saoudiens dans la constitution d’Al Qaida. Voici un nouvel élément à verser au dossier. Il a été publié par Paris-Match.
II a fallu quinze ans pour que la Libye de Kadhafi reconnaisse son implication dans les attentats contre les vols de la PanAm et d'U.t.a. Combien d'années faudra-t-il pour que l'Arabie Saoudite admette ses responsabilités dans ceux du 11 septembre - il y avait 15 Saoudiens parmi les 19 terroristes? C'est une des questions que pose, dans son livre, Laurent Murawiec. Il est le Français qui a défié Colin Powell avant Villepin. Non pas parce qu'il s'opposait à la guerre contre l'Irak,mais parce qu'il considère que l'Amérique se trompe d'ennemi en ne dénonçant pas ses liaisons incestueuses avec l'Arabie Saoudite et son bras armé Ben Laden. II n'a pas fait ce diagnostic devant n'importe qui: en tant que seul spécialiste de géostratégie français à avoir été coopté par la Rand Corporation, c'est au Pentagone directement qu'il conseillait, en juillet 2002, de «dé-saoudiser » l'Arabie. frois jours pins tard, il était viré...
Paris Match. Le 10juillet 2002, vous avez présenté au Pentagone un rapport intitulé "Dé-saoudiser l'Arabie". Qu'entendiez-vous par là?
Laurent Murawiec. J'ai proposé que le gouvernement américain adresse un ultimatum à l’Arabie Saoudite. C’est-à-dire que l’ensemble des organisations saoudiennes qui contribuent au terrorisme international soit interdit et expropriées, que leurs responsables soient interrogés, jugés et mis en prison. Et qu'il en soit de même pour les organisations charitables qui financent le terrorisme.
Je recommandais que les véritables responsables de toute cette structure terroriste soient extradés et jugés aux États-Unis. Les services secrets saoudiens doivent être purgés. Ce sont eux qui ont organisé et armé les troupes du "djihad" à l'échelle internationale. Et si, comme c'est le cas, un grand nombre de membres de la famille royale saoudienne sont impliqués, il n'y a aucune raison qu'une immunité quelconque leur soit donnée.
Les prédicateurs, les sermons et prêches incendiaires, les manuels scolaires et les livres qui sont distribués par millions dans le monde, tout cela doit cesser. Je recommandais de mettre les Saoudiens face à leurs responsabilités. "Soit vous traitez le problème par vous-mêmes, soit nous nous en chargerons.
P.M. Vous dépeignez dans le livre une famille régnante "inculte et corrompue", les Al-Saoud, qui utilise sa fortune colossale pour, d'un côté, acheter le monde occidental depuis cinquante ans, et de l'autre répandre le wahhabisme et soutenir le terrorisme international. Pourquoi, selon vous, l'Arabie Saoudite est-elle restée si longtemps un tabou à Washington?
L.M. La manne pétrolière perçue par la famille Al-Saoud depuis 1973 se monte à 2000 milliards de dollars. Il faut y ajouter les intérêts des comptes bancaires, les dividendes, etc. Avec des sommes aussi considérables - cela fait 80 milliards de dollars par an, soit le P.i.b. d'un pays comme la Colombie - le potentiel d'achat d'institutions, d'organisations et de personnes est énorme.
La famille Al-Saoud excelle dans l'art de la survie politique. C'est son unique talent, avec celui de la consommation. Ses membres ont parfaitement compris qu'ils avaient besoin d'un lobby puissant à Washington qui les défende. Il est aujourd'hui le lobby le plus centralisé et le plus efficace à Washington.
Et ils s'en vantent. Ils font des faveurs considérables à des ambassadeurs, à des hommes des services de renseignement, à des membres du gouvernement et de l'administration, à des journalistes et à des hommes d'affaires. Ils le disent ouvertement et ils attendent un paiement pour services rendus. Cela fait trente ans que ça dure.
