Au mois de juillet 2000, après trois commissions
d'enquêtes parlementaires dénonçant les lacunes de la justice
en Corse, le procureur de la République de Bastia, Bernard Legras, remet
au ministre de la Justice de l'époque, Elisabeth Guigou, un rapport sur
la criminalité organisée dans l'île. Un mois plus tard,
la Garde des Sceaux annonce que le ministère n'entend pas rendre "son
contenu public pour des raisons de sécurité".
En août 2001, alors que le gouvernement de Lionel
Jospin tente de relancer le processus de Matignon, des extraits du rapport Legras
sont cependant publiés par la presse. Selon ceux-ci, les conclusions
du magistrat dénoncent le manque d'efficacité des enquêtes,
le manque de moyens et les liens entre le milieu nationaliste corse et le grand
banditisme.
La droite, accusée par la majorité d'avoir
organisé les fuites à moins d'un an des élections, tente
en vain d'obtenir la publication intégrale du rapport. "La dissimulation
d'un rapport démontrant la généralisation de la corruption
en Corse", avait à l'époque déclaré François
Fillon, "et les liens entre la mafia et les organisations indépendantistes
dissipe définitivement l'illusion de cette transparence et de cette clarté
qui devaient assurer aux accords de Matignon la réussite qui avait manqué
aux tentative précédentes". L'hebdomadaire luxembourgeois
L'Investigateur, s'est procuré une copie de ce rapport, qui, notamment,
met nommément en cause un certain nombre de personnalités connues
et influentes de l'île, détaille l'oganisation du grand banditisme
dans la région, ou met en cause le comportement de la police...
attention : lors du scannage, les traits d'union
( - ) sont devenus des points d'interrogation ( ? )
PLAN DU RAPPORT
INTRODUCTION
I ? Le développement en Corse d'activités rattachables à
des ORGANISATIONS MAFIEUSES
ÉTRANGÈRES
I ? A ? LES INFORMATIONS ACTUELLEMENT DISPONIBLES :
1 A1 ? Le rapport de la commission d'enquête parlementaire présidée
par M. D'AUBERT
I A2 ? Le rapport adressé à la Chancellerie le 25 février
1994 par M. Christian RAYSSEGUIER alors procureur général à
Bastia
I A3 ? Les renseignements obtenus des AUTORITÉS ITALIENNES .
I A4 ? Les renseignements communiqués par TRACFIN
note d'information en date du 16.04.1993
note d'information en date du 27.11.1996
1 A5 ? sur les liens qui existeraient entre "le milieu corse et "la
mafia russe"
INTRODUCTION
Dans son rapport sur "l'utilisation des fonds publics et la gestion des
services publics en Corse" enregistré à la présidence
de l'Assemblée Nationale le 3 septembre 1998, la commission d'enquête
parlementaire présidée par M. Jean GLAVANY s'attachait à
analyser "L'ÉMERGENCE D'UN SYSTÈME" (page 439 à
453) et considérait finalement "que tous les éléments
d'un système "pré?mafieux" s'étaient progressivement
rassemblés en Corse.
Les parlementaires évoquaient tour à tour :
? des réseaux d'intérêts et d'influence ayant mis la main
mise sur des organisations consulaires et professionnelles (Caisse Régionale
de Crédit Agricole, F.D.S.E.A, O.D.A.R.C, S.A.F.E.R, A.D.E.C. Chambre
de Commerce et d'Industrie).
? les milieux particulièrement intégrés du banditisme
en Corse (cercle de "la Brise de Mer" et celui gravitant autour de
Jean Jérôme COLONNA, éventuelle implantation de la mafia
italienne dans le cadre d'investissements sur l'île de CAVALLO)
? la tentation affairiste des groupes nationalistes (M.P.A, Canal Historique,
Cuncolta)
? les liaisons dangereuses existant entre ces différents intervenants
? et l'utilisation par les mêmes de méthodes inacceptables (intimidation,
violences organisées) pour protéger leurs intérêts.
La commission estimait, en conclusion, que la constitution, à Bastia,
du pôle de lutte contre la délinquance financière répondait
à une impérieuse nécessité pour "casser"
dans les meilleurs délais un phénomène qui, s'il parvenait
à se consolider encore davantage, ruinerait le rétablissement
de l'État de droit en Corse.
*
* *
La commission d'enquête parlementaire présidée par M. Raymond
FORNI revenait sur ces questions, avec plus de nuances, dans son rapport enregistré
le 10 novembre 1999.
En distinguant délinquance économique et financière d'une
part, criminalité organisée et délinquance spécialisée
d'autre part, les membres de la commission voulaient Ctsurtout souligner l'existence
de réseaux de banditisme structurés agissant en Corse ou à
partir de la Corse, dont certains sont connus sous le nom de "BRISE DE
MER"... véritable nébuleuse du banditisme" et signaler
" certaines tentatives de pénétration mafieuses identifiées
dans le sud de l'île... limitées en raison du faible développement
économique de la Corse conjugué aux pratiques de racket menées
par le banditisme insulaire et par certains milieux nationalistes".
Les parlementaires insistaient enfin sur les dérives affairistes de
certains mouvements nationalistes.
La commission sénatoriale d'enquête, présidée par
M. Jean Patrick COURTOIS voulait se
montrer plus formelle, plus catégorique, mais aussi plus critique à
l'égard de l'institution judiciaire.
Dans son rapport, remis au président du sénat le 10 novembre
1999, la commission, s'appuyant sur certains témoignages et en particulier
sur celui d'un "ancien responsable préfectoral" et se référant
à un rapport établi en 1994 par Christian RAYS SEGUIER, alors
procureur général en Corse, affirmait l'existence indéniable
d'un grand banditisme et des éléments constitutifs d'un phénomène
mafieux.
Il n'est pas inutile de citer ici les principaux passages de la démonstration
présentée par la commission sénatoriale :
"Des contrôles renforcés par les services fiscaux ont fait
clairement apparaître l'origine frauduleuse de nombreux investissements
effectués en Corse.
Selon les témoignages recueillis par la commission, il semble que "parmi
les membres supposés de cette bande figurent plusieurs proches des mouvements
nationalistes, comme les frères GUAZZELLI, dont l'un est un délinquant
notoire, et l'autre un militant, proche d'un notable de l'île. Une dizaine
de 'famille " concourraient aux activités délictueuses de
la Brise de Mer ".
Un ancien responsable préfectoral a décrit comme suit à
la commission ces activités du grand banditisme durant les toutes dernières
années :
"'La Brise de Mer, une association de malfaiteurs de la Haute Corse, dispose
d'un patrimoine dont l'évaluation est délicate mais qui se situe
entre 800 millions de francs et un milliard de francs. Il est constitué
du produit de vols à main armée très importants, dont le
Crédit Lyonnais en 1980 et l'Union des banques suisses en 1990, pour
un butin à chaque fois équivalent ou supérieur à
1 milliard de francs. Cet argent est blanchi surplace, utilisé dans l'acquisition
d'établissements de nuit, de bars, de machines à sous. Nous le
retrouverons également dans des casinos et cercles de jeux en Afrique
et en Italie ".
Selon ce même responsable : "la première stratégie
de la Brise de mer était incontestablement celle de la grande criminalité,
opérant des braquages et investissant surplace mais elle s'est beaucoup
affinée, et on peut parler aujourd'hui de système mafieux.
La Brise de mer soutient les entreprises locales qui ont quelques difficultés
à obtenir des prêts de la part des banquiers. Elle vient en haut
de bilan et y reste parfois, en mettant en place des hommes de paille. Elle
sert aussi de relais pour attendre les subventions européennes dont l'octroi
est toujours plus long. Bref, elle s'implante dans l'économie locale
en l'acquérant.
Plus grave est sa participation à la vie politique. Longtemps, cette
participation s'est faite sous forme d'aides pendant les campagnes électorales,
puis de manière plus spectaculaire. D'après les rumeurs persistantes
mais apparemment très informées, les résultats d'élections
cantonales récentes en Haute Corse n'ont pas été totalement
étrangers à l'intervention d'émissaires de la Brise de
mer. Il est un fait que le président du conseil général
de Haute Corse a désormais parmi ses proches un intermédiaire
de la Brise de mer. Cela se retrouve dans l'attribution des marchés publics
et, comme il a été constaté par un investissement réalisé
dans un garage tenu par la Brise de mer, dans la modification immédiate
du parc automobile.
La démarche, elle, est inquiétante. Il s'agit non plus simplement
de vivre du braquage, mais de s'implanter dans la vie économique et de
s'immiscer dans la vie politique et, par conséquent, de se doter d'une
façade d'honorabilité.
Cette mafia corse dispose d'environ 500 comptes bancaires, d'un patrimoine
immobilier important, mais les revenus déclarés au fisc sont dérisoires:
quelques 3.000 francs par mois !
D'autres associations de malfaiteurs méritent également d'être
bien identifiées, comme la bande dite "du Valinco " dirigée
par M. Jean Jérôme COLONNA, qui dispose d'un patrimoine hôtelier
aussi important que douteux dans son financement, avec des cercles de jeux et
des établissements. "
Ainsi sont réunies, si ce témoignage bien informé est exact,
les composantes d'un banditisme qui ne relève plus seulement du "droit
commun " mais qui s'immisce dans la vie économique etpolitique,
s'acquérant ainsi des soutiens "respectables ". De surcroît,
son emprise sur l'activité économique lui permet d'étendre
son influence sur la population à laquelle elle peutprodiguer subsides,
emplois et idéologie. L'emprise d'un réseau en toile d'araignée,
typique de l'organisation mafieuse, est déjà à un stade
avancé. Ces virtualités doivent, dès àprésent,
être sérieusement combattues, notamment par la répression
flnancière, polir éviter leur extension possible ".
La commission d'enquête présidée par M. COURTOIS reprenant
le témoignage du même ancien responsable préfectoral, estimait
par ailleurs que "l'implantation de la mafia italienne en Corse n'était
pas un mythe".
"Elle a pris pied à Cavallo il y a une dizaine d'années.
Si elle n'estpas encore très implantée, elle est très attentive
? et tel est le danger ? au potentiel de l'extrême sud de l'île,
pour l'instantpréservépar une application stricte de la loi littoral,
etpar zinplan d'occupation des sols de Bonifacio qui vient d'ailleurs d'être
anniilé par le tribunal administratif de Bastia en raison de sa souplesse.
Les appétits sont considérables, notamment à Bonifacio,
avec la volonté de créer un casino dans l'ancienne caserne Montlaur
et des résidences de luxe, qui dénote des projets de blanchiment
et d'investissement, les deux pouvant être liés. Ces appétits
doivent être pris très au sérieux"
Et la commission sénatoriale entendait dénoncer une sous?estimation
judiciaire du phénomène mafieux, "l'étrange aveuglement
de certains responsables face à une réalité mafieuse pourtant
établie officiellement et portée à la connaissance du gouvernement".
M'attachant à vérifier la pertinence des témoignages ainsi
retenus,j'ai rapidement dû constater que les mythes, les rumeurs, les
déclarations "à vocation pédagogique", les certitudes
absolues, les affirmations péremptoires mais contradictoires, les condamnations
à priori, la recherche du bouc émissaire constituaient autant
d'obstacles qui se dressent sur le chemin de qui veut analyser sérieusement,
professionnellement voirejuridiquement le problème de la criminalité
organisée en Corse.
*
* *
Même si la commission sénatoriale déjà évoquée
a voulu évacuer le débat dérisoire engagé sur la
terminologie qu'il convient de retenir pour qualifier des faits qui sont à
l'évidence de nature mafieuse ... " il apparaît indispensable
parce que la dimension juridique des problèmes posés ne saurait
jamais être négligée, même pour la beauté d'une
démonstration, de poser un certain nombre de repères.
Même si encore la notion de mafia est aujourd'hui galvaudée, si
l'on a tendance à parler de mafia à tout propos, il convient de
rappeler que la MAFIA constitue un modèle spécifique d'organisation
criminelle.
J'emprunterai les développements qui suivent au rapport de la commission
d'enquête parlementaire sur "les moyens de lutter contre les tentatives
de pénétration de la mafia en France" présidée
par M. François d'AUBERT, rapport remis au président de l'Assemblée
Nationale le 27 janvier 1993 :
"Née en Sicile, fondée sur certaines valeurs typiques de
cette région, nourrie de sa culture propre, la Mafiaprésente certaines
caractéristiques sans doute trop spécifiquespour pouvoir être
reproduites ailleurs, mais qui, unefois épurées de ces connotations
particulières, pourrait être transposée par d'autres organisations
criminelles tentées par l'efficacité du modèle.
Organisation criminelle, mais aussi système de pouvoir et système
économique, la Mafia sicilienne ou "Cosa Nostra "présente
des traits qui la distinguent de la plupart des autres formes de criminalité
organisée et lui donnent son efficacité très particulière.
C'est une organisation structurée et hiérarchisée, dont
le noyau est constitué par la 'famille ", fonctionnant sur la base
de règles strictes dont le non respect est sévèrement sanctionné,
exerçant son pouvoir sur un territoire, et dont lafinalité est
de tirerprofit des activités illicites par une panoplie de méthodes
allant du parasitisme social à la violence.
Ce n'est donc pas par l'exercice habituel de telle ou telle activité
que se définit la Mafia, mais seulement par la décision de tirer
le plus d'argentpossible de toutes les activités qui s:yprêtent.
Enfin, dans sa simplicité, cet objectifpermet de préciser la
nature des rapports de la Mafia avec lEtat. Cette question complexe comportant
de nombreuses facettes, elle ne sera abordée ici que sous l'angle de
la finalité de l'organisation. Les nombreuses similitudes entre l'appareil
mafieux et l'appareil dEtat, la prérogative conquise par la Mafia du
monopole de l'exercice de la violence sur son territoire, pourraient en effet
laisser penser que l'Etat?Mafia aurait pour ambition, voire pour vocation, de
se substituer à l'Etat. Tel n'est en réalité absolument
pas le cas: la Mafia n'a jamais ambitionné de prendre en charge la gestion
de la chose publique. Les relations qu'elle entretient avec l'Etat sont beaucoup
plus ambiguës que si elles se ramenaient à une rivalité hégémonique
classique. Selon l'expression utilisée par Mme MarcellePADOVANI, la Mafia
est avec l'Etat dans "un rapport de dépendance?conflit (..).Sans
lui elle ne pourrait pas vivre, mais elle ne vit qu'en le dépossédant
de ses capacités de contrôle sur la société, l'économie,
la politique".
Même l'élimination systématique, entre 1981 et 1985 des
représentants des institutions étatiques en Sicile ne signifiait
nullement que la Mafia avait pris la décision d'abattre l'Etat. Elle
doit en réalité être interprétée comme la
réaction de l'organisation à la prise de conscience de ce que
l'Etat semblait vouloir contrecarrer les desseins mafieux. Car la Mafia a fondamentalement
besoin de l'Etat, dont elle se nourrit, mais d'un Etat faible, inefficace, dépensier,
dont elle peut tirer profit.
La Mafia n'est donc pas un anti?Etat mais bien plutôt un Etat dans l'Etat,
une organisation parallèle aux institutions étatiques dont elle
n'entend pas prendre la place, mais qu'elle utilise au service de ses fins propres,
en adaptant son comportement de façon à toujours tirer le plus
grand bénéfice des distorsions du développement économique.
