Lethier, Dédé la Sardine, Holzer... et les autres
20 milliards de francs…, dont 3,5 milliards de subventions publiques. C'est le côut que représenta, le rachat par Elf, de la raffinerie Leuna en ex RDA. Presque 300 millions de francs ont servi à ce qu'on appelle pudiquement le " lobbying ". En fait, à acheter et corrompre. Les deux bénéficiaires de ces 300 millions, l'Allemand Holzer et surtout le Français Lethier, ont toujours démenti avoir reversé de l'argent. Les documents et auditions en possession de L'investigateur et qui émanent de la Justice suisse et française, prouvent le contraire. Et les juges, à Genève et à Paris, se sont forgé une certitude au fil des années d'enquête : de l'argent a été redistribué sous forme de pots-de-vin, en Allemagne et en France et ce sont les services secrets français, via la DGSE et Pierre Lethier, qui ont réparti les fonds.

Le 4 juin 1992, Pierre Lethier, 47 ans, est à l'origine de la constitution " par ordre personnel donné à la société bancaire d'administration et privée " Verwaltungs- und Privatbank Vaduz " au Liechtenstein, d'une société dénommée " Stand By Establishment Vaduz " et enregistrée sous le numéro 259.104. Le juge d'instruction genevois Paul Perraudin qui enquête dans l'affaire des centaines de millions d'Elf disparus entre autres via la Suisse et qui s'intéresse en particulier à l'ancien agent secret français qui réside e.a.comme lui à Genève, constate par écrit et en annotation : " société constituée à la demande de Pierre Lethier, pouvoir en faveur de Strub, Lethier et Holzer ".

C'est que le juge Péraudin, petit homme qui ne paye pas de mine, mais qui, tel une fourmi infatigable, n'a eu cesse de remonter à coups de demandes d'aide ou d'entraide, de perquisitions et de commissions rogatoires internationales, les circuits de l'argent suspect d'Elf, est arrivé au bout d'une liste exhaustive, appelée " la tapisserie " dans le langage des initiés et dont L'investigateur est parmi les premiers à avoir été en possession en été 2001. " Ce n'est qu'ainsi que je réussirai à comprendre le flux de l'argent d'Elf et surtout, les différents chemins qu'il a pris ", nous confia le juge dans son bureau. Et Péraudin a compris.

Le 2 septembre 1991, le Corse André Guelfi, encore appelé " Dédé la Sardine " et sa société Nobelpac Vaduz au Liechtenstein passent un étrange marché avec Sofax, la banque logée à l'adresse d'Elf, dans la Tour de la Défense, une banque qu'on retrouvera d'ailleurs en mars 2001 sur la liste des comptes non publiés de la coopérative bancaire de clearing " Clearstream ". Cet accord aboutit au virement, la veille de Noël 1992, de la coquette somme de 256 millions de francs sur le compte numéro 39.370 ouvert le même jour ( !) de la société de Guelfi. 36 millions iront dans la minute sur les comptes de la société " Showfast Ltd Londres " du Crédit Suisse de Genève " en faveur de Pierre Lethier ", comme le relève Perraudin. Egalement au même moment, 220 millions de francs atterriront sur le fameux compte de la société évoquée plus haut, la " Stand By Establishment Vaduz ", constituée sept mois plus tôt par… Pierre Lethier.

Deux virements successifs, le premier d'un montant de 55,5 millions en date du 4 février 1993 et le second de 4,25 millions en date du 6 avril 1993, atterriront directement sur un compte " en faveur de Pierre Lethier " à Vaduz. Le reste de l'argent du lobbying rejoindra les comptes de diverses sociétés et instituts bancaires, en étroite relation avec l'autre agent secret de l'affaire Elf, Dieter Holzer ou encore l'Irakien Nadhmi Auchi via sa banque Paribas, sous mandat dans l'affaire Elf-Ertoil . Et l'argent qui a officiellement et selon les dépositions et de Lethier et de Holzer, constitué leur rémunération personnelle pour activités de lobbying dans l'intérêt d'Elf et qui n'aurait donc par conséquent jamais été redistribué, s'engouffre dans un tableau dressé personnellement par le juge Perraudin et recensant plusieurs centaines d'adresses et de comptes bancaires, de sociétés et de fiduciaires intermédiaires. Une construction à y perdre son latin !

