Au mois de juillet 2000, après trois commissions
d'enquêtes parlementaires dénonçant les lacunes de la justice
en Corse, le procureur de la République de Bastia, Bernard Legras, remet
au ministre de la Justice de l'époque, Elisabeth Guigou, un rapport sur
la criminalité organisée dans l'île. Un mois plus tard,
la Garde des Sceaux annonce que le ministère n'entend pas rendre "son
contenu public pour des raisons de sécurité".
En août 2001, alors que le gouvernement de Lionel
Jospin tente de relancer le processus de Matignon, des extraits du rapport Legras
sont cependant publiés par la presse. Selon ceux-ci, les conclusions
du magistrat dénoncent le manque d'efficacité des enquêtes,
le manque de moyens et les liens entre le milieu nationaliste corse et le grand
banditisme.
La droite, accusée par la majorité d'avoir
organisé les fuites à moins d'un an des élections, tente
en vain d'obtenir la publication intégrale du rapport. "La dissimulation
d'un rapport démontrant la généralisation de la corruption
en Corse", avait à l'époque déclaré François
Fillon, "et les liens entre la mafia et les organisations indépendantistes
dissipe définitivement l'illusion de cette transparence et de cette clarté
qui devaient assurer aux accords de Matignon la réussite qui avait manqué
aux tentative précédentes". L'hebdomadaire luxembourgeois
L'Investigateur, s'est procuré une copie de ce rapport, qui, notamment,
met nommément en cause un certain nombre de personnalités connues
et influentes de l'île, détaille l'oganisation du grand banditisme
dans la région, ou met en cause le comportement de la police...
attention : lors du scannage, les traits d'union
( - ) sont devenus des points d'interrogation ( ? )
PLAN DU RAPPORT
INTRODUCTION
I ? Le développement en Corse d'activités rattachables à
des ORGANISATIONS MAFIEUSES
ÉTRANGÈRES
I ? A ? LES INFORMATIONS ACTUELLEMENT DISPONIBLES :
1 A1 ? Le rapport de la commission d'enquête parlementaire présidée
par M. D'AUBERT
I A2 ? Le rapport adressé à la Chancellerie le 25 février
1994 par M. Christian RAYSSEGUIER alors procureur général à
Bastia
I A3 ? Les renseignements obtenus des AUTORITÉS ITALIENNES .
I A4 ? Les renseignements communiqués par TRACFIN
note d'information en date du 16.04.1993
note d'information en date du 27.11.1996
1 A5 ? sur les liens qui existeraient entre "le milieu corse et "la
mafia russe"
INTRODUCTION
Dans son rapport sur "l'utilisation des fonds publics et la gestion des
services publics en Corse" enregistré à la présidence
de l'Assemblée Nationale le 3 septembre 1998, la commission d'enquête
parlementaire présidée par M. Jean GLAVANY s'attachait à
analyser "L'ÉMERGENCE D'UN SYSTÈME" (page 439 à
453) et considérait finalement "que tous les éléments
d'un système "pré?mafieux" s'étaient progressivement
rassemblés en Corse.
Les parlementaires évoquaient tour à tour :
? des réseaux d'intérêts et d'influence ayant mis la main
mise sur des organisations consulaires et professionnelles (Caisse Régionale
de Crédit Agricole, F.D.S.E.A, O.D.A.R.C, S.A.F.E.R, A.D.E.C. Chambre
de Commerce et d'Industrie).
? les milieux particulièrement intégrés du banditisme
en Corse (cercle de "la Brise de Mer" et celui gravitant autour de
Jean Jérôme COLONNA, éventuelle implantation de la mafia
italienne dans le cadre d'investissements sur l'île de CAVALLO)
? la tentation affairiste des groupes nationalistes (M.P.A, Canal Historique,
Cuncolta)
? les liaisons dangereuses existant entre ces différents intervenants
? et l'utilisation par les mêmes de méthodes inacceptables (intimidation,
violences organisées) pour protéger leurs intérêts.
La commission estimait, en conclusion, que la constitution, à Bastia,
du pôle de lutte contre la délinquance financière répondait
à une impérieuse nécessité pour "casser"
dans les meilleurs délais un phénomène qui, s'il parvenait
à se consolider encore davantage, ruinerait le rétablissement
de l'État de droit en Corse.
*
* *
La commission d'enquête parlementaire présidée par M. Raymond
FORNI revenait sur ces questions, avec plus de nuances, dans son rapport enregistré
le 10 novembre 1999.
En distinguant délinquance économique et financière d'une
part, criminalité organisée et délinquance spécialisée
d'autre part, les membres de la commission voulaient Ctsurtout souligner l'existence
de réseaux de banditisme structurés agissant en Corse ou à
partir de la Corse, dont certains sont connus sous le nom de "BRISE DE
MER"... véritable nébuleuse du banditisme" et signaler
" certaines tentatives de pénétration mafieuses identifiées
dans le sud de l'île... limitées en raison du faible développement
économique de la Corse conjugué aux pratiques de racket menées
par le banditisme insulaire et par certains milieux nationalistes".
Les parlementaires insistaient enfin sur les dérives affairistes de
certains mouvements nationalistes.
La commission sénatoriale d'enquête, présidée par
M. Jean Patrick COURTOIS voulait se
montrer plus formelle, plus catégorique, mais aussi plus critique à
l'égard de l'institution judiciaire.
Dans son rapport, remis au président du sénat le 10 novembre
1999, la commission, s'appuyant sur certains témoignages et en particulier
sur celui d'un "ancien responsable préfectoral" et se référant
à un rapport établi en 1994 par Christian RAYS SEGUIER, alors
procureur général en Corse, affirmait l'existence indéniable
d'un grand banditisme et des éléments constitutifs d'un phénomène
mafieux.
Il n'est pas inutile de citer ici les principaux passages de la démonstration
présentée par la commission sénatoriale :
"Des contrôles renforcés par les services fiscaux ont fait
clairement apparaître l'origine frauduleuse de nombreux investissements
effectués en Corse.
Selon les témoignages recueillis par la commission, il semble que "parmi
les membres supposés de cette bande figurent plusieurs proches des mouvements
nationalistes, comme les frères GUAZZELLI, dont l'un est un délinquant
notoire, et l'autre un militant, proche d'un notable de l'île. Une dizaine
de 'famille " concourraient aux activités délictueuses de
la Brise de Mer ".
Un ancien responsable préfectoral a décrit comme suit à
la commission ces activités du grand banditisme durant les toutes dernières
années :
"'La Brise de Mer, une association de malfaiteurs de la Haute Corse, dispose
d'un patrimoine dont l'évaluation est délicate mais qui se situe
entre 800 millions de francs et un milliard de francs. Il est constitué
du produit de vols à main armée très importants, dont le
Crédit Lyonnais en 1980 et l'Union des banques suisses en 1990, pour
un butin à chaque fois équivalent ou supérieur à
1 milliard de francs. Cet argent est blanchi surplace, utilisé dans l'acquisition
d'établissements de nuit, de bars, de machines à sous. Nous le
retrouverons également dans des casinos et cercles de jeux en Afrique
et en Italie ".
Selon ce même responsable : "la première stratégie
de la Brise de mer était incontestablement celle de la grande criminalité,
opérant des braquages et investissant surplace mais elle s'est beaucoup
affinée, et on peut parler aujourd'hui de système mafieux.
La Brise de mer soutient les entreprises locales qui ont quelques difficultés
à obtenir des prêts de la part des banquiers. Elle vient en haut
de bilan et y reste parfois, en mettant en place des hommes de paille. Elle
sert aussi de relais pour attendre les subventions européennes dont l'octroi
est toujours plus long. Bref, elle s'implante dans l'économie locale
en l'acquérant.
Plus grave est sa participation à la vie politique. Longtemps, cette
participation s'est faite sous forme d'aides pendant les campagnes électorales,
puis de manière plus spectaculaire. D'après les rumeurs persistantes
mais apparemment très informées, les résultats d'élections
cantonales récentes en Haute Corse n'ont pas été totalement
étrangers à l'intervention d'émissaires de la Brise de
mer. Il est un fait que le président du conseil général
de Haute Corse a désormais parmi ses proches un intermédiaire
de la Brise de mer. Cela se retrouve dans l'attribution des marchés publics
et, comme il a été constaté par un investissement réalisé
dans un garage tenu par la Brise de mer, dans la modification immédiate
du parc automobile.
La démarche, elle, est inquiétante. Il s'agit non plus simplement
de vivre du braquage, mais de s'implanter dans la vie économique et de
s'immiscer dans la vie politique et, par conséquent, de se doter d'une
façade d'honorabilité.
Cette mafia corse dispose d'environ 500 comptes bancaires, d'un patrimoine
immobilier important, mais les revenus déclarés au fisc sont dérisoires:
quelques 3.000 francs par mois !
D'autres associations de malfaiteurs méritent également d'être
bien identifiées, comme la bande dite "du Valinco " dirigée
par M. Jean Jérôme COLONNA, qui dispose d'un patrimoine hôtelier
aussi important que douteux dans son financement, avec des cercles de jeux et
des établissements. "
Ainsi sont réunies, si ce témoignage bien informé est exact,
les composantes d'un banditisme qui ne relève plus seulement du "droit
commun " mais qui s'immisce dans la vie économique etpolitique,
s'acquérant ainsi des soutiens "respectables ". De surcroît,
son emprise sur l'activité économique lui permet d'étendre
son influence sur la population à laquelle elle peutprodiguer subsides,
emplois et idéologie. L'emprise d'un réseau en toile d'araignée,
typique de l'organisation mafieuse, est déjà à un stade
avancé. Ces virtualités doivent, dès àprésent,
être sérieusement combattues, notamment par la répression
flnancière, polir éviter leur extension possible ".
La commission d'enquête présidée par M. COURTOIS reprenant
le témoignage du même ancien responsable préfectoral, estimait
par ailleurs que "l'implantation de la mafia italienne en Corse n'était
pas un mythe".
"Elle a pris pied à Cavallo il y a une dizaine d'années.
Si elle n'estpas encore très implantée, elle est très attentive
? et tel est le danger ? au potentiel de l'extrême sud de l'île,
pour l'instantpréservépar une application stricte de la loi littoral,
etpar zinplan d'occupation des sols de Bonifacio qui vient d'ailleurs d'être
anniilé par le tribunal administratif de Bastia en raison de sa souplesse.
Les appétits sont considérables, notamment à Bonifacio,
avec la volonté de créer un casino dans l'ancienne caserne Montlaur
et des résidences de luxe, qui dénote des projets de blanchiment
et d'investissement, les deux pouvant être liés. Ces appétits
doivent être pris très au sérieux"
Et la commission sénatoriale entendait dénoncer une sous?estimation
judiciaire du phénomène mafieux, "l'étrange aveuglement
de certains responsables face à une réalité mafieuse pourtant
établie officiellement et portée à la connaissance du gouvernement".
M'attachant à vérifier la pertinence des témoignages ainsi
retenus,j'ai rapidement dû constater que les mythes, les rumeurs, les
déclarations "à vocation pédagogique", les certitudes
absolues, les affirmations péremptoires mais contradictoires, les condamnations
à priori, la recherche du bouc émissaire constituaient autant
d'obstacles qui se dressent sur le chemin de qui veut analyser sérieusement,
professionnellement voirejuridiquement le problème de la criminalité
organisée en Corse.
*
* *
Même si la commission sénatoriale déjà évoquée
a voulu évacuer le débat dérisoire engagé sur la
terminologie qu'il convient de retenir pour qualifier des faits qui sont à
l'évidence de nature mafieuse ... " il apparaît indispensable
parce que la dimension juridique des problèmes posés ne saurait
jamais être négligée, même pour la beauté d'une
démonstration, de poser un certain nombre de repères.
Même si encore la notion de mafia est aujourd'hui galvaudée, si
l'on a tendance à parler de mafia à tout propos, il convient de
rappeler que la MAFIA constitue un modèle spécifique d'organisation
criminelle.
J'emprunterai les développements qui suivent au rapport de la commission
d'enquête parlementaire sur "les moyens de lutter contre les tentatives
de pénétration de la mafia en France" présidée
par M. François d'AUBERT, rapport remis au président de l'Assemblée
Nationale le 27 janvier 1993 :
"Née en Sicile, fondée sur certaines valeurs typiques de
cette région, nourrie de sa culture propre, la Mafiaprésente certaines
caractéristiques sans doute trop spécifiquespour pouvoir être
reproduites ailleurs, mais qui, unefois épurées de ces connotations
particulières, pourrait être transposée par d'autres organisations
criminelles tentées par l'efficacité du modèle.
Organisation criminelle, mais aussi système de pouvoir et système
économique, la Mafia sicilienne ou "Cosa Nostra "présente
des traits qui la distinguent de la plupart des autres formes de criminalité
organisée et lui donnent son efficacité très particulière.
C'est une organisation structurée et hiérarchisée, dont
le noyau est constitué par la 'famille ", fonctionnant sur la base
de règles strictes dont le non respect est sévèrement sanctionné,
exerçant son pouvoir sur un territoire, et dont lafinalité est
de tirerprofit des activités illicites par une panoplie de méthodes
allant du parasitisme social à la violence.
Ce n'est donc pas par l'exercice habituel de telle ou telle activité
que se définit la Mafia, mais seulement par la décision de tirer
le plus d'argentpossible de toutes les activités qui s:yprêtent.
Enfin, dans sa simplicité, cet objectifpermet de préciser la
nature des rapports de la Mafia avec lEtat. Cette question complexe comportant
de nombreuses facettes, elle ne sera abordée ici que sous l'angle de
la finalité de l'organisation. Les nombreuses similitudes entre l'appareil
mafieux et l'appareil dEtat, la prérogative conquise par la Mafia du
monopole de l'exercice de la violence sur son territoire, pourraient en effet
laisser penser que l'Etat?Mafia aurait pour ambition, voire pour vocation, de
se substituer à l'Etat. Tel n'est en réalité absolument
pas le cas: la Mafia n'a jamais ambitionné de prendre en charge la gestion
de la chose publique. Les relations qu'elle entretient avec l'Etat sont beaucoup
plus ambiguës que si elles se ramenaient à une rivalité hégémonique
classique. Selon l'expression utilisée par Mme MarcellePADOVANI, la Mafia
est avec l'Etat dans "un rapport de dépendance?conflit (..).Sans
lui elle ne pourrait pas vivre, mais elle ne vit qu'en le dépossédant
de ses capacités de contrôle sur la société, l'économie,
la politique".
Même l'élimination systématique, entre 1981 et 1985 des
représentants des institutions étatiques en Sicile ne signifiait
nullement que la Mafia avait pris la décision d'abattre l'Etat. Elle
doit en réalité être interprétée comme la
réaction de l'organisation à la prise de conscience de ce que
l'Etat semblait vouloir contrecarrer les desseins mafieux. Car la Mafia a fondamentalement
besoin de l'Etat, dont elle se nourrit, mais d'un Etat faible, inefficace, dépensier,
dont elle peut tirer profit.
La Mafia n'est donc pas un anti?Etat mais bien plutôt un Etat dans l'Etat,
une organisation parallèle aux institutions étatiques dont elle
n'entend pas prendre la place, mais qu'elle utilise au service de ses fins propres,
en adaptant son comportement de façon à toujours tirer le plus
grand bénéfice des distorsions du développement économique.
La commission présidée par M. d'AUBERT avançait que la
Mafia privilégiait parmi les moyens d'enrichissement:
? l'appréhension de L'ARGENT PUBLIC (contrôle des appels d'offres
publics et pollution de l'économie légale"? détournement
des aides communautaires)
? le trafic de drogue
? l'extorsion de fonds
Cette production des revenus constitue le premier niveau de "l'industrie
mafieuse"qui en comporte deux autres: le blanchiment desproduits illicitespuis
l'investissement de capitaux blanchis dans les activités légales.
La même commission abordait, par ailleurs, de la manière suivante,
le débat terminologique qui nous préoccupe :
" ... il convient d'écarter les malentendus quepeutfaire naître
l'utilisation du mot mafia comme nom commun, voire comme adjectif et de s'interroger
donc sur les notions de mafiafrançaise et de situation mafieuse ".
L'attention de la Commission s'est portée sur deux phénomènes
inquiétants qui méritent ce qualificatif de mafieux, sans qu'il
y ait de lien avec la Mafia proprement dite : la situation prévalant
dans certaines banlieues et la Corse.
"Le drame corse met enjeu de manière plus radicale l'autorité
de l'lEtat. En 1992, quarante meurtres ont été commis en Corse
(trois depuis le début de l'année 1993 à la date du 18
janvier) sans compter un nombre non encore établi d'attentats terroristes
ou crapuleux, d'attaques à main armée, de violences diverses et
de menaces. Rapporté à la population corse (240 000) le nombre
de morts par homicide serait proportionnellement supérieur à celui
de la Sicile, quoique encore inférieur au taux enregistré pour
la ville de Washington qui est le leader de la criminalité urbaine aux
Etats?Unis (489 meurtres pour 640.000 habitants en 1991). Depuis deux ans, il
est devenu courant de parler de "dérive mafieuse " pour qualifier
l'évolution de la criminalité en Corse et l'incapacité
de l'appareil répressifà maîtriser la situation. A ce sujet,
la Commission a enregistré plusieurs témoignages qui évoquent
irrésistiblement les descriptions de la Sicile ou de la Sardaigne : impunité
des auteurs de violencespourtantparfaitement identifiés, faiblesse des
autorités administratives ou judiciaires d'abordsoucieuses d'éviter
à leur carrière tout remous, lors de leur séjour dans l'île,
fiabilité réduite de certains éléments d'une police
trop "corsifiée " qu'illustre le fait qu'une écoute
téléphonique est, dès qu'elle est ordonnée, aussitôt
connue des intéressés, liens entre le terrorisme politique et
le grand banditisme. La Commission n'a pas souhaité approfondir ses investigations
sur un sujet qui ne relevait pas directement de sa mission, mais, au vu des
quelques éléments partiels mis à sa disposition, le Rapporteur
ne peut qu'exprimer à son tour ses plus vives préoccupations à
l'égard d'une certaine dégradation de l'autorité de lEtat
qui pourrait rapprocher effectivement la Corse de la Sicile "
Il conviendra de bien distinguer d'une part les éventuels développements
en Corse d'activités rattachables à des organisations mafieuses
étrangères et d'autre part, les différentes formes de délinquance
ou de criminalité imputables à des groupes ou à des individus
implantés en Corse.
A ce second niveau, il faudra isoler les agissements qui ressortissent de la
délinquance financière classique, ceux qui relèvent de
la criminalité organisée ou du banditisme et rechercher les connexions
qui permettraient de caractériser une dérive mafieuse au sens
déjà donné à ce terme.
Au fur et à mesure de l'examen de ces phénomènes seront
évoqués les mesures envisagées dans le passé pour
les combattre, les dispositifs aujourd'hui opérationnels et les mesures
nouvelles ou améliorations concevables.
Pour établir le présent rapport, j'ai consulté les archives
de mon parquet général, j'ai rencontré les principaux partenaires
de notre institution et un certain nombre de sachants qui seront cités
dans la mesure où ils m'auront donné leur accord.
J'ai organisé plusieurs réunions de réflexion et de concertation.
J'ai obtenu ou tenté d'obtenir des services locaux et nationaux du Ministère
de l'Intérieur des données dont l'origine sera éventuellement
précisée.
J'ai enfin bénéficié du soutien de la Direction des Affaires
Criminelles et des Grâces de votre Chancellerie.
1 ? Le développement en CORSE d'activités rattachables à
des ORGANISATIONS MAFIEUSES ETRANGERES:
Seront successivement étudiées
? les information actuellement disponibles,
? les affaires en relation avec l'urbanisation de l'île de CAVALLO,
? les perspectives et les actions envisageables.
1 A ? LES INFORMATIONS ACTUELLEMENT DISPONIBLES
1 AI ? Le rapport de la commission d'enquête parlementaire présidée
par M. François d'AUBERT
L'on trouve dans ce rapport les développements suivants consacrés
à la CORSE:
"L'analyse de la situation corse se complique du fait qu'en plus des mafias
locales, la Mafia, au sens strict du terme, n'estpas absente de cette partie
du territoirefrançais. L'arrestation en CORSE du bandit sarde Mattéo
BOE, spécialiste des enlèvements mais n'appartenant pas à
une des banches de la Mafia, ne peut être considérée comme
un fait significatif.
M. SCOTTI, ancien ministre de lIntérieur et membre de la commission
parlementaire sur la Mafia, a, au cours de la réunion commune tenue à
Paris le 20 janvier 1993, exclu de manière absolue toute pénétration
mafieuse en Corse et en particulier une contagion par la Sardaigne ou sévit,
d'après lui, un banditisme traditionnel qui ne peut être confondu
avec la Mafia.
Des témoins ont cependant indiqué à la Commission que
plusieurs réunions de mafieux italiens avaient eu lieu en Corse et que
l'enquête sur l'affaire du casino de Menton qui sera évoquée
plus loin avait mis àjour des liens entre la Mafia et le milieu corse...
On peut supposer que ce milieu, on l'a déjà souligné,
est suffisamment organisé pour ne pas laisser la Mafia agir directement
sur son territoire mais est prêt à nouer des alliances avec elle.
Quant aux investissements de la Mafia en Corse, souvent mis en avant par certains
mouvements indépendantistes pour justifier leurs actions, il n'existe
gère plus de certitudes. Rappelons qu'après l'attentat commis
le 26juillet survenant après celui dejanvier 1990par Resistenza contre
un immeuble de la Compagnie des îles Lavezzipour l'aménagement
de Cavallo (CODIL) les dirigeants de cette société accusée
de servir au placement de capitaux d'origine douteuse ont protesté de
leur honnêteté tandis que leurs employés rendaient publique
la composition du pool bancaire suisse à l'origine de l'investissement.
Instruments de blanchiment, les casinos constituent également un secteur
traditionnel d'investissement des organisations criminelles de type mafieux.
La tentative de reprise, à lafin des années 1980, du casino de
Menton est à cet égard d'autant plus exemplaire qu'elle apparaît
à ce jour comme la seule où l'intervention de la Camorra ait été
réellement prouvée. La société Sofextour, qui avait
sollicité, à l'époque, l'agrément pour la reprise
de ce casino, fermé à la suite de l'inculpation de son précédent
gérant, était composée en totalité par des actionnaires
et des administrateurs qui sont apparus n'être que des prête?noms.
Elle était contrôlée en réalité, d'une part,
par des intérêts italiens représentés par Gianni
Tagliamento, collaborateur de Michele Zaza, considéré par la police
italienne comme l'un des principaux dirigeants de la nouvellefamille de la Camorra,
d'autre part, par des résidents monégasques chargés des
transactions bancaires écran et, enfin, par des représentants
du milieu corse, dont Jean-Claude Orsoni et Julien Tramini. L'enquête
afait aussi apparaître que Franco Chamonal, ancien dirigeant occulte du
casino de Menton, par l'intérmédiaire de Romano Freydoz, était
en contact avec les personnes qui exerçaient le contrôle réel
de la Sofextour, afin de participer à la mise en place du système
déjà décrit plus haut des "changeurs" italiens.
Depuis la mise en lumière de cette affaire, il n'existerait plus, d'après
les services du ministère de l'Intérieur, d'intérêts
italiens dans les casinos français. Selon eux, à la suite de la
fermeture des casinos de Bandol en 1988, de Menton et de Beaulieu en 1989 et
de Chamonix en 1991, les casinos dont les capitaux seraient d'origine douteuse
et dont les modes de fonctionnement ne correspondraient pas à la réglementation
en vigueur, constitueraient une catégorie en voie de disparition "
"Des rumeurs ont couru sur des investissements immobiliers, comprenant
la construction d'un village de vacances dans l'île de Cavallo, au Sud
de la Corse. D'après les renseignements fournis par la police italienne,
ces investissements seraient financés par l'intermédiaire de Lillo
Lauricella, considéré comme un spécialiste du recyclage
de l'argent de la Mafia. L'enquête menée en France sur cette affaire
a révélé que lesfinancements provenaient de prêts
bancaires consentis par des banques helvétiques, qui étaient eux?mêmes
couverts par la garantie à l'exportation accordée par l'Etat italien.
En l'absence d'infraction commise sur le territoire national, l'enquête
n'a pu toutefois être poursuivie"
I A 2 ? Le rapport adressé à votre Chancellerie, le 25 février
1994, par Christian R.AYSSEGUIER, alors procureur?général près
la Cour d'Appel de Bastia
Ce rapport sera évoqué, parmi tous ceux qui ont été
consacrés à la criminalité organisée en Corse au
cours des vingt dernières années, car la commission d'enquête
sénatoriale présidée par M. COURTOIS a voulu lui donner
une importance particulière.
M. RAYSSEGUIER écrivait pourtant que:
"... aucun élément tangible ne [permettait] actuellement
d'affirmer avecforce que des structures mafieuses italiennes se soient implantées
en Corse ...
... Bien que certains journalistes aient écrit que la Corse servirait
de "base arrière " à la NDRANGHETA calabraise (issue
desprovinces italiennes de Reggio di Calabria et de Catanzaro) pour mieux coordonner
son action sur la Côte dAzur dans le trafic des stupéfiants, en
Europe, au débouché de la filière des Balkans, aucun faisceau
d'indices n'est venu confirmer ce fait".
Il évoquait l'arrestation à Porto Vecchio, le 13 octobre 1992,
du nommé Matteo BOE, recherché par les parquets généraux
de Cagliari et de Florence pour des faits d'enlèvement de personnes,
de vol à main armée, d'évasion et d'infractions à
la législation sur les armes, en indiquant que "rien ne permettait
d'affirmer que l'intéressé bénéficiait de complicité
en Corse ou y avait des attaches".
Il s'intéressait ensuite aux "affaires mettant en cause des faits
de blanchiment des produits de crime organisé" en consacrant l'
essentiel de son propos aux problèmes de l'île de Cavallo et au
fonctionnement de la Société CODIL, que j'analyserai plus loin.
(I.B)
1 A3 ? Les renseignements obtenus des autorités italiennes
J'ai pris l'attache de M. LABREGERE, magistrat de liaison en Italie, en l'invitant
à me faire parvenir les informations qu'il pourrait obtenir des autorités
de ce pays sur les ramifications éventuelles de la Mafia en Corse.
M. LABREGERE m'a fait savoir, le 17 avril 2000, que les recherches effectuée
à sa demande étaient restées vaines.
La DIRECTION NATIONALE ANTI?MAFIA ne détient aucun élément
sur la Corse.
Il n'existe aucune autre structure de centralisation des informations sur les
activités mafieuses en Italie.
L'action publique y étant obligatoire, il n'existe pas de BUREAU DE
L'ACTION PUBLIQUE au Ministère de la Justice Italien.
S'agissant plus spécialement du blanchiment, en Corse, du produit d'infractions
susceptibles d'être reprochées à des organisations criminelles
italiennes, M. LABREGERE m'a communiqué, le 18 mai 2000, une note établie
par M. LUIGI de FICHY, substitut du procureur national antimafia.
Celui?ci fait état de l'existence d'opérations financières
et commerciales effectuées par des organisations criminelles italiennes
dans le cadre de la gestion de complexes immobiliers situés sur l'île
de Cavallo.
Ces opérations, qui se seraient élevées à DEUX MILLIARDS
DE LIRES, ont été mises en évidence dans la procédure
d'enquête suivie contre Lillo Lauricella et autres, actuellement pendante
au parquet près le tribunal de Rome (cf IB et IC)
I A4 ? Les renseignements communiqués par TRACFIN
Il apparaît que depuis le début de l'année 1992 le service
de "TRAITEMENT DU RENSEIGNEMENT ET ACTION CONTRE LES CIRCUITS FINANCIERS
CLANDESTINS" a transmis à neuf reprises aux parquets de Bastia et
d'Ajaccio des informations portant sur des faits susceptibles de constituer
des infractions pénales.
Deux de ces transmissions concernent des investissements immobiliers réalisés
sur l'île de Cavallo, située au large de Bonifacio en Corse du
Sud.
Note d'information en date du 16 avril 1993?(annexe 1)
TRACFIN attirait l'attention du parquet d'Ajaccio sur un certain nombre de
personnes physiques et morales concernées par l'aménagement de
l'île de Cavallo
? ORANGES Alfredo, de nationalité italienne, domicilié au PANAMA
et à MIAMI en Floride, P.D.G de la CODIL;
? LAURICELLA Lillo, de nationalité italienne, domicilié en Suisse,
au Belize et en Italie, administrateur de la CODIL ;
- TORTELLA Hugo, de nationalité italienne, domicilié en Italie
et au Belize, administrateur de la CODIL ;
? TORTELLA Fabio, de nationalité italienne, domicilié à
Pontoise et à Boston, administrateur de la CODIL ;
et sur un certain nombre d'autres individus en notant les déplacements
fréquents effectués à Miami, où réside ORANGES,
par LAURICELLA, TORTELLA Hugo et Fabio, l'éventuelle participation d'ORANGES
au blanchiment de fonds provenant d'un important trafic de cocaïne, et
les liens éventuellement entretenus par LAURICELLA avec certaines personnes
liées à la criminalité organisée en Italie et notamment
le nommée Gustavo SALAZAR.
? la Compagnie des Iles Lavezzi pour l'aménagement de Cavallo [CODIL
SA] immatriculée au R.C.S de Nice, et un certain nombre de personnes
morales satellites.
TRACFIN analysait ensuite les opérations financières réalisées
par les pers6r?'ines physiques et morales précédentes en présentant
les observations suivantes :
La compagnie des Iles Lavezzi pour l'anénagement de Cavallo (CODIL)
a effectué une grande partie des opérations financières
liées au projet immobilier de l'île, sur le compte n° 207 60108
ouvert à son nom le 4 janvier 1990 dans les livres de la Société
Générale de NICE.
Les mouvements relevés sur ce compte font apparaître une activité
financière importante du début de l'année 90 et le début
de l'année 1991.
Au crédit
Entre son ouverture (janvier 90) et sa clôture (mars 92) le compte enregistre
au crédit 23.487.900 FF transférés à l'étranger,
dont 8.670.000 de Suisse et 14.817.000 d'Italie.
62 % des transferts suisses proviennent de la Société FIN?RO HOLDING
et 31 % des transferts italiens proviennent de la société FINOCCHIARO
COSTRUZIONI. Ces deux sociétés seraient détenues par M.
Francesco FINOCCHIARO, qui serait le principal entrepreneur en construction
immobilière de la ville de Catane (Sicile)
Au débit
On observe un important mouvement de fond entre les sociétés
EXEN et SPEFIN par l'intermédiaire du compte de la CODIL. L'adresse postale
de ces sociétés est également l'adresse postale de LAURICELLA
Lillo.
La société HAYTOR INVEST LTD dont le PDG est Diégo COLOMBO
reçoit 4.500.000 F de la CODIL. Diego COLOMBO ancien PDG de la CODIL
apparaît dans cette opération comme un fournisseur de cette société.
M. LAURICELLA reçoit 1.000.000 F de la CODIL sur son compte personnel
à la S.G Bonifacio. 880.000 FF seront retirés en espèces
de ce même compte au cours du mois d'août 1990.
Retraits
?500.000 ..................................... le 06.08.90
?300.000 ..................................... le 13.08.90
? 80.000 ..................................... le 31.08.90
Le total des sommes transférées au cours de l'année 91
s'élève à 5.900.000 FF.
Les opérations sont réalisées par la BANCO DI ROMA sur
ordre de la Société EXEN, actionnaire principal de SPEFIN et de
la société EUCALYPTUS.
Les filiales de la CODIL
Société Port de Cavallo
Cette société commercialise les postes d'amarrage et de mouillage
du Port de plaisance. Certains des postes à quai ont été
vendus à des sociétés détenues par Diego COLOMBO.
Ce dernier apparaît donc, dans ce cadre, comme client de la CODIL.
PALMA Club
Les comptes du PALMA Club sont essentiellement alimentés par la société
EUCALYPTUS.
SIAC Aménagement
Ses comptes sont alimentés par des transferts étrangers d'Italie
(EUCALYPTUS SRL) et de Suisse (Les 3 ENFANTS INC). Cette dernière société
est dirigée par Diégo COLOMBO.
La SIAC, société de gestion et d'exploitation d'ensembles immobiliers
à vocation touristique et de ports de plaisance, a émis des chèques
d'un montant élevé (deux chèques de 1 MF chacun) à
l'ordre du nommé Noël FILIPPEDU, né le 10 décembre
1958 à Ajaccio, et demeurant au lieu?dit MUSELLA à Bonifacio.
Ce dernier, gérant de la société LE GRAND BLEU à
Bonifacio, est par ailleurs destinataire de virements en provenance d'une société
anglaise SIMONSTOWN dont le mandataire serait M. LAURICELLA.
Cavallo Maritime
CPTE SG Bonifacio N° 208 034 29
CPTE BMD n° 36 004 3 61 X
Pas d'opérations supérieures à 50 000 francs. Cependant
on peut observer quelques transferts de l'étranger d'ordre D'EUCALYPTUS
SRL.
ASSIC
CPTE SG Bonifacio N° 372 604 25 On peut observer quelques transferts dont
l'origine est à souligner.
Le 24.01.91 transferts 546 900 FF
Origine BARCLAYS
. BANK PLC
. KNIGHTS BRIDGE
donneur d'ordre GULLTRADE
C/0 COLOMBO FIDUCIARIA
Box 44 Lugano
Paradiso 69
origine UNION BC SUISSE
. . LUGANO
donneur d'ordre STARWAY AG
. . VADUZ C/0
. . COLOMBO
. . FIDUCIARIA BOX
. . 44LUGANO
. . Paradiso 6902
Ces deux sociétés sont gérées par COLOMBO Diego,
qui est l'un des membres principaux de PASSIC.
TRACFIN tirait enfin de l'examen du bilan de la CODIL les enseignements suivants
:
La CODIL enregistre une très forte augmentation du poste des immobilisations
financières. Elle réalise donc une politique d'investissements
financiers et effectue ainsi sa croissance externe. On note cependant que l'indicateur
de stabilité financière est très faible. Les capitaux permanents
de la société ne permettent pas de financer son activité
et/ou ses investissements. Elle a donc recours à des prêts bancaires
à moyen et court terme. (Auprès de BCA DI GOTTARDO et de ULTRAFIN
AG filiale à 99 % de la BCA DI GOTTARDO). Ces prêts sont accordés
malgré un résultat d'exploitation structurellernent négatif
L'instabilité de la composition du Conseil d'Administration, (nomination
et démission tous les 18 mois environ) pourrait masquer, en fait, l'existence
d'un groupe solidaire de personnes physiques. Elles se retrouvent dans les sociétés
liées à la CODIL statutairement (filiales et société
mère) ou financièrement (clients et sociétés consentant
des prêts).
note d'information en date du 27 novembre 1996 (annexe 2)
TRACFIN attirait l'attention du parquet de Bastia sur les activités
de M. AVOLIO Graziano, sujet italien, domicilié à Rome, de Mme
AVOLIO Maria, son épouse et de la S.A.R.L G.T.1, constituée entre
les précédents et implantée sur l'île de Cavallo
pour une activité de travaux publics, de construction et de réparation
de maisons individuelles.
M. AVOLIO est connu des autorités italiennes en tant qu'individu apparaissant,
notamment avec LAURICELLA Lillo, dans une enquête pour faits de blanchiment
et association de malfaiteurs.
Analysant les mouvements financiers réalisés à la demande
de M. AVOLIO, TRACFIN estimait que les informations recueillies étaient
susceptibles de révéler l'existence :
? d'une activité coordonnée entre les sociétés G.T.1
et CODIL ayant pour mandataire commun un sieur LENTALI ;
? d'intérêts économiques communs ou/et complémentaires
de membres d'une organisation criminelle à laquelle appartiendraient
LAURICELLA et AVOLIO.
J'indique dès à présent que les investigations effectuées
par le S.R.P.J d'Ajaccio sur les investissements réalisés en Corse
par les consorts AVOLIO n'ont pas permis de caractériser de faits de
blanchiment.
La procédure a donc été classée sans suite, en l'état,
par le parquet d'Ajaccio.
Les renseignements communiqués par TRACFIN le 26 avril 1993 ont été
exploités dans le cadre de l'information suivie à Ajaccio puis
à Bastia et concernant les agissements des dirigeants de la S.A CODIL.
Les autres transmissions faites par TRACFIN ne concement pas des faits susceptibles
d'être rattachés à des organisations criminelles étrangères.
Elles seront examinées ultérieurement.
I ? A5 ? Sur les liens qui existeraient entre le "milieu corse" et
la "mafia russe"
Le 31 mars 2000, lejournal. "Le Monde" publiait un article intitulé
"Iajustice en Corse fait de la criminalité organisée sa cible
prioritaire", article sur lequel je reviendrai ultérieurement.
Le journaliste, Jacques FOLLOROU, se référant à une base
documentaire constituée par la D.C.P.J et à un "rapport d'étape"
[inconnus des autorités judiciaires locales] évoquait un voyage
effectuée à Moscou le 16 janvier 1997 par trois hommes fichés
au grand banditisme, membres notoires de la "brise de met", désireux
de prendre des participations dans un casino local contre un partage des bénéfices.
Un voyage similaire aurait été effectué à NOVOSSIBIRSK
le 29 avril 1997.
J'ai invité le Directeur du S.R.P.J d'Ajaccio àme renseigner surles
éléments ainsi évoqués. M. VEAUX, m'a fait savoir
que seul le Directeur Central de la Police Judiciaire pourrait me fournir une
réponse utile.
J'ai donc contacté téléphoniquement le 11 avril 2000 M.