P.M. Vous faites, trait pour trait, le même diagnostic sur l'Arabie que Robert Baer, un ancien officier de terrain de la C.i.a., dans son livre "Or noir et Maison-Blanche". Comment avez-vous fait pour enquêter?
L.M. Je ne peux pas me rendre en Arabie Saoudite. Pas de visa pour les Juifs! J'ai parlé à des dissidents saoudiens et à des Arabes qui y ont travaillé. J'ai interrogé des officiers américains, français et autres qui ont joué un rôle dans la formation militaire dans ce pays. Des amis arabes opposants à cette conquête du monde par le wahhabisme m'ont été d'une aide précieuse ainsi que certains ministres de gouvernements arabes qui n'ont pas tenu à ce que je mentionne leur nom. Voyant que je voulais rompre le tabou, des personnes au sein même de l'administration américaine m'ont aidé.
P.M. Les conséquences de votre rapport furent disproportionnées. D'abord, un mois après, vous avez dû quitter la Rand Corporation, le prestigieux "think tank" du Pentagone pour lequel vous travailliez. Ensuite, Colin Powell a appelé son homologue saoudien pour le rassurer. George Bush a fait de même avec le prince hériter Abdallah, expliquant qu'il rejetait vos conclusions. Même le ministère des Affaires étrangères français vous reniait. Vous n'étiez pourtant ni ministre ni ambassadeur. Existe-t-il une omerta internationale sur le problème saoudien?
LM. L'Arabie Saoudite a été taboue de 1973 au 11 septembre 2001. L'Occident a fait toutes les courbettes possibles en direction de la famille régnante. Ministres des Affaires étrangères, patrons de grandes sociétés, grands journalistes, tout le monde s'est précipité pour faire allégeance à Riyad. Quand la France et les pays occidentaux lui vendaient des équipements militaires, les pots-de-vin intégrés au prix du matériel se montaient jusqu'à 40 % du prix d'achat. On ne mord pas la main qui vous nourrit.
RM. Il y a longtemps que l'Arabie a expulsé Ben Laden qui, selon l'un de ses lieutenants, arrêté, Khalid Cheikh Mohammed, a choisi volontairement 15 Saoudiens parmi les 19 terroristes du 11 septembre pour provoquer une faille entre son pays d'origine et les États-Unis. Le magazine "Time" décrit comment Riyad tait aujourd'hui la chasse à Al-Qaïda sur son territoire. Les Saoudiens ont soutenu les guerres en Afghanistan et en Irak. N'est-ce pas là des signes visibles d'un changement dans le royaume?
L.M. Il y a une vraie différence entre Ben Laden et la famille royale saoudienne. Ben Laden est maigre et les Al-Saoud sont gros. Ben Laden est un fanatique jeune et fiévreux. Les autres sont des fanatiques repus. Il y a une différence tactique entre Ben Laden, qui veut la dérégulation du terrorisme, et la famille royale qui veut sa régulation pour pouvoir continuer à en être le maître. Ben Laden leur dit "J'accepte votre argent, mais c'est moi qui décide." C'est la seule différence qui existe entre eux.
La collaboration de l'Arabie Saoudite dans la lutte contre le terrorisme est une farce sinistre. Quiconque a fait le moindre travail en matière de lutte contre le terrorisme sait qu'elle est au coeur du problème. Il existe une complicité directe de membres de la famille régnante dans le financement, l'accueil et l'infrastructure pour les conjurés du 11 septembre. La liste des activités terroristes sous leur patronage est impressionnante. Je propose qu'on nomme Al-Qaïda par son vrai nom. C'est l'armée du djihad ou celle du prince Turki Al-Fayçal qui a été pendant vingt-cinq ans le patron des services secrets saoudiens.
C'est lui qui a mis sur pied toute cette structure. Ben Laden n'est qu'un de ses lieutenants de terrain. Depuis quinze ans, Ben Laden désigne la famille Al-Saoud comme des ennemis et profère des menaces contre eux. Mais y a-t-il un seul exemple d'un prince de la famille royale saoudienne qui ait été attaqué par lui? Non. Pas une seule ambassade, pas une seule résidence. Rien.