Or, comme le révèlent les documents secrets de la Justice genevoise en possession de L'investigateur, le juge Perraudin et le Procureur Bertossa n'ont pas perdu leur latin ! Dans un document daté au 14 septembre 2000, le juge Péraudin constate en page 6 : " vu la non transparence du flux de l'argent, il s'impose de conclure que la totalité ou une partie des FRF 256 000 000 ont été versés à des tiers, des décideurs publics, des personnes disposant de l'autorité d'état, des élus et d'autres intermédiaires. " Et en page 13 de la même note, Péraudin accuse : " Des personnes physiques et juridiques ont bénéficié sous le nom de code " Observatoire est-allemand " des sommes d'argent déterminées. D'autres personnes, de nationalité française, ont également reçu sous le même nom de code d'importantes sommes d'argent. "

Les magistrats genevois -et ils sont rejoints en cela par leurs homologues français- n'accordent donc aucun crédit aux dénégations de Pierre Lethier affirmant mordicus que les fameux 292 millions de francs constituent tout simplement la rémunération personnelle des deux lobbyistes Lethier et Holzer. Pour Péraudin et également Van Ruymbeck et Joly, Lethier a dit une seule fois la vérité ; c'est quand il affirma l'an passé que " l'argent est revenu en France ".C'est son avocat, maître Strub (qu'on retrouve dans la création de " Stand By ") qui fait d'ailleurs état de ce retour d'argent en octobre 2 000, dans une interview au "Herald Tribune " : " j'ai accueilli le 7 mai 1992 dans mon bureau une réunion entre Lethier, Holzer et un dirigeant d'Elf, Hubert Leblanc Bellevaux. Ce dernier m'a remis un contrat établissant les commissions à verser ".

L'agent secret s'est évaporé, le restaurateur de Sirven à Genêve aussi

" M. Lethier Pierre, Roger, MARCEL, Mandat d'Arrêt : 28/09/00, ne le 21/03/55 à Gray (70) de Marcel et Monique Cuenet, demeurant 79, chemin de Ruth 1223 Cologny-Genève, en Suisse. " La fiche de signalisation envoyée aux autorités judiciaires internationales et concernant Pierre Lethier est laconique et la belle villa avec vue plongeante sur le lac Léman a été désertée depuis longtemps par l'ancien colonel des services secrets français. Une gardienne vigilante et agressive éloigne les visiteurs trop curieux du portail d'entrée. " Monsieur Léthier n'est pas là et je ne sais pas quand il revient " nous crie-t-elle !

Pierre Lethier s'est en effet évaporé et avec lui, les explications dont le pôle financier parisien composé des juges Van Ruymbeck, Joly et Vichnievsky, aurait tant besoin pour savoir qui a touché quoi dans l'affaire Elf. Car si Alfred Sirven est certainement celui qui saura dire pour quelle raison et dans quelle direction politique et personnelle tant d'argent a été investi dans le lobbying, Lethier et son collègue allemand Holzer connaissent seuls les bénéficiaires précis de presque 300 millions de francs dont surtout Lethier a mis en place dès 1992 un système compliqué et non transparent de répartition, comme en témoignent les tableaux secrets de la Justice genevoise.

