Ouvrir dans une nouvelle fenêtre Liber Bou : La mort d’un honnête homme
Sep 18, 2003

Liber Bou : La mort d’un honnête homme

Libert Bou vient de mourir. Edmond Simeoni dira de lui lors de son procès : « C’était un honnête homme qui a été débordé ». Lui le premier l’avait cloué au pilori parce que lors d’une réunion devant la Jeune Chambre Économique de Bastia il aurait répondu à ceux qui voulaient que le statut de la Corse évolue : « Même 200000 Corses ne changeront pas la Constitution ». Cette phrase répétée par les uns et les autres avaient fait de Liber Bou l’incarnation de la rigidité « jacobine ». Or Libert Bou avait protesté par voie de lettre auprès des responsables de l’ARC sur la mauvaise interprétation de cette phrase sortie de son contexte.

Au mois de janvier il avait rencontré les leaders autonomistes de l’ARC. Au mois d’août avait lieu le drame d’Aleria : des blessés, deux gendarmes tués, Edmond Simeoni et une partie de ses amis emprisonnés. La Corse venait d’entrer dans le cycle de la violence. Moins d’un an plus tard, les plus radicaux des autonomistes formaient le FLNC.

Nous publions ici plusieurs documents. Le premier la description faite par deux journalistes de la mission de Libert Bou. Elle est extraite d’un ouvrage aujourd’hui épuisé « La poudrière corse » écrit en 1975 par Stéphane Muracciole et Jean-Paul Delors.

Le deuxième document est la lettre envoyée à un dirigeant de l’ARC par laquelle Libert Bou tente de rétablir la vérité sur sa fameuse déclaration. Elle nous a été envoyée par l’un de nos correspondants en Corse. Le responsable autonomiste aujourd’hui décédé, Jean Mannarini, qui portait une grande estime au chargé de mission, tentera en vain de lui rendre cette justice. Pour les autonomistes, il était plus commode de présenter Libert Bou comme un homme centralisateur.

Le troisième document est le préambule de Libert Bou pour la « Charte de développement économique de la Corse » telle qu’elle fut publiée dans l’hebdomadaire Kyrn (numéro 55 – Juillet 1975)

Le quatrième est le discours d’Edmond Simeoni lors du congrès autonomiste de l’ARC en août 1975 et qui fut une véritable déclaration de guerre qui préfigurait le drame d’Aleria et la naissance du FLNC l’année suivante.

L'AVENTURE LIBERT BOU


Extraits de « La poudrière corse » de Jean-Paul Delors et de Stéphane Muracciole (Ed. Alain Moreau)

Les occupations des terres sur la plaine orientale, la situation catastrophique de l'agriculture et de l'élevage, le mirage industriel, l'augmentation continue du taux de chômage et la mise en coupe réglée touristique de l'île : voilà le tableau que peut afficher aujourd'hui le pouvoir. Cet état de fait était-il inéluctable? La logique du système capitaliste semble le laisser croire. La Corse, victime à la fois d'un développement régional inégal et de la course au profit de quelques grosses sociétés, a été doublement affectée par le système économique dominant. Le pouvoir parisien, quant à lui, n'a jamais voulu ou pu se donner les moyens d'un véritable changement. La mission Libert Bou, à cet égard, est des plus significatives.

RENDEZ-VOUS A RUNGIS

Le 12 décembre 1974, le conseil des ministres nomme un nouveau président pour la Mission interministérielle chargée de l'aménagement de la Corse. Personne,au demeurant, n'y fait réellement attention. Cet homme, qui est le contraire d'un technocrate, passe plutôt pour un « fonceur ». 65 ans, Catalan né au Maroc (à Meknès, il fut un agent privilégié du gaullisme pour tenter de décoloniser - au mieux des intérêts français l'Afrique noire. Ce qu'il réalisa avec des fortunes diverses (pour mémoire Madagascar). En revanche, l'aménagement de Rungis, son dernier travail, fut un succès. Et certains s'empressent d'y faire référence à l'annonce de sa prochaine affectation. Dans la presse régionale, cela prend des allures d'exploit et déjà, l'on présente Libert Bou comme le « docteur miracle ». Ne vient-il pas, dit-on, de réussir le tour de force de déménager, « en une nuit », les Halles de Paris! En quelque sorte, une preuve de son sens du dialogue et de la concertation.

Le temps presse, et Libert Bou se met au travail. Il comprend que pour dégeler la situation, fortement bloquée en ce début 1975, il va devoir jeter toutes ses forces dans la bataille. Et abattre des cartes inconnues des insulaires. Pour cela, il devra séjourner sur l'île et discuter avec tout le monde. Il y a des cactus, lui a-t-on répété, ce sont les autonomistes. Un obstacle réputé insurmontable. C'est donc à celui-ci qu'il va d'abord s'attaquer.