La commission présidée par M. d'AUBERT avançait que la
Mafia privilégiait parmi les moyens d'enrichissement:
? l'appréhension de L'ARGENT PUBLIC (contrôle des appels d'offres
publics et pollution de l'économie légale"? détournement
des aides communautaires)
? le trafic de drogue
? l'extorsion de fonds
Cette production des revenus constitue le premier niveau de "l'industrie
mafieuse"qui en comporte deux autres: le blanchiment desproduits illicitespuis
l'investissement de capitaux blanchis dans les activités légales.
La même commission abordait, par ailleurs, de la manière suivante,
le débat terminologique qui nous préoccupe :
" ... il convient d'écarter les malentendus quepeutfaire naître
l'utilisation du mot mafia comme nom commun, voire comme adjectif et de s'interroger
donc sur les notions de mafiafrançaise et de situation mafieuse ".
L'attention de la Commission s'est portée sur deux phénomènes
inquiétants qui méritent ce qualificatif de mafieux, sans qu'il
y ait de lien avec la Mafia proprement dite : la situation prévalant
dans certaines banlieues et la Corse.
"Le drame corse met enjeu de manière plus radicale l'autorité
de l'lEtat. En 1992, quarante meurtres ont été commis en Corse
(trois depuis le début de l'année 1993 à la date du 18
janvier) sans compter un nombre non encore établi d'attentats terroristes
ou crapuleux, d'attaques à main armée, de violences diverses et
de menaces. Rapporté à la population corse (240 000) le nombre
de morts par homicide serait proportionnellement supérieur à celui
de la Sicile, quoique encore inférieur au taux enregistré pour
la ville de Washington qui est le leader de la criminalité urbaine aux
Etats?Unis (489 meurtres pour 640.000 habitants en 1991). Depuis deux ans, il
est devenu courant de parler de "dérive mafieuse " pour qualifier
l'évolution de la criminalité en Corse et l'incapacité
de l'appareil répressifà maîtriser la situation. A ce sujet,
la Commission a enregistré plusieurs témoignages qui évoquent
irrésistiblement les descriptions de la Sicile ou de la Sardaigne : impunité
des auteurs de violencespourtantparfaitement identifiés, faiblesse des
autorités administratives ou judiciaires d'abordsoucieuses d'éviter
à leur carrière tout remous, lors de leur séjour dans l'île,
fiabilité réduite de certains éléments d'une police
trop "corsifiée " qu'illustre le fait qu'une écoute
téléphonique est, dès qu'elle est ordonnée, aussitôt
connue des intéressés, liens entre le terrorisme politique et
le grand banditisme. La Commission n'a pas souhaité approfondir ses investigations
sur un sujet qui ne relevait pas directement de sa mission, mais, au vu des
quelques éléments partiels mis à sa disposition, le Rapporteur
ne peut qu'exprimer à son tour ses plus vives préoccupations à
l'égard d'une certaine dégradation de l'autorité de lEtat
qui pourrait rapprocher effectivement la Corse de la Sicile "
Il conviendra de bien distinguer d'une part les éventuels développements
en Corse d'activités rattachables à des organisations mafieuses
étrangères et d'autre part, les différentes formes de délinquance
ou de criminalité imputables à des groupes ou à des individus
implantés en Corse.
A ce second niveau, il faudra isoler les agissements qui ressortissent de la
délinquance financière classique, ceux qui relèvent de
la criminalité organisée ou du banditisme et rechercher les connexions
qui permettraient de caractériser une dérive mafieuse au sens
déjà donné à ce terme.
Au fur et à mesure de l'examen de ces phénomènes seront
évoqués les mesures envisagées dans le passé pour
les combattre, les dispositifs aujourd'hui opérationnels et les mesures
nouvelles ou améliorations concevables.
Pour établir le présent rapport, j'ai consulté les archives
de mon parquet général, j'ai rencontré les principaux partenaires
de notre institution et un certain nombre de sachants qui seront cités
dans la mesure où ils m'auront donné leur accord.
J'ai organisé plusieurs réunions de réflexion et de concertation.
J'ai obtenu ou tenté d'obtenir des services locaux et nationaux du Ministère
de l'Intérieur des données dont l'origine sera éventuellement
précisée.
J'ai enfin bénéficié du soutien de la Direction des Affaires
Criminelles et des Grâces de votre Chancellerie.
1 ? Le développement en CORSE d'activités rattachables à
des ORGANISATIONS MAFIEUSES ETRANGERES:
Seront successivement étudiées
? les information actuellement disponibles,
? les affaires en relation avec l'urbanisation de l'île de CAVALLO,
? les perspectives et les actions envisageables.
1 A ? LES INFORMATIONS ACTUELLEMENT DISPONIBLES
1 AI ? Le rapport de la commission d'enquête parlementaire présidée
par M. François d'AUBERT
L'on trouve dans ce rapport les développements suivants consacrés
à la CORSE:
"L'analyse de la situation corse se complique du fait qu'en plus des mafias
locales, la Mafia, au sens strict du terme, n'estpas absente de cette partie
du territoirefrançais. L'arrestation en CORSE du bandit sarde Mattéo
BOE, spécialiste des enlèvements mais n'appartenant pas à
une des banches de la Mafia, ne peut être considérée comme
un fait significatif.
M. SCOTTI, ancien ministre de lIntérieur et membre de la commission
parlementaire sur la Mafia, a, au cours de la réunion commune tenue à
Paris le 20 janvier 1993, exclu de manière absolue toute pénétration
mafieuse en Corse et en particulier une contagion par la Sardaigne ou sévit,
d'après lui, un banditisme traditionnel qui ne peut être confondu
avec la Mafia.
Des témoins ont cependant indiqué à la Commission que
plusieurs réunions de mafieux italiens avaient eu lieu en Corse et que
l'enquête sur l'affaire du casino de Menton qui sera évoquée
plus loin avait mis àjour des liens entre la Mafia et le milieu corse...
On peut supposer que ce milieu, on l'a déjà souligné,
est suffisamment organisé pour ne pas laisser la Mafia agir directement
sur son territoire mais est prêt à nouer des alliances avec elle.
Quant aux investissements de la Mafia en Corse, souvent mis en avant par certains
mouvements indépendantistes pour justifier leurs actions, il n'existe
gère plus de certitudes. Rappelons qu'après l'attentat commis
le 26juillet survenant après celui dejanvier 1990par Resistenza contre
un immeuble de la Compagnie des îles Lavezzipour l'aménagement
de Cavallo (CODIL) les dirigeants de cette société accusée
de servir au placement de capitaux d'origine douteuse ont protesté de
leur honnêteté tandis que leurs employés rendaient publique
la composition du pool bancaire suisse à l'origine de l'investissement.
Instruments de blanchiment, les casinos constituent également un secteur
traditionnel d'investissement des organisations criminelles de type mafieux.
La tentative de reprise, à lafin des années 1980, du casino de
Menton est à cet égard d'autant plus exemplaire qu'elle apparaît
à ce jour comme la seule où l'intervention de la Camorra ait été
réellement prouvée. La société Sofextour, qui avait
sollicité, à l'époque, l'agrément pour la reprise
de ce casino, fermé à la suite de l'inculpation de son précédent
gérant, était composée en totalité par des actionnaires
et des administrateurs qui sont apparus n'être que des prête?noms.
Elle était contrôlée en réalité, d'une part,
par des intérêts italiens représentés par Gianni
Tagliamento, collaborateur de Michele Zaza, considéré par la police
italienne comme l'un des principaux dirigeants de la nouvellefamille de la Camorra,
d'autre part, par des résidents monégasques chargés des
transactions bancaires écran et, enfin, par des représentants
du milieu corse, dont Jean-Claude Orsoni et Julien Tramini. L'enquête
afait aussi apparaître que Franco Chamonal, ancien dirigeant occulte du
casino de Menton, par l'intérmédiaire de Romano Freydoz, était
en contact avec les personnes qui exerçaient le contrôle réel
de la Sofextour, afin de participer à la mise en place du système
déjà décrit plus haut des "changeurs" italiens.
Depuis la mise en lumière de cette affaire, il n'existerait plus, d'après
les services du ministère de l'Intérieur, d'intérêts
italiens dans les casinos français. Selon eux, à la suite de la
fermeture des casinos de Bandol en 1988, de Menton et de Beaulieu en 1989 et
de Chamonix en 1991, les casinos dont les capitaux seraient d'origine douteuse
et dont les modes de fonctionnement ne correspondraient pas à la réglementation
en vigueur, constitueraient une catégorie en voie de disparition "
"Des rumeurs ont couru sur des investissements immobiliers, comprenant
la construction d'un village de vacances dans l'île de Cavallo, au Sud
de la Corse. D'après les renseignements fournis par la police italienne,
ces investissements seraient financés par l'intermédiaire de Lillo
Lauricella, considéré comme un spécialiste du recyclage
de l'argent de la Mafia. L'enquête menée en France sur cette affaire
a révélé que lesfinancements provenaient de prêts
bancaires consentis par des banques helvétiques, qui étaient eux?mêmes
couverts par la garantie à l'exportation accordée par l'Etat italien.
En l'absence d'infraction commise sur le territoire national, l'enquête
n'a pu toutefois être poursuivie"
I A 2 ? Le rapport adressé à votre Chancellerie, le 25 février
1994, par Christian R.AYSSEGUIER, alors procureur?général près
la Cour d'Appel de Bastia
Ce rapport sera évoqué, parmi tous ceux qui ont été
consacrés à la criminalité organisée en Corse au
cours des vingt dernières années, car la commission d'enquête
sénatoriale présidée par M. COURTOIS a voulu lui donner
une importance particulière.
M. RAYSSEGUIER écrivait pourtant que:
"... aucun élément tangible ne [permettait] actuellement
d'affirmer avecforce que des structures mafieuses italiennes se soient implantées
en Corse ...
... Bien que certains journalistes aient écrit que la Corse servirait
de "base arrière " à la NDRANGHETA calabraise (issue
desprovinces italiennes de Reggio di Calabria et de Catanzaro) pour mieux coordonner
son action sur la Côte dAzur dans le trafic des stupéfiants, en
Europe, au débouché de la filière des Balkans, aucun faisceau
d'indices n'est venu confirmer ce fait".
Il évoquait l'arrestation à Porto Vecchio, le 13 octobre 1992,
du nommé Matteo BOE, recherché par les parquets généraux
de Cagliari et de Florence pour des faits d'enlèvement de personnes,
de vol à main armée, d'évasion et d'infractions à
la législation sur les armes, en indiquant que "rien ne permettait
d'affirmer que l'intéressé bénéficiait de complicité
en Corse ou y avait des attaches".
Il s'intéressait ensuite aux "affaires mettant en cause des faits
de blanchiment des produits de crime organisé" en consacrant l'
essentiel de son propos aux problèmes de l'île de Cavallo et au
fonctionnement de la Société CODIL, que j'analyserai plus loin.
(I.B)
1 A3 ? Les renseignements obtenus des autorités italiennes
J'ai pris l'attache de M. LABREGERE, magistrat de liaison en Italie, en l'invitant
à me faire parvenir les informations qu'il pourrait obtenir des autorités
de ce pays sur les ramifications éventuelles de la Mafia en Corse.
M. LABREGERE m'a fait savoir, le 17 avril 2000, que les recherches effectuée
à sa demande étaient restées vaines.
La DIRECTION NATIONALE ANTI?MAFIA ne détient aucun élément
sur la Corse.
Il n'existe aucune autre structure de centralisation des informations sur les
activités mafieuses en Italie.
L'action publique y étant obligatoire, il n'existe pas de BUREAU DE
L'ACTION PUBLIQUE au Ministère de la Justice Italien.
S'agissant plus spécialement du blanchiment, en Corse, du produit d'infractions
susceptibles d'être reprochées à des organisations criminelles
italiennes, M. LABREGERE m'a communiqué, le 18 mai 2000, une note établie
par M. LUIGI de FICHY, substitut du procureur national antimafia.
Celui?ci fait état de l'existence d'opérations financières
et commerciales effectuées par des organisations criminelles italiennes
dans le cadre de la gestion de complexes immobiliers situés sur l'île
de Cavallo.
Ces opérations, qui se seraient élevées à DEUX MILLIARDS
DE LIRES, ont été mises en évidence dans la procédure
d'enquête suivie contre Lillo Lauricella et autres, actuellement pendante
au parquet près le tribunal de Rome (cf IB et IC)
I A4 ? Les renseignements communiqués par TRACFIN
Il apparaît que depuis le début de l'année 1992 le service
de "TRAITEMENT DU RENSEIGNEMENT ET ACTION CONTRE LES CIRCUITS FINANCIERS
CLANDESTINS" a transmis à neuf reprises aux parquets de Bastia et
d'Ajaccio des informations portant sur des faits susceptibles de constituer
des infractions pénales.
Deux de ces transmissions concernent des investissements immobiliers réalisés
sur l'île de Cavallo, située au large de Bonifacio en Corse du
Sud.
Note d'information en date du 16 avril 1993?(annexe 1)
TRACFIN attirait l'attention du parquet d'Ajaccio sur un certain nombre de
personnes physiques et morales concernées par l'aménagement de
l'île de Cavallo
? ORANGES Alfredo, de nationalité italienne, domicilié au PANAMA
et à MIAMI en Floride, P.D.G de la CODIL;
? LAURICELLA Lillo, de nationalité italienne, domicilié en Suisse,
au Belize et en Italie, administrateur de la CODIL ;
- TORTELLA Hugo, de nationalité italienne, domicilié en Italie
et au Belize, administrateur de la CODIL ;
? TORTELLA Fabio, de nationalité italienne, domicilié à
Pontoise et à Boston, administrateur de la CODIL ;
et sur un certain nombre d'autres individus en notant les déplacements
fréquents effectués à Miami, où réside ORANGES,
par LAURICELLA, TORTELLA Hugo et Fabio, l'éventuelle participation d'ORANGES
au blanchiment de fonds provenant d'un important trafic de cocaïne, et
les liens éventuellement entretenus par LAURICELLA avec certaines personnes
liées à la criminalité organisée en Italie et notamment
le nommée Gustavo SALAZAR.
? la Compagnie des Iles Lavezzi pour l'aménagement de Cavallo [CODIL
SA] immatriculée au R.C.S de Nice, et un certain nombre de personnes
morales satellites.
TRACFIN analysait ensuite les opérations financières réalisées
par les pers6r?'ines physiques et morales précédentes en présentant
les observations suivantes :
La compagnie des Iles Lavezzi pour l'anénagement de Cavallo (CODIL)
a effectué une grande partie des opérations financières
liées au projet immobilier de l'île, sur le compte n° 207 60108
ouvert à son nom le 4 janvier 1990 dans les livres de la Société
Générale de NICE.
Les mouvements relevés sur ce compte font apparaître une activité
financière importante du début de l'année 90 et le début
de l'année 1991.
Au crédit
Entre son ouverture (janvier 90) et sa clôture (mars 92) le compte enregistre
au crédit 23.487.900 FF transférés à l'étranger,
dont 8.670.000 de Suisse et 14.817.000 d'Italie.
62 % des transferts suisses proviennent de la Société FIN?RO HOLDING
et 31 % des transferts italiens proviennent de la société FINOCCHIARO
COSTRUZIONI. Ces deux sociétés seraient détenues par M.
Francesco FINOCCHIARO, qui serait le principal entrepreneur en construction
immobilière de la ville de Catane (Sicile)
Au débit
On observe un important mouvement de fond entre les sociétés
EXEN et SPEFIN par l'intermédiaire du compte de la CODIL. L'adresse postale
de ces sociétés est également l'adresse postale de LAURICELLA
Lillo.