A " l'Auberge d'Onex ", superbe restaurant gastronomique en banlieue genevoise, le patron, Valentino Rusconi, se rappelle des réceptions et repas opulents d'Alfred Sirven en compagnie de ses amis français et allemands pour discuter affaires. Il nous fixe rendez-vous pour après le service afin de nous décrire plus en détail ces personnages qui entouraient Sirven et Léthier. Quand nous revenons, il n'est plus là. " Il est parti en vacances ", explique son maître d'hôtel. " Nous ne savons pas quand il revient. "

A l'hôtel " Le Richemond ", en plein centre de Genève, M., un réceptionniste, accepte de nous parler malgré la formelle interdiction de sa direction. Il reconnaîtra sur photos, dans un bistrot, certains hommes politiques allemands ayant logé à l'hôtel et s'étant réuni avec Sirven et Léthier dans un petit salon du " Richemond ". Il nous fixe rendez-vous pour plus de détails à son adresse privée, un quatrième étage d'un immeuble de Genève. Quand nous y arrivons, la porte restera fermée. Le lendemain aussi. Et les jours suivants également.

" L'affaire Elf est un roman à clés ". La citation est de Pierre Léthier. Ce dernier a occupé de très hautes fonctions dans les services de renseignement français, notamment la DGSE où il fut chef de cabinet de trois directeurs successifs (de Marenches de 77 à 81, Marion de 81 à 83 et Imbot de 85 à 86), et porte le grade de colonel. C'est lui qui " traitait " par exemple pour la DGSE l'ex mercenaire Bob Denard. Et qui fut également " l'agent traitant " d'un certain… Alfred Sirven avant de devenir le coordinateur de l'intervention des services français dans l'opération Elf-Leuna.

Les juges français se sont posées dès le départ beaucoup de questions sur l'intervention massive des services secrets français dans cette sombre affaire Elf. Et ont constaté que depuis ses origines sous de Gaulle, les structures internes et les relations externes d'Elf, sont investis par des hommes de la DGSE. Elf devient une sorte de deuxième ministère des affaires étrangères, dont le système parallèle se fait surtout remarquer à l'époque en Afrique. Les hommes d'Elf ont évidemment beaucoup plus de marche de manœuvre que les diplomates français. Et peuvent tisser leurs réseaux comme et où ils veulent.

Pas moins de cinq gradés de la DGSE seront impliqués au nom d'Elf dans l'affaire Leuna. Hubert Leblanc Bellevaux (achat de complexes industriels), Alain Guillon (directeur du raffinage et de la distribution), Alfred Sirven, André Guelfi et… Pierre Lethier. Alain Guillon répond dans une audition du 8 juin 2000 au juge Van Ruymbeck : " cet argent spécial était à objectif multiple ". Et Guillon d'assurer le juge que l'argent de Léthier et Holzer a servi au lobbying politique. Il en sera de même dans la déposition de Jean-Claude Vauchez face à Eva Joly le 22 février 2000 et de celle d'André Tarallo le 2 août 2 000 face à Van Ruymeke

Le juge Van Ruymbeke aura d'ailleurs le privilège de recueillir, le 2 août 2000, les seules dépositions de Lethier. Ce dernier évoque dans son audition son " statut particulier d'agent secret français " et sa mission " d'infiltrer des agents français dans la toile économique mondiale ". Il échappe de peu à une mesure d'écrou à la suite de cette audition et conclut dans son livre " Agent secret " : " on ne veut rien savoir du fond de l'affaire Elf ". Lethier avait également confirmé ce jour là à Van Ruymbeck que " des pots-de-vin avaient été versés à certaines personnes en France ".

Van Ruymbeck délivrera un mandat d'arrêt international contre Léthier que les autorités suisses se refuseront d'exécuter. Le 10 octobre 2001, un proche de Léthier, Thierry Imbot, fils de l'ancien patron de la DGSE dont Lethier fut chef de cabinet et qui avait déclaré quelques semaines plus tôt avoir des révélations à faire dans le cadre de l'affaire Elf, meurt, défenestré dans son nouvel appartement à Paris. L'enquête conclut à un accident. Lethier s'évapore…


LE MYSTERE HOENER
Un richissime homme d'affaires allemand, très lié à l'ex chancelier allemand Helmut Kohl et surtout, son épouse Hannelore, qui s'est suicidée le 6 juillet 2001. Un "accident" mortel sur fond de financement occulte de la CDU, de services secrets omni présents et de relents de l'affaire Elf. Des révélations exclusives, longtemps avant son décès, sur ce personnage intrigant, dans " L'investigateur ", où Hoener se disait en danger de mort. Une mort suspecte qui n'intéresse juges et enquêteurs en coulisses. Comme s'il ne fallait pas trop en découvrir. Récit et révélations.