Leurs appartements de luxe, leurs palais à New York, à Aspen dans le Colorado, en Floride, à Paris, à Marbella sont ce que les spécialistes du terrorisme appellent des "cibles molles", très faciles à atteindre. Ben Laden et son organisation n'ont jamais rien tenté contre elles.
P.M. L'Arabie a pourtant été touchée sur son sol, au cœur de sa capitale, par Al-Oaïda en mai dernier.
L.M. Oui, mais comme d'habitude, ce sont surtout des Américains et des Anglais qui ont été touchés, comme dans la quasi-totalité des attentats qui se sont produits en Arabie Saoudite depuis dix ans.
P.M. L'administration Bush, en pointe sur la guerre contre le terrorisme, semble jusqu'à présent avoir ignoré cette menace. Pensez-vous que cela provienne, comme l'indique un article du mensuel "Vanity Fair", d'une collusion plus ancienne entre le clan Bush et les princes d'Arabie Saoudite?
L.M. Je fais une différence très nette entre Bush père et Bush fils. D'un point de vue moral et stratégique, ce n'est pas le même type d'homme. Le président actuel est complètement engagé dans la lutte contre le terrorisme. Cependant il est aux prises avec un héritage qui n'est pas seulement celui de son père mais aussi des hommes de son père, Brent Scowcroft, James Baker et Colin Powell.
Depuis 1945, il existe un pacte entre les États-Unis et l'Arabie Saoudite. Il fallait protéger la "station-service" et les propriétaires fonciers des environs. C'était le cœur de la politique américaine au Moyen-Orient. À partir de 1973, et surtout en 1978, avec les deux chocs pétroliers, les bases de cette politique ont commencé à s'effilocher. On ne pouvait plus faire confiance à l'Arabie pour un approvisionnement en pétrole assuré à des prix de marché. Avec la fin de la première guerre d'Afghanistan et la défaite des Soviétiques, le motif anticommuniste a disparu.
Le djihad universel a mis un point final à notre relation avec les Saoudiens. Seulement, quand on a suivi une politique et une stratégie pendant cinquante ans, elle est incarnée par des hommes, des carrières, des institutions et des doctrines qui mettent du temps à s'estomper. À l'heure actuelle, cette attitude est remise en cause par une partie croissante de l'administration. Mais je crois que le président hésite encore à rompre.
P.M. Le même journal rapporte que, deux jours après le 11 septembre, 140 Saoudiens, dont des membres de la famille Ben Laden, étaient exfiltrés des États-Unis avec la bénédiction des autorités, sans être interrogés et par avion, alors qu'aucun vol n'était autorisé dans le ciel américain à cette date. Ces informations vous semblentelles crédibles?
L.M. Il n'y a aucune contestation sur le fait que le F.b.i., sur instructions supérieures, a permis à ce vol d'avoir lieu.
P.M. Donc avec l'approbation de la Maison-Blanche?
L.M. Plutôt avec l'approbation de quelqu'un au département d'État, ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'il est la forteresse du lobby saoudien. On dit souvent que ce sont les "pétroliers" qui soutiennent les Saoudiens mais ce n'est pas exact, en tout cas pas pour tous les pétroliers.
P.M. On dit que vous exprimez tout haut la position sur l'Arabie Saoudite de Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, du vice-président Dick Cheney et des faucons de l'administration.
L.M. Les étiquettes de "faucon" ou de "néo-conservateur" ne me gênent pas du tout. J'ai beaucoup de sympathie pour eux et je crois qu'ils en ont aussi pour moi.
P.M. Pourtant Donald Rumsfeld ne vous a pas soutenu après la publication de votre rapport.
L.M. J'imagine qu'il fallait défendre la ligne du parti. À l’époque, et face à la polémique, il ajuste dit "Ces vues ne sont pas partagées par une majorité au sein du département de la Défense." C'était une manière de prendre ses distances d'un point de vue formel. Il a surtout critiqué la "fuite" plutôt que son contenu. Après tout, chacun son boulot. Moi je suis un analyste et j'ai mis en avant une analyse. Rumsfeld est ministre de la Guerre. Il ne répond pas aux mêmes nécessités.