La société HAYTOR INVEST LTD dont le PDG est Diégo COLOMBO
reçoit 4.500.000 F de la CODIL. Diego COLOMBO ancien PDG de la CODIL
apparaît dans cette opération comme un fournisseur de cette société.
M. LAURICELLA reçoit 1.000.000 F de la CODIL sur son compte personnel
à la S.G Bonifacio. 880.000 FF seront retirés en espèces
de ce même compte au cours du mois d'août 1990.
Retraits
?500.000 ..................................... le 06.08.90
?300.000 ..................................... le 13.08.90
? 80.000 ..................................... le 31.08.90
Le total des sommes transférées au cours de l'année 91
s'élève à 5.900.000 FF.
Les opérations sont réalisées par la BANCO DI ROMA sur
ordre de la Société EXEN, actionnaire principal de SPEFIN et de
la société EUCALYPTUS.
Les filiales de la CODIL
Société Port de Cavallo
Cette société commercialise les postes d'amarrage et de mouillage
du Port de plaisance. Certains des postes à quai ont été
vendus à des sociétés détenues par Diego COLOMBO.
Ce dernier apparaît donc, dans ce cadre, comme client de la CODIL.
PALMA Club
Les comptes du PALMA Club sont essentiellement alimentés par la société
EUCALYPTUS.
SIAC Aménagement
Ses comptes sont alimentés par des transferts étrangers d'Italie
(EUCALYPTUS SRL) et de Suisse (Les 3 ENFANTS INC). Cette dernière société
est dirigée par Diégo COLOMBO.
La SIAC, société de gestion et d'exploitation d'ensembles immobiliers
à vocation touristique et de ports de plaisance, a émis des chèques
d'un montant élevé (deux chèques de 1 MF chacun) à
l'ordre du nommé Noël FILIPPEDU, né le 10 décembre
1958 à Ajaccio, et demeurant au lieu?dit MUSELLA à Bonifacio.
Ce dernier, gérant de la société LE GRAND BLEU à
Bonifacio, est par ailleurs destinataire de virements en provenance d'une société
anglaise SIMONSTOWN dont le mandataire serait M. LAURICELLA.
Cavallo Maritime
CPTE SG Bonifacio N° 208 034 29
CPTE BMD n° 36 004 3 61 X
Pas d'opérations supérieures à 50 000 francs. Cependant
on peut observer quelques transferts de l'étranger d'ordre D'EUCALYPTUS
SRL.
ASSIC
CPTE SG Bonifacio N° 372 604 25 On peut observer quelques transferts dont
l'origine est à souligner.
Le 24.01.91 transferts 546 900 FF
Origine BARCLAYS
. BANK PLC
. KNIGHTS BRIDGE
donneur d'ordre GULLTRADE
C/0 COLOMBO FIDUCIARIA
Box 44 Lugano
Paradiso 69
origine UNION BC SUISSE
. . LUGANO
donneur d'ordre STARWAY AG
. . VADUZ C/0
. . COLOMBO
. . FIDUCIARIA BOX
. . 44LUGANO
. . Paradiso 6902
Ces deux sociétés sont gérées par COLOMBO Diego,
qui est l'un des membres principaux de PASSIC.
TRACFIN tirait enfin de l'examen du bilan de la CODIL les enseignements suivants
:
La CODIL enregistre une très forte augmentation du poste des immobilisations
financières. Elle réalise donc une politique d'investissements
financiers et effectue ainsi sa croissance externe. On note cependant que l'indicateur
de stabilité financière est très faible. Les capitaux permanents
de la société ne permettent pas de financer son activité
et/ou ses investissements. Elle a donc recours à des prêts bancaires
à moyen et court terme. (Auprès de BCA DI GOTTARDO et de ULTRAFIN
AG filiale à 99 % de la BCA DI GOTTARDO). Ces prêts sont accordés
malgré un résultat d'exploitation structurellernent négatif
L'instabilité de la composition du Conseil d'Administration, (nomination
et démission tous les 18 mois environ) pourrait masquer, en fait, l'existence
d'un groupe solidaire de personnes physiques. Elles se retrouvent dans les sociétés
liées à la CODIL statutairement (filiales et société
mère) ou financièrement (clients et sociétés consentant
des prêts).
note d'information en date du 27 novembre 1996 (annexe 2)
TRACFIN attirait l'attention du parquet de Bastia sur les activités
de M. AVOLIO Graziano, sujet italien, domicilié à Rome, de Mme
AVOLIO Maria, son épouse et de la S.A.R.L G.T.1, constituée entre
les précédents et implantée sur l'île de Cavallo
pour une activité de travaux publics, de construction et de réparation
de maisons individuelles.
M. AVOLIO est connu des autorités italiennes en tant qu'individu apparaissant,
notamment avec LAURICELLA Lillo, dans une enquête pour faits de blanchiment
et association de malfaiteurs.
Analysant les mouvements financiers réalisés à la demande
de M. AVOLIO, TRACFIN estimait que les informations recueillies étaient
susceptibles de révéler l'existence :
? d'une activité coordonnée entre les sociétés G.T.1
et CODIL ayant pour mandataire commun un sieur LENTALI ;
? d'intérêts économiques communs ou/et complémentaires
de membres d'une organisation criminelle à laquelle appartiendraient
LAURICELLA et AVOLIO.
J'indique dès à présent que les investigations effectuées
par le S.R.P.J d'Ajaccio sur les investissements réalisés en Corse
par les consorts AVOLIO n'ont pas permis de caractériser de faits de
blanchiment.
La procédure a donc été classée sans suite, en l'état,
par le parquet d'Ajaccio.
Les renseignements communiqués par TRACFIN le 26 avril 1993 ont été
exploités dans le cadre de l'information suivie à Ajaccio puis
à Bastia et concernant les agissements des dirigeants de la S.A CODIL.
Les autres transmissions faites par TRACFIN ne concement pas des faits susceptibles
d'être rattachés à des organisations criminelles étrangères.
Elles seront examinées ultérieurement.
I ? A5 ? Sur les liens qui existeraient entre le "milieu corse" et
la "mafia russe"
Le 31 mars 2000, lejournal. "Le Monde" publiait un article intitulé
"Iajustice en Corse fait de la criminalité organisée sa cible
prioritaire", article sur lequel je reviendrai ultérieurement.
Le journaliste, Jacques FOLLOROU, se référant à une base
documentaire constituée par la D.C.P.J et à un "rapport d'étape"
[inconnus des autorités judiciaires locales] évoquait un voyage
effectuée à Moscou le 16 janvier 1997 par trois hommes fichés
au grand banditisme, membres notoires de la "brise de met", désireux
de prendre des participations dans un casino local contre un partage des bénéfices.
Un voyage similaire aurait été effectué à NOVOSSIBIRSK
le 29 avril 1997.
J'ai invité le Directeur du S.R.P.J d'Ajaccio àme renseigner surles
éléments ainsi évoqués. M. VEAUX, m'a fait savoir
que seul le Directeur Central de la Police Judiciaire pourrait me fournir une
réponse utile.
J'ai donc contacté téléphoniquement le 11 avril 2000 M.
MARION, D.C.P.J adjoint, qui m'a indiqué qu'il me transmettait les informations
nécessaires.
N'ayant pas obtenu satisfaction, malgré un rappel, j'ai saisi le 9 juin
2000, par téléphone, puis par fax, M. RIOU, Directeur Central
de la Police Judiciaire.
J'évoquerai ultérieurement la réponse que ce dernier m'a
fait parvenir,
Mais je veux croire que si les informations fournies par la presse avaient permis
le déclenchement d'une enquête, elles auraient été
exploitées et en tous cas transmises conformément à la
loi et dans les délais prévus par celle?ci à l'autorité
judiciaire compétente.
*
* *
1 ? B ? LES AFFAIRES LIÉES A L'URBANISATION DE L'ÎLE DE CAVALLO:
1 B 1 ? Le climat de VIOLENCE
L'urbanisation de l'île de Cavallo s'est développée dans
un climat de violence et la CODIL a constitué, pendant un temps, une
"cible privilégiée des organisations séparatistes
corses".
L'exposé qui va suivre ne saurait être exhaustif Aucune synthèse
des actes de violence ou des attentats qui ont affecté CAVALLO au cours
de ces vingt dernières années n'est actuellement disponible.
Je me contenterai de rappeler certains évènements saillants ou
susceptibles de donner donner encore lieu à poursuites judiciaires.
*
* *
Le 6 août 1989, lors des "journées internationales de Corte"
(Haute Corse) tenues à l'initiative de "A Cuncolta Naziunalista",
les organisateurs avaient diffusé un communiqué préenregistré
dans lequel le "F.L.N.C" fustigeait les spéculateurs voulant
accaparer "la terre corse" avec la complicité de "nombreux
corses" et des "édiles locaux".
Très rapidement ces menaces étaient mises à exécution.
o le 10 août 1989 une lettre de mise en garde était transmise
à M. Jacques SETTON, P.D.G de PIONEER?FRANCE, propriétaire d'une
villa dans l'île de Cavallo, accusé de vouloir "s'approprier
l'île de Cavallo et en détruire le caractère naturel".
o le 16 août 1989 un attentat par explosif détruisait un local
abritant les groupes électrogènes de l'île.
o le 26 août 1989, une tentative d'attentat visait à Ajaccio les
locaux professionnels de M. Jean Louis LENTALI conseiller juridique de la CODIL.
Dans la nuit du 6 au 7 janvier 1990, sur l'île, deux attentats par explosif
dégradaient deux établissements appartenant à la "CODIL".
? le restaurant "PALMA"
? l'hôtel restaurant "Hôtel club des Pêcheurs"
revendiqués par le "F.L.N.C" auprès de la rédaction
de "Corse Matin" par un texte stigmatisant :
"La société CODIL bénéficiaire des droits d'exploitation
de CAVALLU qui
participe à l'expropriation de la terre corse".
Une action spectaculaire perpétrée le 26 juillet 1992 par un
commando sur l'île de Cavallo (Corse du Sud) était revendiquée
par l'organisation clandestine "RESISTENZA".
Cette action commando héliportée était menée par
quatre hommes cagoulés et armés dont trois avaient embarqué
à Bonifacio (Corse du Sud) dans un hélicoptère loué
téléphoniquement la veille, sous le faux nom de AUBRION à
la société "Figari Aviation Transport" Porto Vecchio
(Corse du Sud). Deux villas inoccupées étaient entièrement
détruites : huit autres constructions étaient endommagées
par la déflagration. Les victimes étaient identifiées comme
étant
? la société TIZIANA 84, S.A.R.L (deux villas détruites)
8, via Sabiata à Rome responsable: Antoine PICCIRILLI
? la société ACQUISITA S.A.R.L
8, Piazzale ACQUILELIA à Milan.
Dans un premier temps, cette action était revendiquée téléphoniquement
auprès du journaliste Pierre Louis SARDI de "Radio Corse Frequenza
Mora" (R.C.F.M) par un individu se réclamant du mouvement clandestin
"RESISTENZA".
"Action menée contre les intérêts de la mafia sur
l'île de Cavallo".
La revendication était authentifiée par l'indication de précisions
sur la réalisation de cette opération.
"RESISTENZA", par ailleurs, dans une lettre adressée le 29
juillet 1992 à "Radio Corse Frequenza Mora" (R.C.F.M) à
Ajaccio, se félicitait d'avoir "frappé au coeur du dispositif
spéculatif et mafieux qui gangrène l'île".
En outre, il convient de rappeler qu'un tract avait été diffusé
le 15 juillet 1992 par "I'Accolta NaziunaIista Corsa" 'A.N.C. dont
le secrétaire général était Monsieur Jean?Baptiste
ROTILY FORCIOLI, sur le thème de la dérive mafieuse faisant référence
au mot d'ordre "no à a Mafia", et que son fondateur, Pierre
POGGIOLI avait confirmé son engagement personnel dans la lutte contre
la mafia, lors d'une interview publiée le 24 juillet 1992 dans le quotidien"
La Corse".
Le Service Régional de Police Judiciaire d'Ajaccio, chargé de
l'enquête, procédait le 29 juillet 1992 à l'arrestation
de
? Félix MARCELLESI
né le 19 juin 1958
? Bruno SUSINI
né le 10 octobre 1967
En effet, selon un renseignement, le 7 juillet 1992, sur l'aéroport
de Figari (Corse du Sud) Bruno SUSINI, membre présumé de "RESISTENZA"
se serait intéressé aux déplacements de Monsieur DE ANGELIS,
directeur de la société "Figari Aviation Transport"
Porto Vecchio (Corse du Sud) loueur de l'hélicoptère pour l'action
commando du 26 juillet 1992, et propriétaire d'une résidence secondaire
sur l'île de Cavallo.
Bruno SUSINI aurait été en relation étroite avec Félix
MARCELLESI, employé à l'aéroport de FIGARI, membre de "
l'A.N.C." particulièrement bien placé pour donner des renseignements
sur la société de location d'hélicoptères qui a
permis la commission de cet attentat.
L'enquête ne permettait pas de démontrer leur participation aux
faits du 26 juillet 1992. Ils étaient remis en liberté à
l'issue de leur garde à vue.
Les magistrats parisiens spécialisés décidaient de retenir
leur compétence.
Au cours de la nuit du 26 au 27 avril 1998, un incendie d'origine criminelle
détruisait partiellement la résidence secondaire de Monsieur Nicolas
BIZZIO, sur l'île de Cavallo. Ce dernier occupe, entre autres, les fonctions
de vice?président de l'association syndicale des copropriétaires
de l'île (ASIC).
Dans la nuit du 1er au 2 mai de la même année, une charge explosive
composée d'un mélange de nitrate?fuel provoquait d'importants
dégâts aux bâtiments de la Société Insulaire
de Construction, situés dans la zone artisanale de Bonifacio. La société
visée est la propriété de Messieurs Lucien LONGO et Italo
RIZZO qui décidaient de porter plainte.
Les services chargés de l'enquête de flagrance constataient rapidement
que ces affaires étaient liées.
En effet, dans ses premières déclarations, Monsieur BIZZIO faisait
état de menaces directes proférées au téléphone
par Pier?Luigi VIGNUZZI, lors d'une réunion du Conseil d'Administration
de l'ASIC, en avril 1998. À cette occasion, celui?ci aurait, notamment,
déclaré qu'il allait employer "la manière forte"
et s'en prendre aux habitations des différents membres de l'association.
Le Président de cette dernière, Monsieur BELLINI, confirmait les
dires de Monsieur BIZZIO et mentionnait les nombreuses sources de conflit existant,
à l'époque, entre l'ASIC et Monsieur VIGNUZZI.
Celui?ci, en sa qualité de promoteur et de représentant de la
Commission pour le développement de l'île de Cavallo (CODIL) disposait,
effectivement, de nombreuses prérogatives sur la gestion de l'île
et des diverses propriétés immobilières. Cependant, selon
les termes mêmes de son comptable, Monsieur Giovanni MASTROGUISEPPE, entendu
le 29juillet 1998, le quasi monopole de Monsieur VIGNUZZI dans les domaines
sensibles de la distribution d'eau et d'électricité sur l'île
de Cavallo était sérieusement contesté par les membres
de l'ASIC, en raison des surfacturations pratiquées.