Au mois de mars 2001, les lecteurs de " L'investigateur " furent les seuls à pouvoir apprendre ce que la presse française, puis allemande, divulguera quatre mois plus tard : " CANNES : L'un des financiers occultes de la CDU, un certain Höner, vient d'être retrouvé mort dans sa superbe propriété cannoise. L'homme d'affaires immensément riche était réputé pour se balader avec des attaché-case remplis de billets de banque et d'alimenter par des versements officiels les comptes en banque de fondations proches de la CDU allemande, aurait fait une mauvaise chute dans l'escalier de sa maison. Or, Höhner a déjà fait l'objet de plusieurs attaques ou interventions brutales par le passé et craignait depuis l'éclatement de l'affaire ELF et de ses ramifications allemandes, pour sa vie. L'homme aurait eu certainement des choses à dire et était, selon nos informations, sur le point de parler. Plusieurs millions de marks ont atterri sur les comptes des fondations Hannelore Kohl et ZNS aux fins de rejoindre ensuite les comptes de la CDU par un savant mécanisme financier. Selon des sources généralement bien informées, Höhner aurait également été à une certaine époque l'amant de Mme Kohl. "

LE CARNET SECRET DE MONSIEUR HOENER

La mort de Diethelm Hoëner à Cannes en janvier de l'an 2001 était donc passée inaperçue et si " L'investigateur ", qui est lu dans les rédactions et dont le site internet est très visité par les confrères, n'avait lancé la nouvelle, il y a fort à parier que l'affaire serait restée enterrée à jamais. "Le Parisien" avait finalement relancé le sujet en soulignant que ce proche d'Helmut Kohl, qui connaissait bien le volet allemand de l'affaire Elf, pouvait en déranger certains. Se sentant menacé, il aurait même écrit ses craintes dans un mémorandum, raconta " Le Parisien ", qui dit d'ailleurs détenir un carnet secret accusateur de Hoener.

" L'investigateur " s'est laissé expliquer la teneur de ce carnet par le journaliste du " Parisien ", Laurent Valdigué, qui se refuse à le communiquer à la Justice ou à d'autres organes de presse.

Laurent Valdigué : C'EST UN DOSSIER ROUGE contenant dix " documents " classés confidentiels. Deux ans avant sa mort suspecte, le milliardaire allemand Diethelm Höener avait remis à des proches quelques copies de ce dossier, " au cas où il lui arriverait quelque chose ". La lecture de ce " mémorandum ", dont nous détenons un exemplaire, démontre que Diethelm Höener se sentait bel et bien en très grand danger. Motif de son inquiétude ? Le détournement d'une partie de l'aide allemande à la Russie au lendemain de la chute du mur de Berlin, et une éventuelle opération d'espionnage industriel aux Etats-Unis. Un sujet explosif. Le milliardaire allemand, proche d'Helmut Kohl, avait alerté la CIA dès 1995. " Le programme Rho ".