Le 18 janvier 1975, « ils » sont au rendez-vous de Rungis. Six hommes entourent Max et Edmond Simeoni, Jean-Pascal Pierre, chargé des problèmes de formation des hommes; Michel Castellani, spécialiste des problèmes démographiques; Nicolas Secondi et Christian Mondoloni, les deux économistes de l'ARC; Paul-Marc Seta, l'un des plus anciens penseurs du mouvement, commis aux affaires fiscales et Jean Mannarini, chargé des problèmes commerciaux.

Rien n'a été négligé dans la mise en condition des représentants de l'ARC. Voyage offert gracieusement, hôtel de luxe, voitures officielles pour les déplacements dans Paris. Sur son bureau, au dixième étage du bâtiment administratif, le gérant des Halles a disposé, bien en évidence, quelques numéros de l'hebdomadaire Arritti et Autonomia, l'ouvrage du mouvement.

« Messieurs, leur dit-il en guise de préambule, nous sommes là pour parler de tous les sujets qui nous préoccupent. Je suis prêt à tout entendre. Vous comprendrez cependant qu'il n'est pas de mon ressort d'évoquer une quelconque remise en cause des institutions. » Cela est dit sans agressivité. « J'entends, poursuit-il, que nous abordions ici sincèrement les problèmes précis du développement de l'île, de la sauvegarde de son intégrité; sans y mettre aucun préalable politique. Alors le dialogue sera possible et fructueux, si vous le voulez bien. » Les huit Corses, étonnés d'être les premiers interlocuteurs de l'envoyé du gouvernement, se demandent comment allier l'intérêt d'une telle rencontre et la nécessité de ne céder en rien sur l'essentiel.

Max Simeoni, qui est là pour traiter justement des problème politiques, réaffirme que la question corse se situe avant tout au niveau que Libert Bou se refuse d'aborder, mais que, ceci mis à part, ils pourraient tout de même étudier les dossiers que chacun a minutieusement préparés. Ainsi, durant cinq heures, on parle des transports, de l'industrialisation, du commerce, de la démographie, de l'emploi, de l'université et de la formation des hommes. Paul-Marc Seta évoque même la fiscalité, les structures administratives. Edmond Simeoni et son frère ponctuent chaque intervention pour les compléter de considérations politiques. Libert Bou, attentif, note chaque chiffre, chaque mot clé. Il questionne, sollicite des précisions.

« La situation est donc grave, conclut-il. Il me revient aujourd'hui de la débloquer. Bénéficiant de toute la confiance du gouvernement, je ferai tout mon possible pour y parvenir. Je voudrais proposer à la Corse une sorte de charte pour son développement. Je compte sur vous tous pour m'aider à y parvenir.»

En gage de sa bonne foi, il promet que la Légion étrangère quittera les citadelles de Corte, Calvi et Bonifacio où elle est stationnée. Cela dans les trois mois. Edmond Simeoni s'étonne. « Vous avez donc un certain pouvoir! » Pour le prouver, Libert Bon confie en aparté au porte-parole de l'ARC : « De très gros efforts seront accomplis sur le plan culturel. Je m'engage à faire admettre très rapidement la nécessité du bilinguisme. »

« Étrange bonhomme! » commente Christian Mondoloni à la sortie. « Vous rendez-vous compte qu'il a déjà reconnu l'existence du peuple corse et de son identité? » - « Nous jugerons aux résultats, lui répond Edmond Simeoni. Il s'est vraiment trop avancé sur beaucoup de choses. » - « Peut-être, ajoute Max Simeoni, cependant je ne peux m'empêcher de penser que cet homme est sincère, même si le pouvoir l'utilise pour nous piéger. »

Tout est là justement. Depuis huit mois, Valéry Giscard d'Estaing a inauguré la panoplie du grand réformateur : politique de la main tendue et des démarches démagogiques. Les prisons sont-elles en révolte ? Il va serrer la main d'un condamné à la prison Saint-Paul de Lyon, se faisant photographier avec complaisance. La gauche dénonce-t-elle la chute libre du pouvoir d'achat des travailleur, il dîne chez un Français moyen. Le 14 juillet, il arpente la capitale à pied, s'arrêtant pour causer au coin des rues. Ses ministres ont pour consigne de se montrer aussi souvent qu'ils le peuvent et de visiter, à l'improviste, les administrations qu'ils dirigent.

On comprend alors que, pour résoudre le handicap de l'île de Beauté, il y délègue un grand commis rompu à cette manière de faire.

En Corse, pourtant, la démarche paraît suspecte. Vexés d'apprendre que les autonomistes ont eu les honneurs de Rungis avant eux, les élus s’empressent de « savonner la planche». Députés et sénateurs laissent entendre à Paris que l'attitude est grossière, que l'on devra y mettre plus de formes si l'on tient à leur collaboration.

Et puis, comment se fait-il que le préfet perde ainsi sa suprématie sur la région? Libert Bou serait-il donc plus qu'un simple chef de mission? De son côté, la base du mouvement contestataire critique ses leaders pour s'être empressé de jouer les interlocuteurs valables et privilégiés. « Maintenant qu'ils sont pris au sérieux, certains sautent à pieds joints dans le piège », font remarquer les jeunes qui ne comprennent pas l'attitude de leurs aînés. Le 24 janvier 1975, les clandestins du FPCL (Fronte paesanu di liberazione di a Corsica) commettent un attentat. L'avertissement est clair : « Désormais, nous ne pardonnons plus. » Le lendemain, Libert Bon est à pied d'œuvre.