P.M. Justement. À propos de guerre, votre livre s'appelle "La guerre d'après". Est-ce à dire qu'après l'Irak le prochain sur la liste est l'Arabie Saoudite?
L.M. Parlons de ce qu'est le terrorisme. L'expression "guerre contre le terrorisme" ne convient pas à mon avis. Le terrorisme est un instrument. Ce n'est ni un programme ni une idéologie. Le terrorisme, c'est l'arme collective choisie par le monde arabo-musulman pour faire la guerre à l'Occident sur une période de trente ans.
Comme dans un jeu de cartes, il y a dans ce terrorisme quatre as qui sont: l'Arabie Saoudite, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Et puis, il a un joker, c'est l'Autorité palestinienne. Cet ensemble est plus nébuleux que structuré. Le problème du Moyen-Orient vient de là. Admettons qu'un Gorbatchev saoudien apparaisse, même si c'est très improbable. S'il dit à ses commensaux : « Écoutez, cette fois, nous n'avons pas le choix, il faut en passer par ce que disent les Américains, sinon nous n'allons pas survivre".
Il faudra qu'ils livrent les personnes suspectes des services de renseignement, des organisations dites charitables et qu’ils arrêtent d'exporter les prédicateurs incendiaires du wahhabisme. Si cela ne se produit pas, il faudra agir. J'avais préconisé des moyens pour passer à l'action. L'Arabie est un empire extrêmement vulnérable, avec des composantes très récentes. Ce n'est pas une nation. C'est un empire plus jeune que l'ex-Yougoslavie, avec des populations allogènes, dont des Chiites et des Yéménites qui n'ont pas oublié leur passé. Le gouvernement est très fragile. Il a besoin de mercenaires pour se défendre et il dépend presque exclusivement des courbettes qu'on lui manifeste pour assurer sa survie.
Avant le 11 septembre, on pouvait vivre avec les problèmes que pose l'Arabie. Depuis, on ne peut plus vivre avec, on peut mourir avec. Cette guerre ne serait pas comme la guerre en Irak, il faudrait une demi-heure à peine pour occuper les champs pétroliers.
P.M. Lorsque vous prôniez ces mesures au Pentagone en juillet 2002, la guerre en Irak était encore loin. N'avez-vous pas le sentiment, après coup, que les États-Unis se sont trompés d'ennemi? Après tout, les liens entre Saddam Hussein et Al-Qaïda ne sont toujours pas établis.
L.M. Pas du tout. Quand les Alliés se sont attaqués à l'Axe pendant la Seconde Guerre mondiale, ils n'ont pas commencé par Berlin mais par l'Afrique du Nord, la Méditerranée, puis les débarquements en France. Contre le Japon, ils ont commencé par reconquérir les îles du Pacifique.
Ainsi on n'aurait pas pu commencer par l'Arabie Saoudite. De même que l'Iran n'est pas une cible militaire mais une cible politique parce que 80% de la population iranienne veut se débarrasser des ayatollahs. Pour ce pays, la perspective antiterroriste est d'accorder un soutien à la population et à l'opposition iranienne. Après le 11 septembre, il fallait d'abord désanctuariser l'Afghanistan pour mobiliser.
Cette guerre est une guerre de longue haleine. Elle ressemble davantage à la guerre froide qui a duré cinquante ans qu'à la Première ou à la Seconde Guerre mondiale. Il fallait ensuite un moyen d'entrer au Moyen-Orient. Ce fut l'Irak. Car Al-Qaïda, au fond, n'est que le visage et l'expression du problème. Le problème, c'est qu'il existe une région du globe avec 250 millions d'habitants qui est médiévale et qui veut le rester. Elle a manqué la révolution industrielle, elle est en train de manquer la révolution numérique. Elle est dans une stagnation
lente.