Le " document 1 " du mémorandum est un texte de 33 pages. Diethelm Höener y raconte les coulisses de ses activités financières. Au début des années quatre-vingt, il décide d'investir sur le marché américain. "J'entreprenais un programme d'investissement dans des compagnies de haute technologie développant des ordinateurs, de même que dans des sociétés de biotechnologies qui s'apprêtaient à développer de nouvelles thérapies. " L'homme d'affaires repère aux Etats-Unis, notamment en Californie, des petites entreprises qui débutent. Il achète ainsi des actions de Compaq, la marque d'ordinateurs, ou d'Acuson, entreprise spécialisée dans l'imagerie médicale, ou de Lotus Developpement, qui va mettre au point le logiciel Lotus. Pour son " programme ", Diethelm Höener a créé le groupe Rho Management et dissimule ses investissements derrière des " trusts " anonymes. Prudent, il limite à 35 % ses prises de participation dans les sociétés américaines " pour éviter les craintes protectionnistes d'expropriation étrangères de la technologie américaine ". Il fait fortune. Les détournements d'argent entre l'Allemagne et la Russie. " En 1990, en liaison avec la réunification allemande, et pour aider la Russie dans ses efforts de transformation, l'Allemagne a transféré 44 milliards de dollars à la Russie. " Höener , dès 1995, écrit qu'" une partie importante de ces réserves ont été volées ". " Au lieu de déposer les deutsche Mark à la banque centrale allemande, la banque centrale de Russie les a transférés en Suisse. De la Suisse, l'argent fut transféré aux îles Caïmans et a disparu ", écrit-il. Comment détient-il ces informations explosives ? Proche des milieux financiers dans l'entourage immédiat d'Helmut Kohl, ami de Karl Otto Poehl, le président de la Bundesbank, Diethelm Höener pourrait parfaitement détenir ces informations de sources " directes ". Dans son mémorandum, il cite à plusieurs reprises l'affaire " Aldrich Aimes ", du nom de cet agent de la CIA payé par Moscou via la Suisse. Il cite aussi des informations qui lui auraient été remises à l'époque par le capitaine Barril, ancien de la cellule de sécurité de l'Elysée sous François Mitterrand. Espionnage industriel à grande échelle. Que sont devenus les fonds allemands détournés de Russie ?

Dans le " document 5 " de son rapport, Diethelm Höener avance une explication : " Mon amie a été contactée par un homme qui m'était totalement inconnu et qui lui demande si j'accepterais de m'occuper de certains fonds d'investissements d'origine suisse. Les personnes derrière ces fonds étaient intéressées par des investissements en matière de biotechnologies... Ils pensaient que j'étais le plus qualifié pour cela. " Diethelm Höener s'informe de l'origine de l'argent. " Il m'a été répondu que ces fonds appartenaient en fait à un groupe d'investisseurs comprenant un ancien Premier ministre russe et s'élevaient à 100 millions de dollars. " L'homme d'affaires suppose ainsi que les détenteurs des capitaux russes envolés ont cherché à " utiliser le fil conducteur Rho " pour investir dans l'économie américaine. Selon lui, ces investissements avaient pour but secret d'effectuer " une opération d'espionnage à grande échelle ". Autrement dit, Höener soupçonnait des Russes de vouloir mettre la main sur les entreprises de pointe américaines, afin de découvrir certains procédés en matière de biotechnologie ou d'informatique. La CIA alertée. Dès 1995, Diethelm Höener alerte les services secrets américains au plus haut niveau. Via un officiel américain, membre du gouvernement Clinton, William B. Bader, il obtient rendez-vous avec le patron de la puissante CIA et commence à rédiger les notes de son " mémorandum ". Ce sont ces textes, réunis ensuite dans ce dossier rouge, qui résument toute l'opération : une affaire de milliards de dollars entre l'Allemagne, la Russie et les Etats-Unis. Le plus étonnant aujourd'hui est de constater qu'en 1999, quatre ans après les premiers écrits de Diethelm Höener , un audit du Fonds monétaire international (FMI) a confirmé l'existence de détournements d'une partie de l'aide internationale à Moscou. En tombant de l'escalier de sa villa, Diethelm Höener a-t-il été rattrapé par ses révélations ?

LES NOUVELLES REVELATIONS DE " L'INVESTIGATEUR "

Beaucoup de raisons pour qu'un homme se " suicide " ! Hoener, dans le voisinage duquel habitait à Cannes un certain Dieter Holzer, l'agent secret allemand par qui ont transité les centaines de millions de francs de l'argent de la corruption d'Elf dans l'affaire Leuna-Minol et dans la villa duquel Mme Kohl venait lui rendre visite de temps en temps, était également très lié à l'ancien chef de l'administration de la chancellerie allemande, Schmidtbauer. Des contacts très réguliers ont eu lieu entre le patron des services secrets allemands Schmidtbauer et Hoener.

