L’affaire Alègre est en train de virer de bord. Et de procès en accusation contre la prostitution à Toulouse et un tueur en série rabatteur, il devient celui des enquêteurs et des victimes. Les articles de la Dépêche et du Parisien.
Les principaux acteurs de ce qu'il est convenu de nommer la nouvelle affaire Alègre se sont retrouvés, hier, au palais de justice de Toulouse, dans un véritable chassé-croisé organisé entre les bureaux des deux juges d'instruction, Serge Lemoine, chargé du volet homicides, et Thierry Perriquet qui travaille sur le volet « mœurs ». À défaut du tueur en série lui-même, qui a indiqué en début de semaine ne connaître aucun des protagonistes de l'histoire, c'est Patricia, l'une des six ex-prostituées parties civiles dans le dossier, qui a ouvert la journée face au juge Perriquet. Pendant plus de deux heures le magistrat s'est surtout intéressé à la façon dont les gendarmes l'avaient interrogée. Mais Patricia a réitéré aussi ses accusations de viols contre Patrice Alègre, le proxénète Lakhdar Messaoudène et Dominique Baudis. Flash-back dans les années quatre-vingt-dix. Cocaïne, voitures volées, cambriolages, armes… Le tueur en série et le proxénète mélangeait divers trafics. C'est dans ce contexte, que Line Galbardi a été tuée dans la nuit du 2 au janvier 1992. Mis en examen pour cet assassinat, dénoncé par Patricia et Fanny, Patrice Alègre a parlé deux fois, en 2000, puis en juin dernier. Pour finalement se rétracter à chaque fois. Une habitude. Après avoir affronté, mardi, le magistrat Marc Bourragué qu'elle accuse toujours de viols et de violences, Fanny a de nouveau dû se remémorer, hier après-midi, la mort de Line Galbardi, dans le bureau du juge Lemoine… face à Lakhdar Messaoudène, incarcéré pour complicité mais qui crie toujours son innocence et jure lui aussi ne connaître personne. Devant le juge, Fanny a précisé ses accusations.
Fanny « allège » Lakhdar
Pour elle c'est bien Patrice Alègre qui a tué Line Galbardi, mais Lakhdar Messaoudène, qu'elle avait pourtant accusé, « sous la pression de Patricia », dit-elle, n'a pas participé directement à la scène. Nouvelle volte-face. « Il était là avant et après, pas pendant », a expliqué Fanny en substance, en évoquant la présence d'une mystérieuse autre personne. Lakhdar Messaoudène et son avocat Me Kamel Benamghar, ont apprécié ce retournement. Pendant ce temps, l'adjudant Roussel, chef de la cellule Hom 31, à l'origine des nouvelles investigations sur le tueur en série était reçu par le juge Perriquet. C'est lui qui le premier a recueilli, la parole fragile des ex-prostituées. Une parole aujourd'hui écrasée. Du coup, Michel Roussel, qui n'a fait aucune déclaration à sa sortie, se retrouve sur la sellette. Ses méthodes avec. Notamment l'utilisation de l'album photos et de la liste des magistrats soumis aux filles. étonnant retour des choses. Gilles-R. SOUILLés
Les choix du juge Perriquet
En convoquant, hier, Patricia, puis le gendarme Michel Roussel, responsable « historique » de la fameuse cellule Homicides 31, le juge Thierry Perriquet a donné un signe clair. Saisi des instructions sur les viols et les faux témoignages, le magistrat s'intéresse plus à la façon dont les investigations des gendarmes ont été menées, ou plutôt, soupçonne-t-il, orientées, qu'au fond des accusations des anciennes prostituées. « On a vraiment pas le sentiment d'être interrogé en qualité de victime », s'indignait, hier, Me Raphaël Darribère. Tout comme, Me Jean-Claude Guidicelli, l'avocat de Fanny, qui envisage un recours auprès du doyen des juges d'instruction… Un certain Serge Lemoine qui a justement beaucoup travaillé avec le gendarme Roussel sur les meurtres d'Alègre. En vain ?
Fanny brouille encore les pistes
Nouvelle volte-face de Fanny dans l'affaire des meurtres imputés à Patrice Alègre. Cette ex-prostituée a, hier, mis hors de cause Lakdhar Messaoudène, le complice présumé de Patrice Alègre, dans le meurtre de Line Galbardi, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1992 à l'hôtel de l'Europe à Toulouse (Haute-Garonne). Elle implique désormais Patricia dans ce meurtre et accuse toujours le tueur de la Ville rose d'être l'auteur de ce meurtre contrairement à ce qu'elle déclarait dans ses procès-verbaux en février dernier. Des rebondissements qui n'en finissent pas de brouiller les cartes.
La confrontation a été houleuse chez le juge Serge Lemoine. Placée face à ses responsabilités, Fanny, alias Florence Khelifi, 30 ans, a «avoué ses mensonges» selon Me Kamel Benamghar, l'avocat de Lakdhar Messaoudène, incarcéré depuis la mi-juin pour complicité d'assassinat dans le dossier Line Galbardi. Florence a admis devant le juge Lemoine qu'un «pacte de mensonges» a été mis au point avec Patricia pour impliquer Lakdhar qui a toujours crié son innocence, et qui est rentré d'Algérie de «son plein gré» - rappelle son défenseur - pour «faire face aux accusations». Il a toujours expliqué qu'au moment des faits, il était parti en Algérie, célébrer son remariage.
Le 12 mai dernier Fanny, lors d'une confrontation, renouvelait pourtant ses accusations contre Lakdhar Messaoudène. «Je maintiens mes déclarations» et croyait bon d'ajouter «Lakdhar se croyait intouchable». C'est elle aussi qui dit voir dans la chambre de l'hôtel de l'Europe, Lakdhar frapper Line avec «la crosse de son pistolet» selon ses déclarations.
Mais hier l'ex-prostituées, qui multiplie les versions, a expliqué hier chez le juge Lemoine avoir «vu Patricia couverte de sang» et accuse toujours Patrice Alègre . Elle désigne aussi un autre témoin du meurtre : une femme qui n'est pas Patricia, «une fille que je n'ai pas vue car elle était dans la salle de bains sur la gauche... je n'ai pas reconnu sa voix».
Fanny aurait agi de la sorte pour protéger Patricia, qui au début de l'enquête sur le meurtre Line Galbardi était une suspecte avant de devenir une victime. À tel point qu'elle tente d'influencer, comme les écoutes téléphoniques le démontrent, d'autres témoins et persuade une autre ex-prostituée, Nadia, d'affirmer qu'elle a assisté à ce crime. Des rencontres entre Fanny et Patricia auraient eu lieu pour faire glisser l'enquête sur Line Galbardi vers une autre cible.
Seule certitude aujourd'hui, les gendarmes d'Homicides 31, à l'épreuve des écoutes, du manque de preuves scientifiques contre Messaoudène et même Alègre, des surveillances, ont repris le dossier à zéro pour savoir qui était bien présent sur cette scène de crime. «Je lui ai seulement conseillé de dire la vérité» explique Me Jean-Claude Giudicelli, l'avocat de Fanny. L'avocat de Patricia, Raphaël Darribère, a seulement indiqué que «des investigations étaient en cours».
Jean-Marc Ducos (Le Parisien)
Affaire Alègre
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