MARION, D.C.P.J adjoint, qui m'a indiqué qu'il me transmettait les informations
nécessaires.
N'ayant pas obtenu satisfaction, malgré un rappel, j'ai saisi le 9 juin
2000, par téléphone, puis par fax, M. RIOU, Directeur Central
de la Police Judiciaire.
J'évoquerai ultérieurement la réponse que ce dernier m'a
fait parvenir,
Mais je veux croire que si les informations fournies par la presse avaient permis
le déclenchement d'une enquête, elles auraient été
exploitées et en tous cas transmises conformément à la
loi et dans les délais prévus par celle?ci à l'autorité
judiciaire compétente.
*
* *
1 ? B ? LES AFFAIRES LIÉES A L'URBANISATION DE L'ÎLE DE CAVALLO:
1 B 1 ? Le climat de VIOLENCE
L'urbanisation de l'île de Cavallo s'est développée dans
un climat de violence et la CODIL a constitué, pendant un temps, une
"cible privilégiée des organisations séparatistes
corses".
L'exposé qui va suivre ne saurait être exhaustif Aucune synthèse
des actes de violence ou des attentats qui ont affecté CAVALLO au cours
de ces vingt dernières années n'est actuellement disponible.
Je me contenterai de rappeler certains évènements saillants ou
susceptibles de donner donner encore lieu à poursuites judiciaires.
*
* *
Le 6 août 1989, lors des "journées internationales de Corte"
(Haute Corse) tenues à l'initiative de "A Cuncolta Naziunalista",
les organisateurs avaient diffusé un communiqué préenregistré
dans lequel le "F.L.N.C" fustigeait les spéculateurs voulant
accaparer "la terre corse" avec la complicité de "nombreux
corses" et des "édiles locaux".
Très rapidement ces menaces étaient mises à exécution.
o le 10 août 1989 une lettre de mise en garde était transmise
à M. Jacques SETTON, P.D.G de PIONEER?FRANCE, propriétaire d'une
villa dans l'île de Cavallo, accusé de vouloir "s'approprier
l'île de Cavallo et en détruire le caractère naturel".
o le 16 août 1989 un attentat par explosif détruisait un local
abritant les groupes électrogènes de l'île.
o le 26 août 1989, une tentative d'attentat visait à Ajaccio les
locaux professionnels de M. Jean Louis LENTALI conseiller juridique de la CODIL.
Dans la nuit du 6 au 7 janvier 1990, sur l'île, deux attentats par explosif
dégradaient deux établissements appartenant à la "CODIL".
? le restaurant "PALMA"
? l'hôtel restaurant "Hôtel club des Pêcheurs"
revendiqués par le "F.L.N.C" auprès de la rédaction
de "Corse Matin" par un texte stigmatisant :
"La société CODIL bénéficiaire des droits d'exploitation
de CAVALLU qui
participe à l'expropriation de la terre corse".
Une action spectaculaire perpétrée le 26 juillet 1992 par un
commando sur l'île de Cavallo (Corse du Sud) était revendiquée
par l'organisation clandestine "RESISTENZA".
Cette action commando héliportée était menée par
quatre hommes cagoulés et armés dont trois avaient embarqué
à Bonifacio (Corse du Sud) dans un hélicoptère loué
téléphoniquement la veille, sous le faux nom de AUBRION à
la société "Figari Aviation Transport" Porto Vecchio
(Corse du Sud). Deux villas inoccupées étaient entièrement
détruites : huit autres constructions étaient endommagées
par la déflagration. Les victimes étaient identifiées comme
étant
? la société TIZIANA 84, S.A.R.L (deux villas détruites)
8, via Sabiata à Rome responsable: Antoine PICCIRILLI
? la société ACQUISITA S.A.R.L
8, Piazzale ACQUILELIA à Milan.
Dans un premier temps, cette action était revendiquée téléphoniquement
auprès du journaliste Pierre Louis SARDI de "Radio Corse Frequenza
Mora" (R.C.F.M) par un individu se réclamant du mouvement clandestin
"RESISTENZA".
"Action menée contre les intérêts de la mafia sur
l'île de Cavallo".
La revendication était authentifiée par l'indication de précisions
sur la réalisation de cette opération.
"RESISTENZA", par ailleurs, dans une lettre adressée le 29
juillet 1992 à "Radio Corse Frequenza Mora" (R.C.F.M) à
Ajaccio, se félicitait d'avoir "frappé au coeur du dispositif
spéculatif et mafieux qui gangrène l'île".
En outre, il convient de rappeler qu'un tract avait été diffusé
le 15 juillet 1992 par "I'Accolta NaziunaIista Corsa" 'A.N.C. dont
le secrétaire général était Monsieur Jean?Baptiste
ROTILY FORCIOLI, sur le thème de la dérive mafieuse faisant référence
au mot d'ordre "no à a Mafia", et que son fondateur, Pierre
POGGIOLI avait confirmé son engagement personnel dans la lutte contre
la mafia, lors d'une interview publiée le 24 juillet 1992 dans le quotidien"
La Corse".
Le Service Régional de Police Judiciaire d'Ajaccio, chargé de
l'enquête, procédait le 29 juillet 1992 à l'arrestation
de
? Félix MARCELLESI
né le 19 juin 1958
? Bruno SUSINI
né le 10 octobre 1967
En effet, selon un renseignement, le 7 juillet 1992, sur l'aéroport
de Figari (Corse du Sud) Bruno SUSINI, membre présumé de "RESISTENZA"
se serait intéressé aux déplacements de Monsieur DE ANGELIS,
directeur de la société "Figari Aviation Transport"
Porto Vecchio (Corse du Sud) loueur de l'hélicoptère pour l'action
commando du 26 juillet 1992, et propriétaire d'une résidence secondaire
sur l'île de Cavallo.
Bruno SUSINI aurait été en relation étroite avec Félix
MARCELLESI, employé à l'aéroport de FIGARI, membre de "
l'A.N.C." particulièrement bien placé pour donner des renseignements
sur la société de location d'hélicoptères qui a
permis la commission de cet attentat.
L'enquête ne permettait pas de démontrer leur participation aux
faits du 26 juillet 1992. Ils étaient remis en liberté à
l'issue de leur garde à vue.
Les magistrats parisiens spécialisés décidaient de retenir
leur compétence.
Au cours de la nuit du 26 au 27 avril 1998, un incendie d'origine criminelle
détruisait partiellement la résidence secondaire de Monsieur Nicolas
BIZZIO, sur l'île de Cavallo. Ce dernier occupe, entre autres, les fonctions
de vice?président de l'association syndicale des copropriétaires
de l'île (ASIC).
Dans la nuit du 1er au 2 mai de la même année, une charge explosive
composée d'un mélange de nitrate?fuel provoquait d'importants
dégâts aux bâtiments de la Société Insulaire
de Construction, situés dans la zone artisanale de Bonifacio. La société
visée est la propriété de Messieurs Lucien LONGO et Italo
RIZZO qui décidaient de porter plainte.
Les services chargés de l'enquête de flagrance constataient rapidement
que ces affaires étaient liées.
En effet, dans ses premières déclarations, Monsieur BIZZIO faisait
état de menaces directes proférées au téléphone
par Pier?Luigi VIGNUZZI, lors d'une réunion du Conseil d'Administration
de l'ASIC, en avril 1998. À cette occasion, celui?ci aurait, notamment,
déclaré qu'il allait employer "la manière forte"
et s'en prendre aux habitations des différents membres de l'association.
Le Président de cette dernière, Monsieur BELLINI, confirmait les
dires de Monsieur BIZZIO et mentionnait les nombreuses sources de conflit existant,
à l'époque, entre l'ASIC et Monsieur VIGNUZZI.
Celui?ci, en sa qualité de promoteur et de représentant de la
Commission pour le développement de l'île de Cavallo (CODIL) disposait,
effectivement, de nombreuses prérogatives sur la gestion de l'île
et des diverses propriétés immobilières. Cependant, selon
les termes mêmes de son comptable, Monsieur Giovanni MASTROGUISEPPE, entendu
le 29juillet 1998, le quasi monopole de Monsieur VIGNUZZI dans les domaines
sensibles de la distribution d'eau et d'électricité sur l'île
de Cavallo était sérieusement contesté par les membres
de l'ASIC, en raison des surfacturations pratiquées.
Les diverses investigations financières diligentées permettaient,
alors, d'établir l'importance de l'endettement de la CODIL auprès
de sociétés telles Electricité de France ou de la Compagnie
Générale des Eaux. Cet endettement justifiait également
les prix facturés à l'ASIC, et provoquait en retour de graves
difficultés financières de l'association.
En outre, une délibération d'un Conseil d'Administration de l'ASIC,
tenu le 12 février 1998, mentionnait qu'en l'absence d'accord avec le
promoteur, l'association devait décider de suivre la proposition faite
par M. BIZZIO d'acheter une barge (c'est à dire une petite péniche)
à la Société Insulaire de Construction, afin de briser
le monopole de Monsieur VIGNUZZI sur le transport des matériaux de la
Corse sur l'île de Cavallo.
L'ordre de réparation de la péniche nouvellement achetée
par l'ASIC parvint, d'ailleurs, aux chantiers de CAMPOLORO, à Cervione,
en Haute Corse, avec un acompte de 40 000 francs, le 28 avril 1998, soit dans
un temps très proche de celui des deux attentats.
Devant de tels éléments, Monsieur VIGNUZZI était mis en
examen des chefs suscités et placé en détention provisoire,
le 3 août 1998. Il contestait les différents témoignages
et se plaignait d'avoir été lui aussi victime d'attentats, dont
les auteurs étaient, à ses yeux, les personnes qui l'accusaient.
D'autres déclarations venaient cependant renforcer la thèse de
l'accusation. Ainsi, Monsieur Don Quilicus GUISEPPI, constructeur de résidences
secondaires pour le compte de la CODIL sur l'île de Cavallo, affirmait,
lors d'une confrontation avec la personne mise en examen, que durant l'automne
1996, Monsieur VIGNUZZI lui avait proposé une somme de 250 000 F pour
détruire les villas de MM. BIZZIO, FAYARD et PATERA.
Par ailleurs, l'ancien comptable de Monsieur VIGNUZZI, Monsieur MASTROGUISEPPE,
rapportait aux enquêteurs que son patron, lorsqu'il s'occupait encore
de l'île de Cavallo et de son aménagement, avait engagé
un certain VENDITTI, afin de recruter des "hommes de main" et de "mettre
la pression sur les éventuels créanciers insatisfaits de la CODIL
et de son représentant.
Monsieur VIGNUZZI était remis en liberté, le 18 novembre 1998,
suite à une décision de la Chambre d'Accusation de la Cour d'Appel
de Bastia. Se sentant physiquement menacé sur le territoire français
en général, et corse en particulier, il réside, depuis,
en Italie.
Une information est actuellement en cours, sur ces faits, au cabinet de M.
CAMBEROU, juge d'instruction à Ajaccio, qui a donné, le 5 mai
2000, commission rogatoire aux autorités judiciaires italiennes.
Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1998, trois nouveaux attentats à
l'explosif étaient commis sur l'île de Cavallo.
Un local commercial situé dans la galerie marchande du "village
des pêcheurs" était détruit le bâtiment de la
capitainerie était sévèrement endommagé et une maison
d'habitation appartenant à Pier?Luiggi VIGNUZZI était partiellement
détruite.
Ces attentats, commis au moyen de nitrate?fuel n'étaient pas revendiqués.
La 14ème section du parquet de Paris était saisie.
Les renseignements existant sur les rapports chaotiques entretenus par les maîtres
de l'opération de Cavallo et des mouvements nationalistes locaux sont
épars.
Certains observateurs se sont intéressés au fonctionnement du
Port de Cavallo
Lors de la création de ce port, les copropriétaires confient
la gestion de leurs emplacements ou anneaux à la société
"CAVALLO EVOLUTION" dont la gérance est confiée à
Gianluca BELLINI.
Courant 1994, ce dernier est remplacé par Pierluigi VIGNUZZI, qui s'entoure
de membres D'A CUNCOLTA NAZIUNALISTA "dont le leader François SANTONI
prend ses quartiers sur l'île".
Courant 1996, VIGNUZZI décide de rompre ses relations avec A CUNCULTA
et de licencier les salariées de "CAVALLO EVOLUTION" et de
la société "compagnie commerciale de CAVALLO" appartenant
à cette mouvance nationaliste.
S'ensuit une période fort agitée, VIGNUZZI faisant appel à
du "personnel italien" qui se heurte aux salariés licenciés.
Fin 1996, les incarcérations de plusieurs membres d'A CUNCOLTA, François
SANTONI et Marie?Hélène MATTEI en particulier, entraînent
un"refroidissement" encore plus important des relations qu'entretient
VIGNUZZI et ses interlocuteurs nationalistes.
*
* *
Dans les entretiens qu'il a accordés avec Jean Michel ROSSI à
Guy BENHAMOU ("pour solde de tout compte" ? les nationalistes corses
parlent ?DENOÊL IMPACTS) François SANTONI donne "sa vérité"
sur l'opération CAVALLO.
Selon lui, le F.L.N.C est entré en contact avec les promoteurs et les
sociétés de construction et de B.T.P bastiaises, pour certaines
proches du milieu, en 1984.
Le mouvement terroriste est alors faible et il doit reculer pour éviter
"une guerre avec les voyous".
Il limite son "prélèvement sur le promoteur italien à
100 000 F, une véritable aumône (sic)".
CAVALLO redevient un pôle d'intérêt, cinq années plus
tard, pour le "FRONT", qui a acquis entre?temps une "puissance
militaire réelle".
Il organise, le 31 décembre 1989, une opération commando destinée
à intimider les promoteurs italiens.
De nombreux cabinets d'architectes dirigés par des professionnels proches
du secteur V (du FLNC) sont chargés des travaux. Les constructions sont
surfacturées. Une somme de 15 millions de dollars est ainsi détournée
avant d'être investie aux Etats?Unis, dans une compagnie de crevettes
à la Nouvelle Orléans.
L'alliance nationaliste?mafieuse se développe, LAURICELLA, trésorier
de la famille sicilienne les SANTA PAOLA, se montrant très coopératif
La scission du FLNC en 1990 ne trouble pas cette entente, les militants de
l'ancien FLNC uni?secteur V ? devenant les responsables du FLNC Canal Habituel.
Malgré tout, en 1991 (?) Lillo LAURICELLA doit verser sous la menace
une somme de 15 millions de francs en liquide au FLNC Canal Historique, qui
veut renflouer ses caisses après la scission. Il s'agit d'une avance,
les terroristes ayant exigé une contribution globale de 21 millions de
francs.
Une partie de cet argent est déposée dans des banques de l'île,
qui se montrent. peu regardantes sur l'origine des billets que des militants
déposent à leurs guichets.
Malgré la générosité de LAURICELLA, le FLNC Canal
Historique se lance dans une série d'attentats sur Cavallo pour "remobiliser
les militants sur le terrain de l'action..."
En 1995, Lillo LAURICELLA cède ses parts dans CAVALLO à Pier
Luigi VIGNUZZI. "Prié par le Front de verser les 6 millions de francs
encore dus par son prédecesseur". VIGNUZZI oppose un refus.
Sur la suite des évènements, François SANTONI reste beaucoup
plus discret. Il ne dit rien des rapports qu'il a pu entretenir avec VIGNUZZI.
Pudeur ? Prudence tirée d'une analyse des règles régissant
la prescription de l'action publique ?
Il se contente d'affirmer que les Italiens dirigeant CAVALLO ont trouvé
de petits arrangements avec un "mythomane sexagénaire" qui
s'est installé dans la place au nom du Front et qui se livre au passage
à quelques opérations de racket à titre personnel.
Très menaçant, SANTONI, annonce que cela ne durera pas éternellement
et qu'un jour certains prendront les mesures nécessaires pour mettre
un terme à cette situation ...
Selon les services spécialisés, l'individu aimablement présenté
par François SANTONI comme "un mythomane sexagénaire"
ne peut être que Don Quilicus GIUSEPPI, né le 20 janvier 1936 à
Figari (Corse du Sud) retraité militaire.
Considéré comme un élément important et dur au sein
de l'ex FLNC en Corse du Sud, l'intéressé a été
grièvement blessé aux deux mains en 1991, en manipulant des explosifs
sur un chantier de l'île de CAVALLO, où il développait une
activité d'artisan?maçon.
*
* *
Les services compétents ne détiennent pas d'informations précises
sur les activités actuelles de GIUSEPPI.
*
* *
J'ai invité les procureurs de Bastia et d'Ajaccio à analyser
l'ouvrage déjà cité et à en tirer toutes conséquences
utiles sur le terrain de l'action publique.
I ? B 2 ? Les activités de la CODIL
Seront repris, ci?après, les principaux éléments de présentation
contenus dans le requisitoire définitif établi par le procureur
de la République de Bastia le 24 novembre 1999.
Ce réquisitoire et une note de synthèse complète seront
annexées au présent rapport.
o SUR L'AMÉNAGEMENT DE L'ÎLE DE CAVALLO PAR LA CODIL:
L'île de Cavallo, qui fait partie de l'archipel des îles Lavezzi,
est située dans le détroit de Bonifacio, à 3 km environ
de la pointe sud de la Corse. Sa superficie est d'environ 110 ha. En 1966, Jean
CASTEL, personnalité connue du monde du spectacle, achetait l'archipel
qu'il destinait, compte tenu de sa situation géographique, au tourisme
de luxe.
En échange des autres îles de l'archipel, transformées
en réserve naturelle, il obtenait l'autorisation d'aménager l'île
de Cavallo où il faisait construire quelques maisons et un petit hôtel
intégrés au paysage.
Pour mener à bien son projet d'aménagement de l'île, Jean
CASTEL créait en 1973 une société anonyme dont le siège
social est actuellement situé à Cavallo, la "Compagnie des
Îles Lavezzi pour l'aménagement de Cavallo" (CODIL). Il s'associait
à la SACI, une filiale de la banque Paribas, à qui il cédait
ultérieurement ses actions et qui prenait ainsi le contrôle de
la CODIL de 1975 à juillet 1980.
Cependant les opérations de constructions et de commercialisation ultérieures
se développaient dans un contexte difficile. Outre un meurtre commis
le 27 juillet 1974, de fréquents attentats dont certains ont déjà
été évoqués, détruisaient les habitations
ou les installations de l'île de 1989 à 1998.
Par ailleurs, les constructions et l'aménagement de l'île s'inscrivaient
dans des difficultés liées aux modifications des règles
d'urbanisme nécessaires à leur mise en oeuvre.
Ainsi, un arrêté ministériel du 1.03.1973 créait
une zone d'aménagement concertée des îles Lavezzi ; par
convention du 10.04.1974 la commune de Bonifacio concédait à la
CODIL l'aménagement et l'équipement de l'île. Cette convention
était modifiée en 1977, un arrêté préfectoral
du 7.02.12977 ayant approuvé le plan d'aménagement de la zone
(PAZ). Ce PAZ prévoyait notamment deux secteurs d'habitat diffus sous
forme de lotissement (presqu'île de PALMA et les Grandes Terres) un secteur
d'habitat groupé sous forme de bergeries et enfin trois villages (village
des pêcheurs, village des collines de Gréco et village de Gréco
et des collines de Zéri).
Ce PAZ était modifié le 28 juin 1988 à la demande de la
CODIL qui souhaitait apporter des changements substantiels dans la définition
de ses projets immobiliers futurs. En application de ce nouveau PAZ, la CODIL
obtenait divers permis de construire et notamment
? le 24.10.1989 pour la première tranche du village des pêcheurs
? le 23.02.1990, pour la seconde tranche,
? le 21.06.1991 pour la troisième tranche,
? en janvier 1992, pour le lotissement du Gréco,
Toutefois, et alors que des permis de construire avaient déjà
été délivrés et des constructions édifiées,
un des acquéreurs de la CODIL demandait au Tribunal Administratif de
Bastia d'annuler la modification du PAZ de 1988. Cette juridiction faisait droit
au recours par décision du 1.03.1991, confirmée par le Conseil
d'État en 1996.
Et pendant les délais de recours, la CODIL continuait de commercialiser
sur la base des permis obtenus.
Si l'obtention des droits à construire était indispensable à
l'aménagement de l'île, le projet nécessitait également
des investissements très importants pour assurer la viabilisation du
site (route, port de plaisance... ) qui généraient des pertes
régulières pour la CODIL. Ceci expliquait l'arrivée de
capitaux italiens à compter du juillet 1980 ainsi que les changements
rapides des actionnaires de la CODIL à compter de cette date qui entraînaient
par conséquent le changement des dirigeants de la société.
Les nouveaux actionnaires apportaient des capitaux importants pour assurer la
pérennité de l'entreprise, à l'exception notable de TAGS
dirigée par Monsieur LAURICELLA. Il y a lieu de noter que les comptes
sociaux de CODIL enregistraient:
? pour l'exercice 1990, une perte nette comptable de 6. 042.000 F, ce qui portait
le report à nouveau à ? 25.887.000 F (pour un chiffre d'affaires
de 19,8 millions de francs)
? pour l'exercice 1991 : un bénéfice de 14.196.000 F ce qui réduisait
le poste débiteur report à nouveau à ? 11.69 1.000 F (pour
un chiffre d'affaires de 67,3 millions de francs)
? pour l'exercice 1992 : un bénéfice de 12.281.000 F affectés
au poste report à nouveau (pour un chiffre d'affaires de 36,6 millions
de francs)
- pour l'exercice 1993 un bénéfice de 1.113.000 F dont 742.000
F affectés au poste report à nouveau qui devenait créditeur
de ce montant (pour un chiffre d'affaires de 55 1J millions de francs)
o SUR LES CHANGEMENTS DE L'ACTIONNARIAT DE LA CODIL
Il convient de rappeler les grandes lignes des changements d'actionnaires intervenus
à partir de juillet 1980 au sein de la CODIL, changements qui ont fait
l'objet de conventions de cession d'actions, cessions complexes financièrement
etjuridiquement en raison des avenants successifs qui y ont été
apportés.
en 1980, la société SACI alors actionnaire majoritaire, cédait
la majorité de ses actions à la société HAYTOR,
domiciliée à JERSEY et constituée d'investisseurs italiens
et suisses représentés par des sociétés fiduciaires
helvétiques.
? en 1983, le capital de la CODIL réduit de 34.000.000 F à 4.500.000
F était partagé entre la société HAYTOR pour 25.545
actions et la société R.T.M (REALISAZIONE TURISTICHE MEDITERANEO)
dont Monsieur Alberto CAPROTTI prenait le contrôle en 1984. Monsieur CAPROTTI
homme d'affaires d'origine sicilienne entrait ainsi dans le capital de la CODIL.
? en 1988, le capital de la CODIL était porté à 8 000
000 F. Ce capital était détenu en totalité par Monsieur
CAPROTTI, par ailleurs Directeur général de la CODIL au travers
de deux sociétés qu'il contrôlait :
? la société RTM pour 18.450 actions
? la société INTER?ILES pour 1.265.00 actions
? le 18 octobre 1988, la société INTER?ILES vendait ses actions
de la CODIL à HARMONY GOLD représentée par Monsieur LAURICELLA
pour le prix de 172.500 000 F. Le contrat prévoyait un paiement échelonné
et dans l'attente du paiement, le maintien de la société INTER?ILES
dans ses droits d'actionnaires. Cette convention allait être modifiée
en octobre 1989, date à laquelle la société HARMONY GOLD
négociait la revente de ces actions à la société
FINRO HOLDING.
Monsieur LAURICELLA devenait P.D.G de CODIL dès novembre 1988.
- le 27 octobre 1989, HARMONY GOLD cédait en effet ses actions de la
CODIL à la société FINRO HOLDING, société
luxembourgeoise dont l'unique actionnaire était la société
FINOCCHIARO CONSTRUZIONI, représentant les intérêts de Monsieur
FINOCCHIARO, autre homme d'affaire d'origine italienne.
- Or dès le 21 juin 1990, Monsieur FINOCCHIARO se retirait de la CODIL
et revendait ses actions CODIL dans les conditions identiques à celles
de l'achat à la société TRANS ALP GOOD SUPPLIERS (TAGS)
dont l'ayant droit économique était Monsieur LAURICELLA. Ce dernier
entrait à nouveau dans le capital de la CODIL et ses organes de direction.
Il était de nouveau Directeur Général à compter
de Juin 1990 puis P.D.G de CODIL de janvier 1994 à mai 1995. On notera
que Monsieur BOURDE, comptable de la CODIL depuis le 1er octobre 1992, expliquait
qu'il ne connaissait pas Monsieur ORANGES, P.D.G en titre, lequel n'était
jamais venu au siège social de la CODIL et qu'il agissait sur les instructions
de LAURICELLA qui prenait seul les décisions. LAURICELLA confirmait cette
déclaration et admettait que lui même en sa qualité de comptable
de formation, assumait les bilans CODIL arrêtés en 1991, 1992 et
1993.
La société TRANS ALP GOOD SUPPLIERS (TAGS) est une société
fiduciaire représentant les intérêts de Monsieur LAURICELLA.
Cette société TAGS constituée en 1984 à LUGANO avec
transfert du siège social en 1990 à VADUZ avait pour gérant
Monsieur LAMBERTINI. Monsieur LAURICELLA reconnaissait cependant qu'il était
l'unique titulaire des actions de cette société après avoir
déclaré que cette société avait pour actionnaire
majoritaire Monsieur ORANGES.
À l'issue de son incarcération, courant 1995, LAURICELLA vendait
ses participations dans la CODIL, dont Monsieur DEL GALLO Dl ROCCAGIOVINE devenait
le P.D.G.
La revente des actions de la CODIL par FINRO HOLDING plaçait Monsieur
LAURICELLA dans une position délicate voire difficile. Alors qu'il avait
envisagé de payer le rachat par HARMONY GOLD des actions de la CODIL
à la société INTER?ILES et de dégager à l'occasion
un profit substantiel par la revente de ces mêmes actions à la
société FINRO HOLDING , Monsieur LAURICELLA se trouvait face à
un double engagement. En tant que dirigeant D'HARMONY GOLD il devait faire face
aux obligations qu'il avait contractées avec la société
INTER?ILES et, simultanément, en sa qualité de dirigeant de la
société TAGS il devait payer le rachat de CODIL à FINRO
HOLDING. En d'autres termes, Monsieur LAURICELLA tenu de payer des dettes personnelles
à la fois à Monsieur CAPROTTI et Monsieur FINOCCHIARO, le faisait
avec les fonds ou les actifs de la CODIL.
o SUR LE FINANCEMENT DES PROJETS IMMOBILIERS
Le financement des opérations immobilières dont CODIL a été
le promoteur provenait de quatre sources différentes et était
assuré soit
? par les actionnaires successifs au travers d'augmentations de capital, de
participations et d'apports en comptes courants associés, puis d'abandons
de créance.
? par des concours extérieurs, notamment des prêts dont le plus
important était souscrit en avril 1989 auprès de la société
ULTRAFIN, filiale de la BANCA DEL GOTTARDO à Lugano.
- soit par le produit des ventes de terrains ou de droits à construire
et notamment les ventes des appartements. soit par la vente des participations
de la CODIL dans ses différentes filiales. Les différents modes
de financement seront examinés successivement.
* sur le financement par les actionnaires successifs
La société INTER?ILES dirigée par Monsieur CAPROTTI devenue
actionnaire de la CODIL en 1988 apportait à la CODIL une somme de 12
000 000 F qui servaient à hauteur de 7.718.000 F à financer l'augmentation
de capital puis, à nouveau en avril 1989, 6.760.000 francs dans le cadre
d'une nouvelle augmentation de ce capital.
La CODIL bénéficiait d'autres apports de la société
INTER ILES par des virements dont une partie était identifiée
par LAURICELLA comme des versements effectués par lui?même dans
le cadre de ses accords avec CAPROTTI pour l'achat des actions CODIL. D'ailleurs
la société INTER?ILES attestait en mars 1989 avoir reçu
D'HARMONY GOLD 25 millions de francs à valoir sur le prix d'achat des
actions CODIL conformément au protocole du 18 octobre 1988.
Les soldes créditeurs, arrêtés fin 1988 et fin 1989 étaient
abandonnés au bénéfice de la CODIL: le 14 juin 1989 une
créance de 3 745 000 F
? le 27 octobre 1989 une créance représentant toutes les sommes
détenues sur la CODIL soit 3.478 000 F. De même, RTM abandonnait
ses créances en compte courant pour 4.250 000 F en 1988 et 2.700.00 F
en 1989.
- la société HARMONY GOLD dirigée par Monsieur LAURICELLA
apportait en compte courant une somme de 9.300.000 F qui serviront au travaux
de construction du village des pêcheurs. Puis, le 27 octobre 1989, elle
abandonnait sa créance évaluée à 9.763.000 F au
bénéfice de la CODIL. Cet abandon de créance était
concomitant à la cession des actions CODIL à la société
FINRO HOLDING.
La société FINRO HOLDING dirigée par Monsieur FINOCCHIARO
apportait en prêts ou en compte courant :
? en septembre 1989 prêt de 4.650.000 F
?fin 1989: .: 9.299.00 F en compte courant
?20 décembre 1989 signature d'un abandon de créance pour 13.949.000
F
? de janvier à mars 1990 29.945.000 F en compte courant
qu'elle abandonnait le 6 juin 1990 à hauteur de 19 000 000 F, son compte
courant associé restant créditeur alors de 9.699.000 F.
? la société TAGS dirigée par Monsieur LAURICELLA et qui
selon celui?ci n'a jamais eu de fonds propres n'effectuait aucun rapport à
la CODIL, mais cette dernière, par contre lui consentait des avances
non rémunérées par le compte courant associé. Il
était ainsi relevé
* le 30 novembre 91 9 111.617 F via un compte CODIL à la BANCA del GOTTARDO
* le 31 décembre 1991 5.000.000 F via un compte ABN AMRO BANK
*Le financement par prêts bancaires
Le 13 avril 1989, la CODIL empruntait 124 millions de francs auprès
de la société ULTRAFIN, établissement financier filiale
de la BANCA DEL GOTTARDO pour financer la construction notamment de l'hôtel
des pêcheurs, de la première tranche du village des pêcheurs
et d'un centre commercial. Cet emprunt remboursable en 14 semestrialités
égales prévoyait la constitution d'un fonds de garantie auprès
de la BANCA DEL GOTTARDO au bénéfice d'ULTRAFIN, garantie constituée
en l'espèce par la caution de la BANCA MANUSARDI. Le principe de ce prêt
était décidé par le conseil d'administration de la CODIL
en février 1989 et approuvé en juillet 1989 par le même
conseil.
Les échéances de ce prêt CODIL?ULTRAFIN étaient
remboursées par la CODIL à partir d'un compte ouvert à
la BANCA DEL GOTTARDO compte crédité soit par des apports de la
société FINRO HOLDING (1990) soit par le produit de la vente à
la SECCO FRANCE (1991) soit par l'encaissement des prix de ventes d'immeubles
construits (1992 ?1993 ? 1994). A partir de 1995, les échéances
ULTRAFIN n'étaient plus honorées et la créance d'ULTRAFIN
se montait en 1998 à 68 millions de francs.
* Le financement par la vente de produits immobiliers
Si pour certaines ventes d'appartements, les prix étaient payés
par la comptabilité du notaire (telles les ventes passées entre
mars 1992 et juin 1993 par l'intermédiaire de la société
PROPERTY service et qui représentaient pour la CODIL un chiffre d'affaires
de 50 millions de francs environ) par contre et pour d'autres, les actes notariés
portaient quittance du paiement du prix par le vendeur mais sans encaissements
correspondants dans la comptabilité de la CODIL étant précisé
que les prix étaient alors versés entre les mains de l'actionnaire
principal, Monsieur LAURICELLA.
* Le financement par la vente des participations dans les filiales
L'activité principale de la CODIL est la promotion immobilière
dans l'île de Cavallo. La CODIL constituait par ailleurs plusieurs sociétés
pour l'exploitation touristique de l'île de Cavallo, sociétés
dans lesquelles elle prenait des participations majoritaires voire totales étant
précisé que les organes de direction de ces sociétés
évoluaient au rythme des changements d'actionnariat au sein de la CODIL..
la société du port de Cavallo était constituée
en 1985 sur l'initiative de M. CAPROTTI sous la forme de société
anonyme ayant pour objet la construction et l'exploitation du port de plaisance
de Cavallo. Cette société du port qui avait dans son actif des
droits à construire, réalisait les travaux et les commercialisait
dès 1992.
- la société Cavallo évolution était immatriculée
au RC d'Ajaccio en 1989 sous la forme de S.A.R.L. Elle avait pour objet l'exploitation
du port de plaisance de Cavallo, elle était placée en règlement
judiciaire le 8 décembre 1997.
? la société Palma Club était immatriculée au RC
d'Ajaccio en 1985 sous forme de S.A.R.L. Elle avait pour objet l'exploitation
d'un restaurant night club sur l'île de Cavallo. En décembre 1988,
la CODIL acquerrait la totalité des parts. Le fonds de commerce était
donné en location gérance par la suite.
? la société office de promotion de Cavallo était immatriculée
au RC d'Ajaccio en 1986 avec pour objet l'hôtellerie et le tourisme. Le
capital de cette S.A.R.L était détenu en 1988 par la CODIL qui
en 1990 cédait ses parts.
? La société Cavallo maritime était immatriculée
au RC d'Ajaccio en 1989 sous forme de S.A.R.L. Elle avait pour objet la desserte
maritime de Cavallo, elle était mise en liquidation judiciaire le 3 juin
1996.
*
* *
Le procureur de la République d'Ajaccio recevait, le 15 avril 1998,
une révélation de Madame VETTERI, commissaire aux comptes de la
S.A CODIL, qui indiquait notamment :
? que les formalités relatives à la perte de la moitié
du capital social constatée au bilan clos le 31 décembre 1994
n'avaient pas été accomplies alors que ce bilan avait été
approuvé par l'Assemblée Générale Ordinaire le 2
septembre 1997 ;
? qu'elle avait décidé de démissionner, comme son suppléant,
de ses fonctions, n'ayant pas perçu ses honoraires relatifs aux exercices
1995 et 1996.
Une enquête préliminaire était ordonnée et confiée
au S.R.P.J d'Ajaccio avec pour mission essentielle de rechercher les conditions
dans lesquelles s'était opéré le transfert des pouvoirs
au sein de la CODIL et l'identité des actuels maîtres de l'affaire.
Dans un rapport d'attente, en date du 2 août 1999, les enquêteurs
rendaient compte des résultats de leurs premières investigations
de la manière suivante
"Les documents juridiques disponibles et régulièrement opposables
aux tiers laissent apparaître que le nouveau Président Directeur
Général de la S.A CODIL serait Grégorio DEL GALLO DI ROCCAGIOVINE,
ressortissant italien descendant d'une famille de grande noblesse italienne,
exerçant plus particulièrement dans l'agriculture et accessoirement
dans la promotion immobilière. Malgré nos différents contacts
téléphoniques avec cette personne, cette dernière n'a pu
être entendue. Reconnaissant assez facilement verbalement par téléphone
avoir été l'homme de "paille" de Pier?Luiggi VIGNUZZI
et être prêt à déposer dans un lieu situé hors
de la Corse, il s'est rétracté au dernier moment lorsque Pier
Luiggi, alors placé sous mandat de dépôt à la maison
d'arrêt de Borgo, a été remis en liberté le 19 novembre
1998.
Il ressort néanmoins des différents témoignages recueillis
auprès de l'expert comptable, du commissaire aux comptes, de l'expert
immobilier, des propriétaires fonciers de l'île de Cavallo, que
le seul interlocuteur que ces personnes aient connu était Pier Luigi
VIGNUZZI, Grégorio DEL GALLO DI ROCCAGIOVINE leur étant pour la
plupart inconnu.
Pier Luiggi VIGNUZZI entendu sous le régime de la garde à vue
le 17 août 1998, alors qu'il était placé sous mandat de
dépôt à la maison d'arrêt de Borgo dans une autre
affaire, ne reconnaît pas avoir été ou même être
le dirigeant de la S.A. CODIL.
L'intéressé indique avoir établi ses premières
relations avec l'île de Cavallo en 1991/1992 par l'intermédiaire
d'une société immobilière GEFIMA qu'il avait créée
dans le but d'acheter un appartement deux lots de terrain à construire,
deux petits magasins et un port d'amarrage sur l'île de Cavallo, le tout
pour un montant de 800 Kf dont il versait le paiement à la société
MARKINTER (ou HAYTOR) (actionnaires de la S.A. CODIL à cette époque)
sur instructions de la CODIL, représentée alors par Vincenzo BERTUCCI.
Ce paiement direct aurait alors été réalisé pour
dégager les deux lots à construire de l'hypothèque dont
ils étaient frappés. P.L VIGNUZZI ajoutait qu'une partie du port
d'amarrage avait été réglé directement à
V. BERTUCCI à hauteur d'environ 48 000 F (180 millions de lires). Puis,
un certain nombre de négociations sont intervenues entre LAURICELLA et
VIGNUZZI à compter d'août 1994, lequel LAURICELLA semblait avoir
une dette envers un dénommé PREATONI. Les négociations
de ces deux personnes consistaient sommairement à faire acquérir
par VIGNUZZI des maisons individuelles sises sur l'île de Cavallo en contrepartie
de quoi ce dernier cédait à LAURICELLA des participations de GEFIMA
et versait directement à LAURICELLA un montant de 400 millions de lire
(environ 100 kfs). Ces négociations n'ont jamais été menées
à leur terme et ont échoué quand LAURICELLA a été
interpellé en mars 1995.