Des versements de la part de Hoener ont également eu lieu :
-sur le compte privé d'Hannelore Kohl pour le montant d'un million de Deutschmark en décembre 1992
-à la centrale de la CDU via Baader aux Etats-Unis. Les montants sont considérables, mais le total versé reste imprécis.

Une note blanche des Renseignements Généraux français et en possession de " L'investigateur ", précise d'ailleurs : " une personnalité allemande proche de Schmidt-Bauer, qui réside en France, dans le Sud, et qui est un ancien conseiller financier du président de la Budesbank Pöhl, à viré un million de $ (DM ?), sur le compte personnel, privé, de Hannelore Kohl. C'était arrangé par Schmidt-Bauer. C'était arrivé avant qu'elle créée sa fondation avec William Baader, l'Américain. La personnalité allemande en question a reçu une médaille allemande, il y a un mois, au consulat d'Allemagne à Marseille ".

Diethelm Hoener en savait trop. Comme par exemple que beaucoup d'argent en rapport avec Elf - Leuna - Minol est passé sur les comptes d'une filiale bancaire dirigée par un ami d'Helmut Kohl : l'agence de Kassel de la Dresdner Bank et Bernd Fahrholz, aujourd'hui l'un des patrons de cette banque à Francfort. Quand Fahrholz reçut sa promotion francfortoise, il emmena, sur ordre de Helmut Kohl, les dossiers délicats de Leuna avec lui à Francfort et les y classa strictement confidentiels et exclusivement gérés par le chef, c'est à dire Fahrholz (" Chefsache "). Une bonne partie des documents disparus dans la chancellerie allemande et concernant Leuna, subsiste dans les coffres de la Dresdnerbank et de Bernd Fahrholz

De quoi est finalement vraiment mort, dans sa fastueuse villa de Cannes en janvier 2001, le milliardaire allemand Diethelm Hoëner qui était un proche d'Helmut Kohl? Sa chute, tête première du haut d'un escalier de sa résidence-forteresse sur la Côte d'Azur, a-t-elle été purement accidentelle ou sciemment provoquée pour éliminer un homme qui en savait long - sinon trop - à propos de dossiers internationaux explosifs? Notamment sur le volet allemand de l'affaire Elf... Certaines zones d'ombre appelées à être clarifiées par les investigations complémentaires subsistent. Celles-ci ont été menées par les enquêteurs cannois du SIR (Service d'investigations et de recherches), après l'ouverture d'une information par un magistrat grassois, le juge Coutton. Selon une source proche de l'enquête, écrivit l'AFP, il subsiste des zones d'ombres au sujet de cette chute dont a été victime un homme d'une soixantaine d'années jouissant d'une immense fortune (environ un milliard de francs français), en bonne santé apparente mais très fatigué moralement. En fait, très seul et angoissé.

Cette angoisse Diethelm Höener aurait ce soir-là pu chercher à la tromper avec quelques verres d'alcool de trop. Ce qui aurait pu contribuer à sa perte d'équilibre au moment où il rejoignait sa chambre en étage. Les constatations policières initiales n'excluent pas d'autres scénarios, considérés néanmoins "comme peu crédibles" par certains des enquêteurs cannois, toujours en charge du dossier de cette mort étrange. Encore que Hoener n'était pas buveur, mais effectivement très apeuré, comme nous avons pu nous en rendre compte, au printemps 2000, lors d'une visite dans sa maison. Pour assurer sa protection de tous les instants dans sa villa cannoise "La Fleurière", avenue de Vallauris - une résidence actuellement estimée à 150 millions de francs français -, le milliardaire angoissé n'avait vraiment pas lésiné sur les moyens. Il avait fait appel aux plus médiatiques spécialistes français en matière de protection rapprochée.. Il avait doté sa villa d'un équipement sophistiqué en détecteurs, caméras et projecteurs lui assurant une sécurité digne d'un bunker. Ce qui n'avait pas nui pourtant au confort et à la décoration d'une propriété de rêve pour laquelle il avait investi plus de 200 millions de francs, le seul parc accueillant 3 000 roses et 130 oliviers.