Cette région empoisonne le monde en fabriquant du terrorisme à jet continu et en l'expédiant à l'extérieur. Il fallait se débarrasser d'abord de Saddam Hussein car personne n’aurait pris les Américains au sérieux s'ils ne l'avaient pas fait.
Cette guerre doit ensuite procéder par étapes. L'Irak était la porte d’entrée. On parle avec beaucoup plus d'autorité si on est victorieux à Bagdad que si on crie de Washington.
P.M. Vous pensez que ricains seront victorieux à Bagdad rapidement?
L.M. Oui. Hélas, le rétablissement d’une centrale électrique ne fait pas la première page des journaux, un attentat, si. Le traitement médiatique ne souligne que les difficultés. Mais rappelez-vous, au début du conflit tous ces analystes français qui parlaient de l’enlisement de l'armée américaine au bout de trois jours. Aujourd'hui, tous ceux qui parlent de défaite des Américains se trompent.
P.M. Le prince héritier Abdallah s'est rendu pour la première fois à Moscou, où il a rencontré Vladimir Pouline. Que vous inspire pour l'avenir cette rencontre entre deux acteurs fondamentaux du monde du pétrole?
L.M. Ce sont deux pays unis, dont les économies, sans une grande vigueur, jouissent d'une rente pétrolière. Les Russes infiniment plus évolués que les Saoudiens qui sont au degré zéro, mais cet aspect de rente peut les rapprocher. Poutine a peut-être profité de ce déplacement pour suggérer au prince saoudien d'arrêter de financer les extrémistes tchétchènes. Les Russes dénoncent sans arrêt l'action wahhabite en Tchétchénie.
P.M. À moins de trouver une alternative au moteur à explosion, l'Occident reste condamné à courtiser l'Arabie Saoudite qui possède 25% des réserves mondiales.
LM. Ce n'est pas une condamnation à perpétuité. Il y a une économie de l'hydrogène qui s'annonce. C'est la prochaine étape. Quand ces nouvelles techniques seront là, au lieu de se fonder sur une matière fossile distribuée sur terre de façon inégale, on s'appuiera sur une matière universelle ou presque.
P.M. Mais ce sont des échéances longues: quinze, vingt, trente ans!
LM. Mais cette guerre aussi va durer trente ans. Ce qu'il faut considérer aujourd'hui, ce sont les approvisionnements en pétrole. Il y a le reste du Golfe, y compris l'Irak. Il y a la mer Caspienne, côté russe et côté des républiques d'Asie centrale. Il y a l'Alaska, l'immense réservoir de pétrole du golfe de Guinée, le Mexique et le Venezuela.
Le pétrole du Golfe reste le moins cher du monde à extraire. Donc on ne tient pas à le perdre. Un changement de régime en Arabie Saoudite est envisageable. Il y a deux ans, le prince héritier Abdallah se rendait à New York. Avec tout l'amour qu'il porte à l'Amérique, il annonçait dans l'avion à un journaliste du « New York Times » qu'il était prêt à lancer un nouvel embargo pétrolier contre les États-Unis. Les gens qui parlent ainsi se déclarent ennemis stratégiques des États-Unis et ne doivent pas s'étonner, après, qu'on les traite en ennemis.
P.M. À l'heure où nous parlons, les traite-t-on en ennemis?
L.M. Ils étaient naguère des partenaires. Ce sont maintenant des gens qu'on regarde d'un œil très soupçonneux. On regarde tout ce qu'ils font. Comme les joueurs de trictrac, on n'écoute pas ce qu'ils disent, on regarde ce que font leurs doigts. Cela résume assez bien la position des États-Unis à l'heure actuelle.
P.M. Votre livre va-t-il paraître un jour aux États-Unis?
