Le 10 avril 2003, "Fanny", ancienne prostituée toulousaine, donne le nom de Marc Bourragué, ancien substitut du parquet de Toulouse : " Je vous confirme que c'est la personne que j'ai désignée par le passé par "mon premier magistrat", dit-elle aux gendarmes. Il m'a bien offert le véhicule, les bijoux et autres cadeaux divers. (...) Il m'a aussi torturé de manière odieuse, avec son ami Patrice Alègre et d'autres personnes à de multiples reprises."
Le Monde a dévoilé des parties des deux procès-verbaux de synthèse des gendarmes qui sont accablants pour Fanny.
Les enquêteurs ont interrogé ses proches, retrouvé ses cinq enfants, ses amants. Le 17 juin, entendue par le juge Thierry Perriquet, Fanny avait déclaré avoir été battue par des policiers et hospitalisée en 2003.
« Pour les coups près du PMU, il y a un ancien barman du Barrié qui s'appelle José, il est arrivé après le départ des flics et il a vu que je saignais d'une dent", a-t-elle déclaré au magistrat.
Les enquêteurs ont retrouvé le barman, José Castillo. Il a déclaré : "Elle m'a dit que des têtes allaient bientôt tomber, elle a ajouté : "Des gens haut placés". (...) Elle ne saignait pas, elle était en pleine forme." Les gendarmes visitent les hôpitaux. Le 30 juillet, ils écrivent dans un procès-verbal de synthèse : "Il apparaît qu'aucune hospitalisation consécutive à des coups et blessures ou à des violences sur la personne de "Fanny" n'a été enregistrée et ce depuis 1986." C’est alors qu’ils émettent des doutes sur les propos de Fanny.
Son frère, témoigne le 19 juin : "Mon sentiment, c'est que si elle a agi ainsi, ce n'est que dans un intérêt lucratif, pour se faire de l'argent. (...) C'est son mode de fonctionnement."
Les enquêteurs écrivent le 9 juillet à ce propos que son véhicule une Volkswagen Sharan a été payé par un producteur de télévision.
Dans un deuxième procès-verbal de synthèse, daté du 5 juillet et dévoilé par Le Monde, les gendarmes énumèrent les vérifications effectuées. « Ils se sont rendus rue Arago, où auraient eu lieu les viols dénoncés par "Fanny": pas d'anneau dans les murs de la cave, pas d'éclairage. Ils ont retrouvé la Ford Escort que lui aurait prétendument achetée M. Bourragué. C'est un de ses amants, Francisco M., qui a en fait réglé la transaction, son compte ayant été débité de 18 000 francs le 28 août 1996. Le bijou offert par l'ex-substitut puis placé en gage ? Pas de traces auprès du Crédit municipal de Toulouse, où "Fanny" a bien, en revanche, déposé une chaîne stéréo en 1994. »
Selon elle, Marc Bourragué serait le père de son fils Christopher, né le 25 mai 1991. Les enquêteurs arrivent à établir les identités des pères administratifs et biologiques qui sont tout autre que le magistrat.
Par ailleurs Fanny n’aurait pas revu ce fils depuis huit ans. En vrac, l'ex-substitut ne porte pas de " tatouage au triceps droit", comme elle l'avait indiqué et n’en a jamais eu. Fanny avait aussi indiqué avoir été violée dans la maison de campagne de celui qu'elle appelle " Marcus", au début des années 1990. Un notaire certifie que M. Bourragué n'a acheté sa résidence secondaire, à Souillac (Lot), que le 27 janvier 1995 soit cinq années plus tard.
Pourtant et contre toute vraisemblance, le 17 septembre, lors d'une confrontation avec M. Bourragué, "Fanny" a maintenu ses accusations. Deux heures plus tôt, elle avait totalement innocenté Dominique Baudis. Que reste-t-il de ses affirmations ? Pas grand chose. Deux autres prostituées, Nadia C. et Marie-Madeleine T., ont indiqué aux gendarmes avoir connu M. Bourragué ce qui ne prouve rien. L'ex-substitut toulousain a reconnu avoir rencontré Patrice Alègre en une occasion très précise.
Me Guidicelli, le nouvel avocat de Fanny, affirme qu’elle « n'a pas su réunir tous ses souvenirs, mais ce n'est pas une tricheuse judiciaire. Elle s'est trompée de bonne foi. Elle ne cherche aucune vengeance personnelle. N'oublions pas qu'elle n'a rien demandé dans ce dossier » Une défense un peu pauvre tout de même.
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