C'est alors que VIGNUZZI aurait appris que tous les biens (dont ceux achetés
par VIGNUZZI) avaient été déjà vendus par la société
SECCO France, alors en liquidation, à une société LA RÉSERVE
(société civile d'attribution) au mois d'octobre 1994, le tout
pour un montant de 20 Mfs payables au plus tard le 30 juin 1995. Il s'avérait
donc que les fonds versés par VIGNUZZI dans le cadre de l'acquisition
des biens immobiliers précédemment décrits l'avaient été
à fonds perdus puisque les biens objets de, la vente ne pouvaient pas
être cédés par LAURICELLA.
Mme LAURICELLA aurait alors proposé à VIGNUZZI qu'il rachète
pour 20 Mfs la société contrôlant LA RÉSERVE, SOMI
HOLDING, déduction faite des paiements déjà réalisés,
lequel ne s'y serait pas opposé mais aurait imposé un certain
nombre de conditions. Puis, Mme LAURICELLA aurait proposé à VIGNUZZI
pour faire échec à une proposition de CAPROTTI, actionnaire de
la CODIL, de racheter la promotion immobilière de la CODIL. VIGNUZZI
indique, qu'après avoir pris conseils auprès de ses comptables,
il était ressorti que l'opération pouvait être intéressante,
étant considéré qu'il pouvait exister des possibilités
de réaliser de nouvelles constructions sur près de 11.000 m2 et
la possibilité de recouvrir un montant important de créances douteuses
provenant des ventes payées hors la comptabilité du notaire.
VIGNUZZI a alors indiqué qu'il aurait proposé cette opération
à DEL GALLO DI ROCCAGIOVINE, ami de longue date spécialisé
dans la promotion immobilière, ne s'impliquant pas directement dans cette
opération car ayant déjà réalisé celle de
LA RÉSERVE. VIGNUZZI indique que DEL GALLO aurait acheté les parts
de la CODIL, détenues par TAGS pour le franc symbolique et 50 % des redevances
obtenues sur les profits. Parallèlement, VIGNUZZI s'engageait à
payer lé différentiel de 4 Mfs dû par GRECO (bail faisant
partie du même contrat général de PREATONI) VIGNUZZI et
DEL GALLO s'étant rendus entre temps acquéreur de GRECO (70 %
VIGNUZZI, 30 % DEL GALLO). Cela expliquerait selon lui les paiements effectués
par lui pour le compte de GRECO et figurant au compte courant d'associé
dénommé "compte VIGNUZZI DEL GALLO".
À ce jour, aucun document n'est susceptible de confirmer ou d'infirmer
les déclarations de VIGNUZZI sur les modalités de cession des
parts CODIL à DEL GALLO DI ROCCAGIOVINE."
Après maintes péripéties (refus du tribunal de Commerce
d'Ajaccio de déclarer la société en état de cessation
des paiements, appel du parquet en 1995, confirmation de la décision
de première instance par la Cour d'Appel de Bastia en 1996... ), la S.A
CODIL a été placée en redressement judiciaire le 30 août
1999, sur assignation d'organismes sociaux.
Le tribunal de commerce d'Ajaccio a prononcé la liquidation judiciaire
de la société le 7 février 2000. Le passif déclaré
dépasse 60 millions de francs dont 40 millions de dettes bancaires.
I B 3 ? LES POURSUITES PENALES
o contre Lillo LAURICELLA:
Comme nous l'avons déjà vu, une information avait été
ouverte à Paris, à la suite des attentats par explosifs commis
sur l'île de Cavallo, le 26 juillet 1992, et revendiqués par l'organisation
clandestine RESISTENZA.
Les investigations alors entreprises ayant laissé entrevoir d'éventuelles
irrégularités dans l'aménagement de l'île poursuivi
par la S.A CODIL, un rapport était adressé, le 16 octobre 1992,
par le parquet de Paris à celui d'Ajaccio, qui ordonnait dès le
23 octobre 1992, une enquête préliminaire.
Au vu du résultat des premières investigations effectuées
par le S.R.P.J d'Ajaccio, l'ouverture d'une information était requise
le 15 janvier 1994 au tribunal de grande instance de Bastia, juridiction spécialisée
en application de l'article 704 du code de procédure pénale.
Le dossier était enrichi par les renseignements communiqués par
le service TRACFIN et déjà analysés.
Par ailleurs, à la suite du dépôt de bilan de la S.A.R.L
SIAC (Société Insulaire pour l'Aménagement de Cavallo)
devant le tribunal de commerce d'Ajaccio, une enquête distincte était
ordonnée par le procureur de la République d'Ajaccio qui aboutissait
à l'ouverture d'une information judiciaire.
Il apparaissait que André Noël FILIPEDDU aurait sollicité
Lillo LAURICELLA pour obtenir un prêt de 4 millions de ftancs destiné
à financer des travaux dans son restaurant "Le grand bleu"
à Bonifacio. Pour ce faire, LAURICELLA aurait remis une partie de la
somme en la retirant de la trésorerie de la CODIL, retrait justifié
au moyen d'une fausse facture. Il aurait également remis à FILIPEDDU
deux chèques d'un million de francs chacun tirés sur le compte
de la SIAC dont il était gérant de fait. LAURICELLA était
mis en examen pour ces faits pour abus de bien sociaux de la S.A.R.L SIAC.
Pour sa part, FILIPEDDU était mis en examen pour recel d'abus de bien
sociaux d'une part dans le dossier de la CODIL et d'autre part dans le dossier
de la SIAC.
Compte tenu de la connexité des faits puisque les prélèvements
auraient une cause unique même si les sources de financement sont distinctes,
il était requis du magistrat instructeur qu'il ordonne la jonction des
deux procédures.
À l'issue de l'information, le procureur de la République de
Bastia requérait, le 24 novembre 1999,
? non lieu en faveur de M. FILIPPEDU, en considérant qu'il n'était
pas établi que l'intéressé ait eu connaissance de l'origine
délictueuse de l'argent prêté ; le renvoi devant le tribunal
correctionnel de Lillo LAURICELLA pour:
* présentation aux actionnaires de bilans inexacts de la SA CODIL pour
les exercices 1992, 1993 et 1994,
* abus, de biens de la SA CODIL pour favoriser la société TRANS
ALP GOOD SUPPLIERS (TAGS) dans laquelle il était intéressé,
en ayant:
? notamment à la fin de l'année 1991 perçu irrégulièrement
des avances à hauteur de 14.111.618 F pour financer une opération
personnelle d'achat de titres de la société LE GINESTRE,
? notamment à la fin de l'année 1994, revendu à la S.A.
CODIL des actions de la société LE GINESTRE pour le prix de 11.000.000
de francs et avoir immédiatement inscrit une provision pour dépréciation
de ces actions à hauteur de 6.900.000 F.
? notamment le 20 mai 1992, signé en reconnaissance d'une dette personnelle
de 5 000 000 F à des sociétés panaméennes des contrats
de réservation sur des immeubles construits d'une valeur de 45 000. 000
F à 60. 000.000 Francs.
? notamment le 29 juillet 1993 à l'occasion d'une vente faite à
Monsieur FINOCCHIARO sous estimé le prix d'une hauteur de 8.000.000 de
francs, maintenu le compte créditeur de cet actionnaire à hauteur
de 9.700.000 F de francs, maintenu le compte client de cet acquéreur
débiteur de la somme de 12.6ÔO.000 F soit un préjudice global
de 17.700.000 F.
- courant 1994, encaissé les prix de vente d'immeubles situés
dans le village des pêcheurs à Cavallo au lieu et place de la CODIL
pour la somme totale de 29.054.000 F.
? notamment le 21 juin 1994 encaissé en lieu et place de la CODIL le
prix de la vente d'immeubles à la société SOCOMAI soit
16.450.000 F.
- courant 1992, versé la somme de 2.000.000 F à André
Noël FILIPEDDU et en dissimulant cette remise au moyen d'une facture quil
savait partiellement fausse :
* abus des biens de la S.A.R.L SIAC (Société insulaire pour l'aménagement
de l'Ile de Cavallo) pour une somme globale de 2. 000. 000 F
*
* *
Le magistrat instructeur rendait une ordonnance conforme aux réquisitions
du parquet et l'affaire était fixée à l'audience du tribunal
correctionnel de Bastia tenue le 6 juin 2000.
À cette date, la citation à comparaiÎtre de Lillo LAURICELLA,
transmise aux autorités italiennes le 10 mars 2000, n'avait toujours
pas été retournée au procureur de Bastia.
Dès le retour de cette citation, une nouvelle date d'audience sera fixée.
*
* *
Je précise, pour mémoire, que André Noël FILIPPEDU,
dont les liens avec LAURICELLA viennent d'être évoqués,
a été condamné, le 31 mars 2000, par le tribunal correctionnel
d'Ajaccio, à 30 mois d'emprisonnement, 60 000 F d'amende et 5 ans d'interdiction
de gérer pour fraude fiscale, escroquerie, recel d'abus de biens sociaux
et abus de biens sociaux.
Il a relevé appel de cette décision le 7 avril 2000.
*
* *
Le 2 février 1999, le Directeur des Services Fiscaux de Corse du Sud
déposait plainte contre Lillo LAURICELLA, pris en sa qualité de
président directeur général de la S.A. CODIL, pour avoir
au cours de l'année 1995:
? volontairement et frauduleusement soustrait la société à
l'établissement et au paiement total de l'impôt sur les sociétés
dû au titre de l'exercice clos le 31 décembre 1994, en s'abstenant
de souscrire, dans les délais légaux, la déclaration de
résultat qui lui incombait (délit prévu et réprimé
par les article 1741 du Code Général des Impôts);
- sciemment omis de passer ou de faire passer des écritures et avoir
passé des écritures inexactes dans les documents comptables obligatoires
au titre de l'exercice clos en 1994 et notamment au livre d'inventaire et au
livre?journal (délit prévu et réprimé par l'article
1743 du Code précité)
Par jugement en date du 28 avril 2000, le Tribunal correctionnel d'Ajaccio,
statuant par défaut, condamnait Lillo LAURICELLA à la peine de
5 ans d'emprisonnement et à 250 000 F d'amende.
Il décernait contre le condamné un mandat d'arrêt qui était
diff?usé le 2 juin 2000.
*
* *
o Poursuites dirigées contre Léon PADOVANI, Notaire à
CORTE
Nous nous souvenons que, dans sa transmission en date du 22 avril 1993, TRACFIN
avait signalé que Léon Gilles PADOVA.NiI, Notaire à Corte,
réalisait de nombreuses opérations pour le compte de la CODIL
SA, notamment avec l'étranger.
Agissant dans le cadre déjà précisé, les fonctionnaires
du S.R.P.J d'Ajaccio constataient les faits suivants, qu'ils analysaient dans
un rapport en date du 3 décembre, 1996;
Courant 1991, la S.A. CODIL , chargée de l'aménagement et de
la promotion de l'Ille de Cavallo, vendait, notamment par actes reçus
en l'étude de Me PADOVANI, 33 lots de terrains constituant le "Lotissement
de la Baie de Gréco" à plusieurs SCI domiciliées à
Ajaccio mais détenues par des sociétés fiduciaires suisses.
Le prix de chaque lot était fixé à 490.000 ou 500.000
francs.
Par actes authentiques reçus par le même notaire, certaines des
SCI revendaient, le 21 octobre 1994, leurs terrains à des SARL implantées
à SETE (Hérault) mais appartenant à des sociétés
Luxembourgeoises, les prix fixés évoluant entre 790 et 800 000
Frs.
Les conséquences fiscales découlant des plus?values ainsi réalisées
étaient systématiquement réduites à néant
en raison de la prise en compte d'une TVA mentionnée à chaque
acte comme ayant été acquittée sur présentation
de factures en date de 1992.
Le montant global de la TVA ainsi éludée représentait une
somme de 3 60 000 F.
Au cours d'une perquisition effectuée en l'étude de Maître
PADOVANI, le 19 avril 1995, Monsieur EGRON?REVERSEAU,juge d'instruction à
Bastia, instruisant sur d'autres faits, saisissait les factures ayant permis
d'opérer les déductions fiscales.
Ces factures étaient relatives à des travaux de terrassement
et de démaquisage censés avoir été réalisés
pour une somme globale de 6 000 000 F (dont 500.000 f de TVA) par la S.A.R.L
SIAC dont la gérante statutaire était en 1992 Marie-Paule SERRA,
concubine de MaÎtre PADOVANI, et le gérant de fait Monsieur Lillo
LAURICELLA, PDG de la SA CODIL.
L'analyse des factures permettait d'établir qu'elles avaient été
adressées par fax depuis le siège de la S.A.R.L OMNIS dans laquelle
M. LAURICELLA a des intérêts, à l'étude PADOVANI
à l'attention de Madame de CASALTA, clerc.
L'expédition avait été réalisée en deux
temps :
- un premier jeu avait été expédié le 4 octobre
1994. Ces premières factures ne sont pas acquittées. Elles portent
les mentions suivantes: "BON", "NON", " À REFAIRE",
"À MODIFIER".
? un second jeu avait été expédié le 5 octobre
1994. Les factures portent les mêmes numéros que les précédentes.
Elles sont acquittées à des dates comprises entre les mois d'avril
et d'octobre 1992. Le corps de certaines d'entre elles a été modifié
quant au montant des prestations prises en comptes.
Entendue par les enquêteurs, Joëlle POGGI, secrétaire de
la Société OMNIS au moment des faits, affirmait qu'elle était
dans l'incapacité de préciser qui lui avait donné l'ordre
d'établir les factures en cause.
Elle travaillait en fait pour le "pool des sociétés de Cavallo",
avait à sa disposition de nombreux cachets et recevait des ordres de
nombreuses personnes et en particulier des avocats et conseils italiens des
sociétés concernées.
Madame POGGI pouvait par contre indiquer qu'elle avait modifié les factures
et donc constitué le deuxième jeu évoqué sur les
instructions de Madame DE CASALTA, clerc à l'étude de Maître
PADOVANI.
Les enquêteurs n'avaient pu découvrir aucun élément
comptable relatif à l'activité de la S.A.R.L S.I.A.C. dont la
liquidation amiable a été décidée lors d'une assemblée
générale des associés en date du 31 mars 1992,
Par contre les constatations effectuées sur les terrains constituant
le lotissement GRECO permettaient d'établir que les travaux de terrassement
et de démaquisage susceptibles d'avoir été réalisés
étaient sans rapport avec ceux qui avaient été facturés.
Le 30 septembre 1997, le parquet de Bastia requérait l'ouverture d'une
information contre X pour faux et usage de faux.
Le 15 décembre 1997, Maître PADOVANI était placé
en garde à vue.
Il expliquait :
- qu'il avait été chargé en 1984, par un sieur Stéfano
CASIRAGHI, de &&s'occuper" du dossier de l'Ile de Cavallo et qu'il
avait obtenu en 1988 l'ensemble des autorisations administratives souhaitées
concernant la modification du PAZ, le transfert du port de plaisance et l'ensemble
de la constructibilité
? qu'il avait confié à Madame DE CASALTA, son clerc, en 1994,
la rédaction des actes et le recueil de tous les documents nécessaires
à l'authentification des ventes déjà évoquées
;
? que son employée lui ayant indiqué que les reventes des terrains
pour les SCI entraîneraient le paiement de droits au titre de la TVA immobilière,
il s'était rapproché du conseil des SCI à LUGANO;
? qu'ayant appris par ce dernier que des travaux avaient été
réalisés sur les terrains de la Société SIAC, il
avait chargé Madame DE CASALTA d'obtenir les factures correspondantes
;
? qu'il s'était alors désintéressé du problème
Léon PADOVANI était mis en examen, le 16 décembre 1997,
par Monsieur EGRON?REVERSEAU, juge d'instruction, pour avoir établi,
courant octobre 1994, de fausses factures de travaux et en avoir fait usage
à l'occasion de la rédaction d'actes de ventes intervenus dans
son étude.
Le notaire restait sur ses positions en expliquant qu'il avait choisi, pour
des raisons économiques, de développer des activités extérieures
à CORTE, et qu'il avait largement délégué ses prérogatives
à son personnel...
Il était placé sous contrôle judiciaire avec pour seule
obligation celle d'informer le juge de tout déplacement hors de la Corse.
Placée à son tour en garde à vue, Marie France DE CASALTA
affirmait:
qu'elle avait bien été chargée par Maître PADOVANI
de suivre toutes les transactions concernant la S.A CODIL et l'Ile de Cavallo,
? que pour régler les problèmes de TVA, elle avait demandé
à Madame POGGI de lui fournir des factures de travaux, sans donner à
son interlocutrice d'indication chiffrée
que "LE MONTANT DE LA TVA ÉTANT INSUFFISANT POUR COMPENSER LA TVA
À PAYER A L'ACTE (elle l'avait) INDIQUÉ À MAÎTRE
PADOVANI QUI (lui avait) DEMANDÉ DE RÉCLAMER D'AUTRES FACTURES
AUX PERSONNES CONCERNÉES"
- qu'elle avait donc demandé à Madame POGGI de fournir d'autres
factures, en annotant les premières de sa main et en donnant à
son interlocutrice le "MONTANT DE LA TVA QUI DEVAIT FIGURER SUR LES NOUVELLES
FACTURES"
Madame DE CASALTA était mise en examen le 20 janvier 1998 pour faux
et usage de faux.
Elle tentait d'atténuer la portée des déclarations analysées
plus haut, en indiquant qu'elle n'avait pas invité Madame POGGI à
faire de fausses factures mais qu'elle avait seulement fait savoir à
celle?ci quels seraient les montants théoriques de travaux qui permettraient
une exonération de la TVA au moment de la vente, exonération souhaitée
par les vendeurs.
*
* *
Également placée en garde à vue Joëlle POGGI maintenait
qu'elle ne pouvait pas désigner la personne qui lui avait donné
l'ordre d'établir les premières factures.
Elle admettait qu'elle avait établi le second jeu sur les indications
de Madame DE CASALTA en choisissant au hasard, sur l'année 1992, les
dates supposées d'acquittement de ces factures.
Elle était mise en examen pour établissement de faux, le 25 janvier
1998.
*
* *
Le 23 décembre 1999, le procureur de la République de Bastia requérait
le renvoi devant le tribunal correctionnel des trois personnes citées
plus haut et en particulier celui de Léon PADOVANI pour complicité
et usage de faux en écritures.
Le magistrat instructeur ayant rendu une ordonnance conforme à ces réquisitions,
Me PADOVANI était condamné le 2 juin 2000 à 18 mois d'emprisonnement
avec sursis par le tribunal correctionnel de Bastia.
*
* *
Je rappelle d'autre part que, les investigations effectuées au plan pénal
ayant fait apparaître que la situation financière de l'étude
de Me PADOVANI était déficitaire depuis 1995, mon parquet général
sollicitait une inspection occasionnelle de 3° niveau de cet office.
Me VIGNERON et M. SUIN, Inspecteurs Nationaux des études de notaires
procédaient à l'analyse de la comptabilité et du fonctionnement
de l'étude de Me PADOVANI entre le 23 et le 28 novembre 1998.
Ils estimaient que la situation financière de l'office n'était
pas redressable, l'excédent de passif ayant atteint 6. 000.000 F
Ils considéraient que l'office n'était plus viable en notant
que... " primitivement établie à CASAMACCIOLI, l'étude
avait été transférée à CORTE en 1984 ; accaparé
dès cette date par la promotion immobilière sur l'île de
Cavallo, très éloigné de son office, Me PADOVANI avait
négligé son bureau secondaire à CASAMACCIOLI et que, la
forte dépopulation de cette région y ayant contribué, la
clientèle s'était évaporée".
Par exploit délivré le 5 mars 1999, le parquet de Bastia faisait
assigner Me PADOVANI devant le président du tribunal de grande instance
de Bastia qui, par ordonnance de référé rendue le 31 mars
1999, ordonnait la suspension provisoire du notaire et commettait un administrateur
provisoire.
Par jugement, en date du 5 juillet 1999, le tribunal de grande instance de
Bastia infligeait à Léon PADOVANI une INTERDICTION D'EXERCER PENDANT
CINQ ANNÉES.
o Poursuites pénales contre Pier Luigi VIGNUZZI
Les investigations effectuées par les enquêteurs du S.R.P.J d'Ajaccio
ont permis de mettre en évidence un certain nombre d'irrégularités
et de poser plusieurs questions qui justifient l'engagement de poursuites pénales
contre Pier Luiggi VIGNUZZI. Lintéressé a regagné l'Italie,
comme cela a déjà été précisé.
Les faits susceptibles de constituer à sa charge des infractions pénales
peuvent être succinctement présentés de la manière
suivante :
?VIGNUZZI a racheté à la CODIL (dont le Président Directeur
Général est alors DEL GALLO) la ZAC par l'intermédiaire
de la S.A.R.L COMPAGNIE COMMERCIALE de CAVALLO pour un montant de 3.497.450
F qui n'a été que très partiellement payé. S'il
est établi, comme il ressort des différentes dépositions
recueillies, que VIGNUZZI a été le véritable dirigeant
de la CODIL, ce dernier se serait alors cédé cette ZAC sans la
payer. Cependant, il convient de déterminer précisément
quelle pouvait être la valeur de cette ZAC au moment de la cession. L'expert
immobilier GALTIER, bien qu'ayant réalisé un audit conduisant
à une estimation moyenne, laissait entendre au cours de son audition
que la valeur de cette ZAC était nulle d'autant qu'il n'existait aucune
possibilité nouvelle d'extension et de construction, le PA.Z ayant été
annulé. Mais, pourquoi alors, VIGNUZZI, homme d'affaires italien averti,
aurait?il accepté de payer ce prix pour l'achat de la ZAC, d'autant qu'au
début de son audition, il indiquait qu'il y avait possibilité
de construire encore sur 11000 m2 ?
? VIGNUZZI a racheté par l'intermédiaire des société
dont il est le gérant, la S.A.R.L MERCATOR et la S.A.R.L COMPAGNIE COMMERCIALE
DE CAVALLO, les derniers biens figurant à l'actif de la CODIL, repris
par cette dernière après résolution de vente pour non paiement
par les précédents acheteurs. VIGNUZZI n'a finalement payé
que très partiellement cet achat. Comme précédemment, s'il
est démontré que VIGNUZZI était l'animateur de fait de
la S.A CODIL , il se serait donc fait des ventes à lui même dans
des conditions suspectes et sans convention préalable.
? VIGNUZZI a signé par acte notarié chez Me PADOVANI, une convention
de rachat de 55 Mfs de créances douteuses de la CODIL pour un montant
de 14 Mfs au nom de la CREDHITALIA dont il est le représentant. Il pensait
réaliser un gain en recouvrant ces créances. Cette opération
n'a cependant pas été menée à terme, aucun versement
ni aucune comptabilisation dans les comptes de la S.A CODIL n'ayant été
opérés. VIGNUZZI a tenté d'expliquer cet échec en
indiquant qu'en droit italien, l'opération n'était censée
être définitivement bouclée que si CREDHITALIA réussissait
à recouvrir les créances douteuses cédées. Alors,
vente ou pas vente ? Toujours est?il, qu'une fois de plus, VIGNUZZI s'est vendu
à lui?même ce qui restait d'actif de la SA CODIL pouvant éventuellement
générer un gain.
Il n'a pas été possible à ce jour d'entendre le comptable
italien salarié, M. MASTROGIUSEPPE, qui serait pour les enquêteurs
en Belgique. Néanmoins, ce dernier a déclaré aux services
de gendarmerie de Porto Vecchio, dans une affaire, distincte, que la comptabilité
de la SA CODIL était inexacte.
Les éléments de comptabilité analysés laissent en
effet de nombreuses zones d'ombre et nécessitent des explications. Or,
ni l'expert comptable ni le commissaire aux comptes, ne sont en mesure de donner
des précisions utiles sur certains de ces faits, et notamment le règlement
par VIGNUZZI pour le compte de GRECO de factures fournisseurs enregistrées
chez la SA CODIL, le tout enregistré sur la déclaration verbale
de VIGNUZZI sur un compte courant d'associé appelé "compte
VIGNUZZI / DEL GALLO". Il semblerait d'autre part que d'importantes provisions
aient été omises, et notamment celles correspondant à un
redressement fiscal évalué à près de 300 Mfs.
Aucune comptabilité n'a été réalisée pour
les exercices 1997 et 1998. La comptabilité des exercices 1994 et 1995
a été déposée très tardivement bien au delà
des délais légaux.
De nombreuses recherches devant être effectuées à l'étranger,
le procureur de la République d'Ajaccio vient d'inviter les fonctionnaires
du S.R.P.J d'Ajaccio à clôturer l'enquête préliminaire.
L'ouverture d'une information judiciaire sera prochainement requise.
*
* *
o les développements pénaux envisageables
Le parquet de Paris a obtenu des autorités judiciaires italiennes et
transmis fin 1999 au procureur de la République de Bastia des éléments
d'information sur les activités d'une organisation criminelle dirigée
par Fausto PELLEGRINETTI, alias FRANCO, sujet italien en fuite en Espagne, et
"animée " en particulier par Stéfano RUBINI, Lillo Rosario
LAURICELLA, Julien FILIPEDDU, et Giuliano PELLEGRINETTI, frère du précédent
et localisé à TORRE MOLINOS.
Ce groupe semble avoir effectué de nombreux investissements au Brésil
soit par le biais de la création de certaines sociétés
(NEVADA, BINGOMATIC, BETATRONIC, elles même contrôlées par
la société JEGRA Limited implantée à JERSEY) spécialisées
dans l'importation, la distribution et la gestion de machines à sous,
soit au travers d'une participation à 50 % dans une société
brésilienne spécialisée dans la fabrication de ces machines.
Celles?ci devaient être (ou ont été) acquises en Espagne
par une société "RECREATIVOS FRANCO".
Le capital investi par le groupe dans l'activité des machines à
sous serait de l'ordre de 8 millions de dollars.
*
* *
Toujours selon les constatations faites par les autorités italiennes,
le groupe s'intéresse à la commercialisation des métaux
et actuellement surtout de la fonte, en utilisant en Italie une société
COMERCIO ITALIA S.R.L dont l'administrateur et l'actionnaire majoritaire est
le nommé Emesto VITA, et aux PAYS BAS, à ROTTERDAM, la société
HOMICK HOLDING B.V dont l'actionnaire unique serait le même VITA.
HOMICK HOLDING fournirait de la fonte, préalablement obtenue de la société
tchèque VITKOVICE, à plusieurs aciéries italiennes parmi
les plus importantes.
Mais cette activité commerciale serait de pure façade et aurait
pour buts réels le recyclage et le blanchiment de capitaux investis et
la constitution de disponibilités financières sur des comptes
courants ouverts dans des établissements de crédits étrangers.
Il apparaît ainsi par exemple que la BANK AUSTRIA HANDELSBANK AG de VIENNE
accorde à la société HOMICK HOLDING un découvert
de 1800 000 marks, garanti par une caution bancaire donnée par la SWISS
BANK CORPORATION de LUGANO au profit de la banque autrichienne pour un montant
de 2 000 000 000 de lires.
Or, toujours selon les renseignements obtenus et fournis par les autorités
italiennes, le même groupe envisageait, courant 1997, de procéder
à une augmentation du capital de la société "HOMICK
HOLDING" à travers l'acquisition des sociétés titulaires
des investissements effectués sur l'île de CAVALLO pour une somme
globale de l'ordre de 20 milliards de lires.
Lillo LAURICELLA se serait très activement engagé dans la recherche
d'une conclusion positive de "l'opération CAVALLO" d'abord
pour exécuter les instructions de Fausto PELLEGRINETTI relatives à
l'augmentation de capital de la société "HOMICK HOLDING"
et ensuite, à titre plus personnel, pour récupérer de grosses
sommes d'argent qui lui sont dues notamment par Pier Luigi VIGNUZZI.
*
* *
Toujours selon les mêmes renseignements, le même groupe se serait
intéressé, à la même époque, aux "potentialités
offertes par la citadelle de BONIFACIO".
Mais ses initiatives se seraient limitées à quelques démarches
effectuées par les frères FILIPEDDU et restées sans lendemain.
*
* *
Ces renseignements mériteraient bien évidemment d'être
actualisés.
*
* *
Je me propose d'organiser prochainement avec les parquets de Bastia et d'Ajaccio
une réunion de synthèse dans le but de parvenir à une centralisation
effective de tous les renseignements et de toutes les procédures susceptibles
de concerner directement ou indirectement l'urbanisation de l'île de CAVALLO.
Les éléments recueillis au cours de la procédure de redressement
judiciaire de la S.A CODIL, de l'enquête préliminaire diligentée
par le S.R.P.J d'Ajaccio sur les activités de VIGNUZZI, et les renseignements
obtenus des autorités italiennes doivent permettre d'envisager l'ouverture
d'une information judiciaire qui devrait, avec le soutien du'pôle économique
et financier de Bastia et sous réserve d'une bonne coopération
avec les magistrats italiens, nous permettre d'obtenir des résultats
significatifs.
I ? C. BILAN ET PERSPECTIVES
1 CI ? La réalité de la situation actuelle
Au terme de cette analyse, je peux dire, rejoignant ainsi le constat fait par
les responsables des services de police, de gendarmerie et les magistrats qui
se sont penchés sur le même problème depuis une dizaine
d'années que les pénétrations en Corse d'organisations
mafieuses étrangères restent faibles.
Elles se limitent aux investissement réalisés, dans des conditions
qui n'ont pas été correctement éclaircies, par certains
opérateurs italiens à l'occasion de l'urbanisation de l'île
de CAVALLO.
Je me suis bien évidemment interrogé et j'ai interpellé
mes différents interlocuteurs sur les raisons qui expliquent ce relatif
désintérêt des organisations criminelles étrangères
pour la Corse. Les réponses que j'ai obtenues peuvent être ainsi
présentées
? La Corse est un "village de 250 000 habitants", une société
de proximité, de promiscuité, fortement imperméable aux
pénétrations étrangères et surtout dotée
de structures criminelles endogènes qui constituent autant de remparts
contre ces pénétrations.
Comme nous le verrons, à propos des marchés publics, par exemple,
la Corse est divisée en micro?régions fortement "contrôlées"
et difficilement attaquables de l'extérieur.
Le banditisme local et les groupes nationalistes pratiquant le terrorisme se
sont très habituellement opposés aux investissements "allogènes"
qu'il s'agisse d'opérations transparentes ou d'interventions plus opaques.
Les autorités judiciaires italiennes, dans le cadre de l'exploitation
des renseignements déjà évoqués, ont ainsi pu noter
que Lillo LAURICELLA expliquait à ses mandants ou partenaires que l'opération
CAVALLO était un échec et que celui?ci était pour partie
"la conséquence de boycottage des activités d'entreprise
par les membres de la CUNCOLTA et du FLNC".
Et ce, même si l'on peut constater qu'à certaines périodes
et d'une manière ponctuelle les activités de "l'équipe
italienne" ont pu être accompagnées, moyennant de sévères
ponctions, par les tenants de l'action terroriste, dans le cadre de ce que l'on
a appelé leur dérive affairiste.
Et toujours à l'examen des renseignements obtenus de nos voisins italiens,
il apparaît bien que le groupe mafieux considéré est aujourd'hui
plus dans une logique de récupération d'investissements que dans
une démarche de développement de ces investissements.
Les organisations mafieuses, comme tout investisseur avisé, priviligient
des régions calmes, où règnent l'ordre et la paix sociale,
même si ceux?ci sont obtenus par la force ou la terreur.
Les attentats, les règlements de compte à répétition,
une délinquance et une criminalité lourdes ne constituent pas
un cadre très attrayant.
La structure de l'économie de la Corse constitue aujourd'hui encore
un rempart contre ces tentatives d'incursions étrangères.
Comme le fait remarquer le président de la Chambre Régionale
des Comptes de Bastia, les principaux transferts portent sur de l'argent public.
Les marchés publics constituent le moteur essentiel de l'économie
locale.
Mais il s'agit essentiellement de petits marchés situés pour
leur grande majorité en dessous des "barres nationale et européenne",
et donc peu susceptibles d'intéresser des opérateurs extérieurs
transparents ou opaques".
Même s'il est de bon ton de critiquer aujourd'hui l'action des pouvoirs
publics au cours des dernières décennies et je serai amené
à formuler moi?même de sérieuses réserves sur cette
action, il faut considérer que l'État et ses services ont toujours
fait preuve de vigilance et se sont employés à contenir les tentatives
de pénétration de ces groupes mafieux étrangers.
À ce niveau, il est constant que le principal attrait de l'île
pour de tels groupes réside dans les potentialités exceptionnelles
offertes par son littoral et les ressources directes et indirectes qu'une exploitation
intensive, et si possible désordonnée, des côtes de la Corse
pourrait produire.
Aussi la "loi littoral" telle qu'elle est aujourd'hui appliquée,
par la volonté de l'Etat, constitue bien un rempart supplémentaire
et certainement essentiel contre les pénétrations mafieuses.
Si ce rempart devait être affaibli, des mesures d'accompagnement drastiques
devraient être envisagées.
*
* *
IC 2 ? DE L'INEFFICACITE RELATIVE DE L'ACTION JUDICIAIRE
o Le constat
Les résultats des différentes poursuites pénales engagées
contre les acteurs de "l'opération CAVALLO" peuvent laisser
perplexe, dans la mesure où il apparaît que la justice s'est "arrêtée
aux apparences".
Elle n'a pas été en mesure de caractériser les faits de
blanchiment ni même de déterminer l'origine des fonds investis.
André Noël FILIPEDDU a bénéficié d'un non
lieu, même si il a pu être utilement poursuivi par ailleurs pour
des faits de "délinquance interne".
Lillo LAURICELLA est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Bastia
pour présentation de bilans inexacts et abus de bien sociaux ; il a été
condamné pour fraudes fiscales.
Léon PADOVANI, le notaire chargé de l'opération, a été
condamné pour faux et usage de faux,
Pier Luigi VIGNUZZI, le dernier opérateur connu, est susceptible d'être
poursuivi pour abus de biens sociaux et banqueroute.
La SA. CODIL est en liquidation judiciaire.
*
* *
Les dernières recherches effectuées par les services de renseignements
locaux, en collaboration avec leurs homologues italiens, ont permis d'identifier
les principaux propriétaires italiens des constructions, actuellement
implantées sur l'île de CAVALLO comme étant
o MIGNANEGO Fabrizia route Monte Isabella à Turin. Elle est également
identifiée sous le nom de BOGGIO BERTINET fabrizia, né le 17.09.1947
à Turin, demeurant route Ponte Isabelle n' 129, San Vito, avec son époux
MIGNANEGO Robert né le 23.12.1941 à Turin, exerçant la
profession de commercial, et avec sa fille Alberta Maria Séréna,
née le 27.05.1978 à Turin.
o CRIONO Clara, Turin, née dans cette localité le 15.11.1943
demeurant 97, cours Victor Emmanuel, avec ses fils GARDINO Renato et Giacomo
nés à Turin respectivement le 21.12.70 et le 24.01.1973. Le mari
de l'intéressée GARDINO Giuseppe né le 28.06.1939 à
Turin, responsable de l'entreprise du même nom, spécialisée
dans la filière bois, vit BENIN City (Nigéria)
o Entreprise NAVONA Giorgio, 131, cours Montecucco à Turin; IL s'agit
de l'entreprise des "Frères NAVONE" (Docteur Giuseppe NAVONE
et Lodovico NAVONE, ingénieur, géomètre) dont le siège
est à Turin au 131 Cours Montecucco. Cette société qui
fonctionne depuis le 20.10.1954, s'occupe de la construction d'immeubles (tant
pour le logement qu'à usage industriel) mais aussi tout ce qui concerne
l'énergie hydraulique et les constructions liées au secteur maritime,
ainsi qu'à la rénovation de la voirie.
Ses représentants sont: NAVONE Giuseppe, né le 10.06.1906, à
Villanova d'Asti, décédé le 10.02.1999, et NAVONE Lodovico
né dans la même localité, le 20.07.1909. Il convient de
préciser qu'à la même adresse (131 Cours Montecucco à
Turin) est implantée la '*NAVONE FLLI IMPRESA GENERALE COSTRUZIONI SPA"
qui s'occupe d'actionnariat, d'exécution de marchés de travaux
publics ou régis par le droit privé, tant en Italie qu'à
l'étranger, de chaque travail ou entreprise public ou privé, sans
oublier les chantiers ferroviaires, la voirie, les chantiers maritimes et les
constructions aéroportuaires. La dite société, constituée
le 21.07.1980 est ainsi composée
Principaux dirigeants :
NAVONE Giorgio né le 30.03.1947 à Turin.