L.M. Il paraît d'abord en France. •
(Interview Régis Le Sommier)
Extraits de « La guerre d'après » de Laurent Murawiec, éd. Albin Michel
50 millions de dollars pour un centre islamique à Rome
« Le montant des efforts consentis par le roi Fahd (…) est astronomique et doit être chiffré en milliards de riyals.» L'Arabie Saoudite a financé tout ou partie de 210 centres islamiques, dans le monde, de 1 500 mosquées, de 210 collèges islamiques et de 2 000 écoles, nous apprend le 31janvier 2003 «Ain-al-Yaqeen», journal saoudien officieux. (…)
Le roi Fahd a personnellement versé 50 millions de dollars pour le Centre islamique de Rome, mosquée comprise, pied de nez au Vatican, alors qu'il est non seulement interdit de construire une église en Arabic Saoudite, mais que la tenue d'un office divin y est illégale et sévèrement réprimée!
L'Arabie Saoudite n'a besoin que d'ogives et. de missiles pour devenir une puissance nucléaire
Trente ans de saoudisation ont atomisé, liquéfié le Pakistan, bombe démographique et politico-religieuse, puissance nucléaire de surcroît. C'est l'Arabie Saoudite qui a financé le développement par le Pakistan d'une «bombe (atomique) islamique».
« L'Arabie Saoudite participe au financement des programmes d'achat de technologies nucléaires et balistiques à la Chine, ce qui a fait du Pakistan un état producteur d'armes nucléaires et un État proliférateur», écrivait un ancien responsable de la D.i.a., l'Agence de renseignement des forces armées américaines.
« Riyad, ajoutait-il, est probablement en train d'acheter à la Chine une capacité nucléaire par le truchement d'un pays intermédiaire, le Pakistan». L'auteur, Thomas Woodrow, précise que le ministre saoudien de la Défense, le prince Sultan. « a inspecté l'usine d'enrichissement (l'uranium et l'usine de Kahuta où sont produits les missiles (balistiques)» et rapportait sa présence tant lors des essais nucléaires pakistanais que lors du lancement du missile « Ghauri» à capacité d’emport nucléaire.
L'Arabie Saoudite a payé la Chine pour que celle-ci rétrocède les technologies au Pakistan. Dans ce cadre, des techniciens chinois sont au travail an Pakistan. «Si l'influence de Riyad sur le Pakistan inclut le programme nucléaire, l'Arabie Saoudite pourrait rapidement devenir une puissance nucléaire de facto, puisqu'elle n'aurait besoin que de se faire envoyer les missiles et les ogives nucléaires.»
Les ambassadeurs américains en Arabie Saoudite ne parlent jamais l'arabe
Les ex-ambassadeurs américains en Arabie Saoudite ont des trésors de compréhension pour les moindres humeurs des puissants d'Arabie. Richard Murphy, qui passa près de trois ans à Riyad, faisait état des «sentiments angoissés» du prince héritier Abdallah face à la « crise humanitaire » dans laquelle étaient plongés les Palestiniens,ce qui explique sans doute la collecte de 50 millions de dollars pour financer les opérations suicides en Israël au cours d'un Téléthon de la télévision saoudienne.
Quand l’ambassadeur saoudien en Grande-Bretagne se permit d'insulter le président Bush, Murphy lui trouva toutes les justifications du monde. Il approuva aussi le financement des opérations suicides contre les civils israéliens. (…) Les ambassadeurs américains en Arabie Saoudite ne parlent jamais l'arabe.
C'est du moins le cas depuis le limogeage de l'ambassadeur Hume Horan [sous la présidence Reagan à la demande du roi Fahd]. L'ambassadeur Horan fut remplacé à la vitesse de l'éclair par l'obséquieux Cutler qui, lui, ne parlait pas un mot d'arabe.
«Nous nous sommes couchés. Ce fut la fin de la moindre influence de l'ambassadeur des États-Unis à Riyad », se lamente à juste titre Horan.
