Sauver Ingrid Betancourt c'est être solidaire
Il y a un an tout juste, la candidate écologiste aux élections présidentielles de Colombie était enlevée par les guérilleros des FARC. Ces derniers demandaient en échange de la libération de la jeune femme et de Clara, qui l'accompagnait, l'ouverture de pourparlers avec le président de Colombie. Jusqu'à maintenant celui-ci a refusé. Les FARC avait donné un an pour aboutir. Cette année est passée sans que l'on sache exactement si à l'issue de cette année se trouve une libération humanitaire ou une exécution. La fille d'Ingrid Betancourt, Mélanie, s'est exprimé devant le Parlement européen. Elle a aussi rencontré le ministre des Affaires étrangères de France et dimanche, elle était reçue par le Président Chirac.
Une aggravation de la situation en Colombie
Sale temps pour les otages en Colombie. Ce pays détient le triste record des enlèvements : 3000 chaque année rien que pour la guérilla des FARC. Cette industrie est extrêmement lucrative notamment pour la guérilla des FARC qui cible ses victimes. Grâce à des clefs bancaires, à des ordinateurs et aux satellites, les guérilleros connaissent le compte en banque de leurs victimes et donc leurs capacités financières. Il suffit ensuite de les enlever et de réclamer la rançon. De véritables prisons ont été montées dans les zones dites libérées. La détention des otages peut durer des années. Les plus vieux détenus sont otages depuis cinq ans. La plus célèbre d'entre eux, Ingrid Betancourt, est détenue depuis maintenant un an. Malgré une campagne internationale en faveur de celle qui eut le courage de s'opposer aux narcos-trafiquants alors qu'elle était juge d'instruction, les dirigeants des FARC ne semblent pas vouloir en démordre. Ils ne donnent pas l'impression de vouloir libérer pas la jeune femme et celle qui l'accompagnait dans sa campagne électorale.
Or la situation s'est soudainement aggravée ces derniers jours alors que justement on caressait l'espoir d'une libération.
Le jeudi 13 février, un avion anti-drogue américain s'est écrasé jeudi en Colombie dans une zone tenue par les rebelles. Deux des passagers ont été "exécutés" à bout portant. Selon le département d'État américain, les trois autres passagers, tous Américains, ont probablement été capturés par les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).
Les États-Unis soutiennent et participent dans cette région à une vaste campagne anti-drogue du gouvernement colombien qui consiste à localiser des plantations de coca et à les détruire par fumigation aérienne.
Les quatre Américains qui se trouvaient à bord du Cessna étaient vraisemblablement des agents des forces spéciales opérant sous contrat avec le commandement-sud de l'armée américaine qui supervise les opérations militaires en Amérique latine et dans les Caraïbes.
La mère d'Ingrid Betancourt n'a toujours pas de nouvelle de sa fille
Une semaine plus tard, inquiète de cette situation, la mère d'Ingrid Betancourt, Yolanda Pulecio, faisait savoir qu'elle n'avait toujours obtenu des FARC "aucune preuve de la survie" de sa fille, enlevée le 23 février 2002 en Colombie par la guérilla, depuis une vidéo tournée le 15 mai par les guérilleros.
Le secrétaire d'Etat français aux Affaires étrangères, Renaud Muselier, avait révélé la veille à Genève que l'ex-sénatrice était bien vivante qu'elle avait failli être libérée il y a une semaine. Il semble que Muselier ait outrageusement exagéré ce qu'il avait appris afin d'en retirer un bénéfice personnel. Malheureusement les nouvelles sont inexistantes.
La mère d'Ingrid Betancourt a lancé à cette occasion un nouvel appel "aux FARC et au gouvernement pour souscrire un accord humanitaire susceptible de permettre la libération des otages et d'ouvrir la voie à la paix", en dépit de "la méfiance réciproque entre les deux parties".
Dans un texte publié le 11 février sur leur site internet, les FARC avaient renouvelé leur proposition de libérer leurs 23 otages politiques, dont Ingrid Betancourt, et 47 militaires, mais aucun des 800 civils entre leurs mains, contre l'élargissement des 300 guérilleros détenus dans le pays andin.
Le président Alvaro Uribe a toujours appuyé un tel échange, mais à condition qu'il porte sur la totalité des otages et que les guérilleros libérés soient reçus dans un "pays ami", comme la France. Ces deux préalables avaient été rejetés par les FARC dans leur communiqué.
Les vantardises de l'armée colombienne
C'est dans ce contexte tragique que l'armée colombienne vient de chanter victoire. Hier, vendredi elle a fait savoir qu'elle marquait des points dans le combat anti-guerilla. On a fait remarquer à Washington que les otages américains étaient toujours retenus sans que l'on sache où.
Plus de 2.000 militaires colombiens sont depuis neuf jours aux trousses de la puissante colonne "Teofilo Forero" des FARC, sans succès, malgré l'aide de la technologie américaine en matière d'écoutes et l'appui d'hélicoptères Black Hawk.
L'armée était pourtant parvenue sur les lieux de la chute du Cessna-208 "trente minutes après son accident", avait alors affirmé son porte-parole. Les analystes militaires ne s'expliquent toujours pas comment les guérilleros ont pu, dans un tel contexte, échapper à la troupe.
Les FARC ont fait savoir jeudi soir sur le site internet Red Resistencia que les occupants du monomoteur Cessna-208 abattu faisaient "de l'espionnage au service de la CIA".