MILARDI Aspromonte né le 14.04.1948 à Sorrente
Président du Conseil Syndical :
ACCORNERO Guido né le 05.08.1931
Syndic
DELL 'UTRI Armando né le 08.02.1937 à Turin
Suppléants
BIANCHI Carla née le 14.09.1964 à ALESSANDRIA
ROSSI Emilio né le 07.01.1943 à VERLÉLLI
o RANDI FEDESPIEL Ornella, no 2277 /P route Valsalice à Turin. On identifie
parallèlement GIOIA Maria née à Turin le 0 1.05.1950, demeurant
à MONCALIERI au no 64 Santa Brigada, avec son mari CERESA Carlo (dirigeant
d'entreprise) né le 13.07.1944 à Turin et ses enfants CERESA Martza
née le 11.08.1972 à Turin et CERESA Matteo né le 28.02.1974
à Turin. Ce dernier à des antécédents policiers
en matière d'armes.
o "SAILEM Société anonyme Italienne de travaux Maritimes
SPA" dont le siège social est situé à PALERME Place
Castello, au n' 1, ayant pour objet social la construction de ports, digues,
aqueducs, aéroports, et voies ferrées, déjà répertoriée
depuis 1992 pour avoir été en liquidation suite à une faillite
en date du 26.01.1999. La société, déjà representée
par VIRGA antonino, né le 27.07.1923 à PALERME, administrateur
principal, lequel est remplacé dans cette même fonction le 28.04.1997
par d'AGOSTINO Giovanbattista, né le 02.01.1952 à PALERME, dénoncé
pour des délits afférents à l'octroi de fonds illicites
et de fraudes. La SAILEM, après la déclaration de faillite, a
été modifiée juridiquement en consortium "GEIE ENTE
PUBLICO ECONOMICO".
o "PORTO CANALE SRL", dont le siège social est situé
au 37 rue MORETTI à CESENATICO, ayant pour objet social la construction,
achat vente et location d'immeubles. Depuis le 19.07.1991, la charge d'administrateur
principal a été reprise par ROMITI Marco, né le 17.11.1971
à Rome, demeurant à l'adresse citée supra. La société
à débuté avec un capital social de 30 millions, dont 6
millions de parts possédées par ROMITI et 24 millions par la société
SMI (SAN MARINO INVESTIMENT SA) dont le siège est sis 20, rue Piana,
République de San Marino.
o "PATTERA Silvia" avenue Duc Alessandro no 98 (PR). À l'adresse
indiquée, cette société s'avère inconnue. En revanche,
cela pourrait s'identifier à PATTERA Silvia Di Giuseppe, née à
Parme, le 16.03.1983, demeurant depuis sa naissance avec sa famille à
Parme au n' 11, rue Piacenza, ayant "émigré" en tant
qu'étudiante à NEVIANO ARDUINI (PR) le 12.08.1999, No 198 BAZZANO
LA COSTA.
o SCS EXPLOITATION AGR APPOLONIA SAS dont le siège est à
Carpi (MO) via dei Mulini n' 7, tel : 059/689572. De cette société
il résulte que le seul gérant est SCACCHETI Roberto né
à Modena le 04.03.1946 demeurant à CARPI (Modena), rue des frères,
Rosselli, n' 72. L'unique membre est sont épouse TASSONI Marianna née
à Serramazzoni (MO) le 16.08.1953. Cette société a pour
but social, la gestion deressources agricoles ainsi que l'achat et la vente
de biens immobiliers.
o NORFINI Andréa née à Livourne le 10.03.1973 et NORFINI
Francesca née le 08.12.1976 résidant à Livourne via Goito
n° 53/A.
o STORTINI épouse PACIA Nora, via Musa no2 COMO née à Terni
le 25.06.1941 décédée le 9.10.1994 mariée à
l'avocat PACIA Enzo né le 5.08.1933 à Laino (CO).
o D'AMBROS Domenico, CATTORINI Tiziana SAS IND ACA via La Messina no 45 (Turate).
Ces derniers sont respectivement gérant et membre de cette société
qui a pour objet le commerce de viandes et d'aliments en général.
o IMETX rue La Messina no 45 et Via Vallegio No2. Cette société
a pour objet social l'impression de tissus et le commerce de produits textiles.
L'administrateur unique est D'AMBROS Dominique.
Les vérifications opérées en liaison avec les services
italiens n'ont pas permis d'établir de liens entre ces personnes, entreprises
ou sociétés et des structures relevant du crime organisé.
*
* *
Je veux noter qu'il s'agir d'une INEFFICACITE RELATIVE, dans la mesure où
l'action de la Justice a permis d'identifier, d'écarter, voire de mettre
hors d'état de nuire pour une longue période certains des acteurs
les plus nocifs de l'opération de Cavallo.
Je veux aussi indiquer, même s'il ne saurait s'agir ni d'une excuse ni
d'une consolation, que nos homologues italiens n'ont pas été plus
performants. Ainsi, lorsque les enquêteurs du S.R.P.J d'Ajaccio se sont
transportés à ROME, les 11 et 12 mai 1995, ils ont dû faire
le constat suivant, après avoir rencontré leurs collègues
italiens :
"Par voie d'Interpol, les autorités italiennes, avaient attiré
notre attention sur une enquête effectuée par leurs services, de
1992 à 1994, sur Ifs agissements d'un nommé DIOTAVELLI Ernesto,
dans le cadre d'une affaire d'association de malfaiteurs et blanchiment de fonds.
Au cours de ces investigations, des liens d'affaires étaient apparus
entre DIOTAVELLI Ernesto et LAURICELLA Lilio, portant notamment sur des investissements
sur l'île de Cavallo.
Les fonds détenus par DIOTAVELLI l'auraient été pour le
compte d'un nommé LOPRETE Antonio?Julio, connu en Italie pour ses appartenances
mafieuses.
LOPRETE serait également une relation de LAURICELLA. Les enquêteurs
italiens n'ont pu caractériser formellement une infraction de blanchiment
de fonds à l'encontre des mis en cause, en raison des difficultés
rencontrées pour obtenir des informations relatives aux fonds ayant transité
ou encore bloqués dans les paradis fiscaux"
Par suite, la procédure engagée par les autorités italiennes
pour blanchiment, courant 1994, contre Lillo LAURICELLA a été
classée, le 10 octobre 1996, par le juge des investigations préliminaires
de Palerme, "les éléments recueillis au cours des investigations
n'étant pas suffisants pour soutenir l'accusation en jugement".
o Les raisons de cette inefficacité relative :
? elles doivent être recherchées d'abord dans le caractère
éminemment aléatoire de la coopération internationale en
matière pénale.
Pour être plus net, il apparaît que notre institution est aujourd'hui
désarmée face à des organisations qui utilisent les ressources
infinies qui leurs sont offertes par les législations de la multitude
des états qu'elles traversent "que ceux?ci soient considérés
comme des paradis financiers ou fiscaux ou comme des pays plus transparents".
Ainsi pour la seule "opération de CAVALLO", si la Justice
française avait voulu opérer à "armes égales",
elle aurait dû effectuer des investigations dans les états suivants
:
PANAMA, ÉTATS?UNIS, SUISSE, BELIZE, ITALIE, MONACO, ESPAGNE, BRÉSIL,
ANGLETERRE, LUXEMBOURG, ÎLE DE MAN, JERSEY, LICHTENSTEIN.
Il suffit de constater que les commissions rogatoires internationales adressées
par le juge d'instruction de Bastia aux autorités judiciaires du canton
de TEXIN en Suisse, pour obtenir de l'établissement bancaire de Lugano
des renseignements sur les comptes de plusieurs sociétés fiduciaires
ayant acquis auprès de la CODIL des biens immobiliers, n'ont pas été
exécutées : les autorités requises ont exigé du
juge mandant des précisions qu'il n'était pas en état de
fournir, puisque seule l'exécution des commissions rogatoires aurait
permis de les apporter ... (annexe 12)
? Notons à un second niveau que jusqu'à une époque très
récente, l'arsenal juridique mis à notre disposition était
"peu opérationnel."
Si la France a crée dès 1987 l'inftaction de blanchiment de capitaux
provenant du trafic de
stupéfiants, elle n'a élargi qu'en 1996 cette incrimination au
blanchiment du produit de tout crime ou délit, après avoir constaté
:
o que les organisations criminelles se décloisonnaient et brassaient
une pluralité d'activités délictueuses : il était
pratiquement impossible d'identifier l'activité précise ayant
généré chacun des flux financiers ;
o que le ministère public avait pratiquement une mission
impossible; il devait établir que la personne suspectée connaissait
précisément l'origine délictueuse des fonds qu'elle traitait.
La nouvelle incrimination a allégé cette contrainte, le ministère
public devant désormais établir que le suspect connaissait la
nature délictueuse des fonds, sans avoir à apporter la preuve
que celui?ci savait précisément de quelle infraction provenait
les fonds.
De même, s'agissant du dispositif préventif, il a fallu attendre
le 2 juillet 1998 pour que le législateur, prenant acte de la particulière
vulnérabilité du secteur immobilier aux opérations de blanchiment,
assujettisse à l'obligation de déclaration de soupçons
les personnes qui, à l'occasion de leur exercice professionnel, contrôlent
ou conseillent des opérations sur des biens immobiliers, comme les notaires,
les commissaires aux comptes, les agents immobiliers ou les conseils juridiques.
? Il est constant ensuite que les structures judiciaires classiques sont parfaitement
inadaptées à la lutte contre ces formes de délinquance.
S'agissant du fonctionnement chaotique de la S.A CODIL, la première
enquête préliminaire a été ordonnée par le
parquet d'Ajaccio le 23 octobre 1992. M. LAURICELLA pourrait être jugé
par défaut au cours du dernier trimestre de l'année 2000 les structures
d'enquête sont elles?mêmes peu efficaces. Elles ne font pas preuve
de toute la constance nécessaire.
Comme cela sera analysé dans la seconde partie, les services de police
se sont essentiellement consacrés, pendant la période qui nous
intéresse, à la lutte, elle?même plus ou moins efficace,
contre le terrorisme, délaissant les autres formes de criminalité,
qui ont pu se développer dans un certain confort, à l'abri des
attentats et des gesticulations de groupuscules violents.
Aujourd'hui encore, les moyens consacrés à la lutte contre le
blanchiment restent d'une insuffisance évidente : deux fonctionnaires
du SRPJ d'Ajaccio sont plus spécialement chargés de ce secteur.
La gendarmerie nationale ne participe à la lutte contre la délinquance
économique et financière, en Corse, que depuis la mi 1998.
? Le manque d'organisation des services de lutte contre ces formes de criminalité
est lui?même la conséquence du manque de constance dont l'État
a fait preuve dans son action.
Et je souhaiterais évoquer, ici, la courte expérience du "groupe
d'action interservices régional de lutte contre le blanchiment de l'argent".
Le 19 août 1992, Pierre BÉRÉGOVOY, Premier Ministre, présidait
à Matignon un comité interministériel sur la Corse. "Six
mesures destinées à marquer la volonté de l'État
de lutter contre le développement de la délinquance sous toutes
ses formes" étaient adoptées et parmi celles?ci:
"La mise en place sous l'égide du procureur général
et du préfet d'un groupe d'action inter?services, associant la justice,
les douanes, l'équipement, la gendarmerie et la police, afin de renforcer
la lutte contre le blanchiment de l'argent".
Cette structure recevait mission "d'étudier l'origine des capitaux
investis dans certaines opérations à propos desquelles des suspicions
sont entretenues ou des accusations avancées". (annexe 13)
Le groupe d'action inter?services était réuni, pour la première
fois, à la préfecture de Région, à Ajaccio, le 22
septembre 1992.
Ses membres, manifestement fort motivés, décidaient de créer:
?au plan régional: un comité chargé de l'impulsion et
de la coordination compos du procureur général, des trois préfets,
du directeur du S.R.P.J et du commandant de la Légion de Gendarmerie,
comité devant se réunir une fois par semestre ...
? au niveau de chaque département, un groupe d'action inter?services,
composé du préfet, du procureur de la République, des responsables
des Douanes, de la D.D.E, des services fiscaux, de la Sûreté Urbaine,
du S.R.P.J et de la gendarmerie, groupe devant se réunir au moins une
fois par trimestre.
Il apparaît que ces structures, après quelques réunions
au cours desquelles ont été essentiellement abordés l'affaire
de CAVALLO, le dossier du POS de BONIFACIO et les doutes relatifs à certains
investissements ponctuels ont cessé de fonctionner au mois de juin 1993.
M. Roger GROS, préfet de région, annulait le 28 juin 1993 une
réunion du Comité Régional en indiquant qu'il venait de
recevoir, avec M. FEDINI, préfet adjoint pour la sécurité
en Corse, une nouvelle affectation.
Dans son rapport déjà évoqué, en date du 25 février
1994, M. RAYSSEGUIER notait que depuis cet ajournement sine die, M. LACAVE,
le nouveau préfet adjoint pour la sécurité n'avait plus
réuni les instances prévues par le Comité Interministériel
du 19 août 1992 et ne lui avait fait part d'aucune nouvelle initiative
dans ce domaine.
Il faut donc constater que l'expérience lancée le 19 août
1992 a été abandonnée avant de devenir véritablement
opérationnelle.
L'on peut regretter aujourd'hui ce manque de constance car il est bien évident
que seule la mise en commun par les différents services de l'État
de leurs informations et de leurs moyens pourrait permettre d'appréhender
efficacement le problème du blanchiment de capitaux en Corse ou plutôt
celui de l'investissement, en Corse, de capitaux blanchis.
Il faut également préciser que nous éprouvons de grandes
difficultés dans la recherche des renseignements, des informations.
Les considérations que j'ai faites à ce sujet dans le rapport
que je vous ai adressé le 31 mars 2000, sur le fonctionnement de la justice
criminelle en Corse restent bien évidemment actuelles.
J'analyserai, ici, la contribution apportée par le service TRACFIN à
la lutte contre la criminalité qui nous préoccupe maintenant.
Depuis 1992, soit au cours des huit derniers années, TRACFIN a transmis
aux parquets de mon ressort neuf dossiers. Une dixième procédure
initialement adressée au parquet de Paris a été envoyée
parce dernier, pour compétence, au procureur de la République
d'Ajaccio le 11 janvier 1999 (affaire DOLESDEN ? BREMERET).
Parmi ces dix dossiers, quatre visaient des opérations de dimension
internationale.
J'ai rencontré, le 7 mars 2000, au siège de leur service, le
secrétaire général adjoint de TRACFIN et le magistrat,
conseiller juridique.
Ils m'ont confirmé que les interlocuteurs privilégiés
de TRACFIN, les établissements bancaires et les notaires, en particulier,
étaient "peu loquaces" en Corse.
Complicité passive ? Crainte ? La réponse n'est pas évidente.
Elle ne saurait être que nuancée.
Nous sommes convenus que des actions de sensibilisation seraient particulièrement
opportunes. Et nous avons déjà arrêté le principe
d'une joumée d'information destinée au notariat corse. La date
du jeudi 5 octobre 2000 vient d'être retenue.
Les services d'inspection et d'audit des établissements bancaires implantés
en Corse constatent habituellement le laxisme des agences locales dans l'application
des dispositions relatives au blanchiment de capitaux.
J'annexe à mon rapport celui qui a été établi en
1997 par l'Inspection Générale de la B.N.P.
Les Inspecteurs insistent sur le fait que "les risques de blanchiment
ne sont pas maîtrisés, la surveillance n'étant exercée
que partiellement."
L'inspection Générale et d'Audit de la Caisse Nationale de Crédit
Agricole a constaté, fin 1999, que la Caisse Régionale de Corse
n'avait pas mis en place un environnement suffisant pour se prémunir
avec efficacité contre le risque de blanchiment.
Les investigations menées sur les ouvertures de comptes ont mis en évidence
de nombreuses anomalies et les Inspecteurs ont conclu en ces termes :
" Les moyens mis en oeuvre demeurent largement insuffisants pour permettre
à la Caisse Régionale de Corse de remplir ses obligations règlementaires
en matière de lutte contre le blanchiment. Faute d'avoir poursuivi ses
efforts sur la formation du personnel, le développement d'outils adaptés
et la rigueur dans les entrées en relations, le dispositif en place affiche
une faible efficacité. Face à une opération de blanchiment
qui serait réalisée à son insu, la Caisse Régionale
se trouverait dans une situation très délicate si elle devait
établir qu'elle a déployé la vigilance requise par la loi"
J'ai rencontré, le 18 mai 2000, le président de la commission
de Gestion provisoire de la Caisse Régionale et le Directeur de l'inspection
Générale et de l'Audit de la Caisse Nationale.
Ils m'ont indiqué qu'un "plan d'actions procédure TRACFIN"
avait été mis en oeuvre dès le début de l'année
en cours et qu'ils s'associeraient très volontiers à toute opération
de sensibilisation organisée par TRACFIN en CORSE.
Il apparaît que, pour le surplus, nous souffrons de défaillances
dans la circulation et la centralisation des informations obtenues par les différents
intervenants.
Je me suis rapproché de votre Chancellerie et en particulier de M. Bruno
DALLES, chef du bureau de la lutte contre la criminalité organisée,
le trafic de stupéfiants et le blanchiment à la Direction des
Affaires Criminelles et des Grâces.
Il m'a confirmé que la nécessité de renforcer la coordination
et la centralisation du renseignement avait conduit la Police Nationale à
créer, au sein de la Direction Générale de la Police Nationale,
une unité de coordination et de lutte anti?mafia (UCRAM) en charge de
l'analyse de l'évolution des phénomènes mafieux en France
et de la coopération en la matière, par le biais d'échanges
d'officiers de liaison, principalement avec l'Italie.
Il résulte des renseignements sollicités par M. DALLES auprès
de l'UCRAM notamment à l'occasion d'une réunion de travail avec
son responsable, M. Le commissaire divisionnaire DIBONA, que cette structure
est étroitement liée à l'UCLAT dont les missions prioritaires
en absorbent la capacité d'action. Ainsi l'UCRAM se borne à organiser
l'accueil de délégations étrangères, des missions
d'étude sur la criminalité organisée et à tenir
des réunions d'information dont il n'a pas été précisé
la teneur et la fréquence.
Aucun travail de synthèse approfondi n'a été réalisé
par l'UCRAM sur l'implantation de groupes criminels en Corse.
Nous pouvons déjà considérer, à l'issue de cette
première analyse, que l'explication fournie par la commission d'enquête
sénatoriale présidé par M. COURTOIS, centrée sur
"une sous?estimation judiciaire du phénomène mafieux"
est peut être "un peu courte" pour reprendre une expression
triviale.
*
* *
I ? C 3 LES MOYENS D'UNE MEILLEURE EFFICACITÉ
o Le renforcement de la coopération internationale
Je n'entends pas reprendre ici l'argumentation en forme de plainte de tous
mes collègues qui tentent aujourd'hui de lutter contre les trafics internationaux
et qui doivent constater leur impuissance.
Il est bien évident que, malgré tous les efforts que nous pourrons
déployer par ailleurs, tant que nombre de pays voisins continueront à
offrir des îlots de paix aux criminels sans frontières cette impuissance
perdurera.
Depuis plusieurs années, les responsables de l'action publique en Corse
participent à des réunions de coordination ou initient de telles
réunions avec leurs collègues italiens.
Des journées franco?italiennes ont été organisées
à Aix en Provence les 11 et 12 mars 1994 par les Chancelleries française
et italienne, sur la coopération internationale en matière de
lutte contre le crime organisée et la Mafia;
? les 6 et 7 mai 1994 des journées italiennes de droit pénal
et de procédure pénale ont été tenues à la
Cour d'Appel de Bastia avec le soutien de l'École Nationale de la Magistrature
et de la Communauté Européenne,
? le 10 novembre 1994 une réunion de travail a rassemblé au parquet
général de Bastia les magistrats et les représentants des
services de sécurité de Corse, plusieurs magistrats et policiers
italiens, venus principalement de SARDAIGNE.
? les 5 et 6 juillet 1996 a été organisée à Lyon
la "troisième rencontre francoitalienne sur la coopération
pénale et le renforcement de la lutte contre la criminalité organisée"
? les 24 et 25 septembre 1999 s'est tenue à Rome une réunion
sur la coopération judiciaire entre la France et l'Italie, à laquelle
ont été associés les Magistrats de la Chambre d'Accusation,
du parquet général et du parquet de Bastia.
Ces rencontres doivent être poursuivies.
Les magistrats et enquêteurs français et italiens expriment les
mêmes convictions, la même détermination de principe. Ils
se heurtent aux même difficultés.
Il faut que se développent entre eux des relations directes et permanentes
et que les magistrats du Ministère Public des deux pays échangent,
sans réserve, les informations qui leur permettront de mieux gérer
l'action publique.
Les magistrats de liaisons peuvent jouer, à ce niveau, un rôle
majeur.
Toutes dispositions doivent être prises, notamment avec le soutien de
l'École Nationale de la Magistrature, pour que le problème de
la langue, qui commence à se poser avec nos collègues italiens,
ne constitue pas un obstacle à cette coopération privilégiée.
Mais, encore une fois, celle?ci ne saurait constituer qu'une première
étape, dans la mesure où, comme nous l'avons constaté pour
"l'opération CAVALLO", les justices italienne et française
se sont heurtées aux mêmes difficultés, qui ne leur ont
pas permis de démontrer l'origine criminelle des fonds investis en Corse
par des sujets italiens.
Les débats actuels sur l'institution d'EUROJUST, le combat mené
par certains parlementaires contre les paradis financiers et fiscaux permettent
d'espérer une véritable mobilisation de la communauté internationale,
sans laquelle tous les plans d'action aujourd'hui concevables continueront à
ressembler à des voeux pieux.
*
* *
o Le travail de prévention et de lutte contre le blanchiment et les tentatives
de pénétration de groupes mafieux doit être affiché
comme étant l'une des priorités de l'État en Corse.
Si le phénomène est aujourd'hui limité, nous savons que
les tentations, les potentialités et les risques sont majeurs.
Tous les services de l'État doivent être mobilisés et je
propose la création et l'institutionalisation d'une cellule de veille
permanente, au sein de laquelle les informations devront circuler en temps réel.
J'exposerai, plus loin, les initiatives que j'ai déjà prises
avec les trois préfets de Corse.
Il serait éminemment souhaitable que cette expérience puisse
être pérennisée et que le sort des structures que nous mettons
en place ne dépende pas de la seule bonne volonté des responsables
administratifs ou judiciaires, dont la mobilité reste forte.
Pour illustrer la difficulté de l'exercice, je reprendrai ici des extraits
du compte rendu que le procureur de la république d'Ajaccio m'a adressé,
le 14 juin 2000, sur le fonctionnement de la "cellule économique
et financière mise en place au sein de son parquet"
" Initiée au cours du dernier trimestre 1997, cette cellule réunit
mensuellement sous l'égide du parquet d'Ajaccio les représentants
des trois administrations économiques de l'État intéressées
par la lutte contre la fraude, Douanes, Services Fiscaux et DDCCRF ainsi que
les responsables des brigades financières du S.R.P.J et de la SPJ.
Invité a participer à cette cellule, le Directeur de la Banque
de France a décliné la proposition arguant du secret professionnel
le liant.
Des échanges d'informations informels sont opérés lors
des réunions de la cellule.
Des axes d'actions opérationnelles y sont également dégagés,
démarches conjointes visant les marchés publics, les faits de
prise illégale d'intérêt, le traitement de la fraude fiscale,
la lutte contre le recyclage de l'argent sale.
Désireux de développer l'information du Parquet en matière
foncière, J'ai invité le Conservateur des Hypothèques à
la réunion de la cellule en date du 26.03.99.
Assurant la publicité des acquisitions immobilières, la collecte
et la conservation des documents et titres officiels, ce fonctionnaire semble
à même de fournir des éléments Intéressants
sur les opérations susceptibles de s'inscrire dans une délinquance
astucieuse.
Je l'ai invité à ne pas hésiter à communiquer au
Parquet, via la D.S.F, tout élément relatif à une suspicion
de blanchiment.
À ce jour, je n'ai été destinataire d'aucun signalement
sur ce point ... "
o L'institution judiciaire doit être mieux mobilisée, ses actions
mieux synchronisées.
Au sein de mon ressort, le Pôle Économique et Financier de Bastia,
dont le renforcement est nécessaire, comme je l'exposerai plus loin,
doit devenir le coeur du dispositif de lutte contre le blanchiment et les pénétrations
mafieuses.
Il a vocation à centraliser et à analyser toutes les informations
obtenues sur ces formes de criminalité, même si le parquet d'Ajaccio
doit pouvoir continuer à exercer utilement l'action publique dans ces
matières.
La désignation d'un assistant spécialisé comme personne
ressource est souhaitable.
Il est constant, ensuite, que les ressorts des cours d'appel d'Aix en Provence
et de Bastia sont confrontés à des problèmes similaires,
voire aux mêmes équipes.
Actuellement, les rapports entre les deux parquet généraux sont
ponctuels et inorganisés.
Dès que le pôle économique et financier implanté
dans la Cour dAppel d'Aix sera véritablement opérationnel, il
conviendra d'étudier un mode de communication entre cette structure et
celle de Bastia, pour que les rapprochements utiles puissent être effectués
sans délai dans le domaine judiciaire.
Au plan national, des efforts sont également concevables.
Le. chef du bureau de la lutte contre la criminalité organisée
de votre Chancellerie m'a confirmé que s'il existait à son niveau
un suivi synthétique des affaires de grand banditisme pour le ressort
de la Cour d'Appel d'Aix en Provence, le suivi n'était que ponctuel pour
les dossiers concernant la Corse.
L'on peut ainsi imaginer l'organisation, à court terme, d'un dispositif
opérationnel associant, sous le contrôle des hiérarchies
concernées, le pôle économique et financier du ressort de
la Cour d'Appel dAix en Provence, celui de Bastia, le bureau de lutte contre
la criminalité organisée de la Chancellerie et les magistrats
de liaison compétents et entretenant avec les Magistrats du Ministère
public d'Italie des relations permanentes.
Par ailleurs, comme j'ai déjà pu vous l'exposer à plusieurs
reprises, des résultats convaincants ne pourront pas être obtenus
face à cette criminalité organisée sans un véritable
renforcement des équipes de juges d'instruction oeuvrant en Corse.
o Le rôle de TRACFIN doit être renforcé
Je confirme qu'il me paraît souhaitable que TRACFIN développe
des actions d'information et de sensibilisation des publics concernés
en Corse.
Je suis en contact avec son secrétaire général pour faciliter
la mise en uvre de toute initiative utile en la matière.
Il serait également fort opportun que les responsables de ce service,
et parmi eux, le Magistrat, conseiller juridique, "accompagnent" dans
la durée les transmissions faites aux parquets, qu'un dialogue permanent
puisse s'instaurer entre ce Magistrat et le pôle économique et
financier' de Bastia.
L'analyse que j'ai faite des conditions dans lesquelles les établissements
bancaires locaux, ou du moins certains d'entre eux, déploient la vigilance
requise par la loi, en matière de blanchiment, m'amène à
regretter l'absence de sanctions effectives en cas des non ?respect des obligations
de vigilance et donc de non déclaration des opérations suspectes.
Face aux "pressions de la promiscuité", la pression de la
Loi peut constituer un soutien efficace pour des professionnels fragilisés,
o Les services d'enquête et plus spécialement le S.R.P.J d'Ajaccio
doivent renforcer leur action.
Je reviendrai ultérieurement sur ce point, mais j'indique dès
à présent qu'à mon sens, seul le renforcement des services
locaux permettra de relever le défi qui nous est lancé.
Nous avons expérimenté, en Corse, au cours de ces deux dernières
années, l'utilisation, en matière financière, de "TASK
FORCES" constituées de fonctionnaires appartenant à divers
S.R.P.J du continent et ponctuellement habilités par mes soins.
Il s'avère que ces intervenants extérieurs ont assisté
leurs collègues locaux, pendant une courte période, dans le cadre
d'enquêtes d'envergure ou bien encore les ont aidés à "gérer
leur portefeuille" c'est?à?dire à évacuer des procédures
de moindre importance statistiquement embarrassantes.
Le traitement de la criminalité organisée locale nécessite
la parfaite connaissance d'un milieu et d'un environnement fort spécifiques.
Le groupe de Recherche et d'Investigations Financières (GRIF), dont
la mission originelle consiste à "travailler d'initiative sur des
objectifs ciblés afin de mieux réunir éléments de
preuves et informations pour des interventions en flagrant délit"
et qui est aujourd'hui composé, à ma connaissance, de deux fonctionnaires,
doit être étoffé et pouvoir uvrer sans être
distrait de sa mission fondamentale en fonction des besoins ou des urgences
du moment.
*
* *
Je reviendrai sur ce point dans la deuxième partie de mon rapport, que
je souhaite consacrer maintenant à la délinquance organisée
imputable à des individus ou à des groupes opérant en Corse
ou à partir de la Corse.
Il ? LA CRIMINALITÉ ORGANISÉE IMPUTABLE À DES INDIVIDUS
OU À des GROUPES OPERANT EN CORSE OU À PARTIR DE LA CORSE
Je tenterai d'analyser le contexte dans lequel cette criminalité évolue,
avant d'identifier certains de ses acteurs et de proposer quelques solutions
pour améliorer l'efficacité des services chargés de la
combattre.
Il A ? LE CONTEXTE, L'ENVIRONNEMENT
Il existe une imposante littérature sur la société corse,
sur la "question corse", sur les pesanteurs historiques, sociologiques,
culturelles, démographiques, économiques, qui bloquent l'évolution
de cette région et la maintiennent dans un état qui peut étonner
un observateur extérieur et peu avisé.
Je me garderai bien de me livrer, à mon tour, à une analyse en
forme de réquisitoire ou de plaidoirie.
Je consacrerai seulement quelques développements à certaines
dérives, à certains phénomènes, qui s'entrelacent
à tel point que l'on ne sait jamais si l'un d'entre eux est la cause
ou la conséquence des autres ou de l'un des autres ...
II A ? 1 ? LA RUMEUR
J'ai déjà insisté sur l'importance de LA RUMEUR en Corse,
dans une société microcosmique où la promiscuité
détermine les rapports entre les individus et où "L'ENVIE"
reste un ressort essentiel (CF. TERRITOIRE ET INSULARITE. LE CAS DE LA CORSE.
ANNE MEISTERSHEIM CHEZ PUBUSUD)
Se nourrissant souvent de fantasmes, la rumeur participe à la désinformation
du corps social.
Certaines affaires apparaissent évidentes pour la population ("TOUT
LE MONDE SAIT QUE") alors qu'elles ne reposent sur aucun fondement. Aucune
sanction n'intervient car aucune sanction n'est susceptible d'intervenir. Le
citoyen, de bonne foi, est conforté dans sa méfiance à
l'égard des institutions.
La tentation d'accompagner ces rumeurs est forte. La vigilance s'impose.
Je prendrai un exemple :
Le 31 octobre 2000, devant l'Assemblée de Corse, Bernard BONNET, Préfet
de Région, affirmait que "l'on [avait découvert] il y a quelques
semaines, au domicile d'un homme d'affaires corse, la matérialisation
d'une évasion fiscale de plus de 20 millions de dollars".
Cette information était fortement relayée par les médias
locaux et nationaux.
L'institution judiciaire ne détenant aucun renseignement sur cette "affaire",
j'invitais, le 4 novembre 1998, le préfet de Corse à faire parvenir
au parquet compétent tous les éléments, pièces ou
actes qu'il pouvait détenir sur les faits évoqués devant
la collectivité territoriale.
Le 5 novembre 1998, M. BONNET me répondait dans les termes suivants
" ... j'ai communiqué à l'assemblée de Corse une
information brute que j'avais apprise tout à fait incidemment.
Je ne dispose d'aucun élément de fond.
Il ne peut en être autrement puisque je n'ai aucune compétence
pour connaître les dossiers de cette nature.
C'est un but pédagogique que poursuivait mon intervention à l'assemblée
de Corse en rappelant que la progression du taux de recouvrement fiscal ne s'exerçait
pas principalement contre les contribuables modestes. Ce but semble avoir été
atteint d'après les analyses d'opinion dont je dispose... "
Le parquet de Bastia se rapprochait alors de l'administration fiscale qui lui
communiquait, le 17 novembre 1998, des informations relatives à la vérification
de la comptabilité de la S.A SODECA (P.D.G M. Noël DEVICHI; associé
M. Charles CAPIA)
Une enquête préliminaire était ordonnée le 26 novembre
1998 et confiée à la Division Nationale des Investigations Financières
de la Direction Centrale de la Police judiciaire.
Les enquêteurs clôturaient leurs opérations, le 3 décembre
1999, en présentant les conclusions suivantes
" L'enquête a permis de démontrer que M. DEVICHI apparemment
sans le soutien de Monsieur CAPIA, s'est livré à des placements
pour le moins hasardeux, à l'étranger.
Ayant par le passé obtenu des prêts bancaires grâce à
la conversion en disponibilités de son compte?courant pléthorique
détenu dans SODECA, lesquelles ont été déposées
sur un bon de capitalisation d'une durée de 8 à 10 années
adossé à un emprunt d'une durée identique. Il a décidé
de réutiliser cette méthode, compte tenu de la réussite
obtenue.
Toutefois, il s'est servi, non pas des disponibilités du GROUPE, mais
de la capacité de celui?ci à s'endetter davantage, les maxima
n'ayant pas été atteints. Pour rééquilibrer son
PASSIF (environ 1.200 MF de dettes pour 400 MF de capitaux propres) il a prélevé
50 MF sur la trésorerie du GROUPE et a décidé de les placer
à l'étranger pour 150 MF destinés à renforcer les
capitaux propres.
Monsieur DEVICHI a renouvelé cette opération en deux occasions:
? la première en juillet 1994 a duré 3 mois et s'est terminée
en octobre 1994 avec une perte de l'ordre de 500 KF sans l'obtention du prêt
recherché.
? la deuxième a été initiée en août 1994
et n'estpas terminée à cejour. En effet, ces 10 M de dollars,
non encore récupérés, font l'objet d'un contentieux initié
après le déclenchement du contrôlefiscal.
Monsieur DEVICHI estime sa conclusion proche et bénéfique pour
le GROUPE, compte tenu des mesures de blocage des fonds entreprises en SUISSE
et en ANGLETERRE.
Monsieur DEVICHI prétend avoir toujours lié cette opération
de placement de 10 M. de dollars à l'obtention d'un prêt de l'ordre
de 150 MF mais il n'a pas pu fournir de documents relatifs à cette recherche.
Par ailleurs, Monsieur DEVICHI a toujours entretenu le plus grand secret dans
ses démarches tant auprès de :
? son associé (Monsieur CAPIA)
? Me de SAINT RAPT (conciliateur puis mandateur ad?hoc du GROUPE)
? les banques créancières du GROUPE ? Monsieur BENAIN, commissaire
aux comptes du GROUPE
Son acharnement à vouloir récupérer desfonds qui lui échappent
depuisplus de quatre années ne retire en rien sa responsabilité
quant auxfaits d'abus de crédit qui sont . susceptibles de lui être
reprochés.
En l'absence d'investigations menées à l'étranger, rien
ne permet de penser que ce transfert de fonds ait pu lui bénéficier
à titre personnel.
Aucune évasion fiscale n'a pu être établie, les 10 M de
dollars ont touiours été comptabilisés. À ce titre,
l'administration fiscale n'a procédé à aucun redressement
relatif à cette opération pour l'exercice 1995. Toutefois si SODECA
récupère ses 50 MF (voire plus) la société serait
redressée à hauteur de sommes passées en remboursement
de capital et non en intérêts en 1997, époque où
les chances de rapatrier lesfonds semblaient compromises. "
Le pôle économique et financier de Bastia étudie actuellement
ce dossier pour caractériser d'éventuels abus de crédit.
La rumeur de "l'homme aux 20 millions de dollars" est désormais
ancrée. Elle reste vivace.
Il A2 ? UNE CRIMINALITÉ SPÉCIFIQUE
Comme cela a déjà été analysé dans le rapport
de la commission d'étude sur la justice criminelle en Corse (31 mars
2000), pour les années 1988 à 1998, en matière de crimes
de sang, le taux de criminalité pour 1000 habitants a été,
selon les années, 4 à 5 fois supérieur au taux national
; alors que le taux d'élucidation a été en Corse, pour
les mêmes années, de 54,23 % contre 77,27 % au plan national.
De même, pour les vols à main armée, entre 1994 et 1997,
le taux de criminalité enregistré en Corse a été
de 3,16 et 4,47 fois supérieur au taux moyen national, alors que le taux
d'élucidation, pour la période considérée, a été
très inférieur au taux moyen national (15,45 % contre 35 %)
o La criminalité de sang
Nous constatons que pour les six premiers mois de l'année 2000 les tendances
antérieures se confirment.
Du 1er janvier au 25 juin 2000, 13 homicides volontaires et deux tentatives
d'homicides volontaires ont été enregistrés, contre 11
et 5 pour la même période de l'année 1999.
Le taux élucidation pour l'année en cours et pour les homicides
volontaires est de 30,7 % (4 élucidés pour 13 comptabilités)
J'ai fait établir un état précis des crimes de sang ayant
donné lieu à suivi par des juridictions du ressort du 1er janvier
1997au 24 juin 2000.
À l'examen, il s'avère que, pour la période considérée,
sur 65 crimes de sang analysés :
? 24 sont susceptibles d'être rattachés à des règlements
de comptes imputables au banditisme local ou national (soit 36,9 %)
? 3 ont été commis à l'occasion de vols avec arme, sur
les victimes de ces vols, soit 4, 6 %
? 4 doivent être considérés comme des règlements
de comptes imputables à des mouvements nationalistes (soit 6,15 %)
- 34 relèvent de la "criminalité occasionnelle (soit 52,3
%)
o Les vols à main armée
Nous avions enregistré entre 1994 et 1999 les chiffres suivants
?1994 ...................................... 193
?1995 ...................................... 120
?1996 ...................................... 128
?1997 ...................................... 134
?1998 ....................................... 73
?1999 ...................................... 138
Pour les six premiers mois de l'année, 51 faits ont été
enregistrés contre 71 pour la même période de l'année
précédente, soit une baisse de 28 %.
Autre évolution notable, 36 affaires ont été résolues
contre 12 pour les six premiers mois de l'année 1999.
Le taux d'élucidation atteint est de 70,5 % pour l'année en cours.
J'ai fait établir un tableau récapitulatif et analytique des
45 vols à main armée commis entre le 1er janvier et le 12 juin
2000.
Il permet d'approcher la structure de cette délinquance en Corse aujourd'hui
Les victimes se répartissent ainsi
établissements bancaires 2
bijouteries 2
stations service 3
grandes surfaces 0
commerces de détail 32
particuliers 6
Six des agressions analysées ont nécessité une préparation
ou une logistique et sont donc susceptibles d'être rattachées à
une criminalité organisée.