200 millions de dollars à Ben Laden
Un ministre des Affaires étrangères arabe [m'avait confirmé] une information dont bruissaient depuis longtemps les milieux internationaux du renseignement: un deal aurait été passé entre Oussama Ben Laden et la famille royale, représentée en l'occurrence par son chef adjoint du General Intelligence Directorate (le prince Turki), qui démissionnera douze jours avant les attentats du 11 septembre, après vingt-six ans de service - belle longévité professionnelle, excellent sens du timing pour prendre la porte.
Contre une somme de 200 millions de dollars, rapportait le ministre, il aurait été demandé et obtenu de Ben Laden que rien ne soit intenté contre l'Arabie Saoudite, laissant par contre une liberté d'action entière au fils prodigue pour aller semer la tempête aux quatre coins du monde.
La princesse et les pirates de l'air
À la mi-décembre 2002 «Newsweek» faisait éclater une petite bombe: la coquette somme de 130 000 dollars avait été versée, au début de 2000, du compte en banque de la princesse Hayfa Al-Fayçal, épouse de l'ambassadeur saoudien aux États-Unis, le prince Bandar - en fait, le «ministre des Affaires américaines» de l’Arabie Saoudite -, à celui d'Omar Al-Bayoumi, «étudiant» saoudien de San Diego en Californie.
L'étudiant, qui avait longtemps travaillé au ministère de la Défense saoudien, accueillit ensuite à l'aéroport deux des pirates de l'air du 11 septembre, les aida à s'installer et à s'acclimater. Il semble qu'Al-Bayoumi ait été un agent du renseignement militaire saoudien.(…) L'argent fourni par l'obligeante princesse était alors passé, Dieu sait comment,dans la poche des futurs pirates de l'air.
Wabbab et Saoud, l'alliance de la rapine et du djihad
L’islam est une religion, le wahhabisme est une idéologie.(…)Vers le milieu du XVIIIe siècle, Muhammad ibn Abd Al-Wahhab se fit peu à peu une réputation de zélote destructeur, et se chercha un partenaire guerrier qui se spécialisa dans la profanation, le pillage et la destruction des tombes des compagnons du Prophète.
Autre titre de gloire: il rétablit la lapidation des femmes pour adultère ou «fornication», terrorisant ainsi le voisinage par ses exploits.
Ayant encouru les foudres du chef tribal le plus important de la contrée, Ihn Abd Al-Wahhab se réfugia à Al-Diriya, en 1744. C'est là qu'il rencontra le petit émir local, Muhammad ibn Saoud. On se connut, on se comprit, on fit affaire: Wahhab allait sanctifier Saoud et mobiliser pour lui, Saoud allait répandre Wahhab.
La rapine et le « jihad » s'unissaient devant Dieu. Le « ghazou », origine du mot razzia, devenait sacré.(…)
Ce qui frappe dès l'abord dans la doctrine promulguée par
Al-Wahhb, c'est l'interminable liste des actions, gestes, pensées prohibés, condamnés, interdits, répréhensibles, dangereux. (…)
Tout ce qui relève de l' « innovation » est «hérésie». (…) Ainsi sont les wahhabites: ils ont comme les yeux à l'envers, s'ouvrant à l'intérieur du crâne et non à l'extérieur. Ils ne voient que leur propre paysage intérieur. Le monde n'existe pas, sauf comme enfer.
MURAWIEC: D'UN INSTITUT L'AUTRE
Avec un budget annuel de 160 millions de dollars, la RAND CORPORATION, d'où Murawiec a été « remercié» en 2002, est le plus grand centre de recherches stratégiques et militaires dans le monde. Fondé peu après la Seconde Guerre mondiale, cet institut compte 1 500 employés dont 800 chercheurs. Donald Rumsfeld et Condoleezza Rice en furent administrateurs.
Il est considéré comme un « think tank» puissant qui, depuis des années, prône l'augmentation des budgets militaires. L'INSTITUT HUDSON, qui a accueilli l'analyste français, a été pionnier dans la recherche futurologique. Raymond Aron en fut cofondateur, avec Herman Kahn et le sociologue Daniel Bell. Sa notoriété vient surtout de ses travaux innovants en matière de géopolitique et de société.
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