LA SÉDUCTION

Mais pas question de s'installer à Ajaccio et attendre que l'on vienne à lui, comme le préfet le propose. Notre homme, au contraire, en ex-rugbyman qu'il est, va « au contact ». Trois mois durant, il sillonne les mauvaises routes de l'intérieur et du littoral, s'arrête partout, discute, interroge. S'il rend quelques visites aux élus, il leur préfère la population et les responsables socio-professionnels. Au demeurant, ceux-ci acceptent volontiers de le rencontrer y compris Émile Belgodère, le président du syndicat agricole MODEF (3). Pour lui, c'est la première entrevue officielle avec un représentant de l'Etat.

A Calvi, Libert Bou conseille de s'opposer aux promoteurs et d'interdire toute construction sur le site de la Revellata. Il se prononce, au contraire, pour son ouverture au public. A Pigna, petit village de Balagne, bastion des artisans de la Corsicada de Tony Casalonga, il partage « u spuntinu » (le casse-roûte) avec ce dernier et ses amis. Ceux-ci lui soumettent un plan qui leur tient à cour.

« Nous voulons traiter ici la laine de nos moutons et pour cela installer une filature de dimension modeste. En aurons-nous les moyens? » Le grand aménageur réfléchit. « La société Roquefort cède une laiterie inutilisée à Ponte Leccia. Cela vous irait-il? » - « Assurément, mais un apiculteur est sur le coup. L'affaire est en passe d'être réalisée. » - « N'ayez aucune inquiétude. Vous aurez la priorité. » Malheureusement, l'apiculteur réussit à acheter les bâtiments.

Libert Bou ne se laisse pas décourager. Au contraire, il ne cesse de promettre davantage. Des broutilles peut-être, comparées au but de son intervention, mais qui satisfont maires et conseillers généraux soucieux de profiter de l'aubaine. « Un stade pour Cervione? C'est acquis, vous l'aurez » « La rénovation du tout-à-l'égout à Corte? D'accord, je m'en occupe. »

Peut-être en fait-il trop... « Si vous avez besoin d'une voiture, dit-on à la cantonade, allez donc la lui demander! » Certains élus ne démordent pas. Cet envoyé spécial néglige un peu trop les règles du clan et ne se méfie pas assez des autonomistes. Pire, il les crédibilise. « Vous savez, lui dit un jour Pierre Pasquini, maire UDR de l'Ile-Rousse, je puis moi aussi bénéficier d'une belle influence auprès des ministères! » Libert Bou ne daigne pas répondre. Il a seulement conscience d'être sur la bonne voie de l'ouverture si les clans s'agitent ainsi.

A la longue, pourtant, le scepticisme s'empare des plus combatifs du mouvement autonomiste. « Comment donc tous ces hommes, qui, hier, critiquaient le schéma d'aménagement régional de 1971, ne s'aperçoivent-ils pas qu'ils participent, aujourd'hui, à sa remise à jour? » explique Vincent Stagnara, un des ex-examinateur du PPCA (Parti du peuple corse pour l'autonomie) qui estime que « le pouvoir central veut détendre l'atmosphère en accordant à la classe moyenne une partie de ce qu'elle exige ».

Mais c'est compter sans la base, en particulier la jeunesse. « De tout temps, explique un autonomiste socialiste, le colonialisme a fait de l'aménagement du territoire la solution miracle aux problèmes politiques. Il y a, dans la mission Libert Bou, un côté récupérateur et dangereux, dont il est urgent de prendre conscience ». Plus virulents encore, ceux de la « Consulta di studienti corsi » (CSC), groupe étudiant à majorité ARC implanté à Nice, refusent de « se prêter à la manœuvre ». Dans leur journal, U Ribombu (L'écho), ils interpellent le chargé de mission : « Monsieur Bou, nous ne croyons pas en vous. Le problème corse reste un problème de rapports de force que nous ne résoudrons que par un affrontement. »

« MÊME 200 000 AUTONOMISTES... »

Le 17 avril, à Bastia, la Jeune Chambre Économique organise un dîner-débat à l'intention de Libert Bou. Lorsqu'il prend place dans la salle du restaurant « La Taverne », celui-ci sait très bien ce que représente l'association des JCE sur l'île. Son président n'est autre que José Stromboni, incarcéré en 1974 alors qu'on l'accusait, à tort, d'être le chef des plastiqueurs. Contrairement à la majorité des JCE du continent, celles de Corse regroupent bon nombre de contestataires, dont certains sympathisants des thèses autonomistes. Il sait que ces derniers seront là, en force. Nerveux, fatigué par une journée marathon dans la région de la Castagniccia, il affronte de suite les questions.
- « Monsieur Bou, l'interpelle quelqu'un, vous promettez beaucoup, mais où sont les crédits pour assurer toutes ces belles réalisations? »
- « Ils existent, mais il faut attendre les décisions du ministère des Finances. »
- « Vous vous faites le champion de la concertation, mais croyez-vous vraiment qu'il y ait encore quelque chose à espérer de certains de nos élus ? »
- « Les élus sont pour moi une planche pourrie. Ce n'est pas celle-là qu'il faut choisir pour traverser un fleuve. » Chacun alors se remémore une anecdote connue depuis quelques jours. Libert Bou, rencontrant le député Rocca-Serra à Propriano, lui aurait confié :« Faire parler les gens, voilà ce qui est nécessaire, ensuite on décide et l'on agit comme on veut! »