Onze individus ont été interpellés. Aucun d'eux n'appartient
à un quelconque milieu.
II ? A3 ? LA VIOLENCE TERRORISTE, LES ATTENTATS
Les attentats rythment la vie de la Corse depuis de trop longues années.
Mode d'expression "politique", mode de "gestion des conflits",
forme d'intimidation, expression de rancoeurs ou de jalousies, arme des racketteurs,
l'attentat fait partie du quotidien des Corses.
Certaines années ont été paroxystiques. Ainsi en 1993,
561 attentats ont été commis, 379 par explosifs, les autres par
mitraillages ou incendies.
En 1994, 563 attentats ont été enregistrés, dont 379 commis
à l'aide d'explosifs.
En 1999, 338 attentats ont été comptabilisés, dont 210
par explosifs.
Il est intéressant de noter que, malgré la "trêve"
décidée par divers mouvements terroristes, le rythme des attentats
reste soutenu depuis le début de l'année en cours.
Au 11 juin 2000, nous avions subi 94 attentats (contre 121 pour la même
période de l'année 2000) dont 51 par. explosifs (contre 5 8 pour
la période de référence)
J'ai fait établir un état récapitulatif de ces attentats
depuis le 1er janvier 1998. (annexe 19)
Les constatations suivantes peuvent être faites, s'agissant des attentats
commis depuis le 1er janvier 2000.
Sur 107 attentats commis
* 18 l'ont été par armes à feu, * 31 par incendie, * 58
par explosifs,
Les cibles se répartissent ainsi
* PARTICULIERS?COMMERCANTS: 88
(Conflits de voisinages ? conflits familiaux, concurrence commerciale, racket,
vengeances diverses, attentats "politiques")
ÉTAT (administration, poste ) 7
COMMUNES ou ELUS MUNICIPAUX 9
ÉTABLISSEMENTS BANCAIRES 2
(Crédit Agricole)
MEDIAS (journal CORSE-MATIN) 1
Parmi les attentats commis contre les particuliers:
* 9 pourraient être en relation avec une lutte contre l'URBANISME sauvage
ou "débordant" mais tout aussi bien avec des opérations
de racket sur fond d'urbanism e,
* 5 sont à connotation manifestement raciste ;
* 3 pourraient avoir été commis pour impressionner des personnes
ayant accepté de témoigner ou ayant "imprudemment déposé
plainte"
? parmi les 107 attentats commis en Corse depuis le début de l'année,
deux ont été revendiqués par le FLNC Canal Historique.
Ils ont visé deux anciens rapatriés d'Algérie.
Mais il est certain que plusieurs attentats commis depuis "la proclamation
de la trêve" pourraient, en fonction de l'évolution de la
situation, donner lieu à de nouvelles revendications "politiques".
La matière existe élus douteux, "allogènes",
cibles étatiques ...
*
* *
Il apparaît, à l'issue des entretiens auxquels j'ai pu procéder,
que cette violence lourde, lancinante, cette menace diffuse et permanente de
passage à l'acte ont eu et ont, dans le secteur qui nous préoccupe
actuellement, celui de la lutte contre la criminalité organisée,
des influences directes ou indirectes considérables.
D'abord elles imposent le silence et "tiennent en respect" un certain
nombre d'intervenants. Nous avons déjà évoqué le
manque de participation du secteur bancaire à la lutte contre le blanchiment
de l'argent sale.
Nous aborderons, ultérieurement les difficultés rencontrées
par 1" administration fiscale qui se trouve "en première ligne"
et dont le rôle pourrait être essentiel dans la prévention
et la répression des formes de délinquance considérées.
Je rappellerai que le 10 décembre 1998, un attentat a été
commis au domicile de M. Bernard BONNET et de Madame Christine MAGNAVAL, tous
deux Inspecteurs des Impôts à Bastia, connus pour leur engagement
professionnel.
Une charge explosive placée devant le garage de l'habitation provoquait
la destruction des deux véhicules des occupants et des dégâts
immobiliers.
M. BONNET avait à traiter, au moment des faits, plusieurs dossiers sensibles
concernant notamment le milieu agricole et certains individus habituellement
présentés comme liés au grand banditisme.
Les enquêteurs identifiaient les auteurs et complices de cet attentat
et notamment
Toussaint PIERI, déjà condamné par le T.G.I de Grasse,
le 21 avril 1997, à un an de prison pour escroquerie commise en bande
organisée
Albert PIERI, condamné le 19 juin 1991 par la Cour d'Assises du Doubs
à 12 ans de réclusion criminelle pour vol avec port d'arme et
séquestration.
Les intéressés niaient les faits et leurs motivations précises
ne pouvaient être clairement établies.
Le tribunal correctionnel de Bastia se prononcera prochainement sur cette affaire.
Quelques mois après les faits, M. BONNET et Mme MAGNAVAL ont obtenu
une mutation sur le continent ...
Les attentats, la violences politiques mobilisent les services de police et
de gendarmerie qui, pendant certaines périodes doivent consacrer l'essentiel
de leurs moyens à la prévention de ces agissements et à
la lutte contre leurs auteurs.
Plusieurs responsables de ces services m'ont expliqué qu'ils avaient
fonctionné "au rythme des trêves et des ruptures de trêves",
les problèmes liés à la délinquance financière,
au blanchiment et à la criminalité organisée ne constituant
pas des priorités et étant bien évidemment négligés
pendant les périodes de forte activité terroriste.
Dans de telles conditions, l'action publique n'est plus maÎtrisée.
Les priorités sont définies par d'autres, qui agissent dans l'ombre.
Il A 4 ? UNE ÉCONOMIE DÉSÉOUILIBRÉE, UNE ABSENCE
DE CONCURRENCE EN MATIÈRE DE MARCHÉS PUBLICS ? DES PRATIQUES DE
FAVORITISME GÉNÉRALISÉES ?
Je ne reprendrai pas ici les nombreuses analyses faites, au cours de ces derniers
mois, notamment par la commission d'enquête parlementaire, présidée
par M. GLAVANY, sur le déséquilibre de l'économie corse.
La dernière note de tendances régionales, publiée courantjuin
2000 par la Banque de France, indique que le décalage conjoncturel, dont
a pâti l'économie insulaire en 1999, tend à s'estomper et
que la Corse, comme le continent, bénéficie maintenant pleinement
de la reprise économique.
Elle confirme toutefois, le poids du secteur public dans l'île, en se
référant à des sources INSEE, mises à jour le 31
décembre 1997 ; la répartition de l'emploi salarié (74
012 personnes) se présente ainsi
? secteur public 41%
? services marchands 25%
? commerce 15%
? bâtiment 9%
? industrie 7%
? agriculture 3%
*
* *
Je souhaiterais insister ici sur les dérives qui accompagnent la passation
des marchés publics et sur les conséquences que ces dérives
peuvent avoir, en ce quelles participent activement au climat de népotisme
et de clientélisme que beaucoup dénoncent à juste titre.
Mon parquet général entretient des relations étroites
avec la Chambre Régionale des Comptes de Corse, et notamment avec M.
André VALAT, son président, qui, à l'occasion de l'audience
solennelle de la Chambre, tenue au palais de justice de Bastia, le 16 juin dernier,
a fait un constat très dur.
J'en reprends, ici, les éléments essentiels.
"... en matière d'administration générale des collectivités,
nous sommes frappés par l'absence de réactivité de certaines
directions locales face aux problèmes qui se posent à elles. ...
Cette absence de réactivité semble provenir, en fait, de l'insuffisante
maîtrise des projets publics, que ce soit en amont, dans leur définition,
qu'en aval dans leur exécution.
En confondant, trop souvent, délégation et blanc seing, les collectivités
se privent du moyen de s'assurer du respect des termes du contrat, et les délégataires
agissent dès lors et défait, dans un cadre peu contraignant, sans
que l'on puisse être assuré que les intérêts de la
collectivité soient suffisamment pris en compte.
Trop souvent, d'ailleurs, ces mêmes délégataires sont à
l'origine de bon nombre des projets de collectivités. Ainsi, paré
des atours de la technicité, sans que la collectivité ne soit
véritablement en mesure d'apporter la moindre contre?expertise, s'appuyant
sur un partenariat en cours toujours présenté comme positif, le
nouveau projet a toutes les chances d'être retenu. La collaboration entre
la collectivité et son partenaire se poursuit ainsi, sans que les coûts
et avantages d'une telle pratique n'aient été véritablement
mesurés par la collectivité.
L'avènement de la loi Sapin, en 1993, et l'obligation de mise en concurrence
qu'elle a instaurée, sont venus heureusement limiter ces pratiques. On
a cependant observe que certaines collectivités avaient dénoncé
les contrats avant l'entrée en application de la loi afin de permettre,
par un nouveau contrat, la poursuite d'une collaboration supposée positive.
Certains prestataires peuvent donc rester en place pendant plusieurs dizaines
d'années sans qu'une mise en concurrence ne soit intervenue et ne puisse
intervenir, désormais, avant plusieurs années.
On mesure, dans ces circonstances, l'impact que de telles pratiques peuvent
avoir sur la conduite des services et les conséquences financières
qu'elles entraînent pour la collectivité. Il n'a jamais été
observé, en effet, qu'elles aient pu être positives.
L'insuffisante information dont disposent les dirigeants publics et leurs assemblées
délibérantes, ne les place donc pas en situation de réagir
lorsque des dysfonctionnements se présentent. Restés trop éloignés
des conditions d'exercice de leurs délégataires et parfois même
de leurs propres services, certains dirigeants publics apparaissent, trop souvent
encore, plus comme des spectateurs que comme des acteurs de leur propre gestion.
C'est ainsi que l'on a pu observer que des modifications législatives
ou règlementaires, nationales ou européennes, parfois connues
de longue date, touchant les conditions d'attributions et/ou le fonctionnement
des services publics, n'avaient pas été pleinement prises en compte
pour adapter ces derniers à la nouvelle donne.
Au total, l'absence de surveillance et de réactivité conduit à
augmenter les coûts .de services publics dans des proportions insupportables
pour l'usager mais aussi pour le contribuable qui vient toujours, en définitive,
à son secours.
Ces pratiques sont d'autant plus critiquables que nombre de services publics
placés dans cette situation (ports de plaisance, stationnement, équipements
sportifs, etc ... devraient produire des recettes et ne pas être générateurs
de coûts.
Dans ce contexte, les mêmes causes produisant les mêmes effets,
les conditions de préparation, d'attribution et de suivi des marchés
publics appellent, elle?aussi, la critique.
Des projets mal définis, une insuffisante évaluation des coûts,
des appels d'offres géographiquement très restreints et souvent
infructueux, des choix sur les entreprises posant questions, le bouleversement
des cahiers des charges une fois le projet attribué, conduisent, le plus
souvent à des réalisations de projets dans de mauvaises conditions.
La traduction de ces approximations est généralement une dérive
des coûts finaux et parfois même l'inachèvement des
travaux.
Les projets sont, en effet, souvent insuffisamment préparés au
plan technique comme au plan financier. Il en est ainsi, notamment, lorsque
la réalisation de certains d'entre eux est engagée alors que la
maîtrise foncière n'est pas assurée, que la solution technique
retenue appelle encore des interrogations ou que tous les financements nécessaires
ne sont pas réunis.
Dès lors, les cahiers des charges techniques étant insuffisamment
précis, les entreprises sont conduites à présenter des
options ou variantes très différentes les unes des autres, de
telle sorte que la comparaison des offres est extrêmement difficile. Cette
situation conduit, le plus souvent, au caractère infructueux de l'appel
d'offres, au recours à un marché négocié avec, dans
certains cas trop nombreux, une des entreprises dont l'offre avait été
antérieurement rejetée.
De plus, la pratique des avenants, bouleversant, pour les mêmes raisons,
l'économie des projets initiaux est trop répandue pour ne pas
être ici stigmatisée. Enfin, le fait de confier, dans une approche
plus conviviale qu'économique, à l'entreprise titulaire du marché
des travaux complémentaires, hors marché initial, et ne faisant
pas eux?mêmes l'objet d'un marché public, ajoute à la confusion.
Au total, le recours à la concurrence a du mal à se développer
dans une région où le tissu des entreprises est relativement étroit,
où la taille des projets ne les rend pas souvent susceptibles d'être
soumis à un appel d'offres européen ou national, voire ... corse
et où des habitudes micro?locales donnent donc la préférence
aux entreprises micro?locales, quelles que soient leurs compétences.
Il a pu être observé, en outre, un recours trop fréquent
à l'urgence dans la réalisation de projets pour lesquels cette
caractéristique ne s'imposait pas d'elle?même. L'impréparation
parait être la cause essentielle de ce recours qui justifie alors toutes
les modifications techniques, tous les dépassements de coûts sans
que l'ouvrage ne soitparfois et au bout du compte, achevé.
Par ailleurs, le personnel de certaines de ces collectivités ne peut
être considéré comme totalement productif car marqué
par un absentéisme excessif, de surcroît combattu timidement. Cette
situation accroît le recours aux heures supplémentaires ou à
l'intérim, ce qui alourdit encore les charges de structure. Dans certains
cas, il est apparu à la Chambre que c'est la collectivité ou l'organisme
public qui s'adaptait aux comportements individuels et non les agents qui répondaient
aux nécessités de leur service. Quant on ajoute à cela
les déroulements de carrières, parfois accélérés,
pour faire bénéficier, au plus tôt, des rémunérations
attachées aux progressions indiciaires au risque de bloquer, par ailleurs,
tout avancement pendant de longues années, on ne peut conclure à
une gestion correcte des ressources humaines, souvent dispendieuses. Des recrutements
effectuées sans que les heureux bénéficiaires aient un
profil correspondant aux postes qui leur sont destinés complètent
ce tableau peu performants... "
C'est donc une description bien noire que le président de la Chambre
Régionale des Comptes donne du fonctionnement des collectivités
locales, du suivi par elles des marchés publics et de la gestion de leurs
ressources humaines.
L'on doit se poser la question de savoir si de tels dysfonctionnements ont
pour causes l'incompétence des élus ou celle de cadres recrutés
par eux. L'analyse du cursus des intéressés, des fonctions, parfois
d'envergure nationale, qu'ils exercent par ailleurs ne permet pas d'admettre,
sans discussion, une telle explication.
M. VALAT répond directement à la question posée lorsqu'il
évoque les habitudes micro?locales qui donne la préférence
quelles que soient leurs compétences, et pourrait?on rajouter quelles
que soient les circonstances, aux entreprises micro?locales.
Mais ces dernières, ainsi placées en situation de monopole, deviennent,
dans l'environnement même limité qui est le leur, très puissantes
et utilisent cette puissance pour éviter une remise en cause de leur
monopole ...
Plusieurs procédures pénales, relatives à des passations
douteuses de marchés publics, sont actuellement en cours tant à
Bastia qu'à Ajaccio.
Certaines d'entre elles méritent une attention particulière.
o Par lettres des 10 avril et 9 juin 1998, M. POMEL puis M. LEMAIRE, préfets
successifs de Haute Corse, faisant application des dispositions de l'article
40 du code de procédure pénale, signalaient au parquet de Bastia
la fréquence anomale des marchés passés par certaines collectivités
avec la SNC VENDASI, entreprise de travaux publics.
Ainsi, depuis 1994, le District de Bastia avait conclu 82,9 % de ses marchés
avec cette société.
Le taux était de 81 % pour la SEMAB (société anonyme d'Économie
mixte pour l'aménagement de Bastia et de sa région, ayant pour
administrateur, la ville de Bastia, la Caisse Régionale de Crédit
Agricole de la Corse, la CADEC et la Chambre de Commerce et d'Instrustrie de
Bastia et de la Haute Corse)
Il était de 54,2 % pour la commune de Bastia.
Trois informations étaient ouvertes, le 10 juillet 1998, contre ...
X ... pour octroi d'avantages injustifiés et recel de ce délit.
Elles sont toujours en cours, suivies par le pôle économique et
financier.
Tous les marchés concernés ont été étudiés
par les assistants spécialisés. Force est de constater que les
formes ont été respectées et que d'une manière très
générale, les apparences sont sauves".
Des remarques s'imposent:
Je citais, plus haut, le président de la Chambre Régionale des
Comptes qui parlait d'entreprises ou d'habitudes micro?locales.
Les montants globaux des marchés en jeu sont de :
o 49 114 423 pour le district de Bastia
o 9 924 265 pour la SEMAB.
M. François VENDASI est Maire de FURIANI et Conseiller Général.
o Le 29 mai 2000, le Commissaire du Gouvernement près la Chambre Régionale
des Comptes de Corse communiquait au parquet de Bastia des informations sur
des faits de nature à motiver l'ouverture d'une action pénale
et concernant encore le district de Bastia.
S'agissant des opérations de construction relatives au stade de FURIANI,
la Chambre met en évidence les dérives suivantes
" Ce stade, en 1994, devait coûter (avec 15 000 places dont 5 300
couvertes) 2 900 F la place dans le mémoire de présentation des
architectes, mais 5 918 la place selon le pré?APS qui a servi de base
à la demande de subvention à l'État en 1994. Inachevé,
il "coûte" en définitive, 8 582 f la place, soit une
dérive de 196 % par rapport à la présentation des architectes.
Fondamentalement, deux raisons expliquent la dérive des coûts;
le projet initial retenu par lejury de concours a été complètement
bouleversé et le maître d'ouvrage s'est montré défaillant
dans la conduite de l'opération. Ainsi que l'indique le maître
d'oeuvre, "les incidences de phasages successifs et différents,
la diminution dans la masse des travaux, le morcellement des marchés,
la réduction des délais, l'absence de concurrence ont agi négativement
sur l'aspect financier du dossier"
S'agissant de la concurrence, la chambre note que sur les 35 marchés
passés pour le stade de FURIANI depuis 1992, 21 l'ont été
en la forme négociée et que la SNC VENDASI a été
titulaire de 48 % des marchés concernant le stade depuis la ré?homologation
de 1993 et titulaire de 74 % des marchés de la restructuration du stade
après 1994, le tout dans des conditions de forme et de fonds qui ont
appelé sa critique ... "
Ces éléments sont en cours d'exploitation.
o Mon parquet général rend régulièrement compte
à votre Cha ncellerie de l'évolution des multiples procédures
suivies contre M. Paul NATALI, sénateur, ancien président du Conseil
Général de Haute Corse, ancien président de la Chambre
de Commerce et d'Industrie de Bastia, époux de Madame le Maire de BORGO.
M. NATALI a été mis en examen le 31 janvier 2000 pour favoritisme
et prise illégale d'intérêt à la suite de l'attribution
par le Conseil Général qu'il présidait alors de deux marchés
à la société C.E.E. gérée par ses enfants.
* marché de l'extension du Port de CENTURI, attribué en août
1996 pour la somme de 7 830 000 F.
* marché de l'élargissement d'un pont sur la R.D no 81 attribué
en 1995 pour la somme de 2 800 000 F.
L'Inspection Générale des Finances a procédé en
décembre 1998 à un contrôle du fonctionnement de la C.C.I
de Haute Corse. Elle a dénoncé au parquet de Bastia de nombreuses
irrégularités affectant les conditions de passation et d'exécution
de multiples marchés conclus par cette chambre.
M. NATALI a été mis en examen, le 20 janvier 2000, pour prises
illégales d'intérêts et favoritisme.
? M. NATALI a encore été mis en examen, le 9 septembre 1999, pour
favoritisme à l'occasion de l'achat sur facture de meubles ordonné
par le président du Conseil Général de Haute Corse courant
1996 ?1997 ...
o Ces pratiques se rencontrent bien évidemment aussi en Corse du Sud:
L'inspection Générale des Finances procédait à
une opération de contrôle de la C.C.I. d'Ajaccio entre le 25 janvier
et le 10 février 1999.
Son chef transmettait le 27 mai 1999 au parquet d'Ajaccio un rapport mettant
en évidence de multiples irrégularités dans la passation
des marchés publics,concernant les concessions portuaires et aéroportuaires
d'Ajaccio, de Bonifacio, de Porto Vecchio et de Figari, et des marchés
de prestations de services relatifs à la formation, aux ordures ménagères,
au nettoyage, au gardiennage, au conseil et à l'assistance.
Sur 85 marchés examinés, l'I.G.F considérait que 62 étaient
irréguliers.
Le 8 juin 1999 quatre informations étaient ouvertes à Ajaccio,
contre X ..., pour prises illégales d'intérêt, favoritisme
et autres délits. Le S.R.P.J d'Ajaccio était chargé de
poursuivre les investigations.
Me rendant compte de ses diligences, le procureur d'Ajaccio m'indiquait que
le président de la C.C.I, Gilbert CASANOVA , figure locale du nationalisme,
mettrait très certainement en avant sa volonté délibérée
de s'affranchir des règles du code des marchés publics pour favoriser
des entreprises insulaires, et ce, au nom d'un "localisme bien compris".
Prémonition ou plutôt bonne connaissance du terrain : le 1er septembre
1999 le juge d'instruction faisait opérer des perquisitions dans les
locaux de la C.C.I. et des établissements concédés.
Rapidement les employés de la Chambre et notamment les membres du Syndicat
des Travailleurs Corses, présidé par M. Jacky ROSSI, réagissaient
à ces opérations en quittant les bureaux et en débranchant
les ordinateurs pour empêcher toute consultation.
Les employés de l'aéroport et de la gare maritime cessaient le
travail et manifestaient devant leurs établissements.
Le soir, le S.T.C déposait un préavis de grève pour le
6 septembre suivant.
Les informations se poursuivent et devraient connaître d'importants développements
à bref délai.
Il apparaît que les contrats les plus importants et notamment ceux qui
concernent la délégation de l'eau et de l'assainissement ne sont
pas à l'abri des mêmes graves manipulations.
Courant Mai 2000, la Chambre Régionale des Comptes de Corse arrêtait
sa lettre d'observations définitives relative à la commune d'Ajaccio
pour les exercices 1987 et suivants. Elle mettait en évidence, parmi
d'autres importants dysfonctionnement, les irrégularités suivantes:
" le service de l'eau de la ville d'Ajaccio a été concédé,
par convention du 19 septembre 1974 prenant effet au 1er janvier 1975, pour
une durée de 20 ans, à la société Compagnie des
Eaux et de l'Ozone (CGO) filiale de la Compagnie Générale des
Eaux (C.G.E) connue, aujourd'hui sous le vocable de groupe VIVENDI.
La gestion du service de l'assainissement est déléguée,
également à la CEO à partir du 1 erjanvier 1976 pour une
durée de 19 ans, le contrat étant renouvelable par tacite reconduction
par période de dix ans.
Les deux contrats expiraient donc le 31 décembre 1994.
Dans sa précédente lettre d'observations définitives du
16 juillet 199 1, la Chambre relevait que la gestion de l'eau ainsi consentie
était déséquilibrée au profit du concessionnaire,
sans que ce dernier soit, en outre, conduit à respecter l'ensemble de
ses obligations. Elle concluait que la ville aurait avantage à profiter
de l'échéance du contrat de concession au 31 décembre 1994
pour rééquilibrer la délégation auprès du
partenaire de son choix dans un sens qui lui serait plus favorable "
La chambre notait, non sans une certaine ironie:
" En effet, la ville y a procédé " Et elle ajoutait
:
" Pour l'eau, l'acceptation, par délibération du 27 novembre
1992, d'un "schéma directeur" d'aménagement de ce service
proposé par la CEO, s'est traduite par la conclusion d'un nouveau contrat
le 3 décembre 1992 avec cette même société. Ce nouveau
contrat était donc conclu deux ans avant le terme du précédent
contrat, le régime de l'affermage étant substitué à
celui de la concession et sa durée portée de 20 à 25 ans.
Pour l'assainissement, la ville a dénoncé le contrat le 8 avril
1993 pour, en définitive, conclure une prorogation de ce même contrat
de 10 ans supplémentaires.
Ces modifications contractuelles n'ont cependant pas corrigé les errements
antérieurement constatés car, près de dix ans après,
les mêmes observations peuvent être à nouveau faites. De
plus, ces changements, exécutés dans des conditions juridiques
irrégulières, appellent de nouvelles critiques.
L'urgence, exposée par le maire le 27 novembre 1992 à son conseil
municipal, justifiant l'anticipation de la dénonciation de la convention
de concession de l'eau, n'était pas réellement fondée,
En délibérant ainsi, le conseil municipal a renoncé aux
avantages qui auraient résulté, à l'échéance
normale de la convention de concession, soit fin 1994, de l'obligation de mise
en concurrence prévue par la loi du 29 janvier 1993 dite loi SAPIN.
Certes, cette loi, votée en décembre 1992, n'a été
promulguée qu'en janvier 1993 elle n'était donc pas applicable
au cas particulier.
Toutefois, ses dispositions et notamment l'obligation substantielle de mise
en concurrence qu'elle introduisait, ne pouvaient être, à cette
date, ignorées ni du concessionnaire ni de la commune. D'ailleurs, celle?ci
les invoque pour justifier, au même moment, la non dénonciation,
dans les délais contractuels, de la convention d'assainissement
Dès lors, il appardit en conséquence à la Chambre, qu'en
anticipant la dénonciation de la convention de concession, la commune
a renoncé aux avantages qui auraient résulté d'une mise
en concurrence.
La commune a, de surcroît, durablement hypothéqué son indépendance
en acceptant un contrat d'affermage la liant pour 25 ans supplémentaires
au même partenaire.
Enfin, le dispositif contractuel adopté pour la mise en place de la nouvelle
convention d'affermage, a, par ailleurs, irrégulièrement permis
à la commune d'abonder, en décembre 1992, son budget principal
d'une somme de 15 MF versée par la CEO. Ce budget a pu ainsi éviter
d'être exécuté en déficit, ce qui aurait été
contraire aux dispositions de l'article L 1612 ? 14 du code général
des collectivités territoriales.
La chambre constate l'irrégularité du versement en cause qui,
aux termes mêmes du préambule de la délibération
précitée, apparaît véritablement avoir été
au centre de la négociation menée avec la C.E.O. Face aux difficultés
budgétaires notoires dé la commune, notamment générées
par une gestion approximative des services publics, ce versement constituait
pour elle une raison supplémentaire de soustraire le contrat d'affermage
à l'obligation d'une mise en concurrence "
Et la chambre, après avoir analysé le mécanisme imaginé
par la C.G.E pour le remboursement des avances consenties par elle, concluait
ainsi:
" Au total et à la fin du contrat, s'il n'est pas mis fin à
ce mécanisme, la CEO percevrait sur les usagers du service de l'eau,
en contre?partie de la mise à disposition de la commune des 35 MF (dont
15 MF en faveur de la section de fonctionnement du budget principal) un montant
de 131, 8 MF, somme correspondant au remboursement d'un emprunt de 35 MF sur
25 ans à un taux de 14,5 %. Or les taux des OAT étaient en 1992
de 8, 1 %. A ce jour, ils sont proches de 5 %. La commune paye ainsi douloureusement
les sommes mises à sa disposition par la CEO pour lui permettre d'équilibrer
son budget."
*
* *
Cette lettre d'observations définitives est actuellement, analysée
par le Pôle Économique et Financier de Bastia.
*
* *
II ? A 5 ? UNE DÉLINQUANCE FINANCIÈRE OMNIPRÉSENTE
En analysant le fonctionnement des marchés publics en Corse, j'ai largement
anticipé sur la présentation de la délinquance financière
locale.
Je ne reprendrai pas, ici, les développements contenues dans le rapport
que je vous ai adressé, le 15 décembre 1999, sur la conduite de
la politique pénale dans le ressort de la Cour d'Appel de Bastia (cf.
Il. La politique pénale en matière économique et financière)
Votre Chancellerie m'a remis un état récapitulatif des affaires
financières qu'elle suit depuis 1990.
L'on constate que, pour l'essentiel, les affaires financières en cours,
celles qui sont ou ont été suivies, concernent la gestion souvent
chaotique des fonds publics et les attributions très généralement
irrégulières des marchés publics (délits de détournement
de fonds publics, de prise illégale d'intérêt et de favoritisme.
Plusieurs questions se posent à l'examen des dossiers actuellement soumis
aux juridictions du ressort :
*d'abord celle de l'éventuel accompagnement par les pouvoirs publics
d'un certain nombre de dérives, dans le souci de temporiser ou de maintenir
une certaine paix sociale.
Je ne puis, sur ce sujet, que me référer aux éléments
contenus dans les rapports que je vous ai adressés dans l'affaire dite
du "Crédit Agricole de la Corse".
* L'on doit s'interroger ensuite sur l'efficacité voire sur l'utilité
du contrôle delégalité opéré par l'autorité
administrative.
Pour reprendre les propos d'un magistrat de la Chambre Régionale des
Comptes "les apparences sont respectées, chaque virgule est à
sa place" mais ces formes parfaites dissimulent un fond de graves irrégularités.
Seules les interventions de l'Inspection Générale des Finances
et celles de la Chambre Régionale des Comptes ont permis de faire émerger
les fraudes, mais avec un décalage par rapport aux dates des faits difficilement
compatible avec un exercice efficace de l'action publique.
Comme cela a déjà été évoqué, les
dérives de la commune d'Ajaccio ont été portées
à la connaissance du parquet compétent par la transmission, en
date du 15 juin 2000, de la lettre d'observations définitives de la Chambre
Régionale des Comptes de Bastia.
Les faits les plus graves, susceptibles de constituer le délit de corruption,
ont été commis courant 1992?1993.
J'ai pu échanger avec le préfet de Haute Corse sur l'efficacité
du contrôle de légalité dans le cadre de la commission inter?services
que je présenterai plus loin. Selon mon interlocuteur, le contrôle
de légalité fonctionne, à son niveau, d'une manière
correcte et conformément aux principes, c'est?à?dire sans "but
répressif'.
Si l'on voulait établir l'existence d'ententes préalables ou
d'un système destiné à fausser la libre concurrence; il
conviendrait de faire appel à des services extérieurs.
Je reviendrai sur ce point.
*
* *
o Il faut aussi poser le problème de la participation effective de l'administration
fiscale à la lutte contre les fraudes financières.
Dans une note en date du 16 juin 1997, M. François CAILLETEAU, Inspecteur
Général des Finances, fait le constat suivant:
" une partie non négligeable de la population, parmi les non salariés
surtout mais pas exclusivement, se dispense de respecter ses obligations financières
ou fiscales. La méthode la plus simple consiste à négliger
ses obligations déclaratives. C'est une pratique très répandue
pour la TVA où le taux des non déclarants parvient fréquemment
à 40 %. Cela oblige à des taxations d'office, sources de contestations
assez aisées. Lorsque l'impôt est établi, on peut ne pas
le payer. L'absence de paiement à l'échéance en matière
de TVA voisine 50 %. Pour les impôts locaux (hors la taxe professionnelle
qui a fait l'objet d'une campagne de refus de paiement doublement efficace puisque,
d'une part, les taux de recouvrement se sont effondrés au niveau de 65
à 70 % et que, d~autre part, elle a été transférée
à la charge de l'État) la pratique locale consiste plutôt
à éviter de recevoir l'avis d'imposition. Le manque d'empressement
des postiers dans l'acheminement du courrier fiscal, la fréquence des
homonymes, le caractère souvent aléatoire de la dénomination
et du numérotage des rues, la difficulté de connaître les
propriétaires du fait de l'indivision , tout cela fait que les avis d'imposition
reviennent par milliers dans les trésoreries. De toutes façons,
les mauvais payeurs sont difficiles à amener à résipiscence
: les banques exécutent avec mauvaise grâce les avis à tiers
détenteurs (elles préviennent leur clients qui virent leurs avoirs
sur d'autres comptes) et les huissiers sont de la plus grande timidité.
Au demeurant, on exécute rarement les débiteurs importants : il
serait imprudent de se porter acquéreur d'un bien saisi. Le résultat
sont des taux de recouvrement très faibles surtout pour les impôts
locaux et la TVA. La fraude fiscale est au demeurant massive ... "
L'examen du nombre de plaintes déposées par l'administration
fiscale, en l'état d'un tel "réquisitoire", pourrait
laisser perplexe
année 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 Totaux
Haute 0 2 6 4 2 2 1 4 3 2 3 29
corse
Corse 0 4 4 1 6 2 1 4 1 1 1 22
du Sud
Total 0 6 7 5 8 4 2 8 4 3 4 51
L'on obtenait ainsi pour le ressort de la Cour d'Appel de Bastia une moyenne
de 4,6 plaintes par an pendant les années considérées,
soit le chiffre le plus faible de toute la France, les cours les moins actives
en la matière ayant reçu au moins six plaintes par an (BOURGES,
LIMOGES et PAU)
Il apparaissait ensuite que les services locaux n'étaient à l'origine
que de la moitié des plaintes, l'autre moitié ayant été
provoquée par des interventions de la Direction Nationale des Enquêtes
Fiscales.
Il faut constater une nette évolution depuis deux ans.
L'administration fiscale a déposé 11 plaintes en 1999. Au cours
de la même année, 14 affaires ont été jugées,
6 par le tribunal correctionnel de Bastia et 8 à Ajaccio. Les poursuites,
qui se voulaient exemplaires, ont notamment concerné deux notaires, un
mandataire liquidateur et un greffier du tribunal de commerce.
Les sanctions pénales infligées par les juridictions insulaires
ont été plus sévères que celles retenues habituellement
par les tribunaux continentaux puisque les peines d'emprisonnement ferme ont
été prononcées.
Depuis le début de l'année en cours les deux parquets du ressort
ont enregistré huit procédures en matière fiscale.
Cette évolution s'accompagne d'un renforcement de la coopération
entre l'administration fiscale et la Justice, sur laquelle je fournirai plus
loin quelques explications.
H.A 6 ? UNE DÉMOCRATIE AFFAIBLIE ? LA FRAUDE ÉLECTORALE
J'aborderai ici, pour mémoire, le problème de la fraude électorale,
habituellement présentée, d'une manière caricaturale, ou
goguenarde, comme l'une des spécificité de la Corse car cette
fraude participe manifestement "à la démoralisation du corps
social" et alimente d'autres dérives.
Xavier CRETTIEZ a analysé d'une manière particulièrement
éclairante le système politique bloqué" en Corse,
un système qui "unit cette double dynamique du clanisme générique
au clanisme politique, aboutissant à une dichotomisation stricte de la
société civile" (La Question Corse ? Éditions complexe
1999)
La commission GLAVANY, plaidant pour une démocratie transparente et
rigoureuse, a estimé que "la nécessité de garantir
la sincérité des élections [était] d'autant plus
impérieuse que les résultats de la refonte des listes électorales
intervenue en 1991 [avaient été] effacés et que l'administration
[apparaissait] impuissante à faire respecter les règles électorales...
. les opérations électorales restant en Corse régulièrement
contestées
"
(rapport d'information N° 1077 ? pages 558 et suivantes)
Les liens qui existent entre le système clanique et la fraude électorale
sont évidents et le juge pénal est habituellement critiqué
pour son incapacité à combattre la seconde qui assure la pérennité
du premier.
Le bilan judiciaire en la matière est effectivement bien médiocre
; mais la faiblesse des résultats ne doit être recherchée
ni dans la connivence, ni dans l'indolence ni même dans l'incompétence
de notre institution comme certains ont cru pouvoir l'affirmer.
Cette faiblesse découle de l'extrême difficulté de la tâche
et aussi, peut être, de choix en matière d'action publique.
Le juge et l'enquêteur se heurtent dans les affaires de fraude électorale,
plus que dans toute autre, à la difficulté de recueillir des témoignages,
de faire la preuve permettant d'atteindre les bénéficiaires et
les organisateurs de la fraude. Les investigations s'éternisent.
Une meilleure approche de cette délinquance devrait permettre d'obtenir
des avancées intéressantes.
- le 18 juin 1998, l'Association pour le Respect du Suffrage Universel (ARSU)
adressait une plainte au procureur de la République d'Ajaccio en dénonçant
des anomalies relevées à l'occasion des élections du mois
de mars précédent dans 21 communes de Corse du Sud, irrégularités
dans les listes d'émargement et dans les votes par procuration.
Trois compagnies de Gendarmerie ont été saisies de l'enquête.
Les officiers de police judiciaire n'ont mis en évidence aucune fraude
manifeste et délibérée, sauf dans la commune de TASSO.
Ils ont établi que 27 électeurs de cette commune ont voté
et émargé lors des deux tours de scrutin alors qu'ils sont censés
résider en Afrique.
Une lettre circulaire a été adressée aux personnes concernées.
Un seul "électeur" a répondu en indiquant qu'il n'avait
aucune attache avec la commune et que son identité avait été
usurpée ...
Le Maire de TASSO est Jean TOMI, régulièrement élu à
la tête de la commune depuis mars 1965.
Ancien propriétaire du Casino de BANDOL, candidat malheureux à
la reprise du casino RHUL de Nice, M. TOMI appartient à une famille qui
a des intérêts dans le domaine des jeux et des paris mutuels en
Afrique. Son frère, Michel TOMI gère ces activités en compagnie
de M. Pierre Nonce LANFRANCHI, Maire de GUITERA?LES?BAINS et de Jérôme
FELICCIAGI, Maire de PILA?CANALE, deux communes situées en Corse du Sud
...
Le 8 novembre 1999, le parquet d'Ajaccio a requis l'ouverture d'une information
pour fraude électorale, des investigations devant être envisagées
à l'étranger.
? Mais il paraît souhaitable, dans la mesure du possible, d'éviter
le recours à l'instruction.
* Ainsi le parquet de Bastia a cité directement devant le tribunal correctionnel
de son siège, le 16 novembre 1999, le docteur Gilbert GUIDICELLI, médecin,
Charles FRANCISCI Maire de SANTA REPARATA, Jean Baptiste AGOSTINI, secrétaire
de Mairie et Antoine Pierre POLI, artisan, pour fraude électorale.