Les diverses investigations financières diligentées permettaient,
alors, d'établir l'importance de l'endettement de la CODIL auprès
de sociétés telles Electricité de France ou de la Compagnie
Générale des Eaux. Cet endettement justifiait également
les prix facturés à l'ASIC, et provoquait en retour de graves
difficultés financières de l'association.
En outre, une délibération d'un Conseil d'Administration de l'ASIC,
tenu le 12 février 1998, mentionnait qu'en l'absence d'accord avec le
promoteur, l'association devait décider de suivre la proposition faite
par M. BIZZIO d'acheter une barge (c'est à dire une petite péniche)
à la Société Insulaire de Construction, afin de briser
le monopole de Monsieur VIGNUZZI sur le transport des matériaux de la
Corse sur l'île de Cavallo.
L'ordre de réparation de la péniche nouvellement achetée
par l'ASIC parvint, d'ailleurs, aux chantiers de CAMPOLORO, à Cervione,
en Haute Corse, avec un acompte de 40 000 francs, le 28 avril 1998, soit dans
un temps très proche de celui des deux attentats.
Devant de tels éléments, Monsieur VIGNUZZI était mis en
examen des chefs suscités et placé en détention provisoire,
le 3 août 1998. Il contestait les différents témoignages
et se plaignait d'avoir été lui aussi victime d'attentats, dont
les auteurs étaient, à ses yeux, les personnes qui l'accusaient.
D'autres déclarations venaient cependant renforcer la thèse de
l'accusation. Ainsi, Monsieur Don Quilicus GUISEPPI, constructeur de résidences
secondaires pour le compte de la CODIL sur l'île de Cavallo, affirmait,
lors d'une confrontation avec la personne mise en examen, que durant l'automne
1996, Monsieur VIGNUZZI lui avait proposé une somme de 250 000 F pour
détruire les villas de MM. BIZZIO, FAYARD et PATERA.
Par ailleurs, l'ancien comptable de Monsieur VIGNUZZI, Monsieur MASTROGUISEPPE,
rapportait aux enquêteurs que son patron, lorsqu'il s'occupait encore
de l'île de Cavallo et de son aménagement, avait engagé
un certain VENDITTI, afin de recruter des "hommes de main" et de "mettre
la pression sur les éventuels créanciers insatisfaits de la CODIL
et de son représentant.
Monsieur VIGNUZZI était remis en liberté, le 18 novembre 1998,
suite à une décision de la Chambre d'Accusation de la Cour d'Appel
de Bastia. Se sentant physiquement menacé sur le territoire français
en général, et corse en particulier, il réside, depuis,
en Italie.
Une information est actuellement en cours, sur ces faits, au cabinet de M.
CAMBEROU, juge d'instruction à Ajaccio, qui a donné, le 5 mai
2000, commission rogatoire aux autorités judiciaires italiennes.
Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1998, trois nouveaux attentats à
l'explosif étaient commis sur l'île de Cavallo.
Un local commercial situé dans la galerie marchande du "village
des pêcheurs" était détruit le bâtiment de la
capitainerie était sévèrement endommagé et une maison
d'habitation appartenant à Pier?Luiggi VIGNUZZI était partiellement
détruite.
Ces attentats, commis au moyen de nitrate?fuel n'étaient pas revendiqués.
La 14ème section du parquet de Paris était saisie.
Les renseignements existant sur les rapports chaotiques entretenus par les maîtres
de l'opération de Cavallo et des mouvements nationalistes locaux sont
épars.
Certains observateurs se sont intéressés au fonctionnement du
Port de Cavallo
Lors de la création de ce port, les copropriétaires confient
la gestion de leurs emplacements ou anneaux à la société
"CAVALLO EVOLUTION" dont la gérance est confiée à
Gianluca BELLINI.
Courant 1994, ce dernier est remplacé par Pierluigi VIGNUZZI, qui s'entoure
de membres D'A CUNCOLTA NAZIUNALISTA "dont le leader François SANTONI
prend ses quartiers sur l'île".
Courant 1996, VIGNUZZI décide de rompre ses relations avec A CUNCULTA
et de licencier les salariées de "CAVALLO EVOLUTION" et de
la société "compagnie commerciale de CAVALLO" appartenant
à cette mouvance nationaliste.
S'ensuit une période fort agitée, VIGNUZZI faisant appel à
du "personnel italien" qui se heurte aux salariés licenciés.
Fin 1996, les incarcérations de plusieurs membres d'A CUNCOLTA, François
SANTONI et Marie?Hélène MATTEI en particulier, entraînent
un"refroidissement" encore plus important des relations qu'entretient
VIGNUZZI et ses interlocuteurs nationalistes.
*
* *
Dans les entretiens qu'il a accordés avec Jean Michel ROSSI à
Guy BENHAMOU ("pour solde de tout compte" ? les nationalistes corses
parlent ?DENOÊL IMPACTS) François SANTONI donne "sa vérité"
sur l'opération CAVALLO.
Selon lui, le F.L.N.C est entré en contact avec les promoteurs et les
sociétés de construction et de B.T.P bastiaises, pour certaines
proches du milieu, en 1984.
Le mouvement terroriste est alors faible et il doit reculer pour éviter
"une guerre avec les voyous".
Il limite son "prélèvement sur le promoteur italien à
100 000 F, une véritable aumône (sic)".
CAVALLO redevient un pôle d'intérêt, cinq années plus
tard, pour le "FRONT", qui a acquis entre?temps une "puissance
militaire réelle".
Il organise, le 31 décembre 1989, une opération commando destinée
à intimider les promoteurs italiens.
De nombreux cabinets d'architectes dirigés par des professionnels proches
du secteur V (du FLNC) sont chargés des travaux. Les constructions sont
surfacturées. Une somme de 15 millions de dollars est ainsi détournée
avant d'être investie aux Etats?Unis, dans une compagnie de crevettes
à la Nouvelle Orléans.
L'alliance nationaliste?mafieuse se développe, LAURICELLA, trésorier
de la famille sicilienne les SANTA PAOLA, se montrant très coopératif
La scission du FLNC en 1990 ne trouble pas cette entente, les militants de
l'ancien FLNC uni?secteur V ? devenant les responsables du FLNC Canal Habituel.
Malgré tout, en 1991 (?) Lillo LAURICELLA doit verser sous la menace
une somme de 15 millions de francs en liquide au FLNC Canal Historique, qui
veut renflouer ses caisses après la scission. Il s'agit d'une avance,
les terroristes ayant exigé une contribution globale de 21 millions de
francs.
Une partie de cet argent est déposée dans des banques de l'île,
qui se montrent. peu regardantes sur l'origine des billets que des militants
déposent à leurs guichets.
Malgré la générosité de LAURICELLA, le FLNC Canal
Historique se lance dans une série d'attentats sur Cavallo pour "remobiliser
les militants sur le terrain de l'action..."
En 1995, Lillo LAURICELLA cède ses parts dans CAVALLO à Pier
Luigi VIGNUZZI. "Prié par le Front de verser les 6 millions de francs
encore dus par son prédecesseur". VIGNUZZI oppose un refus.
Sur la suite des évènements, François SANTONI reste beaucoup
plus discret. Il ne dit rien des rapports qu'il a pu entretenir avec VIGNUZZI.
Pudeur ? Prudence tirée d'une analyse des règles régissant
la prescription de l'action publique ?
Il se contente d'affirmer que les Italiens dirigeant CAVALLO ont trouvé
de petits arrangements avec un "mythomane sexagénaire" qui
s'est installé dans la place au nom du Front et qui se livre au passage
à quelques opérations de racket à titre personnel.
Très menaçant, SANTONI, annonce que cela ne durera pas éternellement
et qu'un jour certains prendront les mesures nécessaires pour mettre
un terme à cette situation ...
Selon les services spécialisés, l'individu aimablement présenté
par François SANTONI comme "un mythomane sexagénaire"
ne peut être que Don Quilicus GIUSEPPI, né le 20 janvier 1936 à
Figari (Corse du Sud) retraité militaire.
Considéré comme un élément important et dur au sein
de l'ex FLNC en Corse du Sud, l'intéressé a été
grièvement blessé aux deux mains en 1991, en manipulant des explosifs
sur un chantier de l'île de CAVALLO, où il développait une
activité d'artisan?maçon.
*
* *
Les services compétents ne détiennent pas d'informations précises
sur les activités actuelles de GIUSEPPI.
*
* *
J'ai invité les procureurs de Bastia et d'Ajaccio à analyser
l'ouvrage déjà cité et à en tirer toutes conséquences
utiles sur le terrain de l'action publique.
I ? B 2 ? Les activités de la CODIL
Seront repris, ci?après, les principaux éléments de présentation
contenus dans le requisitoire définitif établi par le procureur
de la République de Bastia le 24 novembre 1999.
Ce réquisitoire et une note de synthèse complète seront
annexées au présent rapport.
o SUR L'AMÉNAGEMENT DE L'ÎLE DE CAVALLO PAR LA CODIL:
L'île de Cavallo, qui fait partie de l'archipel des îles Lavezzi,
est située dans le détroit de Bonifacio, à 3 km environ
de la pointe sud de la Corse. Sa superficie est d'environ 110 ha. En 1966, Jean
CASTEL, personnalité connue du monde du spectacle, achetait l'archipel
qu'il destinait, compte tenu de sa situation géographique, au tourisme
de luxe.
En échange des autres îles de l'archipel, transformées
en réserve naturelle, il obtenait l'autorisation d'aménager l'île
de Cavallo où il faisait construire quelques maisons et un petit hôtel
intégrés au paysage.
Pour mener à bien son projet d'aménagement de l'île, Jean
CASTEL créait en 1973 une société anonyme dont le siège
social est actuellement situé à Cavallo, la "Compagnie des
Îles Lavezzi pour l'aménagement de Cavallo" (CODIL). Il s'associait
à la SACI, une filiale de la banque Paribas, à qui il cédait
ultérieurement ses actions et qui prenait ainsi le contrôle de
la CODIL de 1975 à juillet 1980.
Cependant les opérations de constructions et de commercialisation ultérieures
se développaient dans un contexte difficile. Outre un meurtre commis
le 27 juillet 1974, de fréquents attentats dont certains ont déjà
été évoqués, détruisaient les habitations
ou les installations de l'île de 1989 à 1998.
Par ailleurs, les constructions et l'aménagement de l'île s'inscrivaient
dans des difficultés liées aux modifications des règles
d'urbanisme nécessaires à leur mise en oeuvre.
Ainsi, un arrêté ministériel du 1.03.1973 créait
une zone d'aménagement concertée des îles Lavezzi ; par
convention du 10.04.1974 la commune de Bonifacio concédait à la
CODIL l'aménagement et l'équipement de l'île. Cette convention
était modifiée en 1977, un arrêté préfectoral
du 7.02.12977 ayant approuvé le plan d'aménagement de la zone
(PAZ). Ce PAZ prévoyait notamment deux secteurs d'habitat diffus sous
forme de lotissement (presqu'île de PALMA et les Grandes Terres) un secteur
d'habitat groupé sous forme de bergeries et enfin trois villages (village
des pêcheurs, village des collines de Gréco et village de Gréco
et des collines de Zéri).
Ce PAZ était modifié le 28 juin 1988 à la demande de la
CODIL qui souhaitait apporter des changements substantiels dans la définition
de ses projets immobiliers futurs. En application de ce nouveau PAZ, la CODIL
obtenait divers permis de construire et notamment
? le 24.10.1989 pour la première tranche du village des pêcheurs
? le 23.02.1990, pour la seconde tranche,
? le 21.06.1991 pour la troisième tranche,
? en janvier 1992, pour le lotissement du Gréco,
Toutefois, et alors que des permis de construire avaient déjà
été délivrés et des constructions édifiées,
un des acquéreurs de la CODIL demandait au Tribunal Administratif de
Bastia d'annuler la modification du PAZ de 1988. Cette juridiction faisait droit
au recours par décision du 1.03.1991, confirmée par le Conseil
d'État en 1996.
Et pendant les délais de recours, la CODIL continuait de commercialiser
sur la base des permis obtenus.
Si l'obtention des droits à construire était indispensable à
l'aménagement de l'île, le projet nécessitait également
des investissements très importants pour assurer la viabilisation du
site (route, port de plaisance... ) qui généraient des pertes
régulières pour la CODIL. Ceci expliquait l'arrivée de
capitaux italiens à compter du juillet 1980 ainsi que les changements
rapides des actionnaires de la CODIL à compter de cette date qui entraînaient
par conséquent le changement des dirigeants de la société.
Les nouveaux actionnaires apportaient des capitaux importants pour assurer la
pérennité de l'entreprise, à l'exception notable de TAGS
dirigée par Monsieur LAURICELLA. Il y a lieu de noter que les comptes
sociaux de CODIL enregistraient:
? pour l'exercice 1990, une perte nette comptable de 6. 042.000 F, ce qui portait
le report à nouveau à ? 25.887.000 F (pour un chiffre d'affaires
de 19,8 millions de francs)
? pour l'exercice 1991 : un bénéfice de 14.196.000 F ce qui réduisait
le poste débiteur report à nouveau à ? 11.69 1.000 F (pour
un chiffre d'affaires de 67,3 millions de francs)
? pour l'exercice 1992 : un bénéfice de 12.281.000 F affectés
au poste report à nouveau (pour un chiffre d'affaires de 36,6 millions
de francs)
- pour l'exercice 1993 un bénéfice de 1.113.000 F dont 742.000
F affectés au poste report à nouveau qui devenait créditeur
de ce montant (pour un chiffre d'affaires de 55 1J millions de francs)
o SUR LES CHANGEMENTS DE L'ACTIONNARIAT DE LA CODIL
Il convient de rappeler les grandes lignes des changements d'actionnaires intervenus
à partir de juillet 1980 au sein de la CODIL, changements qui ont fait
l'objet de conventions de cession d'actions, cessions complexes financièrement
etjuridiquement en raison des avenants successifs qui y ont été
apportés.
en 1980, la société SACI alors actionnaire majoritaire, cédait
la majorité de ses actions à la société HAYTOR,
domiciliée à JERSEY et constituée d'investisseurs italiens
et suisses représentés par des sociétés fiduciaires
helvétiques.
? en 1983, le capital de la CODIL réduit de 34.000.000 F à 4.500.000
F était partagé entre la société HAYTOR pour 25.545
actions et la société R.T.M (REALISAZIONE TURISTICHE MEDITERANEO)
dont Monsieur Alberto CAPROTTI prenait le contrôle en 1984. Monsieur CAPROTTI
homme d'affaires d'origine sicilienne entrait ainsi dans le capital de la CODIL.
? en 1988, le capital de la CODIL était porté à 8 000
000 F. Ce capital était détenu en totalité par Monsieur
CAPROTTI, par ailleurs Directeur général de la CODIL au travers
de deux sociétés qu'il contrôlait :
? la société RTM pour 18.450 actions
? la société INTER?ILES pour 1.265.00 actions
? le 18 octobre 1988, la société INTER?ILES vendait ses actions
de la CODIL à HARMONY GOLD représentée par Monsieur LAURICELLA
pour le prix de 172.500 000 F. Le contrat prévoyait un paiement échelonné
et dans l'attente du paiement, le maintien de la société INTER?ILES
dans ses droits d'actionnaires. Cette convention allait être modifiée
en octobre 1989, date à laquelle la société HARMONY GOLD
négociait la revente de ces actions à la société
FINRO HOLDING.