- « Êtes-vous bien certain, Monsieur Bou, de ne pas détenir, avec le développement prévu de la Corse, une solution idéale pour le maintien en activité des entreprises que vous avez créé pour réaliser Rungis ? », lance un convive.

L'âpreté des débats le surprend. Depuis quelque temps, il doute de pouvoir atteindre son but sans encombre. Le climat social s'est alourdi au début du mois avec les manifestations des transporteurs, et les nuages de la contestation s'amoncellent au-dessus de la mission interministérielle. Les autonomistes euxmêmes commencent à se méfier.

« Pourtant, dira-t-il plus tard, s'ils m'ont regardé au début comme une sorte de délégué colonialiste, ils ont vite compris la vraie nature de cette mission et ont accepté le dialogue. » Sait-il qu'il vit ce soir le grand tournant, la fin des illusions ? Les craquements, dans le milieu autonomiste, se font chaque jour plus bruyants. Pour tenter de rassurer ses troupes, Max Simeoni a envoyé, fin février, une lettre à chaque délégué étranger auprès de l'ONU pour l'informer de la « situation réelle en Corse », en prévision d'une évolution inévitablement plus radicale, « si Paris ne fait pas droit aux légitimes revendications des Corses ». Plus même, dans leur hebdomadaire Arritti (du 21 mars 1975), les autonomistes dénoncent la « conjoncture Bou-Ponia-Giscard » : « La matraque et la diplomatie, y lit-on, ont pour point commun de rejeter la solution institutionnelle autonomiste.

Chacun peut se rendre compte que pour exceptionnelle qu'elle puisse être, ne touchant en aucune façon au système centraliste, la mission Bou ne peut aboutir à aucun résultat positif pour le peuple corse. » Mais les frères Simeoni n'en ont pas moins poursuivi leurs rencontres avec le chef de la mission interministérielle.

Au détour d'un repas, il a abordé avec eux le problème de la violence, pour tenter de les gagner contre les clandestins. « Je suis conscient que la violence n'est pas de votre fait, leur a-t-il assuré, mais vous comprendrez qu'elle me porte tort. » Aujourd'hui, Edmond Simeoni reconnaît : « Nous avions adopté la tactique de le suivre, pour mieux le désamorcer le jour venu. » Jeu dangereux qui ne manque pas de leur attirer des critiques de la part de leurs militants. La cage d'escalier qui mène au local de l'ARC s'orne d'un slogan, peint à la bombe: « Edmond, choisis, la canne à pêche ou le fusil! » Il faut donc réagir, avant qu'il ne soit trop tard. Le leader autonomiste a décidé de le faire ce 17 avril 1975. Ii accroche Libert Bou sur le problème du préalable politique qu'il a toujours refusé de prendre en considération. Il ne mâche pas ses mots, ses amis eux-mêmes en sont surpris.

- « Même si la Corse comptait deux cent mille autonomistes, lui répond Bou, cela ne ferait pas changer la Constitution! » Dans la salle; c'est un tollé général.

José Stromboni surenchérit : « Nous avons suivi avec attention vos déplacements, vos contacts, vos déclarations. Nous pouvons affirmer sans prétention que nous y avons vu apparaître les faiblesses de l'analyse. Nous sommes surpris que beaucoup de vos interlocuteurs aient interprété vos propos comme un langage nouveau. Comment ne pas prédire, d'ores et déjà, l'échec de votre mission?

La situation actuelle de la Corse découle des dix dernières années de politique coloniale qu'elle a subie. Il ne faut tromper personne : la situation, d'économique est devenue politique. Ce n'est pas un pseudo « plan de Constantine » qui y changera quelque chose. »

- « Oui, vous allez à l'échec », ponctue une partie de l'assistance. Un de ses adjoints, Théo Bald, s'interpose.
- « Arrêtez, arrêtez, vous l'enfoncez. »

Mais d'autres questions arrivent, auxquelles Libert Bou ne parvient plus à répondre. Livide, il quitte « la Taverne », laissant là ses adversaires, disant simplement: « J'ai besoin d'un peu d'air. »




RIEN QUE LA CHARTE

Le rêve d'une séduction possible serait-il anéanti? Sur le terrain, quatre groupes de travail rédigent les grandes options de la future charte. A Corte, un « directoire », constitué essentiellement d'autonomistes, étudie le dossier « Formation des hommes et mise en place d'un institut méditerranéen technique » : l'université corse nouvelle version. A Ajaccio, on réfléchit sur la possibilité de « créer un tourisme générateur d'emplois » et Guillaume Leca, syndicaliste hôtelier responsable du PPCA, est du nombre. A Sartène, une équipe met sur pied le « plan de développement industriel ».

