Dans un palais de justice de Nice transformé en camp retranché, en raison de son don évident pour l'évasion, Joseph Menconi, 38 ans, est apparu hier sous un jour qu'on n'imaginait pas. On le supputait froid, ombrageux, taiseux on le découvre, truculent, chaleureux, bavard…
Mais sous cette apparente jovialité, qui émane surtout dune faconde servie par une voix douce, perce un redoutable renard , capable de toutes les entourloupes et, même, de faire rire la présidente, Nicole Besset! Revers de la médaille : le double évadé de la prison de Borgo a pris le risque de passer pour un grand du banditisme.
Avant même que la cour d'assises et les jurés des Alpes-Maritimes n'abordent le déroulement du braquage à l'arme lourde d'un fourgon de transports de fonds de la société Ardial, le 17 avril 1997 à Saint-Laurent-du-Var, l'accusé vedette de ce procès s'est mué en victime.
« Les policiers du GIPN m'ont tabassé, s'offusque Menconi. On me fait les pires misères, on me frappe, on me traite de gonzesse, on ne me donne que des chips à manger… Dites-le moi, ce que vous voulez me faire ? »
L'incident se solde par l'intervention du légiste, qui ne note qu'une égratignure au front, celle de l'un des trois avocats de Menconi, Me Antoine Sollacaro , qui annonce le dépôt d'une plainte, et par l'expulsion de la compagne de l'accusé, qui insultait les policiers.
Sur le fond, les débats d'hier ont surtout permis de comprendre que la vérité ne devrait pas dépasser le strict cadre de l'acte d'accusation chacun campe sur ses positions, celles de personnes qui ne sont accusées que de complicité (Menconi et Freddy Chapuis, 39 ans), voire d'association de malfaiteurs seulement (Joseph Albertini, 42 ans).
Les interrogatoires des accusés ont construit cette impression. Menconi, selon lui, n'a rien fait d'autre que servir d'intermédiaire entre Chapuis, l'un des convoyeurs de fonds attaqués à la kalachnikov, au lance-roquettes et à la dynamite, et des hommes masqués qu'il ne connaît pas. Pour eux, ces grands absents du procès, il a accepté de voler le fourgon qui a servi à emporter un butin de 1,5 M €.
« Je ne suis pas le dernier des imbéciles, ose dire Menconi à l'adresse de Mme Besset. J'ai compris leurs intentions quand ils ont voulu voir Chapuis qui était transporteur de fonds… »
« J'en profite dit-il par autodérision - on se prend parfois les pieds dans le tapis. Si j'avais su qu'ils allaient faire un truc comme ça, je ne serais pas resté à Nice pour risquer d'y être mêlé… , lâche-t-il un peu plus tard.
Toujours est-il que ce sont justement ses allées-et-venues entre Nice et Saint-Laurent-du-Var, aux environs du 13 mars 1997 - date de la première attaque avortée à cause de Chapuis, qui s'est « dégonflé », selon ce dernier - ainsi qu'autour du 17 avril, jour de la réalisation, qui ont mis Menconi dans la nasse de la police judiciaire qui le surveillait déjà avant les faits.
De l'audition de Chapuis, un homme qu'un policier, à l'enquête quasiment inattaquable par les avocats de la défense, décrit comme « assez faible et l’objet d'une pression énorme » , on ne retient que le plus voyant : le convoyeur de fonds a joué le rôle du corbeau de la fable, le renard s'appelant… Menconi.
Le fromage, c'était toutes ces informations sur les tournées d'Ardial que Chapuis lâchait à cet ami de rencontre ou aux fameux hommes masqués . Comme cette porte latérale du fourgon, défectueuse. Comme dit le policier, « il fallait le savoir ».
(source Francis LUMINEAU, Nice-Matin)
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