Le 11 mars 1999, Charles FRANCISCI s'était présenté à
la brigade de Gendarmerie de l'Ile Rousse pour déposer trois demandes
de vote par procuration censées avoir été formulées
par des administrés. Parmi celles?ci figurait celle de Madame veuve SAVELLI
en faveur de M. POLI.
Les investigations effectuées avaient permis d'établir que Madame
SAVELLI n'avait pas établi de procuration et que le certificat médical
délivré par le Docteur GUIDICELLI, versé à l'appui
de la demande de procuration, avait été établi par le médecin
sans contact préalable avec "sa patiente".
Par jugement en date du 7 décembre 1999, le tribunal correctionnel de
Bastia a condamné le Docteur GUIDICELLI à la peine de huit mois
d'emprisonnement avec sursis, les trois autres prévenus à la peine
de 4 mois d'emprisonnement avec sursis.
Il a en outre prononcé à l'égard des quatre personnes
condamnées l'interdiction d'exercer les droits de vote et d' éligibilité
pendant une durée de deux ans .
Le Docteur GUIDICELLI, qui était inscrit sur la liste des experts de
la Cour d'Appel de Bastia, a été en outre radié de cette
liste.
Cette affaire a été malheureusement ignorée par les médias
locaux ...
* Autre procédure significative : celle concernant les fraudes survenues
à l'occasion des élections cantonales de mars 1998 à Bastia,
et plus précisément du renouvellement du 3ème canton. L'élection,
qui promettait d'être particulièrement serrée, opposait
M. Jacques PASQUALINI à M. Jean Jacques VENDASI (candidat de gauche,
soutenu par la municipalité).
M. VENDASI était élu au premier tour avec 175 voix d'avance,
et pouvait ainsi participer au renversement de la majorité au conseil
général de Haute Corse, M. GIACCOBBI, radical de gauche, obtenant
une courte majorité lui assurant la présidence.
L'élection de M. VENDASI donnait lieu à polémique : le
canton avait vu son nombre d'électeurs inscrits progresser de 37,56 %
(406 nouveaux inscrits)
M. PASQUINI formait un recours devant le tribunal administratif de Bastia,
mais malgré le soutien du commissaire du gouvernement , il se désistait
48 heures avant l'audience fixée au 11 juin 1998 en avançant que
son précaire état de santé le dissuadait de persévérer
en politique et d'affronter le combat de procédure.
Les observateurs de la vie politique locale devaient se féliciter de
son heureux rétablissement, puisqu'il était candidat aux élections
territoriales de 1999 ...
Sur plainte de l'ARSU, déjà évoquée, le parquet
de Bastia ordonnait une enquête qui, confiée au SRPJ d'Ajaccio,
permettait de mettre en évidence de nombreuses irrégularités
(fausses adresses, transferts de secteurs, faux hébergements ... )
Mais compte tenu des pesanteurs et difficultés déjà évoquées,
les enquêteurs ne parvenaient pas à la manifestation complète
de la vérité, c'est?à?dire à confondre les véritables
organisateurs et bénéficiaires de la fraude.
Le procureur de la République de?Bastia décidait en parfait accord
avec mon parquet général, de citer à comparaÎtre
devant le tribunal correctionnel:
* neuf électeurs inscrits en fraude
* la présidente de la commission électorale et le responsable
du bureau électoral de la Mairie de Bastia convaincus d'avoir participé
à l'organisation de la fraude.
Par jugement du 2 mai 2000, le tribunal correctionnel condamnait les électeurs
fraudeurs à 10 000 F d'amende avec sursis et à un an d'interdiction
des droits civiques, Edmond BASTELICA, responsable du bureau électoral,
à deux mois d'emprisonnement avec sursis, 20 000 F d'amende et 3 ans
d'interdiction de droits civiques.
Il relaxait la présidence de la commission électorale en considérant
que les preuves rapportées étaient insuffisantes.
A l'occasion de la gestion de cette procédure, qui a été
fortement médiatisée, le ministère public a voulu transmettre
à la Cité un message que l'on peut brutalement résumer
ainsi
Les parquets hésitaient à poursuivre les "simples électeurs",
les "exécutants" compte tenu de l'impossibilité dans
laquelle ils se trouvaient de confondre les organisateurs, les commanditaires,
les bénéficiaires de la fraude, en raison d'ailleurs du silence
observé par les "simples électeurs".
Ces hésitations ne sont plus d'actualité. La fraude électorale
et un délit grave.
Chacun doit prendre ses responsabilités.
Le clan prospère dans la mesure où il peut protéger les
siens, ses clients, notamment contre les autorités publiques.
S'il s'avère incapable d'assurer cette protection, il dépérit.
*
* *
J'achève ainsi l'examen du cadre, du terreau dans lequel se développe
la criminalité organisée, dont je vais maintenant tenter d'identifier
certains acteurs.
II B ? LA CRIMINALITÉ ORGANISÉE ET SES ACTEURS.:
II B 1 ? LE BANDITISME LOCAL
Il B 1 a ? "LA BRISE DE MER"
Alors que je m'employais à réunir des éléments
d'information et les documents de synthèse existant sur les activités
de la désormais mythique "BRISE DE MER", le journal "le
MONDE" publiait dans son édition du 31 mars 2000 un article intitulé
"LA JUSTICE EN CORSE FAIT DE LA CRIMINALITÉ ORGANISÉE SA
CIBLE PRIORITAIRE" sous la signature de Jacques FOLLOROU.
En réponse à l'annonce faite par votre Chancellerie de la "commande
au parquet général de Bastia d'un rapport estimant l'état
de la réalité criminelle sur l'île", M. FOLLOROU bénéficiait
d'une "fuite" qui lui permettait d'écrire ceci
Les autorités judiciaires disposent d'ores et déjà d'une
base "documentaire" constituée dans un premier temps, en 1998
et 1999, par la brigade nationale d'enquête économique de la direction
centrale de la police judiciaire, puis transmise récemment au SRPJ d'Ajaccio.
Un rapport d'étape rédigé à cette occasion permet
de cerner les investissements criminels identifiés en Corse et de mesurer
l'ampleur des moyens dont disposent les acteurs de cette criminalité
organisée."
Je prenais aussitôt l'attache du Directeur du SRPJ d'Ajaccio. Il m'invitait
à me rapprocher du D.C.P.J adjoint, M. MARION, qui pouvait, seul, me
renseigner utilement.
Je téléphonais, le 11 avril 2000, à M. MARION, qui m'indiquait
que le rapport visée par la fuite n'était en réalité
qu'une compilation de comptes bancaires sans grand intérêt.
Je l'invitais à me faire parvenir le document. Je réitérais
ma demande verbale le 10 mai 2000. N'ayant pas obtenu satisfaction, je contactais
téléphoniquement le 9 juin 2000 M. RIOU, Directeur Central de
la Police Judiciaire. Et je lui confirmais ma demande par lettre, le même
jour. (annexe 2 1)
A la date de clôture du présent rapport, je reste dans l'attente
de la transmission sollicitée.
Par lettre en date du 3 juillet 2000, le Directeur Central de la Police Judiciaire
me faisait savoir qu'il était "au regret de m'informer du fait qu'il
n'avait pas trouvé trace des deux rapports citée dans l'article
du Monde
Je vais donc me référer aux notes et comptes rendus régulièrement
adressés au parquet général de Bastia du début des
armées 1980, jusqu'au 9 décembre 1992, date de la dernière
note de synthèse élaborée par le S.R.P.J d'Ajaccio, du
moins à ma connaissance, pour reconstituer, d'une manière non
exhaustive,
o L'HISTOIRE DE LA "BRISE DE MER!':
À la fin des années 1970, plusieurs jeunes gens, issus de familles
honorables installées en Haute Corse, prennent l'habitude de se retrouver
dans un bar, aujourd'hui disparu, tenu sur le vieux port par Antoine CASTELLI,
à l'enseigne de "La Brise de Mer".
Se livrant à l'origine à des actes de petite délinquance,
ces individus basculent rapidement dans le grand banditisme. Ils développent
d'autant plus facilement leurs activités que la situation politique se
dégrade en Corse.
Quatre familles se distinguent:
? La famille CASTELLI?SANTUCCI?MATTEI
? Les frères VOILLEMIER,
? Les frères GUAZZELLI,
? Les frères PATTACHINI
Ces individus sont soupçonnés de commettre tant en Corse que
sur le continent des vols à main armée en série, avec effraction
de coffres?clients dans des établissements bancaires en plein jour. L'on
parle alors du "gang des postiches"
Le 22 juin 1984, la Brigade de Recherche et d'Intervention de Nice arrête
une équipe de malfaiteurs, essentiellement composée de Bastiais:
on peut leur imputer une quinzaine de vols à main année sur la
Côte d'Azur, dont neuf avec effraction de coffres?clients.
En mai 1984, à TOULOUSE, une fusillade oppose la police à sept
individus, qui viennent de fracturer 90 coffres dans une Caisse d'Épargne.
Un auteur, François GANNEVAL est interpellé sur place et l'enquête
permet d'établir que ses complices appartiennent à la "Brise
de Mer".
Le 3 octobre 1984, à Neuilly. sur Seine, une affaire similaire conduit
à l'arrestation de trois individus dont deux membres de la même
bande.
Les mêmes individus sont mis en cause dans d'importants vo Is à
main armée commis en Corse. Quelques exemples peuvent être donnés:
* le 12 avril 1982, mettant à profit le long week?end de Pâques,
plusieurs hommes fortement armés entrent, après avoir percé
le mur, dans la salle des coffre de l'agence du Crédit Lyonnais de Bastia,
22, rue César Campinchi. Ils neutralisent le système d'alarme
et fracturent de nombreux coffres de clients et le coffre de nuit de l'établissement.
Ils prennent la fuite, dérangés par le concierge, en emportant
un butin évalué à 30 millions de francs.
Le 16 août 1983, quatre ou cinq individus cagoulés et armés
attaquent un fourgon de la société de Transport de fonds "STF",
sur la route impériale à proximité de Bastia. Ils dérobent
les armes de s convoyeurs et une somme de 170 000 F.
Plus récemment, le 22 octobre 1992, plusieurs malfaiteurs armés
notamment d'un bazooka attaquent, rue Capanelles à Bastia, un fourgon
de la société SECURIPOST et s'emparent de la somme de 6.650.000
F.
Les enquêtes diligentées sur ces faits n'aboutissent pas.
Parallèlement, les assassinats se multiplient. En septembre 1981, celui
de Louis MEMMI, jusque là parrain incontesté en Haute Corse, est
le premier d'une longue série de règlements de comptes qui, selon
les enquêteurs, peuvent être mis à la charge du banditisme
bastiais.
Entre le 10 septembre 1981 et le 10 novembre 1983, quinze assassinats et six
tentatives d'assassinats sont commis en Haute Corse.
L'un d'entre eux est fréquemment mis en exergue: le 14 septembre 1982,
Daniel ZIGLIOLI, gérant du "CASTEL" boîte de nuit implantée
sur la commune de Taglio Isolaccio est abattu alors qu'il sort en voiture de
son entrepôt de Cervione (Haute Corse). Deux hommes sur une moto l'abordent.
Le passager vide sur lui un chargeur de PA Colt 45.
Les fonctionnaires du S.R.P.J interpellent trois individus: Robert MORACHINI,
Pierre SANTUCCI, et Georges SEATELLI, qui sont inculpés, le premier.pour
assassinat et les deux autres pour complicité de ce crime.
Les charges sont lourdes. Un témoignage déterminant a été
recueilli.
Après dépaysement de la procédure, les trois individus
comparaissent en juin 1985 devant la Cour d'Assises de Dijon.
Le principal témoin se rétracte. Des alibis surgissent. Les trois
accusés sont acquittés.
Le 21 août 1998, Georges SEATELLI est assassiné à Biguglia,
près de Bastia, par deux individus qui lui tirent plusieurs coups de
feu dans le dos, et qui n'ont pas été identifiés ...
Plusieurs de ces assassinats sont en rapport direct avec la prise de contrôle
d'établissements de nuit, notamment ceux dont ont été victimes
les frères ZIGLIOLI, Paul QUASTANA, Joseph SILVAGNOLI, Dominique CORTOPASSI.
Changent ainsi de mains
? le "BIBLOS" à Calvi (incendié en 1986)
? le "STARLIGHT à Calvi;
? le "CHALLENGER!'à l'Ile Rousse;
? le "PALLADIUM" à Saint Florent;
? "I'APOCALYPSE" à Bastia;
? le "MIDNIGHT" à Cervione;
? le "NEW CLUB" devenu "L'AVENTURE" à Corte.
Les attentats favorisent bien sûr plusieurs cessions. Par exemple, Joêl
MARTIN, victime d'un attentat à ALGAJOLA, cède pour une somme
modique, son commerce qui devient la "S.A.R.L CORSICK' gérée
par Benoit GRISONI.
En effet, les individus considérés comme étant des membres
influents de la "Brise de Mer" ne se contentent pas d'investir le
secteur des discothèques, bars et hôtels. ils pénètrent
le monde des affaires au sens plus large, s'emparant de "commerces classiques"',
de vêtements, de petite distribution ...
Face à cette évolution, M. MANCINI , actuel préfet adjoint
pour la sécurité en Corse, et alors Directeur du S.R.P.J d'Ajaccio,
sollicite, en octobre 1984, du parquet de Bastia, l'ouverture d'une information
pour association de malfaiteurs.
De long mois plus tard, cette demande aboutit et le 17 octobre 1986, un juge
d'instruction de Bastia donne commission rogatoire à l'Office Central
de Répression du Banditisme et au S.R.P.J d'Ajaccio.
Quatre établissements bastiais sont ciblés. Treize individus
sont placés en garde à vue.
Le délit d'association de malfaiteurs ne peut être caractérisé.
Quelques poursuites pour infractions aux lois ? sur les 'sociétés
et abus de biens sociaux sont envisagées. L'administration fiscale intervient
à son tour.
Le bilan des ces actions est décevant. Elles n'ont en tout cas pas permis
de menacer véritablement les individus ciblés.
*
* *
Le S.R.P.J d'Ajaccio résumait ainsi la difficulté de la tâche
dans sa note de 1992, déjà évoquée :
" Souvent soupçonnées, dénoncés anonymement,
quelquefois à la suite d'affaires marquantes, interpellés, le
plus souvent remis en liberté faute de preuves et de témoignages,
ils se sentent invulnérables et font, pour certains, régner la
terreur dans toute la Haute Corse, où ils volent, pillent, menacent,
rackettent, sans jamais qu'une plainte ne soit déposée. "
Deux procédures permettent d'illustrer encore cette difficulté
o vol à main année commis le 4 novembre 1988 à Pietralba
(Haute Corse)
Cinq individus lourdement armés (lances?roquettes, fusils mitrailleurs
... et cagoulés attaquent un fourgon blindé de la société
SECSO qui revient d'une collecte de fonds en Balagne. Ils dérobent plus
d'un million et demi de francs.
Rapidement les'trois convoyeurs avouent qu'il s'agit d'un simulacre d'agression
et ils dénoncent les organisateurs et acteurs de l'opération :
Guy et Gilbert VOILLEMIER, François SANTUCCI, Francis GUAZELLI, Christian
LEONI, et Joël PATTACHINI.
Les frères VOILLEMIER et GUAZELLI peuvent être arrêtés.
Ils nient les faits.
Dès le 22 novembre 1988, le juge d'instruction met en liberté
Gilbert VOILLEMIER et François GUAZELLI qui "prouvent" par
des témoignages qu'ils n'ont pas pu participer à l'agression.
LEONI est interpellé le 19 mars 1989 et incarcéré. Les
convoyeurs se rétractent. Le juge d'instruction ordonne la remise en
liberté de LEONI et de Guy VOILLEMIER dès le 16 mai 1989.
Le 19 juillet 1989, la chambre d'accusation de Bastia ordonne le maintien de
la détention provisoire du second mais confirme la mise en liberté
du premier.
Le 23 octobre 1989, le juge d'instruction ordonne la mise en liberté
des trois convoyeurs. Ses décisions sont confirmées par la chambre
d'accusation le 22 novembre 1989.
Finalement, après correctionnalisation, le tribunal de grande instance
de Bastia condamne Guy VOILLEMIER et PASTINI à trois ans d'emprisonnement
ferme, les trois convoyeurs à deux ans d'emprisonnement ferme, et ce,
par jugement en date du 1er juillet 1997.
Les médias insulaires n'ont accordé aucune attention à
cette condamnation ...
o Vol à main armée avec prise d'otage commis le 10 septembre 1992
à Cardo
Le 10 septembre 1992 deux individus cagoulés et armés interceptent
près de Cardo (Haute Corse) le véhicule à bord duquel ont
pris place M. GIORDANI, convoyeur de fonds au service de la société
TRANSBANK et son épouse.
Les malfaiteurs prennent Mme GIORDANI en otage et ordonnent à son mari
de procéder normalement à sa tournée de collecte de fonds
et de leur livrer le fourgon à la fin de ses opérations après
avoir éloigné ses collègues.
Le convoyeur s'exécute. Les auteurs des faits emportent un butin de
3 millions de francs.
Un gendarme en permission, témoin de la fin des faits, identifie formellement
l'un des deux auteurs comme étant Michel CHIAPPALONE.
Dès le ler décembre 1992, estimant que "le témoignage
ayant mis en cause CHIAPPALONE n'avait pas montré au cours de la reconstitution
toute la force probante souhaitée", le juge d'instruction ordonne
la mise en liberté de l'intéressé.
Après différents épisodes procéduraux, qu'il serait
trop long d'évoquer, l'affaire est correctionnalisée.
Michel CHIAPPALONE est condamné par jugement en date du 8 juillet 1997
à cinq ans d'emprisonnement. Mais le tribunal ne décerne pas de
mandat à l'encontre du condamné.
Le 10 mars 1999 la Cour d'Appel de Bastia confirme la condamnation.
Michel CHIAPPALONE, directeur salarié et en réalité gérant
de fait du café "PALAIS DES GLACES" à Bastia prend la
fuite.
Il n'a pas été retrouvé à ce jour.
*
* *
Le 25 mars 1990 un hold up présenté par beaucoup comme "le
casse du siècle" est commis 8, rue du Rhône, à Genève,
au préjudice de L'UNION des BANQUES SUISSES (UBS)
Quatre hommes neutralisent le concierge et un salarié, déconnectent
le système de sécurité et vident les coffres. Ils emportent
une somme globale de 31 millions de francs suisses, soit 125 millions de francs
français.
Les autorités judiciaires suisses dénoncent les faits aux autorités
judiciaires françaises, des soupçons pesant sur des citoyens français,
dont certains d'origine corse, susceptibles d'appartenir à la "Brise
de Mer".
L' information ouverte à Paris, est clôturée depuis peu
de temps
Par arrêt en date du 26 janvier 2000, les nommés
André BENEDETTI dit Dédé le Chinois, né le 6 septembre
1936 à TIENTSIN (Chine) Richard CASANOVA né le 3 juillet 1959
à Bastia Alexandre CHEVRIERE né le 20 février 1952 à
Marseille, Jacques PATTACCHINI né le 14 août 1953 à Bastia
et Joël PATTACHINI né le 14 septembre 1955 à Bastia ont été
renvoyés devant la Cour d'Assises de Paris.
o L'APPROCHE ACTUELLE DE LA BRISE DE MER:
Selon certains "observateurs privilégiés" et services
spécialisés, le grand banditisme en Haute Corse a évolué,
il s'est adapté, d'aucun disent qu'il a vieilli.
Ses membres ont renoncé aux actions spectaculaires en Corse, après
avoir largement investi dans le tissu économique local mais en conservant
une "force de frappe" dissuasive et convaincante.
Une constatation plaide en faveur de cette évolution
L'un de mes prédécesseurs analysait, dans un rapport en date
du 25 novembre 1985, l'évolution des vols à main armée
en Corse,
Il notait que les 152 VMA commis entre le ler Janvier et le 25 novembre 1985
se répartissait, s'agissant des victimes de la manière suivante
HAUTE CORSE CORSE DU SUD
P.T.T 22 6
BANQUES 19 5
TRANSPORTS
DE FONDS 10 3
AUTRES 51 36
TOTAL 102 50
En Haute Corse, 50 % des VMA avaient été commis au préjudice
des banques, postes et transports de fonds. En Corse du sud, ce pourcentage
était de 28
Je rappelle que pour les premiers mois de l'année 2000, sur 45 VMA commis,
2 l'ont été au préjudice d'agences bancaires, soit 4,4
%, aucune agence postale, aucun transport de fonds n'ayant été
touché.
Il convient de noter que, depuis 1985, le secteur de transport de fonds a considérablement
évolué avec l'irruption de "BASTIA SECURITÀ"
comme cela sera évoqué plus loin.
Mais au delà du recul des opérations les plus spectaculaires,
il est incontestable que les activités du banditisme de Haute Corse restent
intenses.
J'ai déjà fourni les chiffres concernant la criminalité
de sang et la multitude des règlements de comptes ; j'ai déjà
analysé les attentats et noté que les commerçants constituaient
la grande majorité des victimes de cette violence.
Parmi les dernières manifestations de cette vitalité du banditisme
local, j'isolerai la tentative de racket commise à SARTENE le 3 juillet
2000 au préjudice d'un restaurateur.
Le 4 juillet, les services de gendarmerie, alertés par le commerçant,
interpellaient cinq individus arrêtés en possession d'armes, de
cagoules, de clés correspondant à un véhicule volé.
Francis MARIANI, Pierre Marie SANTUCCI, Maurice COSTA, originaires de Haute
Corse et fort célèbres, Alexandre CHEVRIERE, renvoyé devant
la Cour d'Assises de Paris pour sa participation au hold up commis le 25 mars
1990 à l'encontre de l'U.B.S de Genève et Eric MORAND, les deux
derniers résidant habituellement à Marseille, étaient mis
en examen , le 6 juillet 2000, par M. CAMBEROU, juge d'instruction à
AJACCIO pour tentative d'extorsion de fonds en bande organisée, association
de malfaiteurs et infraction à la législation sur les armes. Ils
étaient écroués.
Le 7 juillet, le commerçant dont les déclarations avaient permis
l'interpellation des malfaiteurs, faisait paraître un communiqué
désespéré dans la presse locale, pour tenter d'expliquer
qu'il était étranger à l'affaire.
Les différents enquêteurs et responsables des services de police,
qui se sont employés à lutter contre "la Brise de Mer"
au cours de ces dernières années et que j'ai pu rencontrer m'ont
proposé la même analyse.
La "Brise de Mer" n'a jamais constitué un gang, une bande
organisée, hiérarchisée, structurée d'une manière
verticale.
L'erreur a certainement consisté à avoir une approche globalisante
et donc à mettre en oeuvre des actions inadaptées.
Il s'est agi, en réalité, d'une criminalité protéiforme,
à l'organisation très complexe, pratiquée par des groupuscules,
constitués sur une base familiale, qui se sont associés en fonction
des circonstances, mais qui ont toujours conservé leur autonomie. Les
membres de ces équipes ne se sont pas enfermés dans les secteurs
traditionnels du banditisme, (V.M.A, machines à sous, drogue, prostitution
... ) mais ils ont investi leurs butins dans les secteurs de l'économie
traditionnelle.
Leur pénétration a été facilitée par la
pénurie de capitaux qui caractérise la situation locale. Le financement
officiel y est difficile.
Celui qui dispose d'un capital important, immédiatement disponible et
d'une "logistique" peut faire d'énormes dégâts.
Les mêmes individus n'ont pas limité leurs investissements à
la Corse. Ils ont opéré aux plans national et international, utilisant
toutes les facilités offertes par les circuits internationaux, et les
faiblesses de nos structures internes.
Si la lutte contre les manifestations violentes de ce banditisme local reste
une priorité, nous devons l'attaquer sur le terrain qui est désormais
le sien, celui de la conquête et du contrôle de l'économie
locale, étant encore rappelé qu'il n'y a pas "de chef d'orchestre
occulte", mais une multitude d'intervenants qui peuvent connaître
des solidarités ponctuelles.
*
* *
Je puis ici vous confirmer les dernières initiatives déjà
prises par le parquet de Bastia.
o Distribution du café en Corse
Le procureur de la République de Bastia, ayant obtenu des informations
selon lesquelles certains individus, proches de la "Brise de Mer",
prenaient une part active à la distribution du café en Corse,
requérait le 7 septembre 1998 la Division nationale des Investigations
Financières de la D.C.P.J de procéder à une enquête.
Le 9 décembre 1999, le service sollicité rendait compte du résultat
de ses investigations.
Après examen du dossier par le pôle économique et financier,
l'ouverture d'une information a été requise, le 21 avril 2000,
pour abus de biens sociaux, banqueroute et recel.
M. DUCHAINE, juge d'instruction a été saisi du dossier.
o Conditions de reprise de la Société Insulaire Automobile (PEUGEOT)
Courant septembre 1998, la Brigade Nationale Économique était
chargée d'étudier les conditions financières de la reprise
de la Société Insulaire Automobile, concessionnaire de la marque
Peugeot pour la Haute Corse.
Au vu des résultats de cette enquête, le parquet de Bastia requérait,
le 2 mai 2000, le S.R.P.J d'Ajaccio de procéder à une enquête
préliminaire aux fins de vérifier l'origine des fonds investis.
o Installation illicite de machine à sous à Bastia et en Balagne
:
Le 13 mars 2000 une information a été ouverte au cabinet de M.
NIEL, juge d'instruction à Bastia, du chef de blanchiment à la
suite de la transmission faite par TRACFIN et au vu de l'enquête préliminaire
effectuée par l'antenne de Bastia du S.R.P.J d'Ajaccio avec le soutien
des assistants spécialisés du Pôle Économique et
Financier sur les activités de M. VITTINI.
Le juge d'instruction saisi a délivré commission rogatoire aux
autorités judiciaires monégasques et s'est transporté dans
la Principauté au cours de la dernière semaine du mois de juin
2000.
o Le 14 avril 2000 la section des recherches de la gendarmerie d'Ajaccio a
été chargée de vérifier le fonctionnement et le
financement du club de remise en forme et de musculation, installé boulevard
du Fango à Bastia.
Le même jour, le même service a été requis de procéder
à une enquête complète sur le financement de la construction
de l'ensemble immobilier "le Cézanne" rue de l'usine à
Gaz à Bastia.
o le 17 mai 2000 une enquête à été confiée
au S.R.P.J d'Ajaccio, avec mission d'analyser les mouvements très importants
constatés en 1995 sur les comptes de Madame FILIPPI et signalés
le 24 avril 1996 par TRACFIN au parquet de Bastia.
Il existe des présomptions d'abus de biens sociaux susceptibles d'avoir
été commis à l'occasion du transfert de la concession HERTZ
de Haute Corse.
o Le 14 juin 2000, une information a été ouverte au cabinet de
M. DUCHAINE pour association de malfaiteurs, à la suite des investigations
menées sur un trafic de machines à sous constaté dans la
plainte orientale.
o Le même jour, une information a été ouverte au cabinet
de M. DUCHAINE à la suite d'une transmission de TRACFIN et d'une enquête
diligentée par la section des recherches de gendarmerie sur la fabrication
de cartes informatiques destinées à des machines à sous
et l'exploitation d'un casino virtuel par la société EUROGAMES
DIFFUSION à Prunelli di Fiumorbu. L'information concerne des faits de
fabrication, mise à disposition, exploitation de jeu de hasard, de blanchiment
aggravé et de recel.
*
* *
Toutes les enquêtes ainsi ordonnées sont activement suivies par
le Pôle Économique et Financier.
H B. 1 b ? LE BANDITISME DANS LE SUD DE L'ÎLE
Les services chargés de lutter contre la criminalité organisée
m'ont indiqué qu'ils n'étaient pas en mesure de me fournir d'éléments
de synthèse actualisés sur ses manifestations en Corse du Sud.
Ils m'ont expliqué que si l'on pouvait parler d'organisation familiale
pour la Haute Corse, il fallait considérer que la criminalité
connaissait en Corse du Sud une "organisation féodale".
*
* *
Les enquêteurs implantés en Corse depuis plusieurs années
m'ont communiqué certaines explications sur l'histoire de ce banditisme.
? Dans les années 1970, de nombreux règlements de comptes, une
quinzaine, ont ensanglanté la région du Valinco (Propriano, Sartène,
Olmeto) et celle d'Ajaccio.
Des observateurs ont parlé, à cette époque, d'un "TRIANGLE
DES BERMUDES"
Entre 1974 et 1982 les nommés Louis BENEDETTI, Simon NICOLAI, Antoine
LECA, Jacques BENEDETTI, Charles NICOLAI, Pierre RECCO, Jacques SETIER, Marie
MONDOLONI, Franco ULERI, Bemard SANTONI, Antoine PARIS, Vincent RECCO, Jules
LEONETTI, Antoine LEONETTI ont été abattus dans le cadre d'une
guerre que se livraient "les gens du VALINCO entre eux" pour conquérir
le marché des machines à sous et la maîtrise du racket.
? Les années 1980 ont été marquées par trois faits
majeurs : l'affaire Guy ORSONI, l'affaire de la Maison d'Arrêt d'Ajaccio
et l'affirmation dans le milieu du banditisme de certains individus du VALINCO.
*l 'enlèvement et l'assassinat, le 17 juin 1983, de Guy ORSONI.
Selon les enquêteurs, cet enlèvement aurait eu pour origine "une
tentative de racket voire d'élimination physique envisagée par
la famille ORSONI (Roger) sur la famille LECCIA de Porto Vecchio".
Informé de ce projet, Jean?Marc LECCIA aurait sollicité Jean ALFONSI,
dit "Jeannot le Long" parrain du VALINCO, qui avec l'aide des nommés
Henri Rossi, Paul ANDREANI et Salvatore CONTINI, aurait procédé
à l'enlèvement et à l'assassinat de Guy ORSONI, dont le
corps restera introuvable.
L'enquête alors diligentée par le S.R.P.J dAjaccio permettait
de réunir des éléments suffisants à la charge d'un
certains nombre d'individus et en particulier des individus déjà
cités, qui étaient incarcérés.
Alain ORSONI, frère de Guy, et leader nationalité charismatique,
collaborait, dans un premier temps, avec les enquêteurs, avant de "basculer"
et d'expliquer, en développement une intense campagne médiatique,
que son frère avait été victime d'un "assassinat politique",
explication plus noble et plus "protectrice de la mémoire des morts".
* Le 7 juin 1984, un commando composé des nommés Pierre ALBERTINI,
Noël PANTALACCI, Pantaléon ALESSANDRI et Jean Dominique VESPERINI,
investissait la Maison d'arrêt d'Ajaccio.
Jean?Marc LECCIA et Salvatore CONTINI étaient abattus dans leur cellule.
Paul ANDREANI était assassiné, à Ajaccio, le 8 janvier
1986.
Jean ALFONSI et Henri ROSSI décédaient de mort naturelle ...
Disparaissaient ainsi les principaux protagonistes de l'affaire de l'enlèvement
de Guy ORSONI.
* À partir de 1983?1984, des individus originaires du VALINCO et jusqu'alors
connus pour se livrer à des vols à main armée sur le continent,
commencent à opérer en Corse du Sud en faisant alliance avec des
individus implantés à Ajaccio.
Les nommés Christian LEANDRI, Dominique PAOLI, Gérard FRANCHI,
Gérard BATTINI, Bernard PIETRI, Antoine MOTTA, s'affirment dans le racket,
l'implantation et l'exploitation des machines à sous.
Ils s'opposent à l'équipe dirigée par Roger POLVERELLI
et Jean Pierre LECA.
S'ensuit une nouvelle série de règlements dé comptes.
Assassinats et tentatives d'assassinats se succèdent ( 3juin 1986 : les
frères POLVERELLI ; le 21 septembre 1987; MOTTA et PIETRI ; 17 février
1988: Joël BIZZARI ; 30 août 1988 ; Gérard BATTINI ; 19 juillet
1989: Gérard FRANCHI; 16 novembre 1990; Christian LEANDRI; 21 décembre
1990 Dominique PAOLI et Pierre PANTALACCI ... )
En 1993, les services spécialisés considéraient que ces
différentes éliminations physiques avaient mis "LE VALINCO"
hors d'état d'opérer utilement dans la région d'Ajaccio.
*
* *
L'approche de la criminalité organisée affectant auiourd'hui
le Sud de l'Ile serésumera à une série de questions, d'interrogations.
Jean Baptiste dit Jean Jé COLONNA ("la statue du Commandeur...")
Tous mes interlocuteurs, sans exception, m'ont présenté Jean
Baptiste COLONNA comme l'élément majeur, incontournable de la
criminalité organisée en Corse du sud.
Mais, pour citer le responsable d'un service local, "tout le monde a planché
sur lui, le fisc a beaucoup travaillé, en vain".
Vérifications faites, aucune procédure n'est actuellement diligentée
à l'encontre de M. COLONNA; aucune condamnation ne figure à son
casier judiciaire.
Né le 24 juin 1939 à SARTENE, Jean Jé COLONNA est interpellé
le 31 janvier 1975 à Marseille dans le cadre d'une procédure de
trafic de stupéfiants, et à l'issue d'une longue enquête
menée conjointement par les polices française et américaine.
Il se dit alors exploitant du bar "La Folle Époque", 10, place
Félix Barret à Marseille. Il est placé en détention
provisoire.
Il s'évade le 28 juillet 1975, de l'Hôtel Dieu de Marseille.
Après avoir "purgé sa situation pénale" (prescription
de la peine prononcée pour évasion, sursis obtenu pour la condamnation
prononcée pour trafic de stupéfiants) Jean Baptiste COLONNA peut
"rentrer au pays" en 1985.
L'intéressé est habituellement présenté comme le
véritable propriétaire de plusieurs hôtels et établissement
de nuit du sud de l'île, dirigés par des prête?noms. Il aurait
des intérêts importants en Afrique et en Amérique.
À ce jour, le parquet n'a eu accès a aucun élément
de nature à justifier la mise en uvre de l'action publique.
o Les discothèques et bars de la région de BONIFACIO et de PORTO
VECCHIO
Le procureur d'Ajaccio exerce un contrôle régulier sur l'activité
des établissements de cette région, sur les cessions de fonds
de commerce ou de parts sociales.
Les différentes vérifications effectuées n'ont permis de
mettre en évidence aucune irrégularité notable.
* La destruction de la discothèque "L'ANMESIA" à Bonifacio
. La famille LANTIERI.
Par ordonnance en date du 23 juin 1998, le président du tribunal de
grande instance d'Ajaccio autorisait des fonctionnaires de la Direction Nationale
d'Enquêtes Fiscales a procéder à toutes visites et saisies
au siège ou dans les locaux professionnels des Sociétés
suivantes: SARL QUID NOVI, SARL Office de Change Bonifacien, SCI EXPENSION,
SCI POGGIO d'OLMO et SCI les Trois Frères, gérées ou dirigées
en droit ou en fait par Messieurs Paul, Antoine et Jean Simon LANTIERI.
L'administration fiscale s'intéressait tout particulièrement
aux activités de la S.A.R.L QUID NOVI exploitant la discothèque
"L'ANINESIA" à Bonifacio.
Le 10 avril 2000, elle adressait au parquet d'Ajaccio une plainte pour fraude
fiscale contre Paul LANTIERI.. Les droits éludés par l'intéressé
en matière d'impôt sur le revenu ont été évalués
à 1. 162.631 F pour les années 1995?1996.
Une enquête préliminaire a été ordonnée.
Elle est toujours en cours.
*
* *
Le 15 avril 2000, vers 21H20, un attentat à l'explosif détruisait
complètement les locaux de la discothèque "L'AMNESIA".
Cinq cratères correspondant à cinq charges de nitrate fuel de
100 kg chacune étaient isolés par les enquêteurs .
Un panneau était découvert à l'entrée du site,
portant l'inscription suivante "DANGER ? MINE ? NE PAS RENTRER"
Personne n'était présent sur les lieux au moment de l'attentat.
La loge du gardien avàit ëté mise à la disposition
du nommé Alain MENINNO qui, après avoir passé la journée
à Ajaccio, était allé chercher Paul LANTIERI, "le
directeur artistique" de la discothèque, à l'aéroport
de Figari vers 21 h.
Une perquisition effectuée dans la loge permettait de découvrir
un pistolet SMITH & WESSON , de nombreuses cartouches, de la poudre noire
et du matériel permettant de fabriquer des cartouches.
Les premières investigations effectuées sur la situation de 'L'AMNESIA"et
son environnement financier permettaient de réunir les éléments
suivants
"L'Amnésia". était en réalité une piste
de danse à ciel ouvert, sur plusieurs niveaux, entourée d'un bâtiment
circulaire sur deux étages comprenant plusieurs alvéoles.
L'immeuble était la propriété de la SCI POGGIO d'OLMO,
créée le 15 février 1995, au capital de 10 000 F, entre
Paul LANTIERI son frère Jean Baptiste et Jean François PANZANI,
le premier nommé étant désigné en qualité
de gérant.
Dès le 23 octobre 1995, une transformation statutaire intervenait: MM
Paul et Jean?Baptiste LANTIERI "s'effaçaient" dernière
Véronique THIEBAUD, la compagne de Paul LANTIERI.
"L'Amnesia" était exploité par la S.A.R.L "QUID
NOVI" créée le 7 juin 1995 au capital de 100 000 F entre
Paul LEONARDI et Henri MAS, le premier étant désigné en
qualité de gérant.