Plusieurs responsables des mouvements revendicatifs s'associent aux travaux. D'autres, au contraire,
s'étonnent de ce qui leur est proposé. Yves le Bomin, par exemple, président des PME.

Il rencontre en mars, à deux reprises, Libert Bou. Ils en viennent à évoquer les nécessités d'une cimenterie insulaire. « Peut-être avez-vous raison, concède le haut fonctionnaire, mais il serait souhaitable que Lafarge (les Ciments) y soit associé ». « Serait-ce donc cela l'indépendance économique de la Corse ? » questionne José Stromboni présent.

A Bastia, l'équipe qui comprend François de Casabianca et Tony Casalonga - membres du Parti socialiste et de l'association « A rustaghja » pour la renaissance de la Castagniccia - travaille également sur les questions de « rénovation rurale en Corse intérieure ». Un lourd dossier, oublié jusqu'à ce jour par la SOMIVAC malgré les ordres qu'avait donnés, en 1974, le premier ministre Pierre Messmer. Le projet formulé intéresse 20 000 hectares et 300 exploitations. Y figure le développement de l'élevage, de l'artisanat de service et d'art, du tourisme en gîtes ruraux, camping à la ferme et chambres d'hôtes. L'industrialisation à grande échelle y est refusée au profit d'un artisanat de transformation allié aux productions agricoles locales (châtaignes, olives, miel et produits laitiers) (8). Au total, quelques grandes idées dont il reste à fixer les modalités d'application. A moins que les élus, qui sont appelés à se prononcer, ne rejettent en bloc le résultat de ces travaux.

Le 16 juin 1975, devant le Comité économique et social et le Conseil régional réunis, Libert Bou présente sa « charte» (70 feuilles dactylographiées sous une couverture bleue) au palais Lantivy d'Ajaccio. Dans l'hémicycle trop petit on se serre sur les bancs. Au premier rang, les chefs de clans. L'importance de la journée n'échappe à personne, mais visiblement les élus font grise mine. Le document qu'ils ont entre les mains a été élaboré sans que fût demandé leur avis; pire encore, on y sent l'influence de la contestation. Ne trouve-t-on pas dans le préambule le mot clé de « peuple corse » si cher aux autonomistes?

Ce texte révèle une excellente interprétation du problème; l'analyse de la situation ne manque pas de finesse. En filigrane, il avance des propositions hardies. « Il s'agit, y est-il écrit, de faire définir par les Corses eux-mêmes une politique du développement économique permettant de concilier les exigences du présent avec les valeurs fondamentales du passé... En Corse, cette crise de croissance se traduit par des déséquilibres graves, générateurs de tensions sociales, économiques et politiques contradictoires.

Il conviendra d'y remédier en orientant le développement économique dans un sens plus conforme aux besoins de l'île, de sa population et surtout de sa jeunesse ». Libert Bou tente de ménager les susceptibilités. « Cette charte, dit-il, doit être la vôtre, il ne s'agit pas pour vous de l'accepter en bloc, mais de l'amender, la modifier et, le cas échéant, la compléter. Ensuite, je me fais fort de la faire accepter par le gouvernement. » Ces paroles conciliatrices ne réchauffent pas l'atmosphère. On se quitte sans débat; après avoir pris rendez-vous, avec le Comité économique et social (C.E.S.) pour le 24 juin suivant, avec le Conseil Régional pour le 4 juillet.

La journée du 24 juin sera plus intéressante. Le Comité économique et social - qui regroupe les représentants des organisations professionnelles, des Chambres de Commerce et des organismes sociaux - dissèque longuement le texte et l'enrichit de nombreuses données. Le rapport de synthèse, préparé par le journaliste Paul Silvani (10), marque sans doute l'apogée de la « charte de développement » de l'île. Paul Silvani, journaliste au Provençal Corse, et correspondant du Monde en Corse, connaît bien son île, ses points forts, ses points faibles; il sait aussi que la situation présente réclame des solutions audacieuses. Son rapport, qui sonne comme un cri d'alarme, est un cri d'espoir.

La charte, complétée par le C.E.S., se déclare en faveur d'un tourisme qui sauvegarde les sites et l'identité culturelle, et qui favorise la promotion des initiatives locales. Le rapport met l'accent sur la maîtrise foncière et sur l'aide à l'hôtellerie familiale. La rénovation rurale et le développement de l'intérieur de l'île font aussi l'objet de propositions précises. Il invite encore à la création d'une école hôtelière. En ce qui concerne le secteur industriel, la charte préconise la création d'entreprises diversifiées, de petites unités non polluantes. Enfin, elle pose le problème de la corsisation des emplois et retour prioritaires des Corses du continent.