Monsieur LAURICELLA devenait P.D.G de CODIL dès novembre 1988.
- le 27 octobre 1989, HARMONY GOLD cédait en effet ses actions de la
CODIL à la société FINRO HOLDING, société
luxembourgeoise dont l'unique actionnaire était la société
FINOCCHIARO CONSTRUZIONI, représentant les intérêts de Monsieur
FINOCCHIARO, autre homme d'affaire d'origine italienne.
- Or dès le 21 juin 1990, Monsieur FINOCCHIARO se retirait de la CODIL
et revendait ses actions CODIL dans les conditions identiques à celles
de l'achat à la société TRANS ALP GOOD SUPPLIERS (TAGS)
dont l'ayant droit économique était Monsieur LAURICELLA. Ce dernier
entrait à nouveau dans le capital de la CODIL et ses organes de direction.
Il était de nouveau Directeur Général à compter
de Juin 1990 puis P.D.G de CODIL de janvier 1994 à mai 1995. On notera
que Monsieur BOURDE, comptable de la CODIL depuis le 1er octobre 1992, expliquait
qu'il ne connaissait pas Monsieur ORANGES, P.D.G en titre, lequel n'était
jamais venu au siège social de la CODIL et qu'il agissait sur les instructions
de LAURICELLA qui prenait seul les décisions. LAURICELLA confirmait cette
déclaration et admettait que lui même en sa qualité de comptable
de formation, assumait les bilans CODIL arrêtés en 1991, 1992 et
1993.
La société TRANS ALP GOOD SUPPLIERS (TAGS) est une société
fiduciaire représentant les intérêts de Monsieur LAURICELLA.
Cette société TAGS constituée en 1984 à LUGANO avec
transfert du siège social en 1990 à VADUZ avait pour gérant
Monsieur LAMBERTINI. Monsieur LAURICELLA reconnaissait cependant qu'il était
l'unique titulaire des actions de cette société après avoir
déclaré que cette société avait pour actionnaire
majoritaire Monsieur ORANGES.
À l'issue de son incarcération, courant 1995, LAURICELLA vendait
ses participations dans la CODIL, dont Monsieur DEL GALLO Dl ROCCAGIOVINE devenait
le P.D.G.
La revente des actions de la CODIL par FINRO HOLDING plaçait Monsieur
LAURICELLA dans une position délicate voire difficile. Alors qu'il avait
envisagé de payer le rachat par HARMONY GOLD des actions de la CODIL
à la société INTER?ILES et de dégager à l'occasion
un profit substantiel par la revente de ces mêmes actions à la
société FINRO HOLDING , Monsieur LAURICELLA se trouvait face à
un double engagement. En tant que dirigeant D'HARMONY GOLD il devait faire face
aux obligations qu'il avait contractées avec la société
INTER?ILES et, simultanément, en sa qualité de dirigeant de la
société TAGS il devait payer le rachat de CODIL à FINRO
HOLDING. En d'autres termes, Monsieur LAURICELLA tenu de payer des dettes personnelles
à la fois à Monsieur CAPROTTI et Monsieur FINOCCHIARO, le faisait
avec les fonds ou les actifs de la CODIL.
o SUR LE FINANCEMENT DES PROJETS IMMOBILIERS
Le financement des opérations immobilières dont CODIL a été
le promoteur provenait de quatre sources différentes et était
assuré soit
? par les actionnaires successifs au travers d'augmentations de capital, de
participations et d'apports en comptes courants associés, puis d'abandons
de créance.
? par des concours extérieurs, notamment des prêts dont le plus
important était souscrit en avril 1989 auprès de la société
ULTRAFIN, filiale de la BANCA DEL GOTTARDO à Lugano.
- soit par le produit des ventes de terrains ou de droits à construire
et notamment les ventes des appartements. soit par la vente des participations
de la CODIL dans ses différentes filiales. Les différents modes
de financement seront examinés successivement.
* sur le financement par les actionnaires successifs
La société INTER?ILES dirigée par Monsieur CAPROTTI devenue
actionnaire de la CODIL en 1988 apportait à la CODIL une somme de 12
000 000 F qui servaient à hauteur de 7.718.000 F à financer l'augmentation
de capital puis, à nouveau en avril 1989, 6.760.000 francs dans le cadre
d'une nouvelle augmentation de ce capital.
La CODIL bénéficiait d'autres apports de la société
INTER ILES par des virements dont une partie était identifiée
par LAURICELLA comme des versements effectués par lui?même dans
le cadre de ses accords avec CAPROTTI pour l'achat des actions CODIL. D'ailleurs
la société INTER?ILES attestait en mars 1989 avoir reçu
D'HARMONY GOLD 25 millions de francs à valoir sur le prix d'achat des
actions CODIL conformément au protocole du 18 octobre 1988.
Les soldes créditeurs, arrêtés fin 1988 et fin 1989 étaient
abandonnés au bénéfice de la CODIL: le 14 juin 1989 une
créance de 3 745 000 F
? le 27 octobre 1989 une créance représentant toutes les sommes
détenues sur la CODIL soit 3.478 000 F. De même, RTM abandonnait
ses créances en compte courant pour 4.250 000 F en 1988 et 2.700.00 F
en 1989.
- la société HARMONY GOLD dirigée par Monsieur LAURICELLA
apportait en compte courant une somme de 9.300.000 F qui serviront au travaux
de construction du village des pêcheurs. Puis, le 27 octobre 1989, elle
abandonnait sa créance évaluée à 9.763.000 F au
bénéfice de la CODIL. Cet abandon de créance était
concomitant à la cession des actions CODIL à la société
FINRO HOLDING.
La société FINRO HOLDING dirigée par Monsieur FINOCCHIARO
apportait en prêts ou en compte courant :
? en septembre 1989 prêt de 4.650.000 F
?fin 1989: .: 9.299.00 F en compte courant
?20 décembre 1989 signature d'un abandon de créance pour 13.949.000
F
? de janvier à mars 1990 29.945.000 F en compte courant
qu'elle abandonnait le 6 juin 1990 à hauteur de 19 000 000 F, son compte
courant associé restant créditeur alors de 9.699.000 F.
? la société TAGS dirigée par Monsieur LAURICELLA et qui
selon celui?ci n'a jamais eu de fonds propres n'effectuait aucun rapport à
la CODIL, mais cette dernière, par contre lui consentait des avances
non rémunérées par le compte courant associé. Il
était ainsi relevé
* le 30 novembre 91 9 111.617 F via un compte CODIL à la BANCA del GOTTARDO
* le 31 décembre 1991 5.000.000 F via un compte ABN AMRO BANK
*Le financement par prêts bancaires
Le 13 avril 1989, la CODIL empruntait 124 millions de francs auprès
de la société ULTRAFIN, établissement financier filiale
de la BANCA DEL GOTTARDO pour financer la construction notamment de l'hôtel
des pêcheurs, de la première tranche du village des pêcheurs
et d'un centre commercial. Cet emprunt remboursable en 14 semestrialités
égales prévoyait la constitution d'un fonds de garantie auprès
de la BANCA DEL GOTTARDO au bénéfice d'ULTRAFIN, garantie constituée
en l'espèce par la caution de la BANCA MANUSARDI. Le principe de ce prêt
était décidé par le conseil d'administration de la CODIL
en février 1989 et approuvé en juillet 1989 par le même
conseil.
Les échéances de ce prêt CODIL?ULTRAFIN étaient
remboursées par la CODIL à partir d'un compte ouvert à
la BANCA DEL GOTTARDO compte crédité soit par des apports de la
société FINRO HOLDING (1990) soit par le produit de la vente à
la SECCO FRANCE (1991) soit par l'encaissement des prix de ventes d'immeubles
construits (1992 ?1993 ? 1994). A partir de 1995, les échéances
ULTRAFIN n'étaient plus honorées et la créance d'ULTRAFIN
se montait en 1998 à 68 millions de francs.
* Le financement par la vente de produits immobiliers
Si pour certaines ventes d'appartements, les prix étaient payés
par la comptabilité du notaire (telles les ventes passées entre
mars 1992 et juin 1993 par l'intermédiaire de la société
PROPERTY service et qui représentaient pour la CODIL un chiffre d'affaires
de 50 millions de francs environ) par contre et pour d'autres, les actes notariés
portaient quittance du paiement du prix par le vendeur mais sans encaissements
correspondants dans la comptabilité de la CODIL étant précisé
que les prix étaient alors versés entre les mains de l'actionnaire
principal, Monsieur LAURICELLA.
* Le financement par la vente des participations dans les filiales
L'activité principale de la CODIL est la promotion immobilière
dans l'île de Cavallo. La CODIL constituait par ailleurs plusieurs sociétés
pour l'exploitation touristique de l'île de Cavallo, sociétés
dans lesquelles elle prenait des participations majoritaires voire totales étant
précisé que les organes de direction de ces sociétés
évoluaient au rythme des changements d'actionnariat au sein de la CODIL..
la société du port de Cavallo était constituée
en 1985 sur l'initiative de M. CAPROTTI sous la forme de société
anonyme ayant pour objet la construction et l'exploitation du port de plaisance
de Cavallo. Cette société du port qui avait dans son actif des
droits à construire, réalisait les travaux et les commercialisait
dès 1992.
- la société Cavallo évolution était immatriculée
au RC d'Ajaccio en 1989 sous la forme de S.A.R.L. Elle avait pour objet l'exploitation
du port de plaisance de Cavallo, elle était placée en règlement
judiciaire le 8 décembre 1997.
? la société Palma Club était immatriculée au RC
d'Ajaccio en 1985 sous forme de S.A.R.L. Elle avait pour objet l'exploitation
d'un restaurant night club sur l'île de Cavallo. En décembre 1988,
la CODIL acquerrait la totalité des parts. Le fonds de commerce était
donné en location gérance par la suite.
? la société office de promotion de Cavallo était immatriculée
au RC d'Ajaccio en 1986 avec pour objet l'hôtellerie et le tourisme. Le
capital de cette S.A.R.L était détenu en 1988 par la CODIL qui
en 1990 cédait ses parts.
? La société Cavallo maritime était immatriculée
au RC d'Ajaccio en 1989 sous forme de S.A.R.L. Elle avait pour objet la desserte
maritime de Cavallo, elle était mise en liquidation judiciaire le 3 juin
1996.
*
* *
Le procureur de la République d'Ajaccio recevait, le 15 avril 1998,
une révélation de Madame VETTERI, commissaire aux comptes de la
S.A CODIL, qui indiquait notamment :
? que les formalités relatives à la perte de la moitié
du capital social constatée au bilan clos le 31 décembre 1994
n'avaient pas été accomplies alors que ce bilan avait été
approuvé par l'Assemblée Générale Ordinaire le 2
septembre 1997 ;
? qu'elle avait décidé de démissionner, comme son suppléant,
de ses fonctions, n'ayant pas perçu ses honoraires relatifs aux exercices
1995 et 1996.
Une enquête préliminaire était ordonnée et confiée
au S.R.P.J d'Ajaccio avec pour mission essentielle de rechercher les conditions
dans lesquelles s'était opéré le transfert des pouvoirs
au sein de la CODIL et l'identité des actuels maîtres de l'affaire.
Dans un rapport d'attente, en date du 2 août 1999, les enquêteurs
rendaient compte des résultats de leurs premières investigations
de la manière suivante
"Les documents juridiques disponibles et régulièrement opposables
aux tiers laissent apparaître que le nouveau Président Directeur
Général de la S.A CODIL serait Grégorio DEL GALLO DI ROCCAGIOVINE,
ressortissant italien descendant d'une famille de grande noblesse italienne,
exerçant plus particulièrement dans l'agriculture et accessoirement
dans la promotion immobilière. Malgré nos différents contacts
téléphoniques avec cette personne, cette dernière n'a pu
être entendue. Reconnaissant assez facilement verbalement par téléphone
avoir été l'homme de "paille" de Pier?Luiggi VIGNUZZI
et être prêt à déposer dans un lieu situé hors
de la Corse, il s'est rétracté au dernier moment lorsque Pier
Luiggi, alors placé sous mandat de dépôt à la maison
d'arrêt de Borgo, a été remis en liberté le 19 novembre
1998.
Il ressort néanmoins des différents témoignages recueillis
auprès de l'expert comptable, du commissaire aux comptes, de l'expert
immobilier, des propriétaires fonciers de l'île de Cavallo, que
le seul interlocuteur que ces personnes aient connu était Pier Luigi
VIGNUZZI, Grégorio DEL GALLO DI ROCCAGIOVINE leur étant pour la
plupart inconnu.
Pier Luiggi VIGNUZZI entendu sous le régime de la garde à vue
le 17 août 1998, alors qu'il était placé sous mandat de
dépôt à la maison d'arrêt de Borgo dans une autre
affaire, ne reconnaît pas avoir été ou même être
le dirigeant de la S.A. CODIL.
L'intéressé indique avoir établi ses premières
relations avec l'île de Cavallo en 1991/1992 par l'intermédiaire
d'une société immobilière GEFIMA qu'il avait créée
dans le but d'acheter un appartement deux lots de terrain à construire,
deux petits magasins et un port d'amarrage sur l'île de Cavallo, le tout
pour un montant de 800 Kf dont il versait le paiement à la société
MARKINTER (ou HAYTOR) (actionnaires de la S.A. CODIL à cette époque)
sur instructions de la CODIL, représentée alors par Vincenzo BERTUCCI.
Ce paiement direct aurait alors été réalisé pour
dégager les deux lots à construire de l'hypothèque dont
ils étaient frappés. P.L VIGNUZZI ajoutait qu'une partie du port
d'amarrage avait été réglé directement à
V. BERTUCCI à hauteur d'environ 48 000 F (180 millions de lires). Puis,
un certain nombre de négociations sont intervenues entre LAURICELLA et
VIGNUZZI à compter d'août 1994, lequel LAURICELLA semblait avoir
une dette envers un dénommé PREATONI. Les négociations
de ces deux personnes consistaient sommairement à faire acquérir
par VIGNUZZI des maisons individuelles sises sur l'île de Cavallo en contrepartie
de quoi ce dernier cédait à LAURICELLA des participations de GEFIMA
et versait directement à LAURICELLA un montant de 400 millions de lire
(environ 100 kfs). Ces négociations n'ont jamais été menées
à leur terme et ont échoué quand LAURICELLA a été
interpellé en mars 1995.
C'est alors que VIGNUZZI aurait appris que tous les biens (dont ceux achetés
par VIGNUZZI) avaient été déjà vendus par la société
SECCO France, alors en liquidation, à une société LA RÉSERVE
(société civile d'attribution) au mois d'octobre 1994, le tout
pour un montant de 20 Mfs payables au plus tard le 30 juin 1995. Il s'avérait
donc que les fonds versés par VIGNUZZI dans le cadre de l'acquisition
des biens immobiliers précédemment décrits l'avaient été
à fonds perdus puisque les biens objets de, la vente ne pouvaient pas
être cédés par LAURICELLA.
Mme LAURICELLA aurait alors proposé à VIGNUZZI qu'il rachète
pour 20 Mfs la société contrôlant LA RÉSERVE, SOMI
HOLDING, déduction faite des paiements déjà réalisés,
lequel ne s'y serait pas opposé mais aurait imposé un certain
nombre de conditions. Puis, Mme LAURICELLA aurait proposé à VIGNUZZI
pour faire échec à une proposition de CAPROTTI, actionnaire de
la CODIL, de racheter la promotion immobilière de la CODIL. VIGNUZZI
indique, qu'après avoir pris conseils auprès de ses comptables,
il était ressorti que l'opération pouvait être intéressante,
étant considéré qu'il pouvait exister des possibilités
de réaliser de nouvelles constructions sur près de 11.000 m2 et
la possibilité de recouvrir un montant important de créances douteuses
provenant des ventes payées hors la comptabilité du notaire.