Il apparaît que la S.C.I. POGGIO d'OLMO a obtenu de la BNP un prêt
de 1500 000 F pour financier les travaux de construction de "L'Amnésia",
alors que ceux?ci avaient déjà été réalisés
; et qu'elle a donné l'immeuble en location à la SARL QUID NOVI,
pour un loyer annuel de 300 000 F qui n'a jamais été versé.
La SOCIÉTÉ SOBOCO géré par Jean Baptiste LANTIERI
aurait fourni en boissons L'AMNESIA, pour une somme globale de 900 000 F, qui
n'aurait pas été payée, et qui n'aurait pas non plus été
réclamée " par solidarité familiale".
Le 17 mai 1999 le tribunal de commerce dAjaccio plaçait la S.A.R.L "QUID
NOVI" en redressement judiciaire sur assignation de l'URSSAF.
Le 31 janvier 2000, la liquidation judiciaire était prononcée.
Le passif est évalué à la somme de 11.765 .714 F pour un
actif de 8.894.100 F.
*
* *
Le 15 mai 2000 une information était ouverte au cabinet de M.. CAMBEROU,
juge d'instruction à Ajaccio à la suite de la destruction de L'AMNESIA
par explosifs.
La section des recherches de gendarmerie était chargée par le
parquet d'Ajaccio de poursuivre ses investigations sur l'environnement financier
de l'établissement de BONIFACIO.
Les enquêteurs "exploitent actuellement plusieurs pistes" pour
expliquer la destruction de L'AMNESIA.
? l'opération d'un groupe nationaliste contre des intérêts
touristiques,
? une "concurrence commerciale" susceptible d'opposer, en Corse,
la famille LANTIERI et la famille CANARELLI, qui gère la discothèque
voisine "VIA NOTE"
? un règlement de comptes lié aux activités que Paul LANTIERI
développe sur le continent et à Marseille en particulier, dans
le monde de la vie nocturne,
? une escroquerie à l'assurance.
Votre Chancellerie sera régulièrement informée de l'évolution
de cette affaire.
o Le Casino d'Ajaccio:
Le 18 mai 1998, le secrétaire général de TRACFIN communiquait
au procureur de la république de NICE des informations sur d'importants
mouvements financiers intéressant le casino municipal d'Ajaccio, le casino
de Saint?Nectaire et la Compagnie Européenne de Casino, mouvements transitant
par des comptes personnels ouverts par Messieurs Edouard, Toussaint et François
CUTTOLI auprès de la BARCLAYS BANK.
Ces informations étaient transmises par le parquet de Nice à
celui d'Ajaccio, territorialement compétent. Une enquête préliminaire
était aussitôt ordonnée et confiée au S.R.P.J d'Ajaccio.
Ce service vient de transmettre au parquet requérant, par un rapport
en date du 5 juin 2000, le résultat de ses investigations, que l'on peut
présenter ainsi
Le casino d'Ajaccio est exploité depuis 1937 par la famille CUTTOLI
qui détient actuellement la totalité du capital réparti
entre le père Edouard, PDG, les deux fils Toussaint et François
Directeurs Généraux et les épouses des trois précédents.
Ayant obtenu fin 1993 du Ministère de l'Intérieur l'autorisation
d'exploiter 40 machines à sous, la SARL Casino Municipal d'Ajaccio était
transformée en SA. Ses résultats explosaient".
Alors qu'avec le jeu de la Boule, ses recettes plafonnaient, atteignant 1 241
048 F pour l'exercice 1992. 1993, la décision du Ministère de
l'Intérieur lui offrait une véritable manne, comme les chiffres
suivants le prouvent
EXERCICE RECETTES JEUX DONT CHIFFRES
TOTALE MACHINES D'AFFAIRES NET
À SOUS
92/93 1.241.048 0 2.094.276
93/94 30.646.743 29.439.933 21.582.198
94/95 29.916.480 29.302.800 26.162.807
95/96 33.330.618 32.694.393 27.204.387
96/97 43.848.161 42.596.461 26.840.853
97/98 43.428.544 40.441.839 28.169.059
Les bénéfices et les dividendes ont suivi la même évolution.
EXERCICE RÉSULTATS DIVIDENDES CUMUL
92/93 ?975.376 0
93/94 +8.183.233 6.081.600 6.081.600
94/95 +7.540.138 7.455.138 13.356.138
95/96 +7.607.603 5.607.500 19.143.638
96/97 +6.892.121 6.025.000 25.168.638
97/98 +4.662.069 4.650.000 29.818.638
Associée à Antoine LUCIANI, professionnel des jeux, à
Jean Guy BOZZI, employé de casino et à Dominique ANTONINI la famille
CUTTOLI créait en 1994 la société du Casino Saint Nectaire
pour reprendre cet établissement en déshérence.
Pendant le premier exercice Édouard, Toussaint et François CUTTOLI
injectaient une somme globale de 3 390 000 F dans le nouvel établissement,
qu'ils cédaient dès 1996 pour la somme de 5 851508 F à
la Compagnie Européenne de Casinos.
A l'issue de leurs recherches, les enquêteurs proposaient au parquet
d'Ajaccio les conclusions suivantes, sous forme de questions
" Les mouvements de fonds qui ont alerté TRACFIN ont été
identifiés et sont tous justifiés au plan comptable et juridique.
Les consorts CUTTOLI se sont attachés à ce que tout soit fait
dans les règles en s'appuyant sur des conseillers efficaces.
Les retraits d'espèces qui représentent 11. 625. 000 F de 94
à 9 7 alors que dans le même temps plus de 22 MF de dividendes
ont été distribués, ne trouvent aucune justification crédible
et surtout pas celle qui consiste à les attribuer à un train de
vie important.
La façon dont les espèces sont extraites des comptes bancaires
laisse à penser qu'elles sont destinées à une tierce personne.
Cette dernière, au regard de la comptabilité du Casino dAjaccio
ne paraît avoir participé en rien à l'essor de cette affaire
puisque les mouvements en comptes courants associés n'enregistrent aucun
apport en dehors des trois prêts de 700 000 F identifiés. En conséquence,
cet "associé occulte " qui percevrait plus de 50% des dividendes
ne le fait pas en vertu d'un retour sur investissements, fussent?ils occultes.
Dès lors, ce constat conduit à se demander à quoi correspond
cette rétribution. La notion "d'affectio societatis " qui prévaut
à la création de toute sociéte commerciale ne paraît
pas présente. Elle consiste, en partie, pour les personnes associées
à envisager le partage des gains et des pertes. Dans le cas d'espèce
seuls les gains paraissent être pris en considération et la volonté
défaire oeuvre commune parait absente.
Identifier ce tiers pourrait se révéler intéressant. D'abord,
pour un motif fiscal car on peut supposer que ces revenus n'ont pas été
déclarés et peut?être investis dans d'autres opérations
commerciales. Mais aussi pour recueillir des explications sur les motifs qui
peuvent conduire d'honorables commerçants à reverser 50% de leur
gains a un tiers sans contrepartie évidente.
Par ailleurs, en considérant l'existence de ce tiers, son intervention
paraît indiscutable dans l'opération du Casino de St Nectaire.
En conséquence, il est justifié de se demander quel rôle
ont joué les associés de la famille CUTTOLI dans cette affaire,
MM LUCJANI Antoine, BOZZI Jean Guy et ANTONINI Dominique, d'autant plus qu'ils
en sont les initiateurs mais pas les plus grands bailleurs de fonds.
Il n'est pas habituel qu'un employé de casino, même membre du comité
de direction, soit associé à ses employeurs au sein d'une autre
affaire et participe à celle?ci pour des sommes importantes. Il s'agit
là de M. BOZZI Jean Guy qui détenait 1498 parts sur les 4000 du
capital social et qui a perçu 2.191.3 79 F sur la vente de St Nectaire.
M. L UCIANI Antoine paraît être un professionnel des jeux car il
intervient ou est intervenu dans plusieurs établissements (CASINO DE
NERIS LES BAINS, CASINO DE BANDOL, CASINO DE VALS LES BAINS, CASINO DE PALAVAS)
comment, dès lors, a?t?il pu se fourvoyer en initiant l'opération
de St Nectaire ?"
L'ouverture d'une information sera requise après examen de la procédure
par le pôle économique et financier de Bastia.
A l'occasion des différents entretiens que j'ai pu avoir à l'occasion
de la conception du présent rapport, plusieurs de mes interlocuteurs
ont évoqué "les réseaux africains", "les
bateliers de Bonifacio", ou telle famille ayant fait fortune dans l'exploitation
de cercles de jeux parisiens.
Mais n'ayant pas obtenu d'éléments véritablement exploitables,
je n'évoquerai pas plus avant, en l'état, ces "confidences".
Il ? B 2 ? LES ACTIVITÉS EXTÉRIEURES DU BANDITISME LOCAL:
Ayant régulièrement lu dans les notes et rapports consacrés
à la criminalité organisée que les truands originaires
de Corse constituaient une part essentielle des "individus fichés
au grand banditisme" et persuadé en conséquence que ce phénomène
faisait l'objet d'un suivi régulier, j'ai invité le directeur
du S.R.P.J d'Ajaccio à me renseigner.
Sur ce sujet encore, il m'a demandé de me rapprocher du Directeur Central
de la Police Judiciaire.
J'ai donc contacté, le 11, avril 2000, M. MARION, D.C.P.J. adjoint,
qui s'est engagé à me faire parvenir une synthèse élaboré
par l'O.C.R.B.
Au jour de la clôture du présent compte?rendu, je reste dans l'attente
de la communication annoncée.
Je ne manquerai pas de vous faire parvenir un rapport complémentaire
dès que j'aurai obtenu les informations nécessaires.
II ? B.3 ? LA DÉRIVE AFFAIRISTE DES GROUPES NATIONALISTES LOCAUX
L'approche judiciaire de cette dérive est difficile, en raison du partage
de l'exercice de l'action publique en matière de terrorisme entre les
juridictions parisienne etcorses.
Le parquet de Paris se consacre exclusivement à la dimension terroriste
des affaires. Il n'exploite pas les information relatives aux éventuelles
dérives financières dans les dossiers qui lui sont confiés.
Ces informations sont rarement communiquées aux parquets territorialement
compétents.
Les services de polices spécialisés détiennent des renseignements
épars sur la dérive affairiste des mouvements nationalistes. Ils
se consacrent, par priorité, également, aux activités violentes
de ces mouvements.
*
* *
Le financement de l' "ex?F.L.N.C", basé à l'origine
sur les cotisations des militants, s'est vite révélé insuffisant
et a conduit cette organisation clandestine à "recourir à
des opérations de droit commun".
L'arrestation en juin 1978 de deux membres du "F.L.N.C", Yves STELLA
et François LORENZI, surpris en train de charger des armes et des explosifs
dans une voiture au domicile de Paul ANZIANI, avait permis la saisie à
BIGUGLIA (Haute Corse) d'archives sur cette activité de racket.
Après la scission survenue au sein du F.L.N.C dans le courant de l'automne
1990, le problème de "l'impôt révolutionnaire devenait
un sujet de controverse particulièrement épineux au sein de la
mouvance nationaliste.
Le 11 septembre 1991, Joseph CAVIGLIOLI, membre du M.P.A était arrêté
à SAGONE, à la suite d'une tentative d'extorsion de fonds au préjudice
d'un loueur de bateaux continental.
Lors d'une conférence de presse tenue le 21 septembre 1992, le F.L.N.C
Canal Habituel" reconnaissait avoir eu recours régulièrement
à cette pratique.
Les campagnes de presse successives lancées en 1991 ? 1992 par les médias
nationaux sur le thème de la "dérive mafieuse des clandestins"
associant les agissements du banditisme à certaines pratiques dévoyées
du nationalisme, amenaient le Canal Habituel à annoncer, le 24 septembre
1992, qu'il renonçait à cette méthode de prélèvement
de l'impôt
révolutionnaire. Il précisait que le financement serait désormais
assuré par les militants
Le F.L.N.C Canal Historique adoptait une attitude différente, la plupart
de ses "communiqués officiels" contenant des codes d'authentification
de tentatives d'extorsions de fonds.
*
* *
Le "Canal. Historique" s'expliquait sur l'impôt révolutionnaire
dans un communiqué de presse daté du 7 octobre 1992, en présentant
cette pratique comme un "instrument nécessaire" au développement
de la lutte historique du peuple corse et en précisant que l'apport de
cet impôt ne constituait qu'une part très réduite des ressources
de l'organisation, l'apport essentiel provenant d'autre concours financiers
...
Le F.L.N.C Canal Historique "mettait en garde tous ceux qui se risqueraient
à usurper le sigle de l'organisation pour pratiquer le racket..."
Il revendiquait trois attentats commis le 20 mai 1993 à Paris (6ème
AR.) et le 26 MAI 1993 à Ajaccio et à Bastia contre des agences
de la société "NOUVELLES FRONTIÈRES" en dénonçant
"les transactions douteuses [qui auraient permis] à "Nouvelles
Frontières" de racheter la compagnie aérienne CORSAIR et
deux fleurons de l'hôtellerie insulaire, l'"hôtel des Calanques"
à Ajaccio et "le Grand Bleu" à TIUCCIA?CALCATOGGIO".
"NOUVELLES FRONTIÈRES" participe désormais, en qualité
d'annonceur assidu, au financement du "U RIBOMBU DI A CORSICA NAZIONE"
qui publie systématiquement le texte intégral des communiqués
du F.L.N.C.
Je n'évoquerai que pour mémoire l'affaire dite du Golfe de SPERONE
Élu en janvier 1996 secrétaire national de la CUNCOLTA, François
SANTONI est mis en cause, fin 1996, dans le cadre d'une affaire de racket contre
le propriétaire de ce golfe.
La procédure est toujours en cours devant la juridiction parisienne
spécialisée.
Mais au?delà de ces opérations de racket, justifiées par
la nécessité de percevoir "l'impôt révolutionnaire",
les liens, les connivences entre le mouvement nationaliste, les affaires, l'affairisme
et la délinquance organisée sont évidents.
François SANTONI a écrit avec Jean Michel ROSSI et Guy BENHAMOU
de fort belles pages sur ces connivences ("POUR SOLDE DE TOUT COMPTE"
déjà cité)
Mais il s'est peu exprimé sur l'intérêt tout particulier
qu'il a porté à l'île de CAVALLO et sur les liens qu'il
entretenait avec M. Pierluiggi VIGNUZZI, au point de "prendre ses quartiers
sur l'île" en 1995.
L'organisation revendiquait un attentat à l'explosif commis le 7 juin
1992 à Marseille contre le siège de la société "PROVENDIS,
qui avait reçu, en décembre 1991, des menaces téléphoniques
et avait fait l'objet d'une tentative d'extorsion de fonds de la part de correspondants
anonymes qui s'étaient réclamés du F.L.N.C Canal Historique
en fournissant à la victime un numéro de code d'identification.
"ALLIANCE EUROPÉNNE FINANCIÈRE et SERVICE" et"SOCIÉTE
CORSE GESTION et FORMATION APPLIQUÉE AUX AFFAIRES" implantées
à CALVI.
Par arrêt en date du 12 mai 1997, la Cour d'Appel de Bastia a ouvert
à l'égard de ces deux sociétés une procédure
de redressement judiciaire, François SANTONI ayant la qualité
de gérant de la S.A.R.L C.G.F.A
La Cour notait qu'aux termes d'un protocole d'accord en date du 19 novembre
1993 Étienne ALLEGRINI avait obtenu pour le compte des sociétés
A.E.S et C.G.F.A., dont il était encore le dirigeant, une réduction
de l'endettement des sociétés, évalué au 5 novembre
1993 à 28 869 061 F, à la somme de 13 000 000 F.
Pour parvenir à cette réduction, les partenaires à l'accord
avait consenti des abandons de créances importants : 5 975 000 F pour
le Crédit Agricole, 1 900 000 F pour la CADEC, 975 000 F pour CORSABAIL,
les sociétés ayant obtenu en outre des allègements d'intérêts
à hauteur de 5.174 437 F pris en charge par la collectivité territoriale.
La restructuration financière était confortée d'une part
par une subvention complémentaire de 2 000 000 F de la Région,
consentie en vue de reconstituer les fonds de roulements inexistants et d'autre
part par l'engagement pris par la collectivité d'apporter à C.G.F.A.
un volume d'affaires pour environ 15 000 000 F pris sur le budget de formation
de la région.
Aussitôt Étienne ALLEGRINI cédait la gérance de
la S.A.R.L C.G.F.A. à compter du 1er décembre 1993, à François
SANTONI.
Il convient de préciser que les sociétés du groupe AES,
contrôlées par M. ALLEGRINI, uvraient essentiellement dans
les secteur du transport de fonds, de la télésurveillance, de
la protection rapprochée et de la maîtrise des risques ...
Les magistrats de la Cour d'Appel s'interrogeaient à propos du soutien
accordé à ces sociétés par les intervenants déjà
évoqués sur "l'acharnement thérapeutique de ces institutionnels
pour entretenir des sociétés exsangues sous perfusion de fonds
publics, [acharnement] apparaissant bien éloigné des objectifs
de la loi du 2 mars 1982 autorisant les aides directes ou indirectes pour favoriser
le développement économique par la création d'entreprises
et les aides à l'emploi dans le souci de l'intérêt général
et non au seul profit de sociétés commerciales de droit privé
moribondes".
L'action publique a été défaillante dans cette affaire,
qui devrait être soumise à l'examen du pôle économique
et financier.
De multiples autres exemples de ces dérives et connivences pourraient
être fournis :
Je m'attarderai, ici, sur le fonctionnement de la société "
BASTIA SECURITÀ" que François SANTONI présente ainsi
:
""BASTIA SECURITÀ", c'est la pompe à fric de la
Cuncolta. La société fournissait des emplois, dont un certain
nombre totalement fictifs. Les militants du Front qui se sont mis en cavale
en 1995, au moment des affrontements, touchaient tous un salaire.
"BASTIA SECURITÀ" sert également à beaucoup
d'autres choses : à louer des voitures que l'on retrouve parfois sur
les lieux d'un attentat, ou à transporter dans les fourgons toutes sortes
de choses n'ayant qu'un lointain rapport avec l'objet social de la société".
La Société Coopérative Ouvrière de Production (S.C.O.P)
S.A.R.L "BASTIA SECURITÀ" est immatriculée le 14 novembre
1986 au R.C.S de Bastia pour une activité de "transport de fonds
et de valeurs par la mise à la disposition des clients de véhicules
blindés, d'équipes spécialisées et des appareils
antivol nécessaires
Le siège social est fixé à Bastia. Le premier gérant,
Jean?François ALFONSI, est remplacé en novembre 1987 par Yvan
ROSSI.
Des établissements secondaires sont ouverts, le 1er mars 1993 à
Ajaccio, le 1er août 1993 à Bastia, le ler janvier 1995 à
Porto Vecchio.
Le 15 avril 1996, Jean Martin VERDI succède, en qualité de gérant,
à Yvan ROSSI.
Le 14 octobre 1996, cinq nouveaux coopérateurs sont intégrés
à la SCOP. Parmi eux figurent François SANTONI et Christophe PIERI
, qui vient de rejoindre son père Charles.
A cette date "BASTIA SECURITÀ" occupe une place prépondérante
sur le marché des transports de fonds en Corse.
Un audit réalisé en 1996, à la demande du Crédit
Agricole, client privilégié de la société, fait
apparaître que le tarif pratiqué par B.S est de 548,54 F H.T. pour
une vacation alors que, même en admettant des surcoûts liés
aux prix des assurances, aux contraintes géographiques et aux difficultés
liées à l'insularité, le tarif normal ne devrait pas dépasser
300F.
Les auditeurs concluaient à l'existence d'un surcoût annuel non
justifié de l'ordre de 1,4 millions de francs TTC pour le Crédit
Agricole.
Ils estimaient en outre, que les garanties offertes par la Société
à son client étaient faibles puisque son assureur, la LLOYD'S
de LONDRES, n'intervenait, en cas de sinistre, qu'à hauteur de deux millions
de francs, les espèces transportées, notamment en période
estivale, pouvant représenter une somme quatre fois supérieure
au montant garanti.
Et pour reprendre la formule nuancée d'un enquêteur: "certains
considèrent que la situation de quasi monopole de "BASTIA SECURITÀ"
l'autorise à abuser de la situation, tout en sachant que la réputation
de ses dirigeants, liés au bloc CUNCOLTA? F.L.N.C. Canal HISTORIQUE n'incite
pas les dirigeants des banques à tenter de renégocier leurs contrats
...
Courant octobre 1998, une "partie de bras de fer" s'engage entre
l'État et les rnaîtres de "BASTIA SECURITÀ".
Le 13 octobre 1998, des fonctionnaires de la Division Nationale Anti?Terroriste,
chargés de procéder par le procureur de la République de
Paris à une enquête préliminaire pour "association
de malfaiteurs, infractions à la législation sur le régime
des armes et des munitions et toutes infractions en relation avec une entreprise
terroriste," procèdent à trois perquisitions au siège
de "BASTIA?SECURITÀ" à Bastia, et dans ses établissements
secondaires à Ajaccio et Porto Vecchio.
Selon les enquêteurs:
"[leurs] investigations déterminaient que si cette entreprise respectait,
dans le département de la Haute Corse les dispositions du décret
no 79?618 du 13 juillet 1979 relatif à la protection des transports de
fonds et celles du décret?loi du 6 mai 1995 portant application du décret
du 18 avril 1939 fixant le régime des matériels de guerre, armes
et munitions, il n'en n'était rien dans le département de la Corse
du Sud où les convoyeurs détenaient et portaient depuis plusieurs
années des armes à feu de la 4ème et de la 5ème
catégories sans que les responsables de la société n'aient
obtenu les autorisations et habilitations nécessaires à l'utilisation
de ces armes dans l'activité de transport de fonds
Ils saisissent donc trois revolvers, cinq fusils et un lot de munitions.
Aussitôt les dirigeants de "BASTIA?SECURITÀ" décident
de suspendre leur activité en Corse du Sud, dans "l'attente de la
régularisation de leur situation administrative".
En réalité, la société ménage ses gros
clients (banques, grandes surfaces ... ) en procédant régulièrement
à des délestages de sécurité.
Elle fait par contre "monter la pression" parmi les petits clients
et les consommateurs, se livrant par ailleurs à un chantage et mobilisant
les syndicats et notamment l'U.T.C. et le S.T.C
Le 16 octobre, les avocats de B.S. adressent une sommation interpellative au
Préfet de Région pour l'inciter à se prononcer sur leur
précédentes demandes d'autorisation.
Le Préfet d'Ajaccio se retranche derrière le refus tacite déjà
opposé par son prédécesseur.
Le 22 janvier 1999, le Préfet de Haute Corse décide de suspendre
l'autorisation d'exercer les activités de surveillance, gardiennage et
transport de fonds délivrée à "BASTIA SECURITÀ"
par arrêté en date du 20 octobre 1988, après avoir constaté
que Jean Martin VERDI, gérant et coopérateur de la SCOP, François
SANTONI, directeur commercial et coopérateur, Jacques MOSCONI, agent
commercial et coopérateur, Christophe PIERI, responsable de la sécurité
et coopérateur, faisaient l'objet de diverses mises en examen pour association
de malfaiteurs, infractions à la législation sur les armes ...
Par arrêté du même jour, le préfet abroge les autorisations
de détention d'armes accordées aux convoyeurs de la société.
Le 2 février 1999, le gérant de "BASTIA SECURITÀ"
saisit le tribunal administratif de Bastia qui, par jugement en date du 4 mars
1999, annule le premier arrêté du Préfet de Haute Corse
en date du 22 janvier 1999, en considérant que l'autorité administrative
n'avait pas respecté les droits de la défense, en ayant usé
d'un pouvoir de police spéciale sans avoir motivé sa décision
quant à l'urgence et aux nécessités de l'ordre public.
Dès le 5 mars 1999, le Préfet de Haute Corse prend un nouvel
arrêté de suspension d'activité contre "BASTIA SECURITÀ".
Les dirigeants de la société, concernés par des procédures
judiciaires, donnent leur démission. Dominique MARTINETTI est désigné
en qualité de gérant pour remplacer Jean Martin VERDI.
De nouveau saisi par la SCOP, le tribunal administratif de Bastia valide, par
jugement en date du 7 mai 1999, la position du Préfet en rejetant la
requête en annulation de BASTIA SECURITÀ.
Le 8 juillet 1999, le Préfet de Haute Corse abroge son arrêté
de suspension du 5 MARS 1999 et modifie le précédent arrêté
du 20 octobre 1988 en limitant l'autorisation délivrée à
"BASTIA SECURITÀ" à l'exercice d'activités de
gardiennage et de surveillance de biens pour lesquelles les agents de la société
ne seront pas armés.
Saisi par requête de la SCOP en date du 12 juillet 1999, le Président
du tribunal administratif de Bastia décide de suspendre, par ordonnance
en date du 26 juillet 1999, pour une durée de trois mois, l'exécution
des articles de l'arrêté du 8 juillet 1999, limitant l'autorisation
délivrée à "BASTIA SECURITÀ".
La Cour administrative dAppel de MARSEILLE rejettera, par arrêt en date
du 16 septembre 1999, le recours présenté par le Ministre de l'Intérieur
et le Préfet de Haute Corse contre cette ordonnance.
Le 2 août 1999 le gérant de BASTIA SECURITà déclare
la cessation des paiements de la société au greffe du tribunal
de commerce de Bastia.
Par jugement du 5 août cette juridiction prononce l'ouverture d'une procédure
simplifiée de redressement judiciaire.
Au jour de cette ouverture, la société qui employait en octobre
1998, 36 salariés à temps plein et 38 personnes à temps
partiel et à durée déterminée, déclare avoir
maintenu 36 salariés et présente la situation financière
suivante:
? chiffre d'affaires
* pour l'exercice 1998 16213361F
* du 1.01 au 31.07.99 .......................... 803 182F
- résultat net
* pour 1998 . 152.6198F
* au 31.07.99 .? 4.532.972.F
actifs réalisables 2188996F
passif exigible (essentiellement salarial et social) 6350744F
Le 8 septembre 1999, le tribunal de commerce prononce, sur requête de
BASTIA SECURITÀ la LIQUIDATION JUDICIAIRE DE LA SOCIÉTE.
Il apparaît que cette élimination apparente de "BASTIA SECURITÀ"
a été accompagnée par les pouvoirs publics, qui ont admis
le principe d'une "renaissance de la société".
Ainsi, le 5 août 1999, a été immatriculée au R.C.S
de Bastia la S.A.R.L "ENTREPRISE SÉCURITE SERVICE EXPRESS"
(ESSE) au capital de 60 000 F pour une activité identique à celle
qui était exercée par "BASTIA SECURITÀ" et avec
François SALLEI comme gérant.
Son siège a été fixé à LA PORTA ...
Par arrêté en date du 10 décembre 1999, le Préfet
de Haute Corse a autorisé la société "ESSE" à
exercer son activité de transports de fonds, de surveillance et de gardiennage.
Par ordonnance en date du 28 décembre 1999, le juge commissaire de la
liquidation judiciaire de la SCOP "BASTIA SECURITÀ" a autorisé
la cession de gré à gré du matériel de la société
au profit de la S.A.R.L "ESSE" moyennant le prix de 1 006 000 F (véhicules,
armes et local)
Six établissements bancaires, le Crédit Lyonnais, le Crédit
Agricole, la Société Générale, la Banque Mutualiste,
la BNP, et la BTPC ont donné leur accord pour l'octroi, par chacun d'eux,
d'un prêt de 350 00 F à la "nouvelle société"
"ESSE" a décidé de réembaucher plus de la moitié
des effectifs de BASTIA SECURITÀ.
Le 24 février 2000, l'hebdomadaire "U RIBOMBU" déjà
cité, consacrait un article à la société "ESSE".
L'ont peut en extraire le passage suivant
"Le projet déposé par ESSE a obtenu tous les agréments
et toutes les autorisations nécessaires à son fonctionnement,
après avoir été logiquement passé au crible par
les services préfectoraux et le préfet de Haute Corse en personne
qui a su montrer à cette occasion une neutralité, une efficacité
remarquable, ainsi qu'une capacité d'écoute et de dialogue qui
tranche par rapport à ses sinistres prédécesseurs ...
ESSE possède toutes les garanties spécifiques de sécurité
indispensables à son activité et a su prendre toutes les mesures
de sécurité nécessaires.
Au niveau technique, la société ESSE n'a pas hésité
à investir dans des moyens de sécurité exceptionnels qui?le
cas échéant empêcheront des malfaiteurs de récupérer
l'argent transporté rendu irrécupérable et être localisé
dans les 15 minutes.
À BON ENTENDEUR SALUT ! Pour notre part nous souhaitons bonne route à
cette société"
Le message de "U RIBOMBU" qui diffuse très habituellement
les communiqués du "FLNC Canal Historique" est parfaitement
clair.
*
* *
L'autorité judiciaire n'en poursuit pas moins son action.
Le 22 octobre 1999, le procureur de la République de Bastia a requis
le S.R.P.J. d'Ajaccio de procéder à une enquête sur le fonctionnement
de la société BASTIA SECURITÀ
Le 21 février 2000, les enquêteurs ont rendu compte au parquet
du résultat de leurs investigations.
Il apparaît que François SANTONI et Christophe PIERI, placés
en détention provisoire par des magistrats instructeurs et incarcérés,
pour le premier du 17 décembre 1996 au 10 novembre 1998 et pour le second
depuis le 4 octobre 1998, ont continué à percevoir de B.S leurs
rémunérations.
François SANTONI a ainsi perçu 463 204 F.
Christophe PIERI a reçu 84 613 F.
Le S.R.P.J s'est intéressé à la nature des fonctions exercées
par François SANTONI au sein de la société . Embauché
le ler septembre 1995 en qualité de directeur commercial, il était
censé, selon M. VERDI, gérant de la société du 15
avril 1996 à 3 mars 1999, &&entretenir les relations avec les
clients et rechercher de nouveaux marchés pour la branche gardiennage
de la société"
Mais M. VERDI reconnaissait aussitôt que la présence au quotidien
de M. SANTONI en CORSE n'était pas nécessaire: "ce qui comptait
c'était que les gens sachent qu'il faisait partie de BASTIA SECURITÀ"
Il ajoutait même : "l'image de François SANTONI, au delà
de ses activités propres au sein de l'entreprise servait à obtenir
le respect, en tant que dirigeant nationaliste, des bandes de malfrats sévissant
dans la région ... "
Il est également établi, entre autres irrégularités,
que Marie?Hélène MATTEI a utilisé à des fins personnelles
les salaires indûment versés à François SANTONI pendant
sa détention et qu'elle a habituellement utilisé des véhicules
loués au nom de François SANTONI par BASTIA SECURITÀ.
Le 7 juin 2000 l'ouverture d'une information a été requise par
le parquet de Bastia contre Jean Martin VERDI pour abus de biens sociaux et
contre François SANTONI, Christophe PIERI et Marie Hélène
MATTEI pour recel de ces abus de biens sociaux.
Le 15 juin 2000, le juge d'instruction désigné, M. DUCHAINE,
a notifié aux quatre personnes concernées leur mise en examen
des chefs déjà précisés.
L'on doit, bien évidemment, évoquer ici de nouveau les activités
de Gilbert CASANOVA, figure éminente du M. P. A., proche d'Alain ORSONI
à qui il a encore très récemment manifesté publiquement
son attachement.
J'ai déjà indiqué que quatre informations judiciaires
avaient été ouvertes à Ajaccio, le 8 juin 1999, au vu des
résultats de la mission effectuée par l'Inspection Générale
des Finances sur la gestion de la chambre de Commerce et d'industrie de Corse
de Sud.
* le premier dossier concerne les remboursements de dépenses non justifiées
et les avantages de Trésorerie accordés par la chambre à
son Président, Gilbert CASANOVA, ainsi que les marchés passés
entre la chambre et la société S.D.A.C., dirigée par le
même, pour la fourniture de véhicules automobiles?,
* le deuxième est relatif à une convention de prestation de services
de conseil et d'assistance passée en 1995 avec la société
"INDIGO SERVICE CORPORATION" pour favoriser les croisières
à partir de MIAMI et développer l'activité du Port d'Ajaccio,
convention conclue pour la somme de 150.000 $;
* le troisième dossier vise l'Institut Consulaire de Formation EuroMéditerranéen,
qui a assuré en 1994 la gestion d'un plan de formation portant sur 600
heures d'enseignement pour le compte des sociétés de nettoyage
S.N.I.C. et CORSE NETTOYAGE. L'exécution des prestations a été
confiée à la S.A.R.L. ACE dont les dirigeants sont les mêmes
que ceux des deux sociétés bénéficiaires des contrats
de formation.
* le quatrième dossier, le plus important, concerne plusieurs marchés
publics et plus particulièrement ceux du palais des congrès d'AJACCIO,
de l'extension de la gare maritime de PORTO VECCHIO, de celle de la gare maritime
de BONIFACIO, de la rénovation et de l'extension de l'aérogare
dAJACCIO, de remise aux normes de la piste principale et de restructuration
de la zone loueurs ouest du même aéroport, de l'aéroport
de FIGARI, du parking SAMPIERO à AJACCIO, du bâtiment du service
entretien sur la concession d'AJACCIO.
Sont également mises en cause plusieurs conventions de prestations de
services concernant le contrat de nettoyage des aéroports, l'enlèvement
des ordures sur le port et l'aéroport d'AJACCIO, le gardiennage de l'aéroport
de FIGARI et de la gare maritime de PORTO VECCHIO.
Pour tous ces marchés et conventions, les présomptions, de favoritisme
sont très lourdes.
*
* *
Par ailleurs, la Direction des Services Fiscaux de Corse du Sud a déposé,
le 24 janvier 2000, trois plaintes pour fraude fiscale
* la première contre Gilbert CASANOVA et contre Frédéric
CASANOVA, son fils, dirigeants successifs de la S.A. SOCIÉTÉ DE
DISTRIBUTION D'AUTOMOBILES CORSE ("S.D.A.C.").
Les intéressés ont soustrait la société, au cours
des années 1996, 1997 et 1998 , au paiement de la T.V.A. pour une somme
globale de :
7.846.179F
* la deuxième contre Frédéric CASANOVA, gérant
de droit de la S.A.R.L. CAROSSERIE CASANOVA.
L'intéressé a soustrait cette société, courant
1996 et 1997, au paiement de la T.V.A. pour une somme globale de :
2.636.800F
* la troisième contre Gilbert CASANOVA qui s'est abstenu de souscrire
les déclarations d'ensemble des revenus au titre des années 1995
et 1996, les droits éludés représentant la somme de :
1.966.252 F.
Le S.R.P.J. d'AJACCIO a été requis par le parquet, le 25 janvier
2000, de procéder à des enquêtes préliminaires au
vu de ces plaintes.
Les investigations ordonnées sont en cours.
*
* *
Il 13? 4 LA QUESTION DE LA DÉRIVE MAFIEUSE DE LA SOCIÉTÉ
CORSE
Je vais reprendre ici les explications fournies ou les analyses proposées
par un certain nombre de "sachants" que j'ai interpellés, toujours
directement, sur les éventuelles dérives mafieuses de la société
corse.
L'un de mes interlocuteurs, fonctionnaire de police, observateur ancien des
réalités locales, m'a donné les indications suivantes
Les traditions, aussi positives qu'elles puissent être sur certains plans,
la solidarité, l'assistance, le courage, l'honneur, débouchent
sur des attitudes qui, elles, peuvent se retourner contre l'intérêt
de la Corse : la loi du silence, la reconnaissance pour service rendu, l'engagement
sur parole...
Avec l'acception très large du sens "mafieux", on voit que
l'on arrive aux lisières du CLANISME, et le clanisme, c'est la MAFIA
sans (trop de) VIOLENCE.
Le clanisme tend à contrôler le pouvoir économique, politique,
voire administratif, sans user de la force. Cependant, chacun sait en Corse
que les frontières en la matière sont bien floues. Entre clientélisme
par séduction et clientélisme par crainte d'ennuis, la cloison
est fine, quand on sait que des hommes politiques de haut niveau ont eu, et
ont dans leurs mains les meilleurs appuis du banditisme local et les ont parfois
défendus ouvertement..."'
Cette approche m'a paru très convaincante et j'ai voulu recueillir,
encore une fois directement, les explications de certains de ces hommes politiques
de haut niveau, habituellement désignés comme ayant à leurs
côtés, près d'eux ou derrière eux, des membres éminents
de familles connues pour leur appartenance au banditisme local.
J'ai bien sûr obtenu des assurances susceptibles d'apaiser un Magistrat
"l'attachement à la présomption d'innocence", "le
droit pour chaque individu d'évoluer après des erreurs de jeunesse";
mais une argumentation m'a été proposée et est revenue,
de manière récurrente, dans les échanges que j'ai pu avoir,
celle de "l'arbre sain et des branches pourries"...
Les individus qui ont constitué les bandes criminelles dont on parle
le plus sont issus de familles honorables. Leurs pères étaient
militaires, fonctionnaires et souvent hauts fonctionnaires, magistrats, avocats.
Soudain, peut?être parce que la société corse s'est trouvée
bloquée, parce que des espaces jusqu'alors disponibles se sont fermés,
les fils ou plutôt certains d'entre eux ont choisi une autre manière
de s'exprimer, de faire fortune...
Les familles ont continué à vivre. Ses autres enfants ont évolué
normalement, perpétuant la tradition de respectabilité.
Il ne faut donc pas s'étonner de voir aujourd'hui, en Corse, dans cette
microsociété, cohabiter les branches saines et les branches malades
du même arbre.
Et dans une société de solidarité, où la famille
joue un rôle essentiel, il ne faut pas s'étonner de voir ces branches
se rencontrer parfois, à l'occasion d'événements heureux
ou malheureux, sans que cela puisse être assimilé à une
forme de complicité ou à de la connivence..."