Libert Bou y fera référence au lendemain d'Aléria : « Je dois souligner, expliquera-t-il dans une interview à Kyrn, que le Comité économique et social avait mis un préambule politique à la charte, un préambule qu'il faudrait relire maintenant. » Que dit Paul Silvani? Que les conséquences du malaise corse « peuvent être irréductibles, du seul point de vue de la paix civile, si le pouvoir ne se résout pas à parler de problèmes politiques.

La charte, poursuit-il ne saurait en aucun cas constituer une fin en soi. Si l'on désire qu'elle atteigne ses objectifs, il importe absolument de mettre en place des institutions nouvelles et originales par l'élection du Conseil Régional au suffrage universel et à la proportionnelle... et de mettre un terme à la pratique institutionnalisée de la fraude électorale. Ce qui vient d'être dit doit avoir pour le gouvernement la valeur d'une solennelle mise en garde».

Libert Bou dans sa réponse esquive le problème. Il n'est pas là pour ça. Quant au Conseil Régional, le 4 juillet, il ne tiendra pas compte de l'avertissement de Paul Silvani. Pas question de parler politique. Il supprimera même les mots qui le gênent, comme « peuple corse ». A l'issue de leur réunion, les conseillers régionaux votent un texte édulcoré, banalisé à l'extrême. Les quelques propositions économiques intéressantes émises par le C.E.S. sont balayées. A leur manière, les clans ont ainsi pris leur revanche.

Huit jours après, le conseil des ministres et le Comité interministériel d'aménagement du territoire avalisent la charte de développement de la Corse. La « charte», ? Le mot semble trop solennel à Jacques Chirac, alors premier ministre. Il rebaptise le texte « programme ». 25 millions sont débloqués immédiatement, à titre exceptionnel, pour permettre d'engager les onze opérations d'aménagement retenues.

Le Conseil Régional a inscrit en priorité l'université, un plan de rénovation rurale, l'aménagement urbain et suburbain d'Ajaccio, de Bastia et de Bonifacio; l'aménagement touristique, industriel et hydraulique... Enfin, le gouvernement annonce son intention de consacrer, en 5 ans, 250 millions de francs au développement de « l'île de Beauté ». A regarder de plus près les différentes opérations prévues, les Corses découvrent, avec stupeur, que « leur » charte n'est en fait qu'une version quelque peu remaniée du schéma d'aménagement de l'île, refusé en 1971 par les autonomistes.

Les réformes à tout va, à la manière Giscard ont déjà fait leur temps. Le pouvoir a si peu apprécié les méthodes de son envoyé spécial qu'il décide, tout simplement, de le mettre à la retraite. Le 5 février 1976, et par un décret ministériel, il est mis fin aux fonctions de Libert Bou.

Deux mois avant, Libert Bou avait lancé une dernière fois, à l'adresse du gouvernement, un avertissement désespéré : « Il faut appliquer la charte, rien que la charte, mais toute la charte! » Le nouveau préfet de la Corse, Jean-Étienne Riolacci - qui, dit-on, n'accepta sa nomination dans l'île qu'à la condition que Libert Bou soit écarté - répondra à cet appel lors de l'ouverture de la session des assemblées générales, le 3 février 1976. « La charte, dit-il, est une base sur laquelle on s'appuie ou un horizon vers lequel on tend. Il ne faudrait point en faire une Bible... Bref, ce serait pécher contre l'esprit de s'en tenir au slogan de la charte, toute la charte, rien que la charte. » La cause est entendue.

Lettre de Libert Bou, chargé de mission du gouvernement à Jean Mannarini, dirigeant de l’Action pour la Renaissance de la Corse (ARC)



RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté . Égalité . Fraternité

Mission Interministérielle
pour l'Aménagement et l'Équipement
de la Corse

Décret du 7 février 1975 N 75-81

LE PRÉSIDENT DE LA MISSION
Délégué au Développement Économique
de la Corse
LB/LG- CAB. N° 75/ 98
Paris, le 1 8 JUIN 1975

Monsieur MANARINI
Directeur Général des Ets. MATTEI
Route du Cap Toga
20200-BASTIA

Cher Monsieur,

Par ses divers communiqués, l'ARC continue à me prêter le propos suivant : "M. BOU a affirmé, "lors d'une réunion de la JCE de BASTIA, que 200 000 Corses " autonomistes ne pourront jamais faire modifier la Constitution" Cette affirmation qui est séparée de son contexte lui donne une allure de défit ou de provocation qui ne traduit absolument pas le fond de ma pensée.

Le mouvement autonomiste est un mouvement légal et je respecte ses opinions. J'ai pris des contacts avec lui parce que je considère que nos échanges de vues sur le plan économique pourraient être utiles à la Corse.

Sur le plan politique, je n'ai exprimé qu'un point de vue strictement personnel, à savoir que je doutais de la possibilité d'obtenir pour une petite fraction des 52 millions de français une modification de la Constitution, car cela poserait d'autres modifications du même genre, en faveur d'autres collectivités régionales et mettrait en jeu l'unité même de la République française.