VIGNUZZI a alors indiqué qu'il aurait proposé cette opération
à DEL GALLO DI ROCCAGIOVINE, ami de longue date spécialisé
dans la promotion immobilière, ne s'impliquant pas directement dans cette
opération car ayant déjà réalisé celle de
LA RÉSERVE. VIGNUZZI indique que DEL GALLO aurait acheté les parts
de la CODIL, détenues par TAGS pour le franc symbolique et 50 % des redevances
obtenues sur les profits. Parallèlement, VIGNUZZI s'engageait à
payer lé différentiel de 4 Mfs dû par GRECO (bail faisant
partie du même contrat général de PREATONI) VIGNUZZI et
DEL GALLO s'étant rendus entre temps acquéreur de GRECO (70 %
VIGNUZZI, 30 % DEL GALLO). Cela expliquerait selon lui les paiements effectués
par lui pour le compte de GRECO et figurant au compte courant d'associé
dénommé "compte VIGNUZZI DEL GALLO".
À ce jour, aucun document n'est susceptible de confirmer ou d'infirmer
les déclarations de VIGNUZZI sur les modalités de cession des
parts CODIL à DEL GALLO DI ROCCAGIOVINE."
Après maintes péripéties (refus du tribunal de Commerce
d'Ajaccio de déclarer la société en état de cessation
des paiements, appel du parquet en 1995, confirmation de la décision
de première instance par la Cour d'Appel de Bastia en 1996... ), la S.A
CODIL a été placée en redressement judiciaire le 30 août
1999, sur assignation d'organismes sociaux.
Le tribunal de commerce d'Ajaccio a prononcé la liquidation judiciaire
de la société le 7 février 2000. Le passif déclaré
dépasse 60 millions de francs dont 40 millions de dettes bancaires.
I B 3 ? LES POURSUITES PENALES
o contre Lillo LAURICELLA:
Comme nous l'avons déjà vu, une information avait été
ouverte à Paris, à la suite des attentats par explosifs commis
sur l'île de Cavallo, le 26 juillet 1992, et revendiqués par l'organisation
clandestine RESISTENZA.
Les investigations alors entreprises ayant laissé entrevoir d'éventuelles
irrégularités dans l'aménagement de l'île poursuivi
par la S.A CODIL, un rapport était adressé, le 16 octobre 1992,
par le parquet de Paris à celui d'Ajaccio, qui ordonnait dès le
23 octobre 1992, une enquête préliminaire.
Au vu du résultat des premières investigations effectuées
par le S.R.P.J d'Ajaccio, l'ouverture d'une information était requise
le 15 janvier 1994 au tribunal de grande instance de Bastia, juridiction spécialisée
en application de l'article 704 du code de procédure pénale.
Le dossier était enrichi par les renseignements communiqués par
le service TRACFIN et déjà analysés.
Par ailleurs, à la suite du dépôt de bilan de la S.A.R.L
SIAC (Société Insulaire pour l'Aménagement de Cavallo)
devant le tribunal de commerce d'Ajaccio, une enquête distincte était
ordonnée par le procureur de la République d'Ajaccio qui aboutissait
à l'ouverture d'une information judiciaire.
Il apparaissait que André Noël FILIPEDDU aurait sollicité
Lillo LAURICELLA pour obtenir un prêt de 4 millions de ftancs destiné
à financer des travaux dans son restaurant "Le grand bleu"
à Bonifacio. Pour ce faire, LAURICELLA aurait remis une partie de la
somme en la retirant de la trésorerie de la CODIL, retrait justifié
au moyen d'une fausse facture. Il aurait également remis à FILIPEDDU
deux chèques d'un million de francs chacun tirés sur le compte
de la SIAC dont il était gérant de fait. LAURICELLA était
mis en examen pour ces faits pour abus de bien sociaux de la S.A.R.L SIAC.
Pour sa part, FILIPEDDU était mis en examen pour recel d'abus de bien
sociaux d'une part dans le dossier de la CODIL et d'autre part dans le dossier
de la SIAC.
Compte tenu de la connexité des faits puisque les prélèvements
auraient une cause unique même si les sources de financement sont distinctes,
il était requis du magistrat instructeur qu'il ordonne la jonction des
deux procédures.
À l'issue de l'information, le procureur de la République de
Bastia requérait, le 24 novembre 1999,
? non lieu en faveur de M. FILIPPEDU, en considérant qu'il n'était
pas établi que l'intéressé ait eu connaissance de l'origine
délictueuse de l'argent prêté ; le renvoi devant le tribunal
correctionnel de Lillo LAURICELLA pour:
* présentation aux actionnaires de bilans inexacts de la SA CODIL pour
les exercices 1992, 1993 et 1994,
* abus, de biens de la SA CODIL pour favoriser la société TRANS
ALP GOOD SUPPLIERS (TAGS) dans laquelle il était intéressé,
en ayant:
? notamment à la fin de l'année 1991 perçu irrégulièrement
des avances à hauteur de 14.111.618 F pour financer une opération
personnelle d'achat de titres de la société LE GINESTRE,
? notamment à la fin de l'année 1994, revendu à la S.A.
CODIL des actions de la société LE GINESTRE pour le prix de 11.000.000
de francs et avoir immédiatement inscrit une provision pour dépréciation
de ces actions à hauteur de 6.900.000 F.
? notamment le 20 mai 1992, signé en reconnaissance d'une dette personnelle
de 5 000 000 F à des sociétés panaméennes des contrats
de réservation sur des immeubles construits d'une valeur de 45 000. 000
F à 60. 000.000 Francs.
? notamment le 29 juillet 1993 à l'occasion d'une vente faite à
Monsieur FINOCCHIARO sous estimé le prix d'une hauteur de 8.000.000 de
francs, maintenu le compte créditeur de cet actionnaire à hauteur
de 9.700.000 F de francs, maintenu le compte client de cet acquéreur
débiteur de la somme de 12.6ÔO.000 F soit un préjudice global
de 17.700.000 F.
- courant 1994, encaissé les prix de vente d'immeubles situés
dans le village des pêcheurs à Cavallo au lieu et place de la CODIL
pour la somme totale de 29.054.000 F.
? notamment le 21 juin 1994 encaissé en lieu et place de la CODIL le
prix de la vente d'immeubles à la société SOCOMAI soit
16.450.000 F.
- courant 1992, versé la somme de 2.000.000 F à André
Noël FILIPEDDU et en dissimulant cette remise au moyen d'une facture quil
savait partiellement fausse :
* abus des biens de la S.A.R.L SIAC (Société insulaire pour l'aménagement
de l'Ile de Cavallo) pour une somme globale de 2. 000. 000 F
*
* *
Le magistrat instructeur rendait une ordonnance conforme aux réquisitions
du parquet et l'affaire était fixée à l'audience du tribunal
correctionnel de Bastia tenue le 6 juin 2000.
À cette date, la citation à comparaiÎtre de Lillo LAURICELLA,
transmise aux autorités italiennes le 10 mars 2000, n'avait toujours
pas été retournée au procureur de Bastia.
Dès le retour de cette citation, une nouvelle date d'audience sera fixée.
*
* *
Je précise, pour mémoire, que André Noël FILIPPEDU,
dont les liens avec LAURICELLA viennent d'être évoqués,
a été condamné, le 31 mars 2000, par le tribunal correctionnel
d'Ajaccio, à 30 mois d'emprisonnement, 60 000 F d'amende et 5 ans d'interdiction
de gérer pour fraude fiscale, escroquerie, recel d'abus de biens sociaux
et abus de biens sociaux.
Il a relevé appel de cette décision le 7 avril 2000.
*
* *
Le 2 février 1999, le Directeur des Services Fiscaux de Corse du Sud
déposait plainte contre Lillo LAURICELLA, pris en sa qualité de
président directeur général de la S.A. CODIL, pour avoir
au cours de l'année 1995:
? volontairement et frauduleusement soustrait la société à
l'établissement et au paiement total de l'impôt sur les sociétés
dû au titre de l'exercice clos le 31 décembre 1994, en s'abstenant
de souscrire, dans les délais légaux, la déclaration de
résultat qui lui incombait (délit prévu et réprimé
par les article 1741 du Code Général des Impôts);
- sciemment omis de passer ou de faire passer des écritures et avoir
passé des écritures inexactes dans les documents comptables obligatoires
au titre de l'exercice clos en 1994 et notamment au livre d'inventaire et au
livre?journal (délit prévu et réprimé par l'article
1743 du Code précité)
Par jugement en date du 28 avril 2000, le Tribunal correctionnel d'Ajaccio,
statuant par défaut, condamnait Lillo LAURICELLA à la peine de
5 ans d'emprisonnement et à 250 000 F d'amende.
Il décernait contre le condamné un mandat d'arrêt qui était
diff?usé le 2 juin 2000.
*
* *
o Poursuites dirigées contre Léon PADOVANI, Notaire à
CORTE
Nous nous souvenons que, dans sa transmission en date du 22 avril 1993, TRACFIN
avait signalé que Léon Gilles PADOVA.NiI, Notaire à Corte,
réalisait de nombreuses opérations pour le compte de la CODIL
SA, notamment avec l'étranger.
Agissant dans le cadre déjà précisé, les fonctionnaires
du S.R.P.J d'Ajaccio constataient les faits suivants, qu'ils analysaient dans
un rapport en date du 3 décembre, 1996;
Courant 1991, la S.A. CODIL , chargée de l'aménagement et de
la promotion de l'Ille de Cavallo, vendait, notamment par actes reçus
en l'étude de Me PADOVANI, 33 lots de terrains constituant le "Lotissement
de la Baie de Gréco" à plusieurs SCI domiciliées à
Ajaccio mais détenues par des sociétés fiduciaires suisses.
Le prix de chaque lot était fixé à 490.000 ou 500.000
francs.
Par actes authentiques reçus par le même notaire, certaines des
SCI revendaient, le 21 octobre 1994, leurs terrains à des SARL implantées
à SETE (Hérault) mais appartenant à des sociétés
Luxembourgeoises, les prix fixés évoluant entre 790 et 800 000
Frs.
Les conséquences fiscales découlant des plus?values ainsi réalisées
étaient systématiquement réduites à néant
en raison de la prise en compte d'une TVA mentionnée à chaque
acte comme ayant été acquittée sur présentation
de factures en date de 1992.
Le montant global de la TVA ainsi éludée représentait une
somme de 3 60 000 F.
Au cours d'une perquisition effectuée en l'étude de Maître
PADOVANI, le 19 avril 1995, Monsieur EGRON?REVERSEAU,juge d'instruction à
Bastia, instruisant sur d'autres faits, saisissait les factures ayant permis
d'opérer les déductions fiscales.
Ces factures étaient relatives à des travaux de terrassement
et de démaquisage censés avoir été réalisés
pour une somme globale de 6 000 000 F (dont 500.000 f de TVA) par la S.A.R.L
SIAC dont la gérante statutaire était en 1992 Marie-Paule SERRA,
concubine de MaÎtre PADOVANI, et le gérant de fait Monsieur Lillo
LAURICELLA, PDG de la SA CODIL.
L'analyse des factures permettait d'établir qu'elles avaient été
adressées par fax depuis le siège de la S.A.R.L OMNIS dans laquelle
M. LAURICELLA a des intérêts, à l'étude PADOVANI
à l'attention de Madame de CASALTA, clerc.
L'expédition avait été réalisée en deux
temps :
- un premier jeu avait été expédié le 4 octobre
1994. Ces premières factures ne sont pas acquittées. Elles portent
les mentions suivantes: "BON", "NON", " À REFAIRE",
"À MODIFIER".
? un second jeu avait été expédié le 5 octobre
1994. Les factures portent les mêmes numéros que les précédentes.
Elles sont acquittées à des dates comprises entre les mois d'avril
et d'octobre 1992. Le corps de certaines d'entre elles a été modifié
quant au montant des prestations prises en comptes.
Entendue par les enquêteurs, Joëlle POGGI, secrétaire de
la Société OMNIS au moment des faits, affirmait qu'elle était
dans l'incapacité de préciser qui lui avait donné l'ordre
d'établir les factures en cause.
Elle travaillait en fait pour le "pool des sociétés de Cavallo",
avait à sa disposition de nombreux cachets et recevait des ordres de
nombreuses personnes et en particulier des avocats et conseils italiens des
sociétés concernées.
Madame POGGI pouvait par contre indiquer qu'elle avait modifié les factures
et donc constitué le deuxième jeu évoqué sur les
instructions de Madame DE CASALTA, clerc à l'étude de Maître
PADOVANI.
Les enquêteurs n'avaient pu découvrir aucun élément
comptable relatif à l'activité de la S.A.R.L S.I.A.C. dont la
liquidation amiable a été décidée lors d'une assemblée
générale des associés en date du 31 mars 1992,
Par contre les constatations effectuées sur les terrains constituant
le lotissement GRECO permettaient d'établir que les travaux de terrassement
et de démaquisage susceptibles d'avoir été réalisés
étaient sans rapport avec ceux qui avaient été facturés.
Le 30 septembre 1997, le parquet de Bastia requérait l'ouverture d'une
information contre X pour faux et usage de faux.
Le 15 décembre 1997, Maître PADOVANI était placé
en garde à vue.
Il expliquait :
- qu'il avait été chargé en 1984, par un sieur Stéfano
CASIRAGHI, de &&s'occuper" du dossier de l'Ile de Cavallo et qu'il
avait obtenu en 1988 l'ensemble des autorisations administratives souhaitées
concernant la modification du PAZ, le transfert du port de plaisance et l'ensemble
de la constructibilité
? qu'il avait confié à Madame DE CASALTA, son clerc, en 1994,
la rédaction des actes et le recueil de tous les documents nécessaires
à l'authentification des ventes déjà évoquées
;
? que son employée lui ayant indiqué que les reventes des terrains
pour les SCI entraîneraient le paiement de droits au titre de la TVA immobilière,
il s'était rapproché du conseil des SCI à LUGANO;
? qu'ayant appris par ce dernier que des travaux avaient été
réalisés sur les terrains de la Société SIAC, il
avait chargé Madame DE CASALTA d'obtenir les factures correspondantes
;
? qu'il s'était alors désintéressé du problème
Léon PADOVANI était mis en examen, le 16 décembre 1997,
par Monsieur EGRON?REVERSEAU, juge d'instruction, pour avoir établi,
courant octobre 1994, de fausses factures de travaux et en avoir fait usage
à l'occasion de la rédaction d'actes de ventes intervenus dans
son étude.
Le notaire restait sur ses positions en expliquant qu'il avait choisi, pour
des raisons économiques, de développer des activités extérieures
à CORTE, et qu'il avait largement délégué ses prérogatives
à son personnel...
Il était placé sous contrôle judiciaire avec pour seule
obligation celle d'informer le juge de tout déplacement hors de la Corse.