J'ai reçu ces explications avec politesse. En insistant, j'ai fait admettre
par l'un de mes interlocuteurs concernés que l'appartenance des éléments
sains et des éléments déviants à une même
famille n'était pas sans conséquence, pour les uns comme pour
les autres, dans une société de promiscuité.
Ainsi, des liens familiaux avec un membre éminent de la "Brise
de Mer" ou avec un militant nationaliste de bon niveau assurent, de manière
naturelle, sans sollicitation particulière, une protection contre les
agressions extérieures.
En sens inverse, les mêmes liens favorisent l'accès à certains
services, bancaires notamment, provoquent le doute dans l'esprit du plus grand
nombre et peuvent donc participer à la " démoralisation du
corps social..."
La majorité de mes interlocuteurs "non concernés" mais
observateurs privilégiés de la situation locale, ont rejeté
la référence mafieuse.
"La société corse est une société bloquée,
une société de PROXIMITÉ, de CONVIVIALITÉ, de PARENTÈLE,
dans laquelle ON SE COMPREND, ON S'ARRANGE... mais pas une société
mafieuse."
Les structures administratives favorisent d'ailleurs ce fonctionnement.
La Région Corse comprend 360 COMMUNES. La Haute Corse compte 2704 conseillers
municipaux, 236 maires, 30 conseillers généraux.
Nous trouvons en Corse du Sud 1496 conseillers municipaux, 124 maires, et 22
conseillers généraux.
uvrent en outre, en Corse, 2 sénateurs, 4 députés
et 51 conseillers territoriaux.
L'on peut considérer que les 250.000 personnes vivant en Corse bénéficient
d'un tissu électoral particulièrement dense, en Corse, où
l'on ne vote pas pour quelqu'un mais où "L'ON VOTE QUELQU'UN".
Chacun devient l'obligé de quelqu'un. La Société locale
n'est pas mafieuse parce qu'il n'y a pas d'organisation véritable des
dérives. L'on cherche en vain " la tête de la PIEUVRE".
Il y a un fonctionnement MICRO?REGIONAL, une organisation d'essence purement
locale, basée sur les arrangements de proximité, sur l'échange
des services et des votes, sur la confusion entre le politique et l'économique..."
En résumé et brutalement, l'on ne pourrait pas parler de dérive
mafieuse, dans la mesure ou régnerait un système clanique "éclaté",
micro?régional.
*
* *
Et mes interlocuteurs, rejoignant mes propres constations, ont insisté
sur le caractère incontournable de ce fonctionnement clanique, en m'expliquant
que, le mouvement nationaliste, qui avait fait de la lutte contre les clans
l'un de ses thèmes de bataiIle, fonctionne aujourd'hui selon les règles
traditionnelles du clan.
Je veux, à ce niveau, me référer aux analyses de Xavier
CRETTIEZ (La question corse).
C'est ainsi que le F.L.N.C., en s'érigeant dès sa naissance contre
le clan, va à son tour se conduire selon les règles internes du
clan. Le F.L.N.C.. se battait contre le clientélisme et se constituera
lui même des clients fidèles, recrutant des connaissances de village
et partageant de façon discrétionnaire les fruits de la violence...
Au même titre que le clan, le F.L.N.C. se bat pour l'obtention des subventions,
par une mainmise sur le monde agricole ou culturel ou par des alliances conjoncturelles
avec des élus locaux disposant d'un accès direct aux ressources
continentales...
La récente victoire électorale des nationalistes, lors des élections
du 14 mars 1999 à l'Assemblée territoriale de Corse, confirme
l'analyse. En butte à une politique interventionniste de. l'État,
multipliant depuis l'assassinat d'Érignac les contrôles administratifs
dans l'île, les partis traditionnels n'ont pu qu'assister, passifs, à
leur marginalisation.
Le clan, protecteur des intérêts des insulaires, était soudainement
incapable de maintenir la force publique dans une neutralité bienveillante
vis à vis de l'île. Seuls les nationalistes, alliant une classique
rhétorique identitaire à un discours populiste, ont su "
surfer " sur le mécontentement d'une population bousculée
par la vertu retrouvée des pouvoirs publics. Devenus protecteurs de leur
"peuple corse", les "indépendantistes" achèvent
ainsi leur conversion initiée à la fin des années quatre?vingt...
Je ne peux m'empêcher de trouver cette analyse particulièrement
éclairante.
Les "organes officiels" de "l'ex F.L.N.C. Canal Historique"
ont su faire reculer l'État, en utilisant les règles de cet État
et en obtenant que le juge administratif rappelle ses règles à
l'État, pour conserver la place prépondérante qu'occupait
la société " BASTIA SECURITÀ" dans le secteur
essentiel du transport de fonds, cette société étant devenue
un élément essentiel du système d'essence clanique mis
en place par "le FRONT".
*
* *
Le système clanique ou micro?clanique ainsi analysé repose largement
sur le rejet de l'autre, de l'étranger, de l'allogène.
Se développent, en matière de marchés publics, des pratiques
impudiques de favoritisme, justifiées par la nécessité
de faire travailler les entreprises locales, même si la main d'oeuvre
locale est fortement minoritaire dans les secteurs considérés.
L'introduction de la concurrence serait un danger, car elle ouvrirait les portes
à des non?corses. Il est intéressant de constater que ce discours
protectionniste est relayé sans réticence par les médias
locaux et qu'il ne provoque aucune protestation de la part des organisations
habituellement très vigilantes sur le terrain de la protection des droits
de l'homme en Corse.
Les syndicats des travailleurs corses ( S.T.C.) a tenu son dernier congrès
les 24 et 25 juin 2000. Il a fait de "la corsisation des emplois la revendication
fondamentale de "son combat syndical".
Le discours de son secrétaire général Jacky ROSSI, sur
ce thème, a été benoÎtement repris, sans recul, par
toute la presse audio?visuelle locale.
Mieux encore, le journal " CORSE MATIN" a publié, sans commentaire,
dans son édition datée du 11 juillet 2000, la motion d'orientation
adoptée par "L'ASSOCIU PER A SUVRANITÀ " au cours de
sa dernière assemblée générale, tenue à SANTA
LUCIA DI TALLÀ.
Le passage suivant est remarquable :
'L'État n'a toujours pas pris la mesure du problème corse
La colonisation de peuplement s'accentue par l'arrivée massive de non
Corses dans l'administration notamment, et par l'instauration de communautés
d'origine étrangères.
Notre peuple, qui a de tout temps assimilé les apports extérieurs,
n'est plus en mesure d'intégrer une telle masse dépopulation se
déversant dans notre île dans des délais aussi brefs. A
cela s'ajoute le poids d'un tourisme de masse non maîtrisé, dont
l'importance atteint, à certaines périodes, un seuil intolérable.
Parallèlement, les jeunes Corses, y compris les diplômés
de l'Università di Corti, continuent à s'exiler. Il est impératif
d'arriver à la maîtrise de ces phénomènes, faute
de quoi la création d'une société multi communautaire voulue
par l'État français peut conduire à terme à des
affrontements.
*
* *
Le blocage actuel de la société corse, le clanisme éclaté
qui la domine, la culture électorale locale, l'absence de concurrence
en matière de marchés publics, l'imbrication très forte
des pouvoirs politiques et économiques locaux, les liens évidents
qui existent entre le banditisme local ou international et certains mouvements
nationalistes dominants, le poids de ces acteurs qui ont d'autant moins de considération
pour la vie qu'ils ont plus de respect pour les morts, constituent objectivement
un système original, que me garderais dé baptiser, mais qui mérite
qu'on lui accorde une attention toute particulière et que l'on mette
en oeuvre des moyens efficaces pour le faire reculer et éviter une dérive
fatale.
*
* *
II?C LES MOYENS D'UNE LUTTE PLUS EFFICACE CONTRE LES DÉRIVES CONSTATÉES
Il C?1 La place et le rôle de la Justice en Corse
Il m'apparaît essentiel que le rôle et la place de la Justice,
qui a été trop longtemps instrumentalisée en Corse, dans
le passé, soient désormais préservés et que la transparence,
aujourd'hui de rigueur, soit pérennisée.
Il existe entre l'État et la Corse depuis de très longues années
des rapports d'une extrême complexité. L'attitude de la Corse à
l'égard de l'État est faite d'exigences contradictoires.
Le jeu ( morbide) consiste à tout exiger de l'État, à
tout renvoyer à l'État bouc émissaire.
Les événements récents ont prouvé que la SOLIDARITÉ,
l'un des moteurs de la société corse, était massive lorsqu'il
s'agissait de pratiquer cet exercice.
Lorsque l'État avance, on lui reproche de le faire. Lorsque l'État
recule, on conteste ou l'on raille son inefficacité.
En tout cas l'on est toujours extérieur à l'État, l'État
c'est l'autre.
L'un des intervenants majeurs, au sein de la commission d'étude sur
la justice criminelle, avait ainsi résumé son approche de la situation
locale
En Corse, plus qu'ailleurs, la justice et la police sont considérées
comme des ENTITÉS DISTINCTES du corps social, sommées d'obtenir
des résultats probants mais sans le concours des citoyens ; en quelque
sorte une police extra?lucide capable d'identifier des criminels, sans indices,
sans témoins, au travers d'une boule de cristal, et d'une justice à
même de statuer sur de simples affirmations. Tant que cette contradiction
ne sera pas officiellement reconnue et combattue, la situation ne variera pas
d'un iota, sinon dans le sens d'une aggravation..."
L'on découvre, dans l'ouvrage de Messieurs BENHAMOU, SANTONI et ROSSI,
(déjà cité "Pour solde de tout compte"), la conclusion
suivant posée par les deux éminents nationalistes interviewés
"... Si l'évolution institutionnelle se fait trop rapidement, comme
il est à craindre que cela se produise, si une autonomie est octroyée
demain, la Corse tombera entre les mains de la mafia. Pour faire face à
ce danger, d'aucuns préconisent le maintien d'une organisation politico?militaire
forte. Mais une bande armée nourrit l'autre. Car, depuis vingt ans, il
y a eu une organisation politico?militaire forte, sans que cela empêche
le milieu corse de se transformer progressivement en une véritable mafia.
Nous pensons qu'à ce stade, il faut avoir le courage, en tant que citoyen,
DE DIRE A L'ÉTAT QU'IL LUI INCOMBE DE FAIRE LE MÉNAGE, SAUF A
ACCEPTER LE RISQUE D'UNE VÉRITABLE GUERRE CIVILE ENTRE LES CORSES"
(page 213)."
Ce message de Messieurs François SANTONI et Jean?Michel ROSSI pourrait
provoquer un véritable vertige métaphysique, que l'on évitera
en rappelant que, depuis l'origine, je parlais de contradictions fondamentales,
l'inquiétude, la crainte d'un désengagement de l'État,
qui serait lassé des investissements faits dans la lutte contre le terrorisme
corse, est un leitmotiv des nationalistes de A CUNCOLTA...
La Justice ne doit plus accompagner l'État et ses gouvernants dans leurs
hésitations ou leurs expériences en Corse.
Elle doit être tenue à l'écart des échanges ou négociations
sur l'avenir de l'île.
Il n'est pas inintéressant de rappeler la récente prise de position
de M. TALAMONI, leader nationaliste et accessoirement avocat, qui souhaitait,
avec nostalgie, que le Garde des sceaux donne, sinon des instructions individuelles,
mais au moins des "instructions générales à vocations
individuelles" aux parquets de Paris et de Corse pour que ceux?ci accompagnent
le processus dit de Matignon.
Une politique pénale efficace, crédible, ne saurait fluctuer
au gré des évolutions de la conjoncture politique.
Les magistrats, leurs collaborateurs, les services de police et de gendarmerie
seront d'autant plus déterminés et efficaces qu'ils seront persuadés
que1eurs efforts s'inscrivent dans la durée.
*
* *
II?C?2 LE RECUEIL ET LA CIRCULATION DES INFORMATIONS
J'ai rencontré, à l'occasion de la rédaction du présent
rapport, de très grandes difficultés pour recueillir les informations
nécessaires à l'analyse des phénomènes criminels
considérés et donc à la définition d'une politique
pénale adaptée.
Autant en matière de terrorisme, les notes, les biographies, les synthèses
abondent, autant en matière de banditisme et s'agissant des dérives
affairistes des groupuscules nationalistes les informations sont éparses.
J'ai même dû constater que les services locaux et nationaux du
Ministère de l'Intérieur ne disposaient pas ou disaient ne pas
disposer d'éléments de synthèse sur la criminalité
organisée en Corse ou sur les manifestations extérieures du banditisme
corse.
Lépisode de l'article du "MONDE" en date du vendredi 31 mars
2000 mérite encore quelques commentaires.
Après avoir rappelé que la Ministre de la Justice avait commandé
à la mi?janvier 2000 au procureur général de BASTIA un
rapport sur l'état de la criminalité organisée en Corse
pour faire suite aux conclusions des rapports d'enquête parlementaire
sur la conduite de l'action judiciaire et policière sur l'île,
le journaliste, M. Jacques FOLLOROU, précisait aussitôt ceci :
"Les autorités judiciaires disposent d'ores et déjà
d'une base documentaire constituée dans un premier temps, en 1998 et
1999, par la brigade d'enquête économique de la direction centrale
de la police judiciaire, puis transmise récemment au S.R.P.J. d'Ajaccio.
Un rapport d'étape rédigé à cette occasion permet
de cerner les investissements criminels identifiés en Corse et de mesurer
l'ampleur des moyens dont disposent les auteurs de cette criminalité
organisée."
Suivaient force détails et citations extraits de ce rapport.
Très intéressé et après avoir vérifié
que les autorités judiciaires n'avaient pas eu accès au document
communiqué à la presse, j'ai d'abord contacté le directeur
du S.R.P.J. d'Ajaccio qui, visiblement gêné, m'a fait savoir qu'il
ne pouvait pas me communiquer directement des documents non élaborés
par son propre service et que je devais donc me rapprocher de sa hiérarchie
parisienne et en l'occurrence de M. MARION, Directeur Central de la Police Judiciaire
adjoint.
J'ai donc sollicité, téléphoniquement, le 11 avril 2000,
ce haut fonctionnaire qui est resté fort évasif mais qui m'a bien
confirmé que le journaliste avait bénéficié d'une
"fuite".
J'ai déjà fourni le contenu de la correspondance qui m'a été
adressée, le 3 juillet 2000, par M. Patrick RIOU, Directeur Central de
la Police Judiciaire, en réponse à ma demande officielle du 9
juin 2000.
M. RIOU n'a pas trouvé trace des deux rapports cités dans l'article
du "Monde".
Je dirais, pour rester mesuré, que cette fin de non?recevoir est éminemment
désagréable. M. FOLLOROU m'a confirmé que le contenu de
son article était parfaitement exact.
Je ne peux que m'en remettre à l'autorité de votre Chancellerie
pour résoudre le problème ainsi posé.
Il serait en tout cas fort opportun de favoriser une circulation fluide des
informations, de mettre fin aux rivalités corporatistes, aux guerres
de chapelles, en privilégiant le jeu normal des institutions, une concertation
apaisée, non médiatique et donc efficace entre les services qui
doivent avoir le même objectif: une "lutte organisée"
contre la criminalité organisée en Corse.
Il conviendrait de déterminer tant à la Chancellerie qu'au Ministère
de l'Intérieur le niveau pertinent de centralisation de toutes les informations
qui concernent le banditisme corse, ses manifestations locales, nationales et
internationales ; et de faire en sorte que des échanges permanents s'opèrent
entre ces "niveaux" d'une part et entre ceux?ci et les services chargés
de "l'opérationnel" d'autre part.
L'on m'a indiqué à plusieurs reprises que l'on avait certainement
manqué de détermination au cours de ces dernières années,
dans la lutte contre la criminalité organisée car la priorité
était ailleurs, car l'essentiel des moyens était consacré
au combat contre le terrorisme.
Il m'apparaît clairement établi que les frontières que
l'on pourrait établir aujourd'hui en Corse entre le terrorisme, la criminalité
organisée et la délinquance financière plus classique seraient
parfaitement artificielles et que les acteurs de ces trois secteurs sont étroitement
solidaires.
L'on ne peut plus "naviguer à vue", face à des individus
et à des groupes qui développent une ingénierie criminelle
de haut niveau.
Au plan strictement judiciaire, il nous faut mieux corriger les effets pervers
de la compétence concurrente en matière de terrorisme et ceux
de la compétence régionale du Tribunal de grande instance de BASTIA
en matière économique et financière.
* Il résulte des entretiens que j'ai eus et de mes propres constatations
que lorsqu'une procédure à dominante terroriste est confiée
à la juridiction parisienne spécialisée, les parquets locaux
considèrent qu'ils sont complètement dessaisis.
D'une manière générale, ils ne sont pas informés
de son évolution, sauf en cas d'événements importants susceptibles
d'avoir des incidences sur l'ordre public en Corse.
En tout cas, ils ne se sentent pas concernés par les éventuelles
autres dimensions de "l'affaire prise par PARIS".
Et les magistrats parisiens, dans la logique de leur saisine, " se consacrent
exclusivement à l'aspect terroriste".
Il est absolument nécessaire d'établir des passerelles qui permettraient
aux magistrats parisiens de transmettre à leurs collègues de Bastia
ou d'Ajaccio, territorialement compétents, les informations permettant
de caractériser des infractions financières à la charge
des individus poursuivis à titre principal pour des crimes ou délits
terroristes.
Je m'emploierai, dans les prochaines semaines, à soumettre cette question
à mes collègues parisiens.
De même, lorsqu'une procédure financière est confiée
à la juridiction spécialisée de Bastia, le parquet d'Ajaccio
" fait preuve d'une moindre vigilance " et a tendance à considérer
que l'action publique a été transférée, dans toutes
ses dimensions, au parquet de Bastia.
Ainsi, dans l'affaire dite de "l'île de Cavallo", la coordination
entre l'information suivie à Bastia et la procédure collective
confiée au Tribunal de Commerce d'Ajaccio a été très
insuffisante.
La montée en puissance du pôle économique et financier
devrait permettre d'obtenir à l'avenir une meilleure cohérence.
II?C?3 LA LUTTE CONTRE LES DÉRIVES QUI CONSTITUENT LE "TERREAU DU
BANDITISME"
Je veux insister sur l'importance de deux phénomènes, qui favorisent
le blocage de la société corse et qui constituent un terreau particulièrement
nourrissant pour les autres dérives.
Il s'agit de la fraude électorale et de l'absence de concurrence lors
de la passation des marchés publics.
S'agissant de la fraude électorale, j'ai déjà évoqué
l'évolution de la politique pénale mise en oeuvre par les parquets
du ressort.
J'ai invité ces parquets à se rapprocher, dès à
présent, des juges d'instance et des préfets pour définir,
à l'approche d'échéances électorales importantes,
des actions de prévention et de répression adaptées.
Je ne manquerai pas de vous tenir informée des initiatives qui seront
prises.
* Une véritable prise de conscience et des actions d'envergure sur le
terrain des marchés publics s'imposent, à mon sens, d'urgence.
Je partage, sans réserve, les analyses particulièrement pessimistes
du Président de la Chambre Régionale des Comptes de BASTIA et
j'estime avec lui qu'il faut dépasser les apparences, qui sont en général
sauves, et s'attaquer efficacement à un" mélange des genres"
qui gangrène le fonctionnement des collectivités locales.
Deux angles d'attaque sont envisageables:
Il convient d'abord d'appréhender l'ampleur des fraudes qui n'apparaissent
qu'en cas d'interventions de services extérieurs ( Inspection Générale
des Finances, I.G.A.S ... ) ou de la Chambre Régionale des Comptes et
toujours avec un retard qui ne permet pas la mise en oeuvre de poursuites pénales
crédibles.
Les systèmes, les ententes, la préférence systématique
donnée par telle collectivité à telle entreprise, l'impossibilité
pour les entreprises "allogènes" d'accéder aux marchés
corses doivent être analysés d'une manière cohérente
et globale.
J'ai noté dans mon rapport annuel de politique pénale en date
du 15 décembre 1999, qui la Mission Inter?ministérielle d'Enquêtes
sur les Marchés (M.I.EM.), après avoir accepté de fournir
un avis motivé sur quelques dossiers, n'avait plus donné suite
aux demandes des parquets locaux, au motif que les pièces adressées
ne lui permettaient pas de se prononcer.
J'ai pris l'attache de la D.C.P.J. et plus particulièrement celle de
Madame BALLESTRAZZI, qui m'a confirmé que sa sous?direction serait serait
en mesure de mettre ponctuellement à la disposition du pôle économique
et financier de BASTIA des officiers de police judiciaire spécialisées
en matière de marchés publics, pour effectuer une analyse en profondeur
des difficultés locales.
Je vous rendrai compte des initiatives qui seront prises par le parquet de
BASTIA dans les prochaines semaines.
Il conviendrait ensuite de mieux utiliser les capacités d'intervention
de la Chambre Régionale des Comptes.
Et je reprendrai, ici, les éléments de réflexion que j'ai
rassemblés à l'occasion de mes contacts avec M. VALAT, président
de la Chambre Régionale des Comptes de Corse.
Les articles L 234?1 du code des juridictions financières et L 1411?18
du code général des collectivités territoriales prévoient
que le préfet peut transmettre à la C.R.C. les conventions de
délégation de service public passées entre les collectivités
locales et les concessionnaires ou fermiers choisis par elles.
De même l'article L23 4?2 du code des juridictions financières
prévoit la même procédure lorsqu'il s'agit de marchés
publics.
Dans chaque cas, la C.R.C. examine les conditions légales et les conditions
économiques de la passation de ces conventions ou marchés. C'est
ainsi que sont examinés: les conditions de mise en concurrence, l'équilibre
économique de l'opération ou encore les risques financiers que
l'acte peut faire peser sur la collectivité signataire.
La saisine ne se fait qu'a posteriori, dans le cadre du contrôle de légalité
du préfet, l'acte en cause ayant déjà engagé les
parties ( délibération de l'assemblée délibérante,
de l'ordonnateur et du prestataire de service).
La chambre dispose du délai d'un mois pour présenter l'ensemble
de ses observations.
Grâce à cet avis, le préfet peut alors décider de
poursuivre l'acte devant le tribunal administratif si des éléments
d'irrégularité se dessinent. Il peut également demander
une seconde délibération pour corriger l'acte de ses aspects contenant
le plus de risques en termes juridiques ou économiques signalés
par la Chambre.
En Corse, les saisines de ce type ont été paradoxalement très
limitées malgré les soupçons de malversations et de dérives
criminelles qui pèsent depuis longtemps sur certains collectivités
ou certains entrepreneurs.
C'est ainsi que, ces cinq dernières années, deux saisines seulement
ont été opérées : une en 1996, relative à
la passation du marché concernant le stade de Furiani, l'autre en 1998
relative à la concession d'exploitation des eaux d'Orezza.
Les conventions de délégations de service public relatives aux
transports aériens et maritimes ainsi que de. nombreux marchés
conséquents ont échappé à la saisine.
L'on peut aussi signaler que, dans le cadre de l'examen de la gestion des collectivités,
la Chambre peut vérifier les comptes du délégataire de
services publics produits au délégant dans le cadre de la concession
( article L 211?8 du code des juridictions financières )
M. VALAT m'a fait savoir qu' à son avis une procédure complémentaire
pourrait être envisagée
Dans le souci d'apporter aux collectivités locales une meilleure contribution
à la maîtrise de leur gestion , on pourrait améliorer cette
procédure en la situant plus en amont dans la chronologie. Sans que cela
soit assimilé à un conseil, une forme d'avis préalable
sur un avant projet de convention ou de marché transmis, à son
initiative, par l'ordonnateur au préfet, lequel pourrait à son
tour saisir la C.R.C., serait de nature à éviter bien des erreurs.
Leur correction s'avère, en effet, une fois le contrat signé,
techniquement très difficile, financièrement coûteuse et,
politiquement délicate.
Ainsi le responsable de la collectivité disposerait d'un avis préalable
du Préfet, voire de la C.R.C., avant de soumettre la convention ou le
marché à son assemblée délibérante et d'engager
la collectivité, par sa signature, pour parfois de nombreuses années
10 à 15 ans pour les conventions d'assainissements ou de traitement de
l'eau par exemple
Certes on pourrait voir dans cette réforme la remise en cause du principe
selon lequel les actes des collectivités locales sont immédiatement
exécutoires et la renaissance d'une forme de tutelle préalable.
Toutefois cela ne porterait que sur des marchés ou des délégations
de services publics, généralement lourds de conséquences
juridiques et financières. De plus, l'ordonnateur resterait libre de
transmettre ou de ne pas transmettre au Préfet la convention en projet,
ce dernier ayant la même faculté.
La procédure actuelle, a posteriori, étant maintenue, les doutes
qui apparaîtraient lors du contrôle de légalité traditionnel,
continueraient à pouvoir être levés.
Une telle réforme serait de nature à apporter une aide préalable
aux collectivités dans des choix de gestion où les erreurs sont
coûteuses et difficiles à corriger...
La coopération et la coordination des services de l'Etat dans les départements
et la région en matière de conventions de délégations
de service public et de marchés publics devraient être, à
terme, améliorées.
Par une circulaire en date du 23 janvier 2000, le Ministre de l'Intérieur,
le Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie et le Secrétaire
d'État au Budget ont rappelé aux Préfets , aux Trésoriers
Payeurs Généraux et aux Directeurs de la Concurrence, de la Consommation
et de la Répression des Fraudes, l'intérêt de coordonner
et de faire coopérer les services de l'État en matière
de conventions et de marchés publics.
Ainsi est créé, par département, un pôle de compétence
"marchés publics" qui regroupe les directions départementales
concernée afin d'examiner les conditions dans lesquelles les marchés
sont passés par les collectivités et d'en tirer les enseignements
nécessaires.
Dans ce cadre, la C.R.C. est appelée à délivrer ses connaissances
en la matière, tirées des contrôles effectués. De
même cette structure peut être le lieu de définition de la
politique de saisine de la C.R.C. par le Préfet. Elle peut aussi assurer
l'information du parquet.
À ma connaissance, la préfecture de Corse du Sud a mis récemment
en uvre ces opérations de coordination et de coopération.
J'envisage d'associer plus avant les parquets à cette dynamique, dans
le cadre des cellules interservices que je vais maintenant présenter.
11?C?4 LA CRÉATION DE CELLULES INTERSERVICES
À la suite de nombreux échanges sur les rumeurs ou informations
qui parvenaient jusqu'à nous, concernant les lourds investissements réalisés
en Haute Corse par des personnes liées au banditisme local ou encore
certains individus qui affichent des signes extérieurs de richesse impressionnants
en même temps qu'une parfaite insolvabilité, nous sommes convenus,
Christian SAPEDE, préfet de Haute Corse et moi même de réunir
une commission de réflexion à vocation opérationnelle )
sur ce phénomènes.
Nous avons constitué un groupe de travail composé du Préfet
de Haute Corse, du Préfet adjoint pour la sécurité, du
Directeur Départemental des Services Fiscaux de Haute Corse, du Directeur
Régional des Douanes, du Directeur du S.R.P.J. d'Ajaccio, du Commandant
de Groupement de Gendarmerie de haute Corse et du Procureur Général.
Ce groupe a été réuni les 18 avril, 18 mai et 22 juin
2000.
Il reprendra ses activités le 21 septembre prochain.
Nous avons décidé de placer nos échanges sous le signe
de la confidentialité.
Je pourrai rendre compte à votre Chancellerie , par rapport distinct,
du contenu de nos travaux.
L'efficacité de la dynamique ainsi créée va nous conduire
à réunir, le 4 octobre 2000, à la demande de M. LACROIX,
Préfet de Région, une cellule Interservices identique, compétente
pour la Corse du Sud.
La phase expérimentale étant alors achevée, chaque cellule
départementale sera animée, pour ce qui concerne le Ministère
Public, par le procureur de la République, assisté en Haute Corse
par le procureur adjoint chargé de diriger le Pôle Économique
et Financier.
Le Préfet adjoint pour la sécurité et moi-même assurerons
la coordination au niveau régional.
II?C?5 RENFORCEMENT ET MEILLEURE UTILISATION DES MOYENS DES SERVICES D'ENQUETE
ET DE LA JUSTICE
* Les services d'enquête
J'ai déjà évoqué, à plusieurs reprises,
les difficultés liées au fonctionnement des services d'enquête
en Corse.
? La difficulté pour les magistrats de contrôler effectivement,
de maîtriser l'activité des officiers de police judiciaire est
un problème récurrent.
Le poids du politique, l'interventionnisme de l'autorité administrative,
des administrations centrales, de certains services spécialisés,
la définition souvent conjoncturelle et en tout cas rarement concertée
des priorités font que ce contrôle constitue une préoccupation
permanente et que les acquis sont toujours fragiles.
? Encore une fois, au cours des dernières années, la lutte contre
le terrorisme a constitué en Corse une priorité absolue et il
me paraît difficile de contester une telle orientation. Mais il faut constater
que celle?ci a conduit les services à négliger d'autres combats,
notamment ceux que l'on aurait dû mener contre le banditisme et certaines
dérives financières graves.
Cette négligence est d'autant plus regrettable, qu'à l'analyse,
avec du recul, il s'avère qu'il n'existe pas de frontière entre
le terrorisme et ces autres dérives.
L'on peut se demander si le meilleur moyen d'affaiblir les groupuscules violents
qui ont perturbé et continuent à perturber la vie de la Corse
n'aurait pas dû consister à les attaquer plus énergiquement
sur le terrain financier.
? Le débat actuel qui agite le Ministère de l'Intérieur
et sa volonté affichée de restructurer les services décentralisés
de la D.C.P.J. ne peuvent laisser indifférents les responsables de l'action
publique en Corse.
Il est évident, pour nous, que l'affaiblissement des structures de police
judiciaire de proximité et le recours ponctuel à des "TASK
FORCES" pour pallier les insuffisances des services locaux ne constituent
pas des perspectives utiles.
Les spécificités de la criminalité locale, la difficulté
extrême d'accéder au renseignement imposent, à l'évidence,
la présence de services locaux étoffés et opérationnels,
composés d'enquêteurs travaillant dans la durée et non pas
travaillant "comme des sapeurspompiers allant d'incendie en incendie ..."
pour reprendre la formule d'un O.P.J..
Je dois aussi constater le peu d'efficacité de notre institution face
à la criminalité organisée et au banditisme locaux.
Je ne reviendrai pas sur le problème des taux d'élucidation dans
les matières qui nous intéressent actuellement et je reprendrai
seulement quatre exemples :
? Affaire de l'île de CAVALLO: réquisitions aux fins d'enquête
préliminaire: 23 octobre 1992; ouverture de l'information. 15janvier
1994 ; date fixée pour la première audience : 10 mars 2000, le
principal prévenu, sujet italien, étant désormais en fuite.
? Vol à main armée avec prise d'otage commis le 10 septembre
1992 à CARDO : ouverture d'information immédiate et interpellation
rapide de l'un des auteurs , Michel CHIAPPALONE . Dès le ler décembre
1992,: remise en liberté de M. CHIAPPALONE par le juge d'instruction,
condamnation de l'intéressé par la Cour d'Appel de BASTIA à
5 ans d'emprisonnement le 10 mars 1999.
Michel CHIAPPALONE, figure éminente du banditisme bastiais, est en fuite.
? Vol à main année commis le 4 novembre 1988 à PIETRALBA
(attaque d'un fourgon blindé à l'aide de lances? roquettes et
de fusils mitrailleurs); Arrestation des principaux auteurs supposés
sur la base de témoignages concordants : dans le temps de la flagrance.
Premières mises en liberté: 22 novembre 1988. Condamnations (non
contestées) par le tribunal de grande instance de BASTIA à des
peines de 3 et 2 ans d'emprisonnement ferme : 1 erjuillet 1997.
? Mais cette difficulté de juger ne concerne pas seulement les juridictions
locales. L'affaire de L'UNION DES BANQUES SUISSES, suivie à PARIS est
significative:
Date des faits : 25 mars 1990 ouverture de l'information à PARIS : 4
juin 1990
Détention des principaux auteurs supposés:
André BENEDETTI du 6 septembre 1991 au 24 décembre 1993, Richard
CASANOVA (néant? en fuite), Jacques PATACHINI du 17 janvier 1992 au 17
décembre 1993, Joël PATACHINI du 25,mars 1995 au 24 avril 1997 ,
Alexandre CHEVRIERE du 22 janvier1996 au 25 janvier 1998, l'intéressé
ayant été arrêté en crime flagrant à SARTENE
le 4 juillet 2000. La chambre d'accusation de la Cour d'appel de PARIS a ordonné
le renvoi des intéressés devant la Cour d'Assises de PARIS par
arrêt en date du 16 janvier 1999.
Je n'ai pas été avisé de la date fixée pour le
jugement l'affaire.
Si certaines catégories de criminels ou de délinquants peuvent
se plaindre des lenteurs de la justice et de la durée des détentions
provisoires, les acteurs de la grande criminalité en Corse ne peuvent,
quant à eux, que se féliciter des dysfonctionnements de notre
institution, décidément bien mal armée pour lutter contre
eux, même si, in fine, ils pourront chercher à exploiter le caractère
déraisonnable des délais séparant leur crime de leur condamnation
éventuelle.
La réflexion sur le fonctionnement de la procédure et des cabinets
d'instruction doit être poursuivie.
*
* *
LE PÔLE ÉCONOMIQUE ET FINANCIER DE BASTIA
* Composé aujourd'hui de deux juges d'instruction plus spécialement
compétents en matière financière, d'un procureur adjoint
et de trois assistants spécialisés originaires, l'un des services
fiscaux, le deuxième des Douanes et le troisième de l'administration
de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes,
bénéficiant du soutien actif et permanent d'un avocat général
, le pôle économique et financier de BASTIA est opérationnel
depuis le ler septembre 1999.
Comme je vous l'ai déjà indiqué, l'arrivée des
assistants spécialisés a immédiatement provoqué
des effets bénéfiques en obligeant les magistrats concernés
à s'interroger sur leurs pratiques et leur organisation, à faire
une forme d'autocritique et à se montrer aussi plus critiques à
l'égard des services de police spécialisés.
Très rapidement un consensus s'est dégagé pour privilégier
le TRAVAIL EN ÉQUIPE.
L'assistant spécialisé intervient comme PERSONNE RESSOURCE, chargée
d'une mission d'AIDE À LA DÉCISION, indistinctement aux côtés
des magistrats du parquet, des juges d'instruction, des juges civils, commerciaux
ou pénaux, en première instance comme en appel.
Il ne fait pas d'acte de procédure. Il n'est pas un acteur de la procédure
pénale.
Le problème d'une "SÉPARATION SIÈGE?PARQUET"
ne se pose pas à BASTIA.
Les assistants sont aussi, sous le contrôle des magistrats, des interlocuteurs
privilégiés des Officiers de Police Judiciaire.
L'adhésion des enquêteurs de la gendarmerie à la nouvelle
culture ainsi élaborée a été immédiate. Celle
des fonctionnaires du S.R.P.J. est désormais acquise.
Pendant les neuf premiers mois de leur activité, les assistants spécialisés
ont été essentiellement occupés à gérer,
avec les magistrats du parquet et de l'instruction, la multitude des procédures
qui nous ont été communiquées, massivement et brutalement,
sous le couvert de l'article 40 du Code de procédure pénale, au
cours de l'année 1998.
Globalement, 160 "procédures lourdes" ont dû être
ainsi analysées.
Les assistants spécialisés, tous trois chargés dans leurs
précédentes fonctions de missions de recherches et d'investigations
sur le terrain, ont exprimé régulièrement une certaine
insatisfaction, non pas en s'interrogeant sur leur STATUT mais plutôt
en regrettant un certain manque d'INITIATIVE.
Il faut d'ailleurs admettre que cette insatisfaction rejoint celle des magistrats
du ministère public qui, pendant là même période
ont eu le sentiment de subir, de se voir imposer une politique pénale,
de l'extérieur, sans concertation.
En même temps, ils ne pouvaient pas ne pas faire face à l'afflux
des procédures transmises par l'autorité administrative avec un
fort accompagnement médiatique.
La "vague étant aujourd'hui passée" et des relations
normales, apaisées, constructives s'étant établies avec
les différents partenaires de l'institution judiciaire, le Ministère
Public peut mieux maîtriser l'action publique, définir des priorités
et utiliser plus efficacement les moyens mis à sa disposition.
Les assistants spécialisés auront désormais un rôle
plus conforme à la conception qui a présidé à leur
création.
Dans le cadre de la " dynamique interservices" qui a été
initiée, chaque assistant spécialisé pourra, au sein de
l'ÉQUIPE, et sous le contrôle permanent du magistrat compétent,
gérer la centralisation des informations, leurs analyse et la recherche
d'objectifs pertinents, dans les secteurs prioritaires mis en évidence
:
* pénétration mafieuse en Corse,
* main?mise de groupes criminels sur l'économie locale,
* dimension économique" de la fraude électorale ...
Il est bien évident que les assistants spécialisés ne
pourront jouer ce rôle essentiel que si l'on admet leur action "
interfonctions", leur " mission transversale" . Si l'on voulait,
au nom de principes qui n'ont pas lieu de s'appliquer en la matière à
notre sens, figer les assistants spécialisés au service d'une
fonction judiciaire, voire d'un magistrat identifié; on se priverait
de l'essentiel des potentialités offertes par leur arrivée et
l'on devrait, à terme, inventer de nouveaux intervenants pour permettre
à notre institution de devenir ( enfin) plus efficace face aux acteurs
de la criminalité organisée à laquelle nous sommes confrontés.