Par contre j'ai beaucoup insisté sur les possibilités qu'offraient les textes sur la régionalisation dans le cadre de la Constitution actuelle. Possibilités qui n'avaient pas été exploitées à fond pour résoudre le problème Corse sur le plan politique..

Pourriez-vous contribuer à rétablir la vérité de mes propos parmi vos amis. Je vous laisse le soin de choisir le moyen qui vous conviendra pour effectuer la mise au point nécessaire.

Je vous en remercie à l'avance et vous prie de croire à mes sentiments les plus cordiaux.


Libert Bou

Le préambule de la Charte de développement économique de Libert Bou


« De toutes les régions françaises, la Corse, à cause de son insularité, est celle qui présente l'unité géographique naturelle la plus évidente. Elle est la seule qui n'ait jamais subi de modification territoriale due i l'action des hommes.

À cause de son caractère montagneux et de l'extrême cloisonnement de ses vallées transversales, elle offre, en outre, le spectacle d'une extrême division géographique en micro-régions fortement individualisées.

Cette contradiction fondamentale n'a pas manqué d'agir, à la fois sur l'histoire du peuple corse qui a su garder son originalité, sa culture et, sa langue, et sur son développement économique générateur de déséquilibres graves et de situations contrastées.

Unité et division extrêmes, tel est le paradoxe fondamental qui fait qu'en Corse rien n'est simple et que toute décision des Pouvoirs publics en vue de résoudre ce que, de tout temps, on a appelé le « problème corse » doit, pour n'être pas contestée, tenir compte de cette contradiction et s'inscrire dans une politique traduisant les aspirations profondes de l'île.

Il ne s'agit donc pas aujourd'hui d'adopter un plan technocratique élaboré dans l'abstrait ou un nouveau schéma d'aménagement, il s'agit de faire définir par les Corses eux-mêmes une politique du développement économique permettant de concilier les exigences du présent avec les valeurs fondamentales du passé.

Concevoir le développement économique pour l'homme, au lieu de soumettre l'homme à ce développement, telle est, par ailleurs, la leçon que les hommes politiques et les économistes tirent de la crise de croissance qui affecte aujourd'hui le monde occidental dont la Corse fait partie.
En Corse, cette crise de croissance se traduit par des déséquilibres graves, générateurs de tensions sociales, économiques et politiques contradictoires. Il conviendrait d'y remédier en orientant le développement économique dans un sens plus conforme aux besoins de l'île, de sa population, et surtout de sa jeunesse.
Or, les jeunes Corses, qui autrefois s'expatriaient volontiers, veulent désormais gagner leur vie en Corse même, sans renoncer pour autant à vivre une vie de qualité dans une île dont les beautés naturelles ont été miraculeusement sauvegardées par leurs habitants en face d'un monde saccagé par l'urbanisme à outrance et la pollution.
La mise en valeur du pays doit donc être conduite avec le souci majeur de sauvegarder son originalité et de permettre aux jeunes Corses de trouver, sur place, des emplois nouveaux correspondant à leurs aspirations, là leurs qualités d'intelligence ou d'habileté manuelle et à leur culture. À cet égard, la recherche de la qualité doit être pour la Corse une donnée politique fondamentale.
Cette recherche systématique conduira à bannir les productions et les activités de masse pour tirer le meilleur parti possible de la diversité
des terrains et sauvegarder ainsi les richesses naturelles de l'île.

Extraits du rapport politique d'Edmond Simeoni au congrès de l'ARC, le 17 août 1975 à Corte.


Au cours de son discours très radical où il devait citer Che Guevara, le leader autonomiste avait posé à l'assistance cette série de questions qui démontre soit que le problème corse n’a pas évolué soit que les nationalistes n’ont pas évolué.

Edmond Simeoni y cite la phrase de Libert Bou prise au contraire de sa signification et y justifie la violence clandestine.


1 - Y a-t-il un peuple corse?

2 - Ce peuple corse a-t-il droit à la vie?

3 - La Corse est-elle une colonie?

4 - La Corse doit-elle être décolonisée ?

5 - Faut-il créer des milliers d'emplois pour les jeunes Corses?

6 - Faut-il corsiser à 80 % la fonction publique et parapublique,
le secteur bancaire?

7 - Faut-il créer les conditions objectives du retour de nombreux
exilés?

8- Faut-il donner à notre langue et notre culture tous les moyens techniques de leur sauvetage et de leur promotion?

9 - Faut-il revendiquer un bilinguisme intégral, tant à l'école que dans les actes de la vie administrative?

10- Faut-il désaliéner Casabianda? Et rendre ses terres à la vocation communautaire de nos jeunes ruraux?

11 - Faut-il chasser les colons escrocs? Et rendre leurs terres à la vocation communautaire de nos jeunes ruraux?

12- Faut-il chasser les promoteurs rapaces? Et rendre leurs terres à la vocation communautaire de nos jeunes attirés par le tourisme?