Placée à son tour en garde à vue, Marie France DE CASALTA
affirmait:
qu'elle avait bien été chargée par Maître PADOVANI
de suivre toutes les transactions concernant la S.A CODIL et l'Ile de Cavallo,
? que pour régler les problèmes de TVA, elle avait demandé
à Madame POGGI de lui fournir des factures de travaux, sans donner à
son interlocutrice d'indication chiffrée
que "LE MONTANT DE LA TVA ÉTANT INSUFFISANT POUR COMPENSER LA TVA
À PAYER A L'ACTE (elle l'avait) INDIQUÉ À MAÎTRE
PADOVANI QUI (lui avait) DEMANDÉ DE RÉCLAMER D'AUTRES FACTURES
AUX PERSONNES CONCERNÉES"
- qu'elle avait donc demandé à Madame POGGI de fournir d'autres
factures, en annotant les premières de sa main et en donnant à
son interlocutrice le "MONTANT DE LA TVA QUI DEVAIT FIGURER SUR LES NOUVELLES
FACTURES"
Madame DE CASALTA était mise en examen le 20 janvier 1998 pour faux
et usage de faux.
Elle tentait d'atténuer la portée des déclarations analysées
plus haut, en indiquant qu'elle n'avait pas invité Madame POGGI à
faire de fausses factures mais qu'elle avait seulement fait savoir à
celle?ci quels seraient les montants théoriques de travaux qui permettraient
une exonération de la TVA au moment de la vente, exonération souhaitée
par les vendeurs.
*
* *
Également placée en garde à vue Joëlle POGGI maintenait
qu'elle ne pouvait pas désigner la personne qui lui avait donné
l'ordre d'établir les premières factures.
Elle admettait qu'elle avait établi le second jeu sur les indications
de Madame DE CASALTA en choisissant au hasard, sur l'année 1992, les
dates supposées d'acquittement de ces factures.
Elle était mise en examen pour établissement de faux, le 25 janvier
1998.
*
* *
Le 23 décembre 1999, le procureur de la République de Bastia requérait
le renvoi devant le tribunal correctionnel des trois personnes citées
plus haut et en particulier celui de Léon PADOVANI pour complicité
et usage de faux en écritures.
Le magistrat instructeur ayant rendu une ordonnance conforme à ces réquisitions,
Me PADOVANI était condamné le 2 juin 2000 à 18 mois d'emprisonnement
avec sursis par le tribunal correctionnel de Bastia.
*
* *
Je rappelle d'autre part que, les investigations effectuées au plan pénal
ayant fait apparaître que la situation financière de l'étude
de Me PADOVANI était déficitaire depuis 1995, mon parquet général
sollicitait une inspection occasionnelle de 3° niveau de cet office.
Me VIGNERON et M. SUIN, Inspecteurs Nationaux des études de notaires
procédaient à l'analyse de la comptabilité et du fonctionnement
de l'étude de Me PADOVANI entre le 23 et le 28 novembre 1998.
Ils estimaient que la situation financière de l'office n'était
pas redressable, l'excédent de passif ayant atteint 6. 000.000 F
Ils considéraient que l'office n'était plus viable en notant
que... " primitivement établie à CASAMACCIOLI, l'étude
avait été transférée à CORTE en 1984 ; accaparé
dès cette date par la promotion immobilière sur l'île de
Cavallo, très éloigné de son office, Me PADOVANI avait
négligé son bureau secondaire à CASAMACCIOLI et que, la
forte dépopulation de cette région y ayant contribué, la
clientèle s'était évaporée".
Par exploit délivré le 5 mars 1999, le parquet de Bastia faisait
assigner Me PADOVANI devant le président du tribunal de grande instance
de Bastia qui, par ordonnance de référé rendue le 31 mars
1999, ordonnait la suspension provisoire du notaire et commettait un administrateur
provisoire.
Par jugement, en date du 5 juillet 1999, le tribunal de grande instance de
Bastia infligeait à Léon PADOVANI une INTERDICTION D'EXERCER PENDANT
CINQ ANNÉES.
o Poursuites pénales contre Pier Luigi VIGNUZZI
Les investigations effectuées par les enquêteurs du S.R.P.J d'Ajaccio
ont permis de mettre en évidence un certain nombre d'irrégularités
et de poser plusieurs questions qui justifient l'engagement de poursuites pénales
contre Pier Luiggi VIGNUZZI. Lintéressé a regagné l'Italie,
comme cela a déjà été précisé.
Les faits susceptibles de constituer à sa charge des infractions pénales
peuvent être succinctement présentés de la manière
suivante :
?VIGNUZZI a racheté à la CODIL (dont le Président Directeur
Général est alors DEL GALLO) la ZAC par l'intermédiaire
de la S.A.R.L COMPAGNIE COMMERCIALE de CAVALLO pour un montant de 3.497.450
F qui n'a été que très partiellement payé. S'il
est établi, comme il ressort des différentes dépositions
recueillies, que VIGNUZZI a été le véritable dirigeant
de la CODIL, ce dernier se serait alors cédé cette ZAC sans la
payer. Cependant, il convient de déterminer précisément
quelle pouvait être la valeur de cette ZAC au moment de la cession. L'expert
immobilier GALTIER, bien qu'ayant réalisé un audit conduisant
à une estimation moyenne, laissait entendre au cours de son audition
que la valeur de cette ZAC était nulle d'autant qu'il n'existait aucune
possibilité nouvelle d'extension et de construction, le PA.Z ayant été
annulé. Mais, pourquoi alors, VIGNUZZI, homme d'affaires italien averti,
aurait?il accepté de payer ce prix pour l'achat de la ZAC, d'autant qu'au
début de son audition, il indiquait qu'il y avait possibilité
de construire encore sur 11000 m2 ?
? VIGNUZZI a racheté par l'intermédiaire des société
dont il est le gérant, la S.A.R.L MERCATOR et la S.A.R.L COMPAGNIE COMMERCIALE
DE CAVALLO, les derniers biens figurant à l'actif de la CODIL, repris
par cette dernière après résolution de vente pour non paiement
par les précédents acheteurs. VIGNUZZI n'a finalement payé
que très partiellement cet achat. Comme précédemment, s'il
est démontré que VIGNUZZI était l'animateur de fait de
la S.A CODIL , il se serait donc fait des ventes à lui même dans
des conditions suspectes et sans convention préalable.
? VIGNUZZI a signé par acte notarié chez Me PADOVANI, une convention
de rachat de 55 Mfs de créances douteuses de la CODIL pour un montant
de 14 Mfs au nom de la CREDHITALIA dont il est le représentant. Il pensait
réaliser un gain en recouvrant ces créances. Cette opération
n'a cependant pas été menée à terme, aucun versement
ni aucune comptabilisation dans les comptes de la S.A CODIL n'ayant été
opérés. VIGNUZZI a tenté d'expliquer cet échec en
indiquant qu'en droit italien, l'opération n'était censée
être définitivement bouclée que si CREDHITALIA réussissait
à recouvrir les créances douteuses cédées. Alors,
vente ou pas vente ? Toujours est?il, qu'une fois de plus, VIGNUZZI s'est vendu
à lui?même ce qui restait d'actif de la SA CODIL pouvant éventuellement
générer un gain.
Il n'a pas été possible à ce jour d'entendre le comptable
italien salarié, M. MASTROGIUSEPPE, qui serait pour les enquêteurs
en Belgique. Néanmoins, ce dernier a déclaré aux services
de gendarmerie de Porto Vecchio, dans une affaire, distincte, que la comptabilité
de la SA CODIL était inexacte.
Les éléments de comptabilité analysés laissent en
effet de nombreuses zones d'ombre et nécessitent des explications. Or,
ni l'expert comptable ni le commissaire aux comptes, ne sont en mesure de donner
des précisions utiles sur certains de ces faits, et notamment le règlement
par VIGNUZZI pour le compte de GRECO de factures fournisseurs enregistrées
chez la SA CODIL, le tout enregistré sur la déclaration verbale
de VIGNUZZI sur un compte courant d'associé appelé "compte
VIGNUZZI / DEL GALLO". Il semblerait d'autre part que d'importantes provisions
aient été omises, et notamment celles correspondant à un
redressement fiscal évalué à près de 300 Mfs.
Aucune comptabilité n'a été réalisée pour
les exercices 1997 et 1998. La comptabilité des exercices 1994 et 1995
a été déposée très tardivement bien au delà
des délais légaux.
De nombreuses recherches devant être effectuées à l'étranger,
le procureur de la République d'Ajaccio vient d'inviter les fonctionnaires
du S.R.P.J d'Ajaccio à clôturer l'enquête préliminaire.
L'ouverture d'une information judiciaire sera prochainement requise.
*
* *
o les développements pénaux envisageables
Le parquet de Paris a obtenu des autorités judiciaires italiennes et
transmis fin 1999 au procureur de la République de Bastia des éléments
d'information sur les activités d'une organisation criminelle dirigée
par Fausto PELLEGRINETTI, alias FRANCO, sujet italien en fuite en Espagne, et
"animée " en particulier par Stéfano RUBINI, Lillo Rosario
LAURICELLA, Julien FILIPEDDU, et Giuliano PELLEGRINETTI, frère du précédent
et localisé à TORRE MOLINOS.
Ce groupe semble avoir effectué de nombreux investissements au Brésil
soit par le biais de la création de certaines sociétés
(NEVADA, BINGOMATIC, BETATRONIC, elles même contrôlées par
la société JEGRA Limited implantée à JERSEY) spécialisées
dans l'importation, la distribution et la gestion de machines à sous,
soit au travers d'une participation à 50 % dans une société
brésilienne spécialisée dans la fabrication de ces machines.
Celles?ci devaient être (ou ont été) acquises en Espagne
par une société "RECREATIVOS FRANCO".
Le capital investi par le groupe dans l'activité des machines à
sous serait de l'ordre de 8 millions de dollars.
*
* *
Toujours selon les constatations faites par les autorités italiennes,
le groupe s'intéresse à la commercialisation des métaux
et actuellement surtout de la fonte, en utilisant en Italie une société
COMERCIO ITALIA S.R.L dont l'administrateur et l'actionnaire majoritaire est
le nommé Emesto VITA, et aux PAYS BAS, à ROTTERDAM, la société
HOMICK HOLDING B.V dont l'actionnaire unique serait le même VITA.
HOMICK HOLDING fournirait de la fonte, préalablement obtenue de la société
tchèque VITKOVICE, à plusieurs aciéries italiennes parmi
les plus importantes.
Mais cette activité commerciale serait de pure façade et aurait
pour buts réels le recyclage et le blanchiment de capitaux investis et
la constitution de disponibilités financières sur des comptes
courants ouverts dans des établissements de crédits étrangers.
Il apparaît ainsi par exemple que la BANK AUSTRIA HANDELSBANK AG de VIENNE
accorde à la société HOMICK HOLDING un découvert
de 1800 000 marks, garanti par une caution bancaire donnée par la SWISS
BANK CORPORATION de LUGANO au profit de la banque autrichienne pour un montant
de 2 000 000 000 de lires.
Or, toujours selon les renseignements obtenus et fournis par les autorités
italiennes, le même groupe envisageait, courant 1997, de procéder
à une augmentation du capital de la société "HOMICK
HOLDING" à travers l'acquisition des sociétés titulaires
des investissements effectués sur l'île de CAVALLO pour une somme
globale de l'ordre de 20 milliards de lires.
Lillo LAURICELLA se serait très activement engagé dans la recherche
d'une conclusion positive de "l'opération CAVALLO" d'abord
pour exécuter les instructions de Fausto PELLEGRINETTI relatives à
l'augmentation de capital de la société "HOMICK HOLDING"
et ensuite, à titre plus personnel, pour récupérer de grosses
sommes d'argent qui lui sont dues notamment par Pier Luigi VIGNUZZI.
*
* *
Toujours selon les mêmes renseignements, le même groupe se serait
intéressé, à la même époque, aux "potentialités
offertes par la citadelle de BONIFACIO".
Mais ses initiatives se seraient limitées à quelques démarches
effectuées par les frères FILIPEDDU et restées sans lendemain.
*
* *
Ces renseignements mériteraient bien évidemment d'être
actualisés.
*
* *
Je me propose d'organiser prochainement avec les parquets de Bastia et d'Ajaccio
une réunion de synthèse dans le but de parvenir à une centralisation
effective de tous les renseignements et de toutes les procédures susceptibles
de concerner directement ou indirectement l'urbanisation de l'île de CAVALLO.
Les éléments recueillis au cours de la procédure de redressement
judiciaire de la S.A CODIL, de l'enquête préliminaire diligentée
par le S.R.P.J d'Ajaccio sur les activités de VIGNUZZI, et les renseignements
obtenus des autorités italiennes doivent permettre d'envisager l'ouverture
d'une information judiciaire qui devrait, avec le soutien du'pôle économique
et financier de Bastia et sous réserve d'une bonne coopération
avec les magistrats italiens, nous permettre d'obtenir des résultats
significatifs.
I ? C. BILAN ET PERSPECTIVES
1 CI ? La réalité de la situation actuelle
Au terme de cette analyse, je peux dire, rejoignant ainsi le constat fait par
les responsables des services de police, de gendarmerie et les magistrats qui
se sont penchés sur le même problème depuis une dizaine
d'années que les pénétrations en Corse d'organisations
mafieuses étrangères restent faibles.
Elles se limitent aux investissement réalisés, dans des conditions
qui n'ont pas été correctement éclaircies, par certains
opérateurs italiens à l'occasion de l'urbanisation de l'île
de CAVALLO.
Je me suis bien évidemment interrogé et j'ai interpellé
mes différents interlocuteurs sur les raisons qui expliquent ce relatif
désintérêt des organisations criminelles étrangères
pour la Corse. Les réponses que j'ai obtenues peuvent être ainsi
présentées
? La Corse est un "village de 250 000 habitants", une société
de proximité, de promiscuité, fortement imperméable aux
pénétrations étrangères et surtout dotée
de structures criminelles endogènes qui constituent autant de remparts
contre ces pénétrations.
Comme nous le verrons, à propos des marchés publics, par exemple,
la Corse est divisée en micro?régions fortement "contrôlées"
et difficilement attaquables de l'extérieur.
Le banditisme local et les groupes nationalistes pratiquant le terrorisme se
sont très habituellement opposés aux investissements "allogènes"
qu'il s'agisse d'opérations transparentes ou d'interventions plus opaques.
Les autorités judiciaires italiennes, dans le cadre de l'exploitation
des renseignements déjà évoqués, ont ainsi pu noter
que Lillo LAURICELLA expliquait à ses mandants ou partenaires que l'opération
CAVALLO était un échec et que celui?ci était pour partie
"la conséquence de boycottage des activités d'entreprise
par les membres de la CUNCOLTA et du FLNC".
Et ce, même si l'on peut constater qu'à certaines périodes
et d'une manière ponctuelle les activités de "l'équipe
italienne" ont pu être accompagnées, moyennant de sévères
ponctions, par les tenants de l'action terroriste, dans le cadre de ce que l'on
a appelé leur dérive affairiste.
Et toujours à l'examen des renseignements obtenus de nos voisins italiens,
il apparaît bien que le groupe mafieux considéré est aujourd'hui
plus dans une logique de récupération d'investissements que dans
une démarche de développement de ces investissements.
Les organisations mafieuses, comme tout investisseur avisé, priviligient
des régions calmes, où règnent l'ordre et la paix sociale,
même si ceux?ci sont obtenus par la force ou la terreur.
Les attentats, les règlements de compte à répétition,
une délinquance et une criminalité lourdes ne constituent pas
un cadre très attrayant.
