C’est un nouveau coup de théâtre qui ne présage rien de bon pour l’enquête sur l’affaire Alègre. Le directeur d'enquête historique de l'affaire Alègre, l'adjudant de gendarmerie Michel Roussel, controversé depuis la remise en cause de la crédibilité de témoignages recueillis auprès d'anciennes prostituées, en particulier "Patricia" et "Fanny", a fait valoir lundi ses droits à la retraite après 24 ans de service.
Il avait été entendu jeudi par le juge Thierry Perriquet chargé du dossier de "viols et proxénétisme" impliquant le tueur en série et des personnalités toulousaines.
On assurait lundi à la direction générale de la gendarmerie nationale que le départ de Michel Roussel, 42 ans, était bien "affaire de choix personnel" même si dans son entourage on se déclare attérré par une telle décision.
Toutefois plusieurs des protagonistes de l'affaires s'interrogent sur la portée de son geste. "Patricia", premier témoin à charge, estimait "qu'il a tellement eu de pressions qu'il a lâché". L'avocat de Patrice Alègre, Me Gilbert Collard, lançait: ""bat-il en retraite, part-il en retraite ou est-il mis à la retraite?".
Pour Me Georges Catala, avocat de la famille d'une autre prostituée, Line Galbardi tuée dans la nuit du 2 au 3 janvier 1992, "il a su faire remonter à la surface une série de crimes impunis, et les familles des victimes sont un peu décontenancées, blessées par son départ".
Michel Roussel participait depuis 1997 à l'enquête sur les cinq meurtres pour lesquels Alègre a été condamné à la réclusion à perpétuité en février 2002 et dirigeait depuis l'été 2000 la cellule "Homicide 31" enquêtant sur d'autres crimes non élucidés susceptibles d'être imputés au tueur en série.
C'est Roussel "qui a fait parler" Patrice Alègre sur les premiers meurtres. C'est lui qui a recueilli les premiers témoignages de "Patricia" et "Fanny" sur le meurtre de Line Galbardi.
Au fil des auditions, les deux jeunes femmes en sont venues au début 2003 à faire d'Alègre l'organisateur de soirées sado-masochistes auxquels auraient participé des magistrats et des personnalités toulousaines dont l'ancien maire Dominique Baudis.
Cette deuxième affaire Alègre, qui s'est accompagnée d'un déferlement médiatique, a pris une telle ampleur que la cellule "Homicide 31" a compté plusieurs dizaines de membres et s'est scindée en deux. Michel Roussel conservait la reponsabilité des enquêtes sur les meurtres mais la vérification des témoignages sur les soirées sado-masochistes revenait à un autre groupe.
Mi-juin le journal Libération faisait écho à des "partisans" de Roussel estimant qu'il était "mis à l'écart" et que "l'enquête était bridée" en raison de "l'éventuelle implication de notables de Toulouse".
Les rétractations successives de "Fanny", les contradictions de "Patricia", mise en examen pour avoir influencé le faux témoignage du travesti "Djamel", décédé depuis, ont suscité des interrogations sur sa conduite de l'enquête.
Le 19 juin, dans un courrier au procureur général de Toulouse retirant l'aveu du meurtre de Line Galbardi et du travesti Claude Martinez, Patrice Alègre lui-même mettait en cause "la conviction de M. Roussel".
Puis mi-septembre, "Fanny", par la voix de son avocat, Me Jean-Claude Guidicelli, l'avait accusé de l'avoir "utilisée, instrumentalisée, manipulée". Selon l'avocat, elle avait indiqué au juge que le gendarme lui aurait suggéré "de mettre en cause M. Baudis".
Sans aller aussi loin, Me Collard estimait lundi que l'adjudant Roussel "était complètement envahi par cette affaire et n'a sans doute pas gardé la distance nécessaire".
Selon une source proche du dossier, le gendarme n'a pas attendu les dernières mises en cause pour envisager son départ. Il était en vacances depuis le 27 juillet et avait ensuite pris deux mois de permission.
Il devait reprendre son service ce lundi mais a demandé à partir il y a une semaine. On reste toutefois étonné devant la propension des enquêteurs de la gendarmerie dans les enquêtes difficiles à prendre des retraites précipitées voire à se suicider. Confèrent les affaires des Irlandais de Vincennes, des disparus de l’Yonne etc.
Affaire Alègre
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