Or, comme Hoener révèle dans son carnet secret comment de "fortes sommes d'argent auraient été détournées d'Allemagne sur fond de bagarres entre services secrets", les policiers français envisagent qu'il a pu être victime d'une main meurtrière dans son inviolable résidence cannoise.

La vidéosurveillance était débranchée. Le parquet de Grasse, alerté par le premier rapport de police, a ouvert une information judiciaire pour "recherche des causes de la mort ". Selon un premier rapport médical, la position du corps ne semblerait pas "compatible " avec la chute effectuée. Quelqu'un aurait-il " poussé " l'homme d'affaires du haut de son escalier ? C'est ce que cherche à démêler le juge de Grasse, Jean Coutton. " Ce qui est bête, soupire un des anciens amis de Diethelm Höener, c'est que la nuit de sa mort, le magnétoscope des caméras de sécurité n'enregistrait pas. "


Dresdner Bank, Fahrholz et l'argent de la CDU
L'affaire Elf est loin d'avoir livré ses derniers secrets. Les recherches de " L'investigateur " permettent aujourd'hui de lever un nouveau coin du voile recouvrant cette gigantesque affaire de pots de vin, d'argent de la corruption et de commissions occultes, cette fois ci dans le cadre du volet Leuna-Minol, du nom de la raffinerie de Leuna et des stations services Minol dans l'ancien Est allemand, qu'Elf racheta sur ordre de François Mitterrand à prix d'or pour aider Helmut Kohl dans sa conquête de l'Est.

Etonnant en effet que de constater selon des informations et des documents en possession de " L'investigateur ", que les premières négociations financières concernant ce marché se firent en 1992 par l'intermédiaire d'une plutôt obscure filiale de la Dresdner Bank dans la ville allemande de Kassel. Mais très rapidement et sur ordre de Helmut Kohl, les comptes furent transférés de Kassel à Francfort. Les dossiers concernant l'affaire Leuna furent rapidement transférés au bureau de Bernd Fahrholz qui en fit son dossier personnel. " C'est à partir de ce moment là que l'affaire devint opaque et fut frappée du plus grand secret ", nous confie un ancien banquier de cet institut financier.

Un autre employé de la filialede Kassel témoigne : " nous étions mortifiés quand d'un jour à l'autre, le dossier nous fut brutalement enlevé et transféré à Frankfort, chez Fahrholz ! ".

Surtout que ces dossiers étaient majoritairement constitués de ceux disparus dans les bureaux du chancelier allemand. Ces dossiers " égarés " se trouvent encore aujourd'hui en possession de la Dresdner Bank et de son dirigeant, le " docteur " Bernd Fahrholz, l'ami de Helmut Kohl.

Quant à ce dernier, il renie toujours l'implication de son épouse, morte en 2001, dans l'affaire de l'argent sale de la CDU. " L'investigateur " est en mesure d'établir que Diethelm Hoener, le richissime millionnaire allemand qui est mort également en juillet 2001 dans des conditions étranges dans sa villa de Cannes et dont les relations étaient très étroites avec Hannelore Kohl, n'était pas le seul à avoir utilisé les comptes personnels de Mme Kohl respectivement ceux de l'une de ses fondations, pour faire parvenir de l'argent blanchi à la CDU. Derrière cet homme d'affaires effacé s'est toujours profilé l'ancien chef de la chancellerie allemande, Schmitbauer, l'homme qui tenait tous les fils de cette inextricable affaire entre ses mains.

Reste à examiner le rôle joué par l'Américain William Bader, à la tête d'une importante fondation aux Etats-Unis et proche de la CIA. Hoener a viré d'énormes sommes à destination de la CDU sur les comptes de la fondation de Bader. Ce dernier effectuait ensuite le transfert vers les trésoriers du parti chrétien social allemand. Bader, ex secrétaire d'état adjoint pour l'éducation et la culture, était universitaire en 1953 et 1954 à Munich.

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