Sans une nouvelle mobilisation internationale relayant celle qui existe déjà la vie d'Ingrid Betancourt pèsera de peu de poids face à l'offensive de l'armée colombienne pressée par les forces spéciales américaines. Nous publions ci-dessous les communiqués des associations qui militent en faveur de la libération d'Ingrid Betancourt.
Faire parler d'elle, c'est sa meilleure chance de survie
L'enlèvement est pratique courante en Colombie. L'assassinat tout autant. Aujourd'hui Ingrid serait peut-être morte si son combat n'était pas connu au-delà des frontières de son pays.
Que l'on croit qu'Ingrid Betancourt soit la femme providentielle dont la Colombie a besoin ou pas est sans importance. Cette femme courageuse, déterminée, qui a tout sacrifié pour son pays, mérite, comme des milliers d'autres otages, de ne pas sombrer dans l'oubli médiatique qui la condamne très certainement. Il faut faire parler d'elle, c'est sa meilleure chance de survie. Où que ce soit, nous devons faire parler d'elle. Et en particulier au Canada...
Le comité de soutien à Ingrid Betancourt a pour objectif d'œuvrer à la libération d'Ingrid Betancourt et de Clara Rojas. Leur détention pourrait être longue. Il s'agit de s'assurer que le gouvernement colombien sache que les Canadiens suivent l'affaire de très près. Il s'agit de s'assurer que les médias continuent à parler d'Ingrid, que nos hommes politiques prennent position et que la diplomatie canadienne s'implique dans la recherche d'une solution négociée. Oublier Ingrid et Clara, c'est les condamner.
Communiqué de l'association Ingrid Betancourt
Chers amis,
Cela fait un an qu'Ingrid a été enlevée par les FARC . Depuis, les nouvelles ont été très rares . Il y a eu cet enregistrement vidéo, diffusé en juillet, où nous avons pu noter son courage et sa détermination, mais aussi son état apparent de faiblesse physique . Ses ravisseurs n'ont pratiquement jamais communiqué, sinon pour dire qu'elle était vivante et en bonne santé, malgré quelques ennuis passagers . Il ne lui a pas été permis de s'exprimer à l'occasion du décès de son père, qu'elle n'a appris que plusieurs semaines après.
Nous sommes toutefois convaincus qu'elle reste ferme, même si son éloignement et son isolement du monde doivent être très pénibles . Un immense mouvement de solidarité s'est manifesté dès son enlèvement et n'a cessé, depuis lors, de se développer et de s'exprimer, malgré l'absence de résultats apparents . Ingrid a été faite citoyenne d'honneur de nombreuses villes, en France, en Belgique, au Canada, en Afrique et ailleurs, parmi lesquelles Paris, et, aujourd'hui même, Strasbourg . Le parlement français, le parlement européen, plusieurs gouvernements, dont celui de la France ont marqué leur solidarité et leur inquiétude, au plus haut niveau, mais surtout, vous tous n'avez cessé d'envoyer des messages, d'entreprendre des actions de tous ordres, vous avez créé des sites, agi, écrit aux autorités colombiennes , envoyé de l'argent, que nous avons remis au mari d'Ingrid, Juan Carlos. Soyez en remerciés, et, surtout, ne relâchez pas la pression, elle est plus que jamais nécessaire.
La famille d'Ingrid n'a jamais baissé les bras, aussi bien sa mère, sa sœur, ses enfants et leur père . Juan Carlos, de son côté, consacre sa vie et toute sa force à la libération d'Ingrid . Il ne cesse de parcourir le monde et de frapper à toutes les portes pour mobiliser les énergies, des gouvernants, des parlements, mais aussi des simples citoyens solidaires, vous et nous .Son combat l'occupe à plein-temps et, lui aussi, a besoin de notre soutien indéfectible . Il doit savoir qu'il peut compter sur nous .
En Colombie, malheureusement, le panorama est très sombre . Le nouveau Président de la République, Alvaro Uribe, a entrepris une politique de guerre totale contre la guérilla, et en particulier les FARC, qui détiennent Ingrid ; outre que cette politique a fait reculer l'Etat de droit et s'est souvent traduite par une répression indiscriminée contre les organismes de défense des droits de l'homme, les syndicats et la société civile, elle met en danger la vie d'Ingrid et des centaines d'autres otages, qui peuvent se trouver pris sous un bombardement ou au milieu d'un affrontement armé .
De leur côté, les FARC sont aussi dans une logique de guerre totale et ont commis ces dernières semaines, d'horribles attentats, à Bogota, à Neiva, ou ailleurs, qui ont coûté la vie à des civils innocents . La Colombie s'enfonce chaque jour plus dans un chaos, sans même que se dessine une perspective d'accord humanitaire, qui permettrait d'échanger des prisonniers . L'opinion publique colombienne , épuisée par tant d'années de violence, a fini par s'habituer, même si elle n'a jamais accepté, aux prises d'otages, qui touchent toute la société ; Ingrid est l'une des centaines d'otages . Bien sûr, nous devons nous battre pour la libération de tous, Ingrid étant un symbole, du courage d'une femme qui se bat, et de la folie de ce pays, qui mériterait la paix .
Dimanche, de nombreuses manifestations auront lieu, à Paris, en Province, dans d'autres pays. Participez-y, exprimez-vous, montrez que nous ne lâchons pas ce combat, qui est juste . ( pour avoir la liste de tout ce qui se passera, vous pouvez consulter le site www.betancourt.info ).
Merci à tous,
L'association des amis d'Ingrid Betancourt
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