La structure de l'économie de la Corse constitue aujourd'hui encore
un rempart contre ces tentatives d'incursions étrangères.
Comme le fait remarquer le président de la Chambre Régionale
des Comptes de Bastia, les principaux transferts portent sur de l'argent public.
Les marchés publics constituent le moteur essentiel de l'économie
locale.
Mais il s'agit essentiellement de petits marchés situés pour
leur grande majorité en dessous des "barres nationale et européenne",
et donc peu susceptibles d'intéresser des opérateurs extérieurs
transparents ou opaques".
Même s'il est de bon ton de critiquer aujourd'hui l'action des pouvoirs
publics au cours des dernières décennies et je serai amené
à formuler moi?même de sérieuses réserves sur cette
action, il faut considérer que l'État et ses services ont toujours
fait preuve de vigilance et se sont employés à contenir les tentatives
de pénétration de ces groupes mafieux étrangers.
À ce niveau, il est constant que le principal attrait de l'île
pour de tels groupes réside dans les potentialités exceptionnelles
offertes par son littoral et les ressources directes et indirectes qu'une exploitation
intensive, et si possible désordonnée, des côtes de la Corse
pourrait produire.
Aussi la "loi littoral" telle qu'elle est aujourd'hui appliquée,
par la volonté de l'Etat, constitue bien un rempart supplémentaire
et certainement essentiel contre les pénétrations mafieuses.
Si ce rempart devait être affaibli, des mesures d'accompagnement drastiques
devraient être envisagées.
*
* *
IC 2 ? DE L'INEFFICACITE RELATIVE DE L'ACTION JUDICIAIRE
o Le constat
Les résultats des différentes poursuites pénales engagées
contre les acteurs de "l'opération CAVALLO" peuvent laisser
perplexe, dans la mesure où il apparaît que la justice s'est "arrêtée
aux apparences".
Elle n'a pas été en mesure de caractériser les faits de
blanchiment ni même de déterminer l'origine des fonds investis.
André Noël FILIPEDDU a bénéficié d'un non
lieu, même si il a pu être utilement poursuivi par ailleurs pour
des faits de "délinquance interne".
Lillo LAURICELLA est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Bastia
pour présentation de bilans inexacts et abus de bien sociaux ; il a été
condamné pour fraudes fiscales.
Léon PADOVANI, le notaire chargé de l'opération, a été
condamné pour faux et usage de faux,
Pier Luigi VIGNUZZI, le dernier opérateur connu, est susceptible d'être
poursuivi pour abus de biens sociaux et banqueroute.
La SA. CODIL est en liquidation judiciaire.
*
* *
Les dernières recherches effectuées par les services de renseignements
locaux, en collaboration avec leurs homologues italiens, ont permis d'identifier
les principaux propriétaires italiens des constructions, actuellement
implantées sur l'île de CAVALLO comme étant
o MIGNANEGO Fabrizia route Monte Isabella à Turin. Elle est également
identifiée sous le nom de BOGGIO BERTINET fabrizia, né le 17.09.1947
à Turin, demeurant route Ponte Isabelle n' 129, San Vito, avec son époux
MIGNANEGO Robert né le 23.12.1941 à Turin, exerçant la
profession de commercial, et avec sa fille Alberta Maria Séréna,
née le 27.05.1978 à Turin.
o CRIONO Clara, Turin, née dans cette localité le 15.11.1943
demeurant 97, cours Victor Emmanuel, avec ses fils GARDINO Renato et Giacomo
nés à Turin respectivement le 21.12.70 et le 24.01.1973. Le mari
de l'intéressée GARDINO Giuseppe né le 28.06.1939 à
Turin, responsable de l'entreprise du même nom, spécialisée
dans la filière bois, vit BENIN City (Nigéria)
o Entreprise NAVONA Giorgio, 131, cours Montecucco à Turin; IL s'agit
de l'entreprise des "Frères NAVONE" (Docteur Giuseppe NAVONE
et Lodovico NAVONE, ingénieur, géomètre) dont le siège
est à Turin au 131 Cours Montecucco. Cette société qui
fonctionne depuis le 20.10.1954, s'occupe de la construction d'immeubles (tant
pour le logement qu'à usage industriel) mais aussi tout ce qui concerne
l'énergie hydraulique et les constructions liées au secteur maritime,
ainsi qu'à la rénovation de la voirie.
Ses représentants sont: NAVONE Giuseppe, né le 10.06.1906, à
Villanova d'Asti, décédé le 10.02.1999, et NAVONE Lodovico
né dans la même localité, le 20.07.1909. Il convient de
préciser qu'à la même adresse (131 Cours Montecucco à
Turin) est implantée la '*NAVONE FLLI IMPRESA GENERALE COSTRUZIONI SPA"
qui s'occupe d'actionnariat, d'exécution de marchés de travaux
publics ou régis par le droit privé, tant en Italie qu'à
l'étranger, de chaque travail ou entreprise public ou privé, sans
oublier les chantiers ferroviaires, la voirie, les chantiers maritimes et les
constructions aéroportuaires. La dite société, constituée
le 21.07.1980 est ainsi composée
Principaux dirigeants :
NAVONE Giorgio né le 30.03.1947 à Turin.
MILARDI Aspromonte né le 14.04.1948 à Sorrente
Président du Conseil Syndical :
ACCORNERO Guido né le 05.08.1931
Syndic
DELL 'UTRI Armando né le 08.02.1937 à Turin
Suppléants
BIANCHI Carla née le 14.09.1964 à ALESSANDRIA
ROSSI Emilio né le 07.01.1943 à VERLÉLLI
o RANDI FEDESPIEL Ornella, no 2277 /P route Valsalice à Turin. On identifie
parallèlement GIOIA Maria née à Turin le 0 1.05.1950, demeurant
à MONCALIERI au no 64 Santa Brigada, avec son mari CERESA Carlo (dirigeant
d'entreprise) né le 13.07.1944 à Turin et ses enfants CERESA Martza
née le 11.08.1972 à Turin et CERESA Matteo né le 28.02.1974
à Turin. Ce dernier à des antécédents policiers
en matière d'armes.
o "SAILEM Société anonyme Italienne de travaux Maritimes
SPA" dont le siège social est situé à PALERME Place
Castello, au n' 1, ayant pour objet social la construction de ports, digues,
aqueducs, aéroports, et voies ferrées, déjà répertoriée
depuis 1992 pour avoir été en liquidation suite à une faillite
en date du 26.01.1999. La société, déjà representée
par VIRGA antonino, né le 27.07.1923 à PALERME, administrateur
principal, lequel est remplacé dans cette même fonction le 28.04.1997
par d'AGOSTINO Giovanbattista, né le 02.01.1952 à PALERME, dénoncé
pour des délits afférents à l'octroi de fonds illicites
et de fraudes. La SAILEM, après la déclaration de faillite, a
été modifiée juridiquement en consortium "GEIE ENTE
PUBLICO ECONOMICO".
o "PORTO CANALE SRL", dont le siège social est situé
au 37 rue MORETTI à CESENATICO, ayant pour objet social la construction,
achat vente et location d'immeubles. Depuis le 19.07.1991, la charge d'administrateur
principal a été reprise par ROMITI Marco, né le 17.11.1971
à Rome, demeurant à l'adresse citée supra. La société
à débuté avec un capital social de 30 millions, dont 6
millions de parts possédées par ROMITI et 24 millions par la société
SMI (SAN MARINO INVESTIMENT SA) dont le siège est sis 20, rue Piana,
République de San Marino.
o "PATTERA Silvia" avenue Duc Alessandro no 98 (PR). À l'adresse
indiquée, cette société s'avère inconnue. En revanche,
cela pourrait s'identifier à PATTERA Silvia Di Giuseppe, née à
Parme, le 16.03.1983, demeurant depuis sa naissance avec sa famille à
Parme au n' 11, rue Piacenza, ayant "émigré" en tant
qu'étudiante à NEVIANO ARDUINI (PR) le 12.08.1999, No 198 BAZZANO
LA COSTA.
o SCS EXPLOITATION AGR APPOLONIA SAS dont le siège est à
Carpi (MO) via dei Mulini n' 7, tel : 059/689572. De cette société
il résulte que le seul gérant est SCACCHETI Roberto né
à Modena le 04.03.1946 demeurant à CARPI (Modena), rue des frères,
Rosselli, n' 72. L'unique membre est sont épouse TASSONI Marianna née
à Serramazzoni (MO) le 16.08.1953. Cette société a pour
but social, la gestion deressources agricoles ainsi que l'achat et la vente
de biens immobiliers.
o NORFINI Andréa née à Livourne le 10.03.1973 et NORFINI
Francesca née le 08.12.1976 résidant à Livourne via Goito
n° 53/A.
o STORTINI épouse PACIA Nora, via Musa no2 COMO née à Terni
le 25.06.1941 décédée le 9.10.1994 mariée à
l'avocat PACIA Enzo né le 5.08.1933 à Laino (CO).
o D'AMBROS Domenico, CATTORINI Tiziana SAS IND ACA via La Messina no 45 (Turate).
Ces derniers sont respectivement gérant et membre de cette société
qui a pour objet le commerce de viandes et d'aliments en général.
o IMETX rue La Messina no 45 et Via Vallegio No2. Cette société
a pour objet social l'impression de tissus et le commerce de produits textiles.
L'administrateur unique est D'AMBROS Dominique.
Les vérifications opérées en liaison avec les services
italiens n'ont pas permis d'établir de liens entre ces personnes, entreprises
ou sociétés et des structures relevant du crime organisé.
*
* *
Je veux noter qu'il s'agir d'une INEFFICACITE RELATIVE, dans la mesure où
l'action de la Justice a permis d'identifier, d'écarter, voire de mettre
hors d'état de nuire pour une longue période certains des acteurs
les plus nocifs de l'opération de Cavallo.
Je veux aussi indiquer, même s'il ne saurait s'agir ni d'une excuse ni
d'une consolation, que nos homologues italiens n'ont pas été plus
performants. Ainsi, lorsque les enquêteurs du S.R.P.J d'Ajaccio se sont
transportés à ROME, les 11 et 12 mai 1995, ils ont dû faire
le constat suivant, après avoir rencontré leurs collègues
italiens :
"Par voie d'Interpol, les autorités italiennes, avaient attiré
notre attention sur une enquête effectuée par leurs services, de
1992 à 1994, sur Ifs agissements d'un nommé DIOTAVELLI Ernesto,
dans le cadre d'une affaire d'association de malfaiteurs et blanchiment de fonds.
Au cours de ces investigations, des liens d'affaires étaient apparus
entre DIOTAVELLI Ernesto et LAURICELLA Lilio, portant notamment sur des investissements
sur l'île de Cavallo.
Les fonds détenus par DIOTAVELLI l'auraient été pour le
compte d'un nommé LOPRETE Antonio?Julio, connu en Italie pour ses appartenances
mafieuses.
LOPRETE serait également une relation de LAURICELLA. Les enquêteurs
italiens n'ont pu caractériser formellement une infraction de blanchiment
de fonds à l'encontre des mis en cause, en raison des difficultés
rencontrées pour obtenir des informations relatives aux fonds ayant transité
ou encore bloqués dans les paradis fiscaux"
Par suite, la procédure engagée par les autorités italiennes
pour blanchiment, courant 1994, contre Lillo LAURICELLA a été
classée, le 10 octobre 1996, par le juge des investigations préliminaires
de Palerme, "les éléments recueillis au cours des investigations
n'étant pas suffisants pour soutenir l'accusation en jugement".
o Les raisons de cette inefficacité relative :
? elles doivent être recherchées d'abord dans le caractère
éminemment aléatoire de la coopération internationale en
matière pénale.
Pour être plus net, il apparaît que notre institution est aujourd'hui
désarmée face à des organisations qui utilisent les ressources
infinies qui leurs sont offertes par les législations de la multitude
des états qu'elles traversent "que ceux?ci soient considérés
comme des paradis financiers ou fiscaux ou comme des pays plus transparents".
Ainsi pour la seule "opération de CAVALLO", si la Justice
française avait voulu opérer à "armes égales",
elle aurait dû effectuer des investigations dans les états suivants
:
PANAMA, ÉTATS?UNIS, SUISSE, BELIZE, ITALIE, MONACO, ESPAGNE, BRÉSIL,
ANGLETERRE, LUXEMBOURG, ÎLE DE MAN, JERSEY, LICHTENSTEIN.
Il suffit de constater que les commissions rogatoires internationales adressées
par le juge d'instruction de Bastia aux autorités judiciaires du canton
de TEXIN en Suisse, pour obtenir de l'établissement bancaire de Lugano
des renseignements sur les comptes de plusieurs sociétés fiduciaires
ayant acquis auprès de la CODIL des biens immobiliers, n'ont pas été
exécutées : les autorités requises ont exigé du
juge mandant des précisions qu'il n'était pas en état de
fournir, puisque seule l'exécution des commissions rogatoires aurait
permis de les apporter ... (annexe 12)
? Notons à un second niveau que jusqu'à une époque très
récente, l'arsenal juridique mis à notre disposition était
"peu opérationnel."
Si la France a crée dès 1987 l'inftaction de blanchiment de capitaux
provenant du trafic de
stupéfiants, elle n'a élargi qu'en 1996 cette incrimination au
blanchiment du produit de tout crime ou délit, après avoir constaté
:
o que les organisations criminelles se décloisonnaient et brassaient
une pluralité d'activités délictueuses : il était
pratiquement impossible d'identifier l'activité précise ayant
généré chacun des flux financiers ;
o que le ministère public avait pratiquement une mission
impossible; il devait établir que la personne suspectée connaissait
précisément l'origine délictueuse des fonds qu'elle traitait.
La nouvelle incrimination a allégé cette contrainte, le ministère
public devant désormais établir que le suspect connaissait la
nature délictueuse des fonds, sans avoir à apporter la preuve
que celui?ci savait précisément de quelle infraction provenait
les fonds.
De même, s'agissant du dispositif préventif, il a fallu attendre
le 2 juillet 1998 pour que le législateur, prenant acte de la particulière
vulnérabilité du secteur immobilier aux opérations de blanchiment,
assujettisse à l'obligation de déclaration de soupçons
les personnes qui, à l'occasion de leur exercice professionnel, contrôlent
ou conseillent des opérations sur des biens immobiliers, comme les notaires,
les commissaires aux comptes, les agents immobiliers ou les conseils juridiques.
? Il est constant ensuite que les structures judiciaires classiques sont parfaitement
inadaptées à la lutte contre ces formes de délinquance.
S'agissant du fonctionnement chaotique de la S.A CODIL, la première
enquête préliminaire a été ordonnée par le
parquet d'Ajaccio le 23 octobre 1992. M. LAURICELLA pourrait être jugé
par défaut au cours du dernier trimestre de l'année 2000 les structures
d'enquête sont elles?mêmes peu efficaces. Elles ne font pas preuve
de toute la constance nécessaire.
Comme cela sera analysé dans la seconde partie, les services de police
se sont essentiellement consacrés, pendant la période qui nous
intéresse, à la lutte, elle?même plus ou moins efficace,
contre le terrorisme, délaissant les autres formes de criminalité,
qui ont pu se développer dans un certain confort, à l'abri des
attentats et des gesticulations de groupuscules violents.
Aujourd'hui encore, les moyens consacrés à la lutte contre le
blanchiment restent d'une insuffisance évidente : deux fonctionnaires
du SRPJ d'Ajaccio sont plus spéci