13 - Faut-il éviter à tout prix les affrontements entre Corses?

14 - Faut-il oublier nos divisions pour une urgente et nécessaire unité
de combat?

15 - Devons-nous proscrire le racisme odieux, inutile, déshonorant?

16 - Le peuple corse sous peu minoritaire chez lui, est-il en danger de mort?

17 - Le peuple corse privé de tous ses biens est-il en légitime défense?

18- L'A.R.C. doit-il baisser les bras ou doit-il se battre pour un statut d'autonomie interne?

19- Pouvons-nous utiliser, de façon responsable, réfléchie, déterminée, tous les moyens qu'implique cette légitime défense?

20- Et, question de confiance, capitale,
- ÊTES-VOUS prêts à assumer la lutte dure, inégale à nos côtés?
- ÊTES-VOUS prêts à nous soutenir financièrement?
- ÊTES-VOUS prêts à nous donner les moyens d'une meilleure information?
- ÊTES-VOUS prêts à déclencher des grèves et des manifestations de soutien si l'on nous emprisonne?
- ÊTES-VOUS prêts à continuer une lutte sans merci si l'on nous tue?

La clarté, la vigueur, l'ampleur, la foi de vos réponses ne sont pas une surprise pour nous, car nous n'avons jamais douté. Aujourd'hui nous pouvons dire, sans grandiloquence inutile, que nous avons pris rendez-vous avec l'Histoire, que les lampions de la fête s'éteignent et que l'on peut envisager sereinement la continuation des luttes.

I - Les buts de notre lutte.

Un statut d'autonomie interne avec la reconnaissance juridique du peuple corse. C'est la revendication de base globale non séparatiste.
Des objectifs prioritaires à court terme, par ordre chronologique et
de préférence:
- Création de 3 000 emplois à cent pour cent corses;
- Corsisation à 80 % des emplois existants;
- Charte de retour des exilés;
- Promotion de la langue et de la culture corses, bilinguisme;
- Récupération des terres agricoles et touristiques;
- Récupération du domaine de Casablanca.
Ces premières mesures sont 'ossature palpable de notre revendication globale.

2 - La stratégie:

Nous allons nous battre à visage découvert.
Une telle lutte ne supporte pas l'improvisation, l'irresponsabilité, elle implique une mobilisation nécessairement lente de tous nos moyens, de toutes nos énergies; elle implique une concertation large avec toutes les forces syndicales, socio-professionnelles, culturelles, économiques et naturellement les autres forces autonomistes.
- L'État et son régime;
- Non la France;
- Non le peuple français;
- Le colonialisme sous toutes ses formes.

4 - Les moyens:

Tous ceux dont dispose notre peuple et ceux qu'il saura créer par la lutte.


En conclusion:

Notre stratégie, nos objectifs sont clairs; notre foi sublimée par l'importance de l'enjeu est inébranlable; désormais notre lutte ne se contentera plus de promesses ou de demi-mesures. Avant d'en terminer, je veux effectuer:

1 - Une solennelle mise en garde à l'État colonialiste qui a créé de
toutes pièces la situation actuelle et qui doit la dénouer conformément
aux intérêts de notre peuple.
- Une solennelle mise en garde aux provocateurs de tous ordres,
quelles que puissent être leurs motivations. Pas de cadeaux,
- Une solennelle mise en garde aux colonisateurs qui ont désormais
mangé. leur pain blanc, et à leurs hommes de paille, corses et non corses.

2 - Je veux effectuer un appel aux chefs de clans et à leurs partisans qui ne doivent voir dans nos actions aucune menace physique contre leurs biens ou contre leurs personnes. Toute autre interprétation serait volontairement erronée et porterait en elle le germe des affrontements fratricides, inutiles et enfin, profitables aux véritables ennemis de la Corse.
- Je veux effectuer un appel à nos frères corses qui sont par nécessité dans les forces de répression et qui peuvent dans certaines circonstances particulières refuser de tuer leurs frères ou de mourir des mains de ceux-ci.

3 - Je veux effectuer un appel solennel et respectueux au président: de la République dont l'intelligence doit lui permettre d'appréhender la réalité et la nature politique du problème corse, réalité et nature qui lui sont masquées par trop de conseillers intéressés.., ou mal informés.
La dissolution intempestive et inutile de l’A.R.C. n'aurait d'autres résultats que de précipiter des milliers de militants, parfaitement connus et luttant légalement, dans une clandestinité féroce, tragique, inutile.

À Libert bu, qui a parfaitement compris la nature politique du problème comme il l'a dit à plusieurs reprises, mais qui n'a pas les moyens de le résoudre, à Libert Bou qui a dit publiquement à un repas de la jeune chambre économique de Bastia: « Même 200 000 Corses autonomistes ne sauraient faire modifier la constitution », fermant ainsi la porte à la voie légale, nous répondrons par la phrase d'un révolutionnaire sud-américain célèbre : « Un révolutionnaire ou il gagne, ou il meurt ».


Quelques jours plus tard éclatait le drame